ARTICLE
Auteur(s) : G-P Obiang Ndong1, G Adam2, C
Mouala2, V Faucherre4, PE Nfoubou
Kouely1, J Sibeoni2, C
Courpotin2,3
1Coordination nationale des CTA Ministère de la Santé
et de l’Hygiène publique Libreville Gabon
2Croix-Rouge française 75014 Paris France
3Action Plus Sida Santé 91 rue Vercingétorix 75014 Paris
France
4Croix-Rouge française Libreville Gabon
Au Gabon, la séroprévalence atteint 5,9 %, ce qui
représente 54 000 personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Les
autorités gabonaises se sont engagées à réduire la mortalité et la
morbidité liées au VIH, conformément au Plan stratégique national
de lutte contre le VIH-sida 2008-2012.
Fortes des expériences réussies de trois premiers centres de
traitement ambulatoire (CTA) mis en place à Libreville (2001), à
Franceville (2004) et à Port-Gentil (2004), en collaboration avec
la Croix-Rouge française (CRF) [1, 2], les autorités gabonaises ont
poursuivi la décentralisation de la prise en charge du VIH dans les
neuf provinces du pays par la construction de sept nouveaux
CTA.
Dans le but d’homogénéiser les procédures médicales et
administratives et de pouvoir dispenser des soins de qualité dans
tous les centres, elles ont mis en place une « Coordination
nationale des CTA », ces derniers étant constitués en
réseau.
Méthodologie
Il s’agit d’une étude du type « essai d’intervention
opérationnelle », avec une évaluation avant-après [3, 4].
Composée d’un coordinateur national, d’un conseiller technique
de la CRF et d’un administrateur gestionnaire, appuyée par un
comité de pilotage de référents techniques gabonais en matière de
prise en charge des PVVIH, la Coordination nationale mise en place
a pour objectifs :
- – de piloter toutes les interventions sur la prise en
charge de l’infection à VIH et d’harmoniser les procédures
médicales et administratives dans les CTA par la constitution d’un
réseau ;
- – d’assurer la formation continue du personnel des
CTA ;
- – de plaider auprès du ministère de la Santé et des
partenaires pour une amélioration de la qualité de l’offre de soins
aux PVVIH dans les CTA.
Dans ce cadre, elle assure de multiples interventions, telles
que :
- – des missions d’exploration en vue de déterminer la
faisabilité du programme ;
- – l’identification du personnel et son affectation, en
accord avec le ministère de la Santé et de l’Hygiène
publique ;
- – des actions de formation initiale et continue du
personnel soignant, avec un suivi-évaluation renforcé sur les sites
et une rencontre semestrielle avec les médecins chefs des
CTA ;
- – la mise en œuvre du suivi-évaluation à travers
l’établissement d’une fiche de rapport mensuel et d’une synthèse
semestrielle au niveau de la coordination ;
- – comme nous l’avons dit plus haut, le plaidoyer pour
l’amélioration du fonctionnement des CTA.
Ces interventions sont financées par l’Agence française de
développement (AFD).
La mise en œuvre s’est déroulée selon le calendrier
suivant :
- – évaluation avant les interventions dans tous les
CTA ;
- – interventions ;
- – évaluation préliminaire de la fonctionnalité des CTA à
six mois ;
- – évaluation de la phase opérationnelle à
12 mois.
Les critères d’opérationnalité des CTA sont modélisés [1, 5]. Un
CTA est défini par un ensemble minimal d’activités nécessaires à la
prise en charge globale des personnes vivant avec l’infection à
VIH, comprenant le dépistage, les consultations médicales, le suivi
biologique, la dispensation des antirétroviraux, le traitement des
maladies opportunistes, l’hospitalisation de jour, le suivi
psychosocial, le continuum de soins et l’appui nutritionnel. Il est
important de noter que les critères majeurs concernent la
connaissance du statut sérologique, l’évaluation immunoclinique et
l’accès au traitement [2].
Résultats
État des lieux des CTA en 2007
L’évaluation avant les interventions a consisté en un état des
lieux de tous les CTA, effectué par le coordinateur des CTA de mars
à juillet 2007. Il a montré que sur les dix CTA construits, cinq
étaient opérationnels. Ceux de Mouila, de Makokou, d’Oyem, de
Nkembo et de Tchibanga ne l’étaient pas, faute de ressources
humaines (médecins, techniciens de laboratoire, psychologues,
assistantes sociales et infirmières), d’équipements de laboratoire
et d’infrastructures (absence d’eau et d’électricité).
