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Consommation de cannabis dans une région du Centre tunisien


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 21, Numéro 4, 233-9, Octobre-Novembre-Décembre 2011, Études originales

DOI : 10.1684/san.2011.0274

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Hajer Mabrouk, Haithem Mechria, Anwar Mechri, Wahiba Douki, Lotfi Gaha, Mohamed Fadhel Najjar, Hôpital universitaire Fattouma-Bourguiba de Monastir Laboratoire de biochimie-toxicologie 5000 Monastir Tunisie, Hôpital universitaire Fattouma-Bourguiba de Monastir Laboratoire « Vulnérabilité aux psychoses » LR 10 ES 05 Service de psychiatrie 5000 Monastir Tunisie.

Résumé : Objectif : ce travail a pour objectif de préciser le profil sociodémographique des consommateurs de cannabis, ainsi que les caractéristiques et les effets de la consommation. Méthodes : notre étude transversale et descriptive a concerné 205 sujets (191 hommes et 14 femmes), âgés de 25,9 ± 7,9 ans. La consommation des médicaments psychotropes et/ou de cannabis a été confirmée par une analyse toxicologique. Résultats : dans notre population d’étude, 61 % des sujets étaient consommateurs de cannabis avec une prédominance masculine de 94,4 %. Les consommateurs étaient des adultes jeunes, âgés de 25,8 ± 8,8 ans en moyenne, célibataires (81,6 %), de niveau scolaire primaire (62,4 %), ayant une activité professionnelle (72 %) et résidant dans des zones urbaines (77,6 %). Au total, 28,8 % avaient des antécédents personnels psychiatriques. L’âge moyen du début de consommation était de 20 ans. La consommation associait fréquemment l’alcool et le tabac (72 %). La consommation de cannabis était quotidienne chez 40 % des sujets. La majorité de ceux qui ont consommé de la drogue l’ont fait au cours de réunions entre amis. Dans la plupart des cas, le recours au cannabis était considéré comme un moyen de fuir les problèmes (29,3 %), de relaxation (20,2 %), d’expérimentation (18,2 %) et de recherche de plaisir (16,7 %). Conclusion : ces données suggèrent l’importance d’une prévention primaire de l’usage précoce, associée à une prise en charge rapide des personnes engagées très jeunes dans la consommation de cannabis.

Mots-clés : cannabis, modalités de consommation, Tunisie

Illustrations

ARTICLE

san.2011.0274

Auteur(s) : Hajer Mabrouk1,,2 hajer_mabrouk@yahoo.fr, Haithem Mechria2 mechriahaithem@yahoo.com, Anwar Mechri2 anwar_mec@yahoo.fr, Wahiba Douki1,2 wahiba.douki@yahoo.fr, Lotfi Gaha2 gaha.lotfi@rns.tn, Mohamed Fadhel Najjar1 najjar.fadhel@rns.tn

1 Hôpital universitaire Fattouma-Bourguiba de Monastir Laboratoire de biochimie-toxicologie 5000 Monastir Tunisie

2 Hôpital universitaire Fattouma-Bourguiba de Monastir Laboratoire « Vulnérabilité aux psychoses » LR 10 ES 05 Service de psychiatrie 5000 Monastir Tunisie

Tirés à part : H. Mabrouk

Le cannabis, de son nom scientifique Cannabis sativa, est une plante à chanvre successivement utilisée pour la fabrication de papier, comme plante sacrée, comme médicament sédatif et antalgique, puis enfin comme drogue psychodysleptique [1].

Le cannabis est le produit psychoactif illicite le plus fréquemment consommé chez les adolescents et les jeunes adultes en France et dans les pays occidentaux [2, 3]. L’usage du cannabis est en baisse depuis 2003 [4]. La consommation à raison de dix fois dans le mois est plus fréquente chez les jeunes de 17 ans (6,8 % des filles et 17,7 % des garçons) et de 18 à 25 ans (6,3 %) que chez les adultes de 26 à 44 ans (1,3 %) [5–7]. Selon l’enquête sur les toxicomanies au Canada (ETC) en 2004, près de 61,4 % des jeunes ont consommé du cannabis au cours de leur vie et 37 % en ont consommé au moins une fois au cours des 12 derniers mois [8].

