ARTICLE
L'incontinence urinaire concerne en France près de 3 millions
de femmes mais demeure un problème sous-évalué et
tabou, les femmes ne venant consulter que lorsque leur symptomatologie
devient trop invalidante. Le retentissement économique de cette
pathologie est important : 250 000 consultations, 2 millions de séances
de rééducation et de soins corporels ambulatoires et 122
milliards d'euros par an en France [9].
Le symptôme le plus fréquemment retrouvé est celui
de l'incontinence urinaire d'effort, qui une fois sur trois, est associé
à des impériosités à l'origine d'une incontinence
urinaire mixte.
L'incontinence urinaire d'effort a pour origine une insuffisance sphinctérienne
et/ou une perte de support du col vésical et de l'urètre.
L'insuffisance sphinctérienne se traduit, au cours du bilan urodynamique,
par une diminution de 20 % et plus de la pression de clôture maximale
dont la valeur normale est déterminée par la formule 110
- âge de la patiente [1] et est exprimée en cm d'eau. La
perte de support du col vésical et de l'urètre est mise
en évidence par la manuvre de Bonney : après refoulement
du col de la vessie vers le haut, l'index et le majeur sont placés
de part et d'autre de l'urètre. Cette manuvre permet de détecter
la persistance ou la disparition de fuites urinaires à la toux.
Une manuvre de Bonney positive, qui se traduit par la disparition
des fuites à la toux, est un élément diagnostic en
faveur d'une bonne compétence sphinctérienne et d'un défaut
des mécanismes de support urétral, dont le pronostic est
généralement bon lors d'un éventuel traitement chirurgical.
Le traitement de l'incontinence urinaire d'effort débute par
une rééducation qui vise à augmenter le tonus et
la puissance des muscles striés urétraux et péri-urétraux,
le taux de réussite de ce traitement n'est cependant que de 10
% [1]. Chez la femme ménopausée ou en périménopause,
une strogénothérapie locale est généralement
associée. En cas d'échec, le traitement chirurgical de référence,
qui vise à restaurer le support de l'urètre proximal et
du col vésical, est une colosuspension de type Burch qui a montré
de bons résultats mais avec une usure de ces résultats dans
le temps [1]. Une nouvelle technique chirurgicale mini-invasive a été
décrite en Suède par Ulmsten en 1996 : il s'agit de la technique
TVT (tension-free vaginal tape) dont les premiers résultats
sont très encourageants. Cette technique a été implantée
sur le site de l'hôpital Le Raincy-Montfermeil au cours de l'année
1999. L'objectif de ce travail est de faire un bilan après deux
années de pratique et de réaliser une évaluation
de l'acceptabilité post-opératoire des femmes ayant subi
cette intervention.
Présentation de la technique TVT
et du matériel TVT
Cette technique chirurgicale a été décrite pour
la première fois en 1996 par Ulmsten [14], gynécologue d'origine
suédoise. C'est une technique chirurgicale mini-invasive qui peut
être réalisée sous anesthésie locale, régionale
ou générale. Elle consiste en l'implantation, par voie vaginale,
d'une bandelette synthétique de Prolène®
(polypropylène) au niveau de l'urètre moyen. Cette bandelette
est placée sans tension et est destinée à soutenir
et à comprimer l'urètre lors des efforts. Sa mise en place
correcte nécessite la participation de la patiente en fin d'intervention
afin de réaliser un réglage correct de la bandelette par
un test à la toux. Une fuite modérée, présence
d'une goutte au méat, doit persister afin d'éviter une rétention
complète. Dans le cas d'une intervention sous anesthésie
générale, ce réglage fin en coopération avec
la patiente est de fait impossible.
Trois dispositifs médicaux sont nécessaires à la
réalisation de cette intervention [2] :
1. le dispositif TVT, dispositif implantable de classe IIb, composé
d'une bandelette de Prolène® (polypropylène)
incolore de 1,1 x 45 cm, protégée par une feuille de plastique
et découpée en son milieu. À ses deux extrémités,
deux aiguilles en acier inoxydable fixées à la bandelette
par des collerettes en plastique thermorétracté. Comme tous
les dispositifs médicaux implantables, celui-ci fait l'objet d'une
traçabilté ;
2. l'introducteur en acier inoxydable réutilisable ;
3. et le guide de sonde rigide en acier inoxydable réutilisable.