À la suite de cet état des lieux, les autorités du ministère de
la Santé ont pris des dispositions pour rendre opérationnel
l’ensemble des CTA par :
- – l’affectation de ressources humaines ;
- – la réparation d’équipements de laboratoire dans les
CTA de Mouila, de Makokou et d’Oyem ;
- – l’accélération des travaux d’extension du CTA de
Nkembo et des travaux de construction du CTA de Tchibanga.
Actuellement, seul ce dernier centre n’est pas opérationnel pour
des raisons d’alimentation en eau et en électricité. Un personnel
médical et paramédical y est cependant affecté, de même que
l’équipement biomédical nécessaire à son fonctionnement.
Aujourd’hui, il apparaît indispensable, pour faciliter
l’initiation aux antirétroviraux ainsi que le suivi médical des
PVVIH [1], de doter d’un appareil de mesure des CD4 les CTA de
Makokou, d’Oyem, de Tchibanga et de Nkembo.
Bilan d’activité des CTA
Dans le but d’évaluer l’activité de prise en charge des PVVIH de
chaque CTA pour l’année 2007, un atelier regroupant tous les
médecins chefs des CTA a été organisé à Libreville le
14 janvier 2008. Les résultats de cet atelier montrent une
augmentation progressive du nombre de PVVIH suivies dans les CTA
(passé de 6 134 en 2006 à 8 174 en 2007) ainsi qu’une augmentation
du nombre de patients sous traitement antirétroviral (passé de 1
754 en 2006 à 2 763 en 2007). Ces augmentations sont liées, d’une
part, à la progression de la file active dans les CTA anciens,
d’autre part, à l’ouverture de nouveaux CTA à Oyem, à Mouila et à
Makokou, donc de l’atteinte d’un des premiers objectifs du
programme de décentralisation de la prise en charge :
faciliter l’accès aux soins des PVVIH dans les provinces.
Bilan des ressources humaines des CTA
La prise en charge des patients infectés par le VIH dans les CTA
doit être réalisée par une équipe pluridisciplinaire (tableaux 1A, 1B) à même d’assurer le
suivi d’une maladie au long court et de favoriser l’observance [6].
Tous les CTA ne disposent pas des ressources humaines nécessaires
pour mener à bien les différentes activités qu’implique la prise en
charge globale des PVVIH. Ainsi, les patients du CTA de Koulamoutou
ne bénéficient toujours pas, faute de psychologue affecté, d’un
soutien psychosocial. Cependant, les améliorations suivantes
méritent d’être relevées :
- – un quatrième médecin et deux techniciens de
laboratoire ont été récemment affectés au CTA de
Libreville ;
- – le ministère a affecté un technicien supérieur de
laboratoire et un technicien de radiologie à Lambaréné, afin de
faciliter la prise en charge biologique et radiologique des
patients, qui s’effectuait, jusque-là, à l’hôpital
Schweitzer ;
- – une équipe médicale et paramédicale a bénéficié d’un
stage d’imprégnation de trois mois au CTA de Libreville avant
d’être affectée au CTA de Nkembo à la suite des travaux
d’extension ; la prise en charge de la co-infection
VIH-tuberculose est désormais effective dans ce centre.
Tableau 1A Évolution des ressources humaines :
état des ressources humaines en août 2007.
|
RH CTA
|
Médecin
|
Psychologue
|
Assistance sociale
|
Technicien laboratoire
|
Infirmière
|
Gestionnaire
|
Main d’œuvre
|
|
Libreville
|
2
|
2
|
1
|
2
|
8
|
2
|
4
|
|
Port-Gentil
|
2
|
1
|
1
|
2
|
3
|
1
|
6
|
|
Franceville
|
2
|
1
|
1
|
2
|
3
|
1
|
7
|
|
Koulamoutou
|
1
|
0
|
0
|
2
|
5
|
1
|
7
|
|
Lambaréné
|
1
|
1
|
1
|
0
|
4
|
0
|
3
|
|
Mouila
|
1
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
|
Makokou
|
1
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
|
Oyem
|
1
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
|
Tchibanga
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
|
Nkembo
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
|
Total
|
11
|
4
|
4
|
8
|
23
|
5
|
27
|
Tableau 1B Évolution des ressources humaines :
état des ressources humaines en septembre 2008.
|
RH CTA
|
Médecin
|
Psychologue
|
Assistance sociale
|
Technicien laboratoire
|
Infirmière
|
Gestionnaire
|
Main d’œuvre
|
|
Libreville
|
4
|
2
|
2
|
3
|
9
|
2
|
7
|
|
Port-Gentil
|
2
|
1
|
1
|
2
|
3
|
1
|
6
|
|
Franceville
|
2
|
1
|
1
|
2
|
4
|
1
|
6
|
|
Koulamoutou
|
1
|
0
|
1
|
2
|
7
|
1
|
3
|
|
Lambaréné
|
1
|
1
|
2
|
2
|
4
|
0
|
3
|
|
Mouila
|
1
|
1
|
0
|
1
|
4
|
1
|
2
|
|
Makokou
|
1
|
1
|
0
|
1
|
6
|
0
|
1
|
|
Oyem
|
1
|
1
|
0
|
2
|
5
|
1
|
1
|
|
Tchibanga
|
1
|
–
|
–
|
–
|
–
|
–
|
–
|
|
Nkembo
|
1
|
1
|
1
|
1
|
5
|
2
|
2
|
|
Total
|
15
|
9
|
6
|
16
|
47
|
9
|
31
|
Renforcement des capacités des professionnels de santé
Face aux besoins de formation exprimés par les professionnels de
santé des CTA en matière de prévention de la transmission de la
mère à l’enfant (PTME) et de dermatologie, la Coordination des CTA
a organisé, en collaboration avec le Programme de lutte contre les
IST et le VIH-sida, deux ateliers nationaux de formation sur ces
thèmes. Ils ont permis, d’une part, de réactualiser les protocoles
thérapeutiques gabonais en matière de PTME et de prise en charge
pédiatrique (PECP), d’autre part, d’envisager l’élaboration d’un
guide de prise en charge des affections dermatologiques liées au
VIH. Au total, la Coordination des CTA a formé 37 soignants à la
PTME et 35 aux affections dermatologiques sur terrain VIH (tableaux 2, 3A, 3B).
Afin de permettre à l’ensemble des professionnels de santé de
bénéficier d’enseignements sur le VIH, la Coordination des CTA a
entrepris d’organiser des formations dans toutes les régions
sanitaires du Gabon. Ainsi, de septembre 2007 à février 2008, 26
professionnels de santé ont été formés dans chacune des quatre
provinces du Gabon (Ngounié, Ogooué-lolo, Ogooué-Ivindo,
Moyen-Ogooué), soit un total de 104 personnes. En outre, le
personnel soignant a pu bénéficier de formations diplômantes et de
stages nationaux et internationaux.
Tableau 2 Nombre de professionnels formés sur site par
des experts internationaux.
|
Formations
|
Nombre de personnes formées
|
|
Atelier national sur la PTME et la PECP
|
37 médecins formés
|
|
Atelier national sur la prise en charge des affections
dermatologiques liées au VIH
|
35 médecins formés
|
|
Atelier national sur la prise en charge psychosociale et le
continuum des soins
|
22 personnels formés (psychologues, assistantes sociales,
médiateurs)
|
|
Trois ateliers régionaux sur la prise en charge du VIH
|
104 personnels de santé formés
|
|
Communication sur l’intérêt de la virologie sur le diagnostic
précoce du nouveau-né
|
10 médecins formés
|
Tableau 3A Évolution de la mise en place du
programme : niveau de fonctionnement août 2007-septembre
2008.
|
Numéro
|
CTA
|
Niveau de fonctionnement en août 2007
|
Niveau de fonctionnement en septembre 2008
|
|
1
|
CTA de Libreville
|
Fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
2
|
CTA de Port-Gentil
|
Fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
3
|
CTA de Franceville
|
Fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
4
|
CTA de Lambaréné
|
Fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
5
|
CTA de Koulamoutou
|
Fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
6
|
CTA de Mouila
|
Non fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
7
|
CTA de Makokou
|
Non fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
8
|
CTA d’Oyem
|
Non fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
9
|
CTA de Tchibanga
|
Non fonctionnel
|
Non fonctionnel
|
|
10
|
CTA de Nkembo
|
Non fonctionnel
|
Fonctionnel
|
Tableau 3B Évolution de la mise en place du
programme : niveau de fonctionnement à 12 mois.
|
CTA
|
Niveau de fonctionnement
|
|
Début programme
|
Évaluation intermédiaire
|
Évaluation à 12 mois
|
|
CTA de Libreville
|
Fonctionnel
|
Fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
CTA de Port-Gentil
|
Fonctionnel
|
Fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
CTA de Franceville
|
Fonctionnel
|
Fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
CTA de Lambaréné
|
Non fonctionnel
|
Fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
CTA de Koulamoutou
|
Non fonctionnel
|
Fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
CTA de Mouila
|
Non fonctionnel