En 2004, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), le développement d’une consommation régulière parmi les adolescents et les jeunes adultes ainsi que les niveaux atteints conduisent à s’interroger sur les modalités de consommation ainsi que sur les conséquences somatiques et psychiatriques de ces niveaux d’usage [7]. En effet, selon l’enquête sur la santé et les consommations lors de l’appel de préparation à la défense (ESCAPAD), en 2008, 2,2 % des jeunes de 17 ans ont déjà fumé du cannabis au cours de leur vie [4].

La Tunisie est également concernée par les conduites toxicomaniaques malgré une législation répressive.

Notre travail a pour objectifs d’étudier le profil sociodémographique des consommateurs de cannabis, ainsi que les caractéristiques et les effets de la consommation.

Population d’étude et méthode

Population d’étude

Notre étude a concerné 205 sujets (14 femmes et 191 hommes) âgés de 25,9 ± 7,9 ans (16 à 79 ans), résidant dans les gouvernorats de Monastir ou de Mahdia (figure 1), interpellés pour suspicion d’usage de stupéfiants, examinés dans le service de psychiatrie du CHU de Monastir et qui ont bénéficié d’un bilan toxicologique dans le cadre d’une expertise médico-légale.

Méthode

Nous avons effectué une étude transversale descriptive durant neuf mois (janvier-août 2009). Les données ont été recueillies sur une fiche comportant divers renseignements (âge, sexe, habitudes de vie, antécédents psychiatriques personnels et familiaux, âge de début et rythme de consommation du cannabis, modalités de consommation et résultats des analyses toxicologiques).

L’interview s’est déroulée après le consentement verbal et éclairé du sujet ainsi que l’assurance de son anonymat et de la confidentialité du contenu de cet entretien, en présence d’un psychiatre qui a assuré l’examen clinique.

La consommation de médicaments psychotropes et/ou de cannabis a été confirmée par une analyse toxicologique.

Les données ont été analysées par le logiciel Statistical Package for Social Sciences (SPSS® 15.0). Nous avons utilisé les statistiques descriptives (pourcentage, moyenne et écart type).

Résultats

Sur les 205 sujets interrogés, 125 ont reconnu avoir déjà consommé au moins une fois du cannabis, ce qui représente une fréquence globale de 61 %.

Chez cette population, nous avons noté une nette prédominance masculine avec 118 hommes (94,4 %) pour sept femmes (5,6 %). Les consommateurs sont âgés de 16 à 79 ans avec une moyenne de 25,8 ± 8,8 ans, en majorité célibataires (81,6 %), de niveau scolaire primaire (62,4 %), ayant une activité professionnelle (72 %) et résidant dans des zones urbaines (77,6 %). Dans cette étude, 28,8 % de notre population avaient des antécédents personnels psychiatriques et 25,6 % de nos sujets avaient des antécédents familiaux psychiatriques (tableau 1).

Tableau 1 Caractéristiques sociodémographiques des consommateurs de cannabis (n = 125).

Social and demographic characteristics of cannabis users (n = 125).

n %
Âge moyen 25,8 ± 8,8
Sexe
 Hommes 118 94,4
 Femmes 7 5,6
Statut marital
 Célibataires 102 81,6
 Mariés 19 15,2
 Divorcés 4 3,2
Niveau scolaire
 Analphabète 1 0,8
 Primaire 78 62,4
 Secondaire 39 31,2
 Supérieur 7 5,6
Activité professionnelle
 Professionnel en activité 90 72
 Chômeurs 25 20
 Scolarisés 10 8
Lieu de résidence
 Urbain 97 77,6
 Semi-urbain 28 22,4
Antécédents familiaux psychiatriques 32 25,6
Antécédents personnels psychiatriques 36 28,8

L’âge moyen du début de consommation était de 20,6 ± 5,6 ans avec des extrêmes de huit et de 49 ans. Nous avons noté que, en général, le début de la consommation de tabac et d’alcool était antérieur à celui du cannabis chez les usagers de notre étude (15,6 ± 3,2 ans pour le tabac et 17,6 ± 3,9 ans pour l’alcool) (figure 2).

Soixante-douze pour cent des sujets ont associé le tabac et l’alcool au cannabis. Les médicaments psychotropes étaient également fréquemment associés (15,2 %), alors qu’une minorité (1,6 %) a associé au cannabis d’autres drogues illicites. Quarante pour cent consommaient du cannabis quotidiennement et 29,6 % de façon hebdomadaire. Cette consommation était mensuelle dans 11,2 % des cas et occasionnelle dans 8 % (tableau 2).

Tableau 2 Répartition des sujets selon les drogues associées et selon la fréquence de consommation du cannabis.