Ces deux derniers dispositifs médicaux sont réutilisables
et donc restérilisés dans le service de stérilisation
centrale.
Matériels et méthodes
Une étude rétrospective sur une période de 2 ans,
entre avril 1999 et avril 2001, a été réalisée
à partir des dossiers des patientes. Pour chacune de ces patientes
ont été relevés les items suivants : âge, nombre
d'enfants, antécédents chirurgicaux et gynécologiques,
existence ou non d'un prolapsus et type de prolapsus, type d'incontinence
urinaire, durée de cette incontinence urinaire, nombre de garniture
par jour et traitements antérieurs de cette incontinence. Lors
de l'intervention chirurgicale, les critères suivants ont été
retenus : type d'anesthésie, type d'intervention réalisé
(pose de TVT isolé ou associé à un autre geste),
présence ou non d'une antibioprophylaxie, complications per- et
post-opératoires immédiates et durée d'hospitalisation.
L'efficacité de l'intervention a été évaluée
lors de la venue de ces femmes en consultation post-opératoire
environ un mois après l'intervention.
Pour évaluer l'acceptabilité post-opératoire de
la technique un questionnaire leur a été adressé,
accompagné d'une lettre leur précisant le caractère
facultatif de la réponse et leur garantissant l'anonymat de la
réponse. Ce questionnaire a été élaboré
par le pharmacien en collaboration avec le chirurgien de l'unité
d'urologie et adressé aux patientes par le pharmacien pour leur
permettre une liberté totale de réponse, l'envoi par le
chirurgien pouvant être à l'origine d'un biais. Ce questionnaire
est composé de deux parties : la première prend en compte
des critères permettant de juger de la qualité de vie des
patientes comparativement à celle qu'elles avaient avant l'intervention,
la seconde est ciblée sur la persistance ou non de signes cliniques
de l'incontinence urinaire (annexe
1).
Résultats
Sur la période d'avril 1999 à avril 2001, 27 femmes ont
été traitées pour leur incontinence urinaire par
implantation d'une bandelette de Prolène® par la
technique TVT.
La moyenne d'âge de ces femmes est de 61,3 ans (valeurs extrêmes
: 37 et 83 ans). Vingt-quatre de ces femmes (89 %) ont eu au moins un
enfant, le nombre moyen d'enfants est de 2,3 enfants (valeurs extrêmes
: 1 à 5 enfants). Parmi ces femmes, 10 (37 %) ont présenté
des accouchements difficiles : épisiotomie pour quatre d'entre
elles, utilisation de forceps pour trois d'entre elles, naissance d'enfants
de gros poids dans deux cas, déchirure périnéale
pour deux d'entre elles et présentation par le siège dans
un cas. Parmi les antécédents chirurgicaux de ces femmes,
ont été signalées 11 hystérectomies, cinq
cures de prolapsus, une ligature des trompes, une néphrectomie
et une cure d'éventration.
Dix-neuf de ces 27 femmes (70 %) souffrent d'une incontinence urinaire
d'effort pure : insuffisance sphinctérienne avec une diminution
des pressions de clôture associée ou non à une baisse
de pressions urétrales à l'effort. Les huit autres (30 %)
présentent une incontinence urinaire mixte avec impériosité
mictionnelle. La manuvre de Bonney est positive dans tous les cas
ou elle a été réalisée, soit pour 21 d'entre
elles.
L'existence d'un prolapsus a été mise en évidence
pour 19 de ces 27 femmes (70 %) : existence d'une cystocèle (prolapsus
vaginal de la vessie) dans 15 cas, d'une rectocèle (prolapsus vaginal
du rectum) dans 11 cas, d'une cervico-cystoptose (cystocèle avec
col vésical prolabé) dans quatre cas et d'une hystéroptose
(prolapsus vaginal de l'utérus) dans deux cas.
