John Libbey Eurotext

Science et changements planétaires / Sécheresse

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Désertification dans les aires sèches endoréiques du Sud du bassin de l'Aral Volume 13, numéro 1, Mars 2002

L'approche de la désertification en Ouzbékistan et au Sud Kazakhstan a requis un bilan de la spécificité de ces aires sèches, déserts froids continentaux de latitude tempérée, à froid hivernal sévère, précipitations neigeuses, couverture végétale steppique, différents des déserts froids de haute latitude. Les handicaps naturels au développement et les effets de la colonisation soviétique sur l'environnement ont conduit à la désertification dès les années 1950. Les sols sont pauvres sauf dans le Khorezm où le delta de l'Amou Daria, l'aire la plus fertile d'Ouzbékistan à la rencontre des courants éoliens du nord dépositaires de nutriments et des sédiments apportés par les dépôts fluviatiles de l'Amou Daria, occupe une place privilégiée. L'aridité explique la faible quantité de matière organique des sols. Sur les 710 espèces d'halophytes d'Asie centrale, 30 % sont endémiques. Dans le Kyzylkoum, les plantes de type C 3 ont décru en nombre et en volume de biomasse, tandis que les plantes de type C 4 (à métabolisme photosynthétique adapté aux grands ensoleillements) sont devenues dominantes, fait inhabituel dans un désert tempéré froid. Plus de 25 espèces ont été identifiées comme étant aptes à réhabiliter les sables du Kyzylkoum et les sols salinisés. Outre l'irrigation, l'exploitation des minerais est jusqu'à nos jours l'autre stratégie de développement, malgré les difficultés de l'exportation, la pollution des paysages par les stériles d'extraction et les produits de traitement. L'équilibre n'a pas été maintenu entre les activités humaines et l'environnement spécifique. De multiples tentatives de lutte contre la désertification sont mises en chantier.

De Martonne créa dans les années 30 l'expression « diagonale aride », bandes de terres sèches reliant les Tropiques aux latitudes tempérées, embrassant selon une disposition méridienne les continents nord- et sud-américains et, selon une disposition zonale de 20° N à 50° N, l'Afrique et le continent eurasiatique. En font partie les régions sèches d'Asie moyenne, entre 38° et 44° N et 55-65° E, limitées à l'ouest par la Caspienne, à l'est par le Tien Chan et le système Pamiro-Alaï, comprennent l'Oust Ourt prolongé par la péninsule de Mangyshlak, l'erg du Kyzylkoum entre Sir et Amou Daria en Ouzbékistan, celui du Karakoum entre Amou Daria et Caspienne en Turkménistan, enfin l'unité lœssique des collines de piémont des montagnes au sud et à l'est.

Une tentative de lecture de la désertification en Ouzbékistan et au Sud Kazakhstan requiert dans une première démarche un bilan de la spécificité de ces aires sèches, déserts froids continentaux de latitude tempérée, à froid hivernal sévère, précipitations neigeuses, couverture végétale steppique, différents des déserts froids de haute latitude. L'examen des effets de la colonisation soviétique sur l'environnement suivra l'analyse des handicaps naturels au développement :

- une dégradation des terres en réponse à la demande alimentaire d'une population croissante ;

- des sols sévèrement salinisés ;

- des troupeaux difficiles à nourrir sans aggraver la détérioration des pâturages ; - l'exploitation minière de l'uranium et de l'or dans le Kyzylkoum ;

- une insuffisance en eau potable de bonne qualité ;

- et, surtout, une pollution chimique généralisée.

Un cadre agroclimatique et pédologique vulnérable

Le bassin endoréique de l'Aral, constitué par 80 % de plaines, 20 % de montagnes (Khopet Dag, Pamir et Indou Kouch), inclut les territoires de l'ex-URSS : Ouzbékistan, Tadjikistan, Kazakhstan méridional (aires de Kzyl Orda, Chimkent et Aktiubinsk), Kirgizstan, Turkménistan (sauf la région au sud-ouest de Krasnovodsk) et une partie au nord de l'Afghanistan et au nord-est de l'Iran, soit 1,8 million de km2. Il est drainé par les rivières Sir Daria, Amou Daria, Tedjen et Mourgab et par de petits cours d'eau issus du Tien Chan occidental et du Kopet Dag et par la région du canal du Karakoum (carte 1).

Traits structuraux des terres basses de la Touranie

Le bassin de l'Aral fait partie des 4 % de milieux secs de latitude tempérée [1] incluant l'Asie centrale, le Nord-Est de l'Asie chinoise, le Centre-Ouest de l'Amérique du Nord et une part de la Patagonie argentine. La partie eurasiatique est la plus vaste, avec 84 % de ces territoires (carte 2).