Distribution of subjects according to drugs associated with and frequency of consumption of cannabis.

Drogues associées Nombre %
Tabac + alcool 90 72
Tabac + alcool + médicaments psychotropes 18 14,4
Tabac 12 9,6
Alcool 3 2,4
Alcool + drogues illicites 1 0,8
Tabac + alcool + médicaments psychotropes + drogues illicites 1 0,8
Rythme Fréquence de consommation Nombre %
Quotidien Une fois par jour 19 15,2
Plusieurs fois par jour 31 24,8
Hebdomadaire Une fois par semaine 16 12,8
Deux à quatre fois par semaine 21 16,8
Mensuel Une fois par mois 10 8
Deux à trois fois par mois 4 3,2
Occasionnel Au moins une fois dans les six derniers mois 8 6,4
Deux à cinq fois dans les six derniers mois 2 1,6
Non précisé 14 11,2

Parmi les sujets, 52,8 % ont déclaré consommer fréquemment le cannabis avec des amis et 36 % seuls.

Les motivations des individus ayant consommé au cours de l’année apparaissent plus contrastées. Les principales raisons sont la fuite des problèmes (29,3 %), la recherche de relaxation (20,2 %), le besoin d’expérimentation (18,2 %) et la recherche de plaisir (16,7 %). Une minorité a cité comme motif de consommation la recherche de sensations fortes ou bien la considère comme un moyen de vaincre sa timidité (figure 3).

Discussion

Dans notre étude, la consommation de cannabis était nettement plus fréquente chez les sujets de sexe masculin. Ce résultat concorde avec ceux d’autres études concernant la toxicomanie au cannabis. Ainsi, Beck et al. [9] ont rapporté que la consommation de cannabis est plus fréquemment rencontrée chez les hommes que chez les femmes dans tous les pays européens (7,3 % des hommes versus 2,5 % des femmes), la différence étant d’autant plus importante que l’on observe des niveaux d’usage élevés. Par ailleurs, l’usage fréquent de cannabis est une pratique croissante en France qui concerne surtout les adolescents et les jeunes adultes et plus les hommes que les femmes [10–13].

La fréquence de la consommation de cannabis dans notre étude (61 %) était plus élevée que celle de 50 % rapportée par Worne et al. [1] et que celle de 54 % rapportée par Ducongé et Chabrol [14] en 2005. Selon ces auteurs, 67 % des garçons et 45 % des filles ont consommé du cannabis au moins une fois.

Selon l’OFDT [13], l’expérimentation du cannabis a lieu très massivement au cours de l’adolescence, les prévalences croissent très rapidement avec l’âge au cours de cette période de la vie. En 2005, 49,5 % des jeunes de 17 ans déclaraient avoir déjà pris du cannabis au cours de leur vie.

Dans notre étude, 63,2 % des sujets consommateurs étaient âgés de 19 à 25 ans et 3,2 % des mineurs étaient âgés de 16 à 18 ans. En accord avec nos résultats, plusieurs auteurs ont prouvé que la toxicomanie concerne les adultes jeunes [10, 15]. En effet, la jeunesse constitue une période d’expérimentation, incluant souvent l’expérience de la drogue, d’autant que les jeunes forment une population particulièrement vulnérable et influençable [15].

La majorité de nos sujets résidaient dans des zones urbaines. Le milieu urbain constituerait un facteur favorisant la consommation de drogues. Selon Amaral Dias [16], les sujets résidant en milieu urbain sont plus nombreux que ceux des zones rurales à avoir essayé (37 % versus 29 %) ou à consommer régulièrement (14 % versus 9 %) du cannabis. L’émigration vers les villes, liée à l’industrialisation et à la modernisation, a été décrite comme facteur favorisant de toxicomanie. Les grandes villes forment une concentration, non seulement d’habitants, mais aussi d’institutions scolaires et universitaires et d’industries de toutes sortes, terrains propices aussi bien pour les revendeurs que pour les consommateurs de drogues.

La majorité de célibataires retrouvée dans notre étude concorde avec les résultats de Bernoussi et Brandibas [17] qui ont recensé 75 % de célibataires. En fait, la fréquence des célibataires parmi les consommateurs de cannabis peut être liée à leur âge relativement jeune, aux difficultés sociales engendrées par la consommation de drogues ou à l’instabilité professionnelle et matérielle liée à la toxicomanie.