Pour 17 de ces femmes (63 %), la durée de l'incontinence urinaire
a pu être déterminée : de quelques mois à 23
ans. Le port ou non de garniture a été signalée pour
17 de ces femmes : dix d'entre elles portent entre une et deux garnitures
par jour, six entre trois et quatre, une seule ne nécessite pas
le port de garniture. Pour 78 % d'entre elles, un traitement médico-rééducatif
bien mené s'est avéré inefficace, pour les six autres
aucune donnée n'a été obtenue.
Pour 25 femmes (95,5 %), le geste opératoire par la technique
TVT est isolé alors que dans les deux autres cas, ont été
associées respectivement une cure de rectocèle et une hystérectomie
vaginale avec exérèse d'un ectropion méatique urétral.
Le geste chirurgical a été réalisé sous
rachi-anesthésie dans 22 cas (81 %), sous anesthésie locale
dans trois cas du fait de l'existence d'une contre-indication à
la rachi-anesthésie et sous anesthésie générale
pour les deux patientes ayant subi un geste associé. Une antibioprophylaxie
a été instaurée pour 20 des 27 interventions, elle
était réalisée par administration d'une dose unique
de céphalosporine de seconde génération. Aucune complication
per-opératoire n'a été décrite. La durée
moyenne d'hospitalisation a été de 3,5 j (valeurs extrêmes
: 1 à 7 j). Les complications post-opératoires relevées
ont été : un cas d'hématome pubien, deux infections
urinaires dont l'une associée à des signes d'irritation
pelvienne. De plus, 2 des 27 femmes ont nécessité une réhospitalisation
et la section de la bandelette. La première, 20 j après
l'intervention pour dysurie, et ce malgré un hétéro-sondage.
Revue en consultation 3 mois après la réintervention, elle
présentait une excellente continence urinaire. La seconde, 6 j
après l'intervention du fait de la présence d'un globe vésical.
Vingt des 25 autres femmes (80 %) ont été suivies en consultation
après un délai moyen de 55 j (13 à 155 j) par rapport
à l'intervention. Pour 13 d'entre elles (65 %), le résultat
a été tout à fait satisfaisant puisqu'elles ont retrouvé
une continence tout à fait normale. Pour les sept autres (35 %),
le résultat de l'opération à court terme s'est avéré
intermédiaire, amélioration de l'incontinence urinaire d'effort
mais apparition ou exacerbation d'impériosités mictionnnelles.
Ces impériosités mictionnelles semblent être en relation
avec une hyperesthésie vésicale pour deux de ces femmes
et avec une rectocèle pour une troisième.
En ce qui concerne l'évaluation de l'acceptabilité post-opératoire
de ces femmes, 13 sur 27 ont répondu au questionnaire qui leur
avait été envoyé soit un taux de réponse de
48 %. Le délai de recul moyen par rapport à la date de l'intervention
était de 12 mois (valeurs extrêmes : 1 mois à 16 mois).
Les réponses au questionnaire sont présentées dans
le tableau I. Tout d'abord,
aucune de ces femmes n'a déclaré ressentir de gêne
liée à la présence de la bandelette. Pour les critères
en relation avec l'activité physique (tâches ménagères,
exercices physiques, distractions, transport...) une amélioration
a pu être mise en évidence pour 61,5 à 77 % d'entre
elles en fonction du critère étudié. D'autre part,
la moitié de ces femmes ont déclaré avoir pu améliorer
leur tenue vestimentaire.
Pour les critères en relation avec le bien-être moral,
le sentiment d'insatisfaction a régressé pour plus de la
moitié d'entre elles et du point de vue émotionnel, les
états de dépression et de nervosité ont été
améliorés pour un tiers d'entre elles, de même que
la qualité de leur sommeil. Il faut toutefois signaler qu'une de
ces femmes a déclaré avoir subi une dégradation de
ses capacités physiques ; que trois d'entre elles ont ressenti
une renforcement de leur sentiments d'insatisfaction et que deux ont vu
leur sentiment émotionnel et leur qualité de sommeil se
dégrader.