Les terres basses de Touranie ont une structure jeune, postérieure aux derniers dépôts marins néogènes du Sarmatien (12 millions BP). Les dépôts calcaires et marneux du plateau de l'Oust Ourt et de la péninsule de Mangyshlak, exondés depuis le retrait de la mer il y a 25 millions d'années, ont été soulevés en un paysage de hamada aride. Après le Sarmatien, une intense tectonique construit l'arc montagneux du Sud et de l'Est, isolant les plaines de Touranie, créant continentalité et endoréisme. Les glaciers et les cours d'eau de ces montagnes accumulent de vastes dépôts fluviatiles. Avant le Pliocène, les dépôts marins forment dans les aires basses, ennoyées par la mer akchagylienne, le substratum du Nord du Karakoum, région dite Trans-Oungouz, entre le Sarykamish et le bas Amou Daria (carte 3).

Au Pliocène inférieur, l'Amou Daria atteint la Caspienne par l'Ouzboi ; l'Aral et le Sarykamish forment un seul lac au nord du Karakoum, dont les parties basses sont couvertes par les alluvions de l'Amou Daria. Au Pliocène moyen, ce cours d'eau est repoussé vers l'est par les deltas du Tedjen et du Mourgab, coupé de son bras inférieur par leurs dépôts et détourné directement vers l'Aral, dessinant le cours actuel.

Le système régional d'action éolienne (SRAE) touranien (carte 4), obtenu par l'analyse des images satellitales Cosmos et SPOT, balayant la matrice sableuse des vastes dépôts fluviatiles, a été le processus de dépôt du matériel des ergs du Kyzylkoum et du Karakoum, tandis que le vannage éolien, selon une direction N-S prédominante, entraînait les poussières jusqu'aux pieds des montagnes du Sud et de l'Est, donnant les riches collines lœssiques méridionales de Touranie.

Les données environnementales expliquent la pauvreté des sols, accentuée par l'aridité climatique présente depuis le retrait de la mer sarmatienne, aggravée par la localisation continentale et par la fermeture du bassin aralien vis-à-vis de l'Asie et de la Sibérie. Ce sont ces données du milieu qui seront prises en compte.

Une aridité aggravée par le régime froid des hivers

Entre les terres sèches sibériennes du Nord et les terres sèches subtropicales du Sud arabo-iranien, cette aire de transition reçoit de rares dépressions méditerranéennes d'hiver et de printemps (décembre à avril). Les étés sont brûlants et secs (80 à 100 mm/an dans le Khorezm) et les hivers froids du fait de l'incursion des hautes pressions sibériennes. En février-mars 1997, les températures sont tombées à - 27 °C (tableau).

Seul un tiers des précipitations alimente les rivières et recharge les nappes. L'évapotranspiration potentielle (ETP) atteint 2 500 mm dans le Karakoum avec une radiation solaire de 543 à 585 kJ/cm2 et une insolation de 2 500 à 3 000 heures par an. Dans ces conditions de sécheresse, la couverture végétale du Kyzylkoum ne constitue une steppe si dense que grâce aux précipitations occultes captées par les végétaux.

Des sols squelettiques et souvent halomorphes (sols salés)

Les différents sols observés sont les sols sableux, les sols salés, les sols légers colluviaux alluviaux des piedmonts, les sols pierreux de l'Oust Ourt (encadré 1). L'aridité explique la faible quantité de matière organique de ces sols, avec un taux de 1 à 1,5 % dans la tranche supérieure des sols, de 0,5 % dans les sols sableux désertiques et de 0,7-1,2 % sur sols gris-brun et takyrs. La pédogenèse est ralentie, la richesse en carbonate est générale, les sels solubles tels le gypse, non lessivés, sont accumulés en encroûtements par l'évaporation près de la surface, produisant de vastes solontchaks.

Les sols sont pauvres, sauf dans le Khorezm où le delta de l'Amou Daria occupe une place privilégiée : il constitue en effet l'aire la plus fertile d'Ouzbékistan car il se situe à la rencontre des courants éoliens du Nord, dépositaires de nutriments, et des sédiments apportés par les dépôts fluviatiles de l'Amou Daria.

Le bassin de l'Aral couvre 151 millions d'hectares dont 99 sont agricoles avec (en millions d'hectares) 8,3 cultivés, 0,3 en jachère, 0,6 en fourrage, 89,4 en pâturages steppiques (à faible productivité : moins de 49 quintaux/ha/an) et 0,6 en plantations pérennes. L'Ouzbékistan a le plus de terres cultivées (4,3 millions d'hectares). Quatre-vingt-dix pour cent des terres cultivées du bassin (7,4 millions d'hectares) sont irriguées, avec 51 % de coton, 27 % de fourrage, 16 % de céréales, 5 % de pommes de terre, légumes et melons. Jardins, vignobles, pâturages occupent environ 10 % des terres irriguées. La salinisation des sols ne cesse de croître depuis 15 à 20 ans. Dans les hautes vallées, sur les terres médiocres du Ferghana, du Vakhsh et des cours moyens, la superficie salinisée dépasse 57 % et atteint 40 à 50 % des terres dans les cours inférieurs ; les aires ayant une salinité moyenne à haute, jusqu'à la stérilité, occupent 35 à 70 % des terres. Les nappes phréatiques sont remontées jusqu'à 1 à 3 m de la surface.

La répartition des végétaux xérophytiques varie en fonction de la nature du substrat et de la disponibilité en eau. Sur les 710 espèces d'halophytes d'Asie centrale, réparties en 19 familles, 30 % sont endémiques [4]. Dans le Kyzylkoum, les plantes de type C3 ont décru en nombre et en volume de biomasse, tandis que les plantes de type C4 (à métabolisme photosynthétique adapté aux grands ensoleillements) sont devenues dominantes, fait inhabituel dans un désert tempéré froid, mais expression de la dégradation du couvert végétal. Plus de 25 espèces ont été identifiées comme étant aptes à réhabiliter les sables du Kyzylkoum et les sols salinisés. Nombre d'espèces ligneuses et herbacées ont révélé leur capacité à briser les molécules toxiques et à assimiler les traces de métaux lourds.

Les Ouzbeks appellent ces aires steppiques « vieux désert », expression qui peut être retenue car, bien que revêtu d'une couverture végétale ouverte, le Kyzylkoum n'est pas fixé par une paléopédogenèse : il n'y a ni rubéfaction, ni gravillons latéritiques, ni prise en masse. Il est plus proche d'un désert que le Sahel d'Afrique, ce qui s'explique par la latitude et les hivers froids bloquant la biologie, donc la pédogenèse et la continentalité extrême, cause de l'absence de vrais Pluviaux pendant le Quaternaire.

Au nord de la frontière Ouzbékistan-Kazakhstan, la steppe à saxaouls (Haloxylon) est continue. Les sols dunaires forment des réservoirs d'eau, complétés par l'infiltration à partir des canaux de drainage empruntant les anciens bras du Sir Daria (Jani Daria et Kouban Daria). La nappe phréatique s'abaissant avec le niveau de base de l'Aral, le système dunaire perd son rôle de réservoir, et à la végétation arbustive sur les dunes se substitue une steppe à Ferula, Artemisia et graminées ou à des sols nus, vannés par le vent. En s'éloignant du Sir Daria, seuls les canaux de drainage majeurs alimentent encore l'aquifère : des bandes asséchées nouvellement désertifiées alternent avec des bandes étroites contenant encore de l'eau, salée certes, mais qui entretient la végétation, sorte de galerie végétale, tougai miniature.

Des micro-oasis nées du déversement incontrôlé des eaux de forages - un forage tous les 20 à 30 kilomètres, la plupart non entretenus car propriété de l'État et dont les quelques nomades ne s'occupent pas - ont sur une centaine de mètres, un faciès de fourré avec oiseaux, rongeurs, petits carnassiers, champignons, qui tranche dans le contexte de steppe « mosaïque ».

Le cœur du Kyzylkoum, à couverture végétale relativement dense, fait place, à sa périphérie, aux faciès plus dégradés que l'on retrouve depuis le Sud du delta de l'Amou Daria en suivant le Sir Daria, jusqu'au lac Arnassai, à la frontière Kazakhstan-Ouzbékistan.

Entre Sir Daria et Amou Daria, le Kyzylkoum est un erg fixé où ont coulé d'autres oueds, secs de nos jours, notamment l'Akcha Daria (carte 1), fournisseurs d'eau pendant les époques paléo-humides. Il est réactivé autour des agglomérations et des campements, aires de surpâturage et sur les sites délaissés de cultures irriguées, visibles par survol aérien. Chaque végétal ligneux s'accompagne d'une butte zoo-phyto-éolienne dont le sable est maintenu par un enrichissement en matière organique avec des bactéries favorables à sa minéralisation, par des algues, des lichens et des mousses. Quand le végétal qui a servi de peigne au sable fin est en voie de dessèchement et disparaît, la déflation efface la butte en deux ou trois ans.

Encadré 1

Les principaux sols des aires sèches d'Asie centrale

Sols sableux :

Les plus favorables au développement de la végétation naturelle de xérophytes de la famille des Haloxylon, avec des îlots réactivés de dunes vives, ils sont représentés par le Kyzylkoum et le Karakoum. Leur minceur est générale dans le premier, avec des taches isolées de solontchaks et de takyrs.

Sols salés :

- Les siérozems, beige à brun, sont sur affleurements rocheux et plateaux à horizon supérieur pierreux. Y apparaissent des compactions en surface, une salinisation de 5 à 15 cm et des précipitations gypseuses de 50 à 70 cm. Sur les lœss, des siérozems légers avec des dépôts de carbonate de calcium en fibres dans les horizons supérieurs et de gypse à plus grande profondeur.

- Les solontchaks se trouvent dans les dépressions à niveaux aquifères peu profonds où s'accumulent des formations salées (NaCl, sulfates). Des solontchaks secondaires, conséquences désastreuses de l'irrigation, occupent de vastes superficies des deltas de l'Amou Daria (Khorezm) et du Sir Daria.

Les takyrs :

Ce sont des aires argileuses d'accumulation d'un ruissellement temporaire. En se desséchant ils donnent des polygones de dessiccation.

Sols des aires palustres et marécageuses :

Sols des plaines alluviales et des deltas, ils contiennent 3 à 4 % de matière organique. Le niveau piézométrique des aquifères sous les plaines est rarement en dessous de 3 à 5 m, sauf sous les terres irriguées et les deltas, où il y a engorgement, avec une minéralisation variant de 1 à 15 g/l.

Sols légers des piémonts :

Sols alluvio-colluviaux, où les aquifères sont à des profondeurs plus grandes sauf sous les aires irriguées.

Sols désertiques pierreux :

Sols du plateau marno-calcaire de l'Oust Ourt.

Une occupation humaine traumatisante

Un semi-désert anciennement habité

Nous avons déjà insisté sur l'anthropisation de ces milieux : le bassin de l'Aral est en effet un vieux site d'occupation humaine (encadré 2).

À l'optimum Holocène inférieur des VIIIe, VIIe et VIe, millénaires BC, les lacs de l'épisode humide du Lavlakien (en turc,
« lieu avec des cigognes » - de l'onomatopée « lac-lac ») (6 000-4 000 BP) étaient nombreux, alimentés par des pluies de printemps de 140 mm/an. Au Néolithique se juxtaposent les cultures du Lavlakien (le site de Lavlak est à 200 km à l'E-NE d'Ayagagitma), les sites de même âge sur le delta du Zerafshan au nord d'Ayagagitma (à 100 km au nord-est de Boukhara) et autour du massif du Kouldjouktau au nord-est d'Ayagagitma, simultanément à des résidus de culture Kelteminar (6 000 à 4 000 BP) de chasseurs-cueilleurs-pêcheurs - en contact avec l'Afghanistan et l'Oural -, et d'autres résidus de l'économie d'agriculteurs Djeitoun (9 000 à 7 000 BP) au pied du Khopet Dag et sur les franges du Karakoum et celle des Hissariens, éleveurs des hautes terres de l'Est [5-7].

Les sites méso-néolithiques se comptent par milliers, entre 12 000 BP et 5 000 BP, dans le Kyzylkoum, témoignant de précipitations favorables entre 6 000 et 4 000 BP, dont le site d'Ayagagitma [7]. Les sites néolithiques (5 000 à 3 000 BP) sont encore nombreux. Plus tard ils se raréfient, l'occupation y devient courte. Au IIIe millénaire, rares, avec un ou deux tessons, ils indiquent des campements brefs. Ce déclin signe une sécheresse, avec disparition des lacs. À cette époque, durant l'âge du bronze, le désert se vide au profit des piémonts de Touranie et du delta de l'Amou Daria, sièges du développement, où l'occupation humaine évolue vers une civilisation hydraulique agricole. Au début du Ier millénaire avant notre ère, en voie d'assèchement, le cours du Mourgab est canalisé.

Le lac Aral a connu des transgressions et des régressions naturelles au Quaternaire et dans la préhistoire [8]. Lors de l'invasion mongole du xe siècle et des campagnes de Timour au xive siècle, la destruction des systèmes d'irrigation entraîne de fortes variations du lac. Durant les deux derniers siècles, les oscillations ne dépassent pas 4 mètres [9]. Au xxe siècle, jusqu'aux années 50, elles sont négligeables car les trois modes d'occupation de l'espace - élevage semi-nomade, nomade et irrigation d'oasis amorcée dans le Sud de la vallée de Surkhan Daria (carte 2), sur le Mourgab et le Tedjen - s'équilibrent, avant les nouvelles initiatives soviétiques des années 60.

Encadré 2

L'occupation humaine du bassin de l'Aral

* Vers 3 500 000 ans BP : l'Acheuléen du bassin de l'Aral.

* Vers 1 600 000 BP : l'Acheuléen en Ouzbékistan.

* Vers 300 000 BP à 40 000 BP : le Moustérien.

* Vers 40 000 BP : l'amorce du Paléolithique, qui dure jusqu'à 12 000 BP, s'achevant par le Magdalénien entre 15 000 et 12 000 BP (âge des foyers des chasseurs de rennes de passage à Pincevent, dans le bassin de la Seine).

* 12 000 BP à 5 000 BP : le Mésolithique.

* 5 000 à 3 000 BP : le Néolithique.

* 3 000 BP à 2 000 BP : l'âge du bronze.

* Vers 1 000 BP : début de l'âge du fer.

Colonisation soviétique et désertification

Alertée par les scientifiques, l'URSS connaissait la vulnérabilité de ces milieux secs. Traditionnelle en Asie centrale, l'irrigation fut néanmoins privilégiée comme stratégie de développement. On sait maintenant que les Russes ont trouvé l'assentiment des États et que leurs propositions ont été souvent dépassées par l'appât du gain : des terres secrètement irriguées n'apparaissaient dans les statistiques que pour augmenter les valeurs de la production.

Outre l'irrigation, l'exploitation des minerais est jusqu'à nos jours l'autre stratégie de développement, malgré les difficultés de l'exportation, la pollution des paysages par les stériles d'extraction et les produits de traitement. Consciente de l'intérêt des minerais d'Asie centrale, l'URSS fit des recherches géologiques remarquables et le point des ressources énergétiques (charbon, pétrole, gaz) et minérales : or (83 t/an en Ouzbékistan en 1996), antimoine, mercure, cuivre, plomb, zinc, étain, tungstène, molybdène, fluor, argent, strontium, lithium, magnésium, phosphates, sels et matériaux de construction (sable, bentonite, granite, marbre, basalte, dolomie). À l'indépendance, les ressources du sous-sol étaient connues. Les recherches pétrolières dans le sillon de l'Aral-Amou Daria ont été abandonnées après la découverte du gisement de Gasli dans la région de Boukhara (carte 1), gisement qui sera épuisé en 2015.

Ni les ressources médicinales (boues, plantes), ni les conditions climatiques favorables avec 200 j/an chauds et secs au bord de l'Aral, ni les superbes plages sableuses du lac et le majestueux escarpement du Chink, ni les atouts touristiques des villes bimillénaires Khiva, Kounya Ourgentch, Boukhara, Samarcande, des forteresses et des autres villes en ruines de la Route de la Soie n'ont échappé à la sagacité soviétique. Mouinak était, avant la catastrophe de l'Aral, une « Venise d'Asie ». D'anciens hôtels-maisons de repos, dits « sanatoriums » - furent construits aux bords de l'Aral pour la nomenklatura. Isolés de l'eau par une aire sableuse nue en 1991, ils sont, en 1999, entourés d'une forêt de saxaouls et délibérément détruits par leurs propres entrepreneurs. Sur la rive est, les anciens « camps de travailleurs » ont aussi été démolis. L'aire de dunes littorales a été recolonisée par la végétation en moins de dix ans.

Le Chink n'est pas fréquentable par le tourisme à cause des essais nucléaires souterrains, dont l'un de nous a vu, en 1998, les cratères en surface et l'effondrement de pans géants de l'escarpement. L'île de Vozrojdenyé (de la Résurrection), abandonnée en 1993 lors des indépendances, est devenue « un incubateur géant de bactéries et d'agents infectieux » [10] ; l'assèchement de l'Aral en fait une presqu'île isolée par des fonds peu profonds rendant possible la migration vers le continent de la faune insulaire contaminée. Dans le delta du Sir Daria, depuis début 1999, le Kazakhstan subit une épidémie rampante de peste bubonique (7 cas signalés) et une reprise incertaine de la variole ; seraient en cause les armes bactériologiques (notamment la bactéridie charbonneuse, dont les spores infectieuses survivent des décennies dans le sol) et chimiques expérimentées dans cette île par les Soviétiques [11].

Un choix erroné de stratégie de développement en écosystème sec endoréique

L'irrigation en Asie centrale est restée modeste depuis des millénaires, sans destruction de l'équilibre écologique, sauf dans la Steppe de la Faim, jusqu'au programme d'irrigation industrielle des années 60 de l'URSS qui provoqua :

- une baisse du débit des cours d'eau, surtout des cours inférieurs de l'Amou et du Sir Daria ;

- l'assèchement des bras de l'Amou et du Sir Daria dans les deltas ;

- la disparition de lacs naturels ;

- l'apparition de plans d'eau pollués à la périphérie des aires irriguées ;

- et la considérable diminution de la superficie du lac.

Fin 1999, le recul du rivage dépasse 70 kilomètres au sud-est, la salinité est de 21 g/l dans Maloie More et de 45 à 55 g/l dans Bolchoi More, et l'île de Vozrojdenyé (carte 4) n'est plus séparée du rivage sud que par 2 kilomètres. S'y ajoutent les paysages dénudés sur le fond exondé de l'Aral, la perturbation du régime d'humidification des sols, la remontée du sommet des nappes aquifères jusqu'à l'engorgement et l'augmentation de l'évapotranspiration d'une végétation nouvelle le long des canaux, estimée à 0,6 km3/an le long du canal du Karakoum. La surface irriguée en 1984 était de 7,2 millions d'hectares en Asie centrale, soit 38 % du total de l'ex-URSS.

Les systèmes d'irrigation élaborés et entretenus à des niveaux médiocres n'étaient souvent utilisés qu'à 50 %. En Ouzbékistan, au début des années 70, 40 % des terres nouvellement irriguées n'étaient pas cultivées et au Turkménistan des milliers d'hectares de terres étaient irrigués à l'insu des statistiques officielles. L'erreur la plus grossière fut l'exploitation de terres de faible productivité, difficiles à valoriser à cause de leur salinité, exigeant beaucoup d'eau pour le lavage. Alors que l'évaporation était de 3,3 à 4,1 km3/an, la non-imperméabilisation des canaux a conduit, pour le canal du Karakoum, à une perte supplémentaire de 1,9 à 2,3 km3/an d'eau et la consommation d'eau a été multipliée par trois durant les sept dernières décennies, jusqu'à dépasser 90 km3/an, dont 85 à 98 % pour l'irrigation (Glazovski, communication verbale).

Au début des années 80, selon les calculs, la moyenne d'eau nécessaire pour l'irrigation était de 9 400 m3/ha/an en Ouzbékistan et dans les autres Républiques de l'ex-URSS alors que l'usage réel atteignait 15 400 m3/ha/an. Simultanément, le volume d'eau d'irrigation est évalué de 29 à 46-47 km3/an, imprécision qui confirme l'usage irrationnel de l'eau. Le drainage est tout aussi approximatif : 25 à 26 km3 sont rejetés vers les rivières, 11 à 12 km3 vers les lacs ou les dépressions asséchées et 14 à 15 km3 n'importe où dans les semi-déserts. En fait aucune mesure objective n'existe, du fait, surtout, de la gratuité de l'eau.

État actuel de la désertification par pollution chimique prédominante

Si la superficie des terres irriguées, l'emploi de pesticides, herbicides et autres fertilisants peuvent être limités, il est plus ardu de résoudre la pollution industrielle et agricole, la contamination de l'eau et de l'air et surtout des sols. Le bassin de l'Aral est la plus vaste aire sèche du monde victime de pollution chimique généralisée.

La pollution industrielle est maximale dans la région de Tachkent : les gaz toxiques qui y sont émis ainsi que dans la vallée de Ferghana et dans l'oasis de Zerafchan (Kyzylkoum) dépassaient, lors de l'indépendance en 1991, de 1,5 à 6 fois les concentrations permises, conséquence de la faiblesse des dépenses pour la lutte contre la pollution, correspondant seulement 0,25 % des dépenses globales de l'Ouzbékistan, soit 6 à 7 fois moins qu'en URSS, alors qu'elles atteignent 3,5 % en Europe, au Japon, aux États-Unis. Le taux de réduction des émissions toxiques, de 6 % en URSS, n'est que de 0,5 % en Ouzbékistan [12]. Les déchets de la cimenterie de Kuva au Ferghana (carte 1) contiennent 34 fois le taux autorisé de résidus pétroliers ; il en est de même des résidus de l'industrie de Margilan (Ferghana). En 1989, sur les 33 stations d'épuration d'eau, aucune
ne fonctionnait normalement : mal construites, elles étaient sursaturées et techniquement non satisfaisantes [12]. Les entreprises de fertilisants minéraux sont les plus dangereuses. La salinité en carbonates, chlorures et sulfates des sols [13] atteint les taux sévères de 1,2 à 3 % et favorise leur compaction.

Comme dans le monde entier, l'agriculture participe à la désertification chimique mais des handicaps spécifiques pèsent sur l'Asie centrale :

* L'insuffisance d'entrepôts fermés pour conserver fertilisants et pesticides, soumis de ce fait à une sévère dissémination éolienne. La république d'Ouzbékistan, lors de son indépendance, ne satisfaisait que 40 % de ses besoins en magasins.

* L'Ouzbékistan avait, en 1990, plus de 1 000 tonnes de pesticides non autorisés dans ses entrepôts et, dans ses eaux courantes et dans les sols des plantations de fourrage (luzerne), d'oignons et de maïs, des concentrations élevées de DDT, pourtant interdit ; sous plants de coton, les taux sont 31 à 86 fois plus élevés que les taux permis. La monoculture exigea un suremploi de fertilisants minéraux (nitrates, phosphates, potassium) allant au-delà des besoins des plantes, et de défoliants, eux aussi balayés par le vent. Le surplus est entraîné vers les eaux courantes et, par infiltration, vers les nappes. Les auréoles de pollution autour des aéroports sont dues au stockage d'intrants chimiques pour l'agriculture (Ergashev, comm. verbale).

* Un grand nombre de légumes cultivés contiennent des métaux lourds.

* Soixante-dix pour cent des résidus liquides provenant de l'élevage, non recueillis dans des cuves ni traités, se répandent dans les eaux des rivières et des nappes. L'Amou Daria est un égout dès l'amont de son bassin ; y participent Samarcande, Navoi, Boukhara, sur le Zerafchan, même si l'écoulement de surface du Zerafchan s'interrompt à 12 kilomètres en aval de Boukhara. L'oxyde de carbone produit en excès à Samarcande et à Navoi (carte 1), le phénol à Boukhara, des phosphates à Samarcande sont responsables de pollution. Sur le cours même, à Chardzou (carte 4), l'acide fluorhydrique et les benzopyrènes entraînent une pollution particulièrement dangereuse ; à Ourgentch (carte 1), le dioxyde de soufre est le polluant majeur ; à Tachauz (carte 4), ce sont les poussières et les benzopyrènes.

Au cours des trois dernières décennies, la minéralisation accrue des eaux, suite aux rejets de drainage, est passée, pour les eaux de surface, de 0,7 à 4,6 g/l, et pour celles des nappes aquifères, de 1,5 à 5 g/l ; dans la vallée de la Kashka Daria (carte 1), elle a été multipliée par deux. Dans l'espace oasien de Boukhara, la pollution de l'eau par HCO3- varie de 8 à 18 %, par Cl- de 16 à 27 %, par SO2-4 de 55 à 67 %, combinés à l'ions Ca++, Mg++, Na+ et K+ [13]. L'arrivage de sels dans les eaux de drainage est de 12 millions de t/an à la fin des années 80. Les nombreuses industries polluantes du Ferghana, à l'amont du Sir Daria, rejettent 12 km3 d'eaux de drainage minéralisées à plus de 10 g/l.

Une laborieuse recherche de solutions

Le déplacement des populations est à rejeter d'emblée, car les Karakalpaks et les Ouzbeks répugnent à s'expatrier. Il serait hypocrite de suggérer que la diminution de la superficie emblavée en coton soit appliquée, car le coton reste l'emblème national et le président de l'Académie des sciences, branche de Noukous, nous a fièrement fait part en 1997 des recherches qui ont abouti à trouver une variété qui « pousse sans eau » ! Il ne serait pas plus efficace de répéter qu'il faut exploiter les eaux souterraines, utiliser plusieurs fois les eaux de drainage, régulariser le débit des cours d'eau car tout programme d'économie d'eau est d'un coût élevé. Les projets « gigantomaniaques » de détournement des fleuves sibériens, encore périodiquement à l'ordre du jour, sont utopiques, les conséquences à moyen et long terme de tels travaux pharaoniques étant imprévisibles. Fin avril 1999, les images satellitales NOAA révèlent une brèche dans le barrage de terre que le maire d'Aralsk a édifié pour séparer le Petite Mer de la Grande Mer et conserver toute l'eau du Sir Daria dans la seule Petite Mer. En juin, le barrage était emporté.

« Il n'y a pas de solution simple pour l'aménagement hydrique en Asie centrale », écrit Miklin [14]. Le drame de l'Aral résulte en effet de maladresses additionnées depuis l'amont des bassins versants. En septembre 1988, un décret gouvernemental fait de la question de l'Aral une priorité nationale. Cependant, dans sa conclusion de l'International Seminar « The Desert of Central Asia : Protection and Development », Tashkent, 3-5 nov. 1997, à l'organisation duquel des auteurs de cet article ont participé, le Dr Khabiboulaev, président du Comité d'État pour la science et la technologie de l'Ouzbékistan, estime que la question de l'Aral en soi, terminus de méfaits autochtones et allochtones, n'est plus une priorité, car elle se corrigera si des améliorations sont apportées à l'amont des bassins tributaires. Ainsi est proposée la gestion automatique du canal sud d'irrigation de la Golodnaya Steppa, faisant bénéficier l'Aral d'une économie d'eau de 3 km3/an.

Les solutions locales ne sont pas négligées : le projet de gestion de l'eau de Samarcande - recherche des fuites, changement des pompes et robinets défectueux, pose de compteurs de consommation et facturation, formation du personnel à l'éducation environnementale - est une autre contribution à la réhabilitation de l'Aral. Le projet franco-ouzbek d'approvisionnement en eau potable de Mouinak, ancien port sur l'Aral, outre l'exploitation d'eau souterraine, comporte le long des 12 kilomètres de la ville (sans transports en communs, ceux de la période soviétique ayant disparu) cinq stations de potabilisation fournissant, y compris à l'hôpital, 5 l/j et par personne.

Dans la seconde moitié de la décennie 1980, les espèces autochtones et implantées de poissons disparurent ; la pêche cessa à la fin de 1983. De nos jours, seules quatre espèces subsistent. Parmi les solutions locales, outre le projet de polders proposé par Razakov pour remédier à la disparition de la pêche dans le lac, des plans d'eau artificiels furent créés dans les années 80 et utilisés pour la pêche, avec la construction de digues et l'inondation de baies de l'ancien Aral : Mouinak, Sarbas (ex-Rebatski), Ajibay, Hiltizbay (carte 1). Des réservoirs artificiels, Mejdourechie, Dantkoul et 30 plans d'eau de 200 000 hectares sont utilisés au Karakalpakstan pour la pêche.

Au sud de l'Aral, la plupart des plans d'eau actuels sont concentrés dans les deltas et sont naturels : Karateren, Soudoché, le système Khojakoul-Karaja, Domalak, Makpalpoul, Akhchakoul. Certains étaient connectés à l'Aral. Depuis les années 70, de nouveaux plans d'eau sont apparus, formés par les eaux de drainage : Sarykamish, Ayazkala et d'autres, innominés.

Mejdourechie (carte 1) est situé entre deux bras de l'Amou Daria, l'Akcha Daria et le Kipcha Daria (carte 1), dans une dépression naturelle où a été créée une des plus vastes aires d'irrigation. Plus grand réservoir artificiel de la région sud de l'Aral - une superficie de 38 700 hectares et un volume de 800 millions de m3, il remplace dans cette dépression plus de dix lacs et les diffluences arrivant sur la rive gauche de l'Amou Daria par les digues défoncées. Au début des années 60, avec des prélèvements sur l'Amou Daria, l'alimentation en eau devint discontinue et la majorité des lacs, sauf Shege et Koksou, étaient secs en 1965. Pour la remise en eau, un réservoir en terre fut créé en 1968 à Baikhoja sur l'Amou Daria, détruit et plusieurs fois reconstruit en 1975, 1978 et 1982 à Shuak ; il existe toujours. Le régime du réservoir est instable, ses digues du nord et du nord-est furent éventrées en 1983, 1987, 1992, avec de catastrophiques dessèchements et dépôts de silts. Cet exemple révèle que la politique du gigantisme se poursuit encore et que l'inattention vis-à-vis de l'instabilité hydrologique perdure.

Les baies de Mouinak et de Sarbas au sud de l'Aral s'asséchèrent dès les années 70. La première, fermée par une digue entre 1979 et 1980 pour l'irrigation et la pêche, est alimentée depuis 1983 par le réservoir de Mejdourechie ; à l'ouest, ses deux usines hydroélectriques ne fonctionnent plus. L'ichtyofaune y est représentée par 39 espèces de neuf familles dont 23 Cyprinidae. La baie de Sarbas a commencé à recevoir son eau en 1990 ; La digue qui la ferme s'est souvent brisée, notamment en 1992, dans le quart nord-ouest, avec une baisse de l'eau entraînée avec les poissons vers de petites mares ; son assèchement fut catastrophique. Elle fut remise en eau en 1994 par la construction du canal d'alimentation de Marinkin ; la digue est actuellement en voie de consolidation.

Ces plans d'eau artificiels, profonds de 2 à 4 m seulement, sont chauffés l'été par le soleil sur toute leur épaisseur, la température maximale atteint 28 à 30 °C. Les vents participent à l'homogénéisation de la température. En hiver, les lacs sont gelés sur 30 à 40 cm pendant 3 à 3,5 mois. Lors d'hivers froids (1988-89, 1993-94), les poissons meurent. La teneur en sels des eaux est celle de l'Amou Daria : 1-2,4 g/l et jusqu'à 4 à 5 g/l pendant les sécheresses. Les anions chlorures et sulfates dominent et, parmi les cations, les métaux alcalins. Riches en ions Ca++ et Mg++, toutes les eaux de la région du bas Amou Daria sont dures - 11 à 130 milliéquivalents (meq) - sauf celles des lacs recevant une alimentation fluviale, dont les principaux réservoirs autour de Mouinak, baies de Mouinak et de Sarbas et réservoir de Mejdourechie ont une dureté qui n'atteint que 10,7 meq. Pour les poissons, la concentration permise est de 180 mg/l en calcium et de 40 mg/l en magnésium : or ces cations sont, du fait de l'arrivée d'eaux de drainage, en excès permanent dans les eaux de l'Amou Daria.

Tous les plans d'eau sont exploités mais leur utilisation est soumise à des stress répétés, du fait de l'instabilité du régime du bas Amou Daria, de la qualité médiocre des digues et de l'absence de régulateur de l'écoulement. Des baisses brutales du niveau de l'eau tuent les jeunes poissons phytophiles qui sont les plus représentés, ce qu'aucune pratique de sauvetage ne peut éviter. Le maintien d'une pêche durable dans ce contexte de régime instable exige que la situation hydrologique soit stabilisée par un apport suffisant d'eau de qualité, essentiellement au printemps et en été, que les berges de tous les plans d'eau soient renforcées et approfondies par dragage. Dans la baie de Mouinak, une régularisation des apports d'eau est nécessaire pour améliorer les échanges et le régime des gaz dans la partie survégétée de la baie, en maintenant le niveau de l'eau pendant les périodes de frai (seconde moitié d'avril à juin), en portant une attention particulière aux espèces indigènes - barbeau de l'Aral, poisson-chat et sandre -, en favorisant leur élevage artificiel [15].

L'une des solutions les plus prometteuses est la réhabilitation des pâturages et de la couverture végétale par des halophytes, dont 28 variétés ont été classées selon leur régime, leur pollinisation, leur habitat, leur intérêt économique et dont certaines peuvent servir à la fixation des sables et au dessalement des sols, d'autres à leur réhabilitation, d'autres enfin constituer une réserve médicinale, fourragère, industrielle pour la pâte à papier, et énergétique [13]. Ce riche potentiel devrait donner lieu à des programmes d'études.

CONCLUSION

Les grandes dimensions des unités paysagères, leur extrême platitude topographique, l'endoréisme à tous les niveaux des bassins versants, la difficile prise de conscience de la limite des ressources et l'instabilité hydrique handicapent tout aménagement dans ces espaces. L'équilibre n'a pu être maintenu entre les activités humaines et cet environnement si spécifique, la vulnérabilité du milieu n'ayant pas été prise en compte [16]. Les sociétés traditionnelles, surtout d'éleveurs, de pêcheurs et d'agriculteurs, bien que géniaux découveurs de ressources et conscients des contraintes naturelles, n'avaient pas dans leur patrimoine culturel les solutions de réhabilitation de leur environnement. Bekjanov Esjan, le vieux pêcheur Karakalpak de 82 ans interrogé à Mouinak le 25 juin 1999, ne s'explique pas le recul de l'Aral. C'est aussi sans restriction ni mauvaise conscience que les États ont accepté les programmes de développement mis en œuvre par les Soviétiques. La tentation était forte de profiter de toutes les occasions d'améliorer le niveau de vie par tout profit possible, d'autant plus qu'il s'agit de populations vivant dans un contexte géo-climatique difficile et en croissance démographique. Ainsi s'expliquent les abus de toutes sortes au détriment de l'environnement, surtout des ressources en eau et en sols, qui ont abouti à la désastreuse situation actuelle, dont la responsabilité n'est pas exclusivement imputable aux Russes.