L’usage du cannabis apparaît particulièrement plus répandu parmi les actifs par rapport aux chômeurs et ceux dont le niveau d’instruction n’est pas très élevé. Selon Beck et al. [18], l’usage du cannabis apparaît plus répandu parmi les élèves et les étudiants alors qu’il est faible parmi les inactifs. Bello et al. [10] ont rapporté que les usagers se révèlent plus répandus chez les personnes disposant d’un niveau d’instruction élevé ainsi que chez les chômeurs. Selon l’OFDT [12], les chômeurs apparaissent plus consommateurs que les actifs, alors que les étudiants apparaissent nettement surconsommateurs de cannabis comparés aux actifs.

Dans notre étude, 28,8 % des consommateurs présentaient des antécédents psychiatriques personnels. Selon Laqueille [19], l’abus et la dépendance au cannabis sont plus fréquents chez les schizophrènes (15 à 40 %) que dans la population générale (5,6 à 7,7 %). De plus, Dervaux et al. [20] rapportent que 26 % parmi 114 patients schizophrènes hospitalisés présentaient ou avaient présenté une dépendance et/ou un abus.

Quarante pour cent des consommateurs ont eu une première expérience avec le cannabis avant l’âge de 20 ans, suggérant qu’ils l’ont eu durant l’adolescence, période au cours de laquelle l’individu éprouve le besoin de s’affirmer et où il est exposé à toutes sortes de tentations. Worne et al. [1] ont noté que 50 % des sujets ont commencé l’usage de cannabis avant l’âge de 19 ans. De même, Simmat-Durand [21] a montré que la consommation de cannabis était bien connue chez les moins de 19 ans. En 2007, l’OFDT [13] a rapporté que 49,5 % des jeunes de 17 ans déclaraient avoir déjà pris du cannabis au cours de leur vie.

En 2007, dans l’enquête European School Survey On Alcohol and Other Drugs (ESPAD), 31 % des élèves de 16 ans reconnaissaient avoir déjà fumé du cannabis au cours de leur vie [22]. Cette influence d’une entrée précoce dans l’usage a parfois été jugée primordiale, pouvant compromettre l’apprentissage cognitif et être liée à une comorbidité psychiatrique ou à des problèmes sociaux tels que le chômage, l’échec scolaire ou la délinquance [23].

Dans notre série, les usages du cannabis sont, en général, associés ou ont été précédés par la consommation de tabac et d’alcool dans 72 % de cas, même si l’usage n’a pas lieu au même moment et pour les mêmes raisons. Près de la moitié des sujets ont débuté dans la même année l’usage du tabac et du cannabis. Selon Michaud et Chossis [24], de nombreux sujets jeunes débuteraient par l’usage du cannabis, devenant par la suite des utilisateurs de cigarettes, inversant ainsi la porte d’entrée vers les substances illégales. En 2001, l’étude de Chabrol et al. [14] auprès de 285 lycéens, évaluant la consommation du cannabis, les symptômes de dépendance et les représentations, a montré que le début de la consommation de tabac était antérieur à celui du cannabis mais cet intervalle était réduit. Près de la moitié des adolescents commençaient, dans la même année, l’usage des deux substances.

Selon une enquête de l’OFDT [7], la consommation de tabac et d’alcool est en hausse par rapport à la population générale. En 2002, parmi les consommateurs réguliers du cannabis, 81 % ont fumé du tabac, 41 % déclaraient avoir consommé de l’alcool au moins trois fois par semaine et 12,9 % en consommaient tous les jours. Beck et al. [23] ont rapporté que les usages réguliers de tabac ou d’alcool apparaissent relativement rares avant 14 ans et ceux du cannabis exceptionnels avant l’âge de 15 ans. De même, Obradovic [11] a rapporté que la quasi-totalité des consultants usagers du cannabis sont fumeurs de tabac et qu’un sur quatre boit régulièrement de l’alcool. Michaud et Chossis [24] ont rapporté que les adolescents débuteraient leur trajectoire de consommation avec des drogues légales dans 42 % des cas (nicotine, alcool) et que seuls 32 % des usagers débuteraient par l’usage de drogues illégales (d’abord le cannabis). Selon l’ESPAD, en 2007, 29 % des jeunes de 16 ans ont déclaré avoir consommé les trois produits (cannabis, alcool, tabac) au cours de leur vie, mais 0,7 % seulement disent n’avoir pris que du tabac et du cannabis et moins de 1,2 % seulement de l’alcool et du cannabis [22]. Cette polyconsommation est favorisée par une meilleure accessibilité à ces substances (tabac, alcool et plus récemment cannabis) et par les rencontres dans l’espace urbain et festif.