Pour la seconde partie du questionnaire, les résultats sont présentés
dans le tableau II. Pour
la grande majorité de ces femmes (83,5 %), il n'existe plus de
fuites d'urine au cours de l'effort qui témoigne de l'efficacité
de la technique à court terme. D'autre part, plus de la moitié
de ces femmes ne présente plus de petite fuite d'urine et ne sont
pas gênées par la fréquence avec laquelle elles urinent.
Cependant plus des deux tiers d'entre elles présentent une certaine
difficulté à vider leur vessie et présentent des
fuites d'urine en cas de besoin urgent. En conclusion, 75 % de ces femmes
ont déclaré être satisfaites du résultat de
l'intervention et seraient prêtes à la refaire.
Discussion
La technique TVT est une technique mini-invasive présentant de
nombreux avantages par rapport à la technique de référence
de colosuspension de Burch : les durées d'intervention et d'hospitalisation
sont plus courtes [8, 13] et elle peut être réalisée
sous anesthésie locale ou loco-régionale. De plus, elle
présente un avantage économique certain avec une diminution
des coûts de traitement de l'incontinence urinaire d'effort de 60
% [13]. Les principales complications per-opératoires de cette
technique citées dans les études publiées sont des
pertes sanguines qui apparaissent selon les études dans 1,9 à
17 % des cas [4, 5] et des perforations vésicales, généralement
au début de la pratique de cette technique, dans 3,8 à 17
% des cas [4, 5]. Sur notre série de patientes, aucune de ces complications
n'a été signalée. Les principales complications post-opératoires
sont des infections urinaires dans 4,1 à 21 % des cas selon les
études [6, 7], des rétentions urinaires totales dans 2,3
% [11] des cas et des hématomes rétro-pubiens dans environ
2 % des cas [5]. Dans notre série de patientes, une seule patiente
a présenté un hématome rétro-pubien (3,5 %),
deux ont nécessité la section de leur bandelette pour rétention
urinaire (7 %) et deux ont présenté des signes d'infection
urinaire (7 %).
Les résultats dans notre étude sont incomplets puisque
cinq de ces femmes ont été perdues de vue. Pour les 22 patientes
qui ont consulté en post-opératoire, le taux de réussite,
obtenu après un délai moyen de 55 jours, est plus faible
que ceux publiés. En effet, les études réalisées
avec un recul moyen de 3 ans donnent un taux de réussite de 86
à 90 % [4, 15]. Or dans notre étude, 35 % de ces patientes
présentent des signes d'impériosités mictionnnelles
excarbés ou de novo. Ces impériosités mictionnelles
apparaissent selon les études dans 7 à 14 % des cas [7,
3]. Toutefois ces signes ne semblent pas péjoratifs à court
terme car ils peuvent être corrigés par la mise en place
d'un traitement anti-cholinergique. Un bilan à plus long terme
devrait donc permettre d'ajuster le taux de réussite de notre étude.
Les résultats obtenus sur l'amélioration de la qualité
de vie post-opératoire, réalisé avec un délai
post-opératoire plus important, sont plus encourageants puisque
75 % des patientes déclarent être satisfaites et pour 83,5
% d'entre elles il n'existe plus de fuite à l'effort.
CONCLUSION L'incontinence
urinaire est une pathologie aux conséquences psychologiques non négligeables
pour celles qui en souffrent. Le développement d'une technique mini-invasive,
comme celle du TVT, a facilité la prise en charge de ces femmes incontinentes.
La récente commercialisation par trois autres laboratoires d'un dispositif
médical similaire, à l'exception d'une présentation
du matériel tout usage unique pour l'un d'entre eux, souligne d'ailleurs
l'importance de cette technique dans la prise en charge de l'incontinence
urinaire. Cette étude, bien que réalisée sur un nombre
restreint de femmes, permet d'appréhender l'efficacité de
la technique au regard des données cliniques mais également
en se basant sur l'acceptabilité post-opératoire de ces femmes.
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