Dans notre étude, le cannabis était parfois associé à des médicaments psychotropes et plus rarement à des drogues illicites (cocaïne, héroïne, ecstasy). Trois sujets ont déclaré avoir consommé plusieurs produits en même temps ou successivement. Le choix des produits dépend, certes, de leurs effets, mais aussi de leur disponibilité dans l’environnement géographique, de leur facilité d’accès et de leur coût. Le cannabis est souvent considéré comme moins dangereux que les autres drogues [25].

Selon Bello et al. [10], en 2004, la consommation des produits illicites autres que le cannabis concerne plutôt des produits stimulants (ecstasy : 16 %, cocaïne : 13 % et amphétamines : 8 %).

Dans notre étude, la consommation de cannabis est quotidienne dans 40 % des cas et occasionnelle chez 8 % des sujets. Dans cette population d’étude, la majorité des consommateurs a fumé du cannabis au cours d’une réunion avec des amis. Il semble que ces jeunes se laissent tenter par la drogue sous la pression de leur entourage amical « par curiosité » ou « pour faire comme les autres » et par crainte d’être isolés de leur groupe d’amis. La consommation a lieu aux domiciles dans la plupart des cas. Ces résultats concordent avec ceux de Bello et al. [10] qui ont rapporté que la consommation se fait le plus souvent en groupe (83 %), quotidiennement (78 %) et à domicile (66 %).

Selon Cottencin et al. [3], la consommation se faisait le plus souvent en groupe (42,2 %), occasionnellement (54 %) et dans un contexte festif (47,3 %). En revanche, Simmat-Durand [21] a rapporté que la majorité des étudiants (54 %) consommaient du cannabis de manière occasionnelle et que seule une minorité (17 %) en prenait quotidiennement.

Concernant les motifs de consommation, parmi les sujets qui ont déjà eu recours à la drogue, près du tiers ont déclaré l’avoir fait pour fuir des problèmes et/ou pour se relaxer, d’autres affirment l’avoir fait à la recherche de plaisir et par curiosité. La drogue peut être considérée par les jeunes comme un moyen de surmonter certaines difficultés, dont principalement la timidité. Rares sont ceux qui déclarent avoir recherché des sensations fortes. L’usage du cannabis est donc surtout motivé par des considérations hédoniques et son abandon l’est tout autant par la lassitude ou le manque d’intérêt. Néanmoins, il convient de s’attarder sur les usagers en situation d’usage problématique.

Bello et al. [10] ont rapporté des motifs de consommation multiples. Les trois les plus fréquemment mis en avant sont plutôt de tonalité conviviale : se relaxer et se détendre, être avec des amis, partager et faire la fête. De même, selon l’OFDT [13], les motifs de consommation de cannabis déclarés par les consommateurs réguliers sont divers et multiples : relaxation, partage, fête, habitudes, endormissement, défonce… Cette multiplicité est une traduction de la diversité des effets recherchés.

Selon l’étude de l’ESCAPAD 2008 [4], les motifs de consommation de cannabis sont également festifs, mais la recherche de « défonce » s’avère nettement plus fréquente (38 % des usagers), de même que les consommations à visées anxiolytiques, hypnotiques ou compensatrices et les consommations d’habitude ou liées à un sentiment de dépendance.

Selon l’ETC [8], près de la moitié des jeunes (49,3 %) déclarent que la raison la plus importante pour commencer à consommer de la drogue est « pour essayer et expérimenter ». Les deux autres raisons les plus fréquentes sont « pour être euphorique » (11,2 %) et « parce que ma famille ou mes amis en consommaient » (10,8 %).

Conclusion

Cette étude donne une image préoccupante de la consommation de cannabis chez les adultes jeunes où elle apparaît caractérisée par la fréquence de la consommation. En effet, la diffusion progressive de l’expérimentation du cannabis et de son usage, la découverte de cette substance à un âge apparemment de plus en plus précoce, mais également l’étendue actuelle de l’usage du cannabis au sein de la population adulte, témoignent de la globalisation de ce phénomène dans notre société. La consommation du cannabis peut avoir des conséquences sur les plans somatique, psychologique, psychiatrique et social de n’importe quel consommateur et ses effets peuvent être encore plus importants si ce consommateur est jeune.

Remerciements et autres mentions

Financement : aucun ; conflits d’intérêts : aucun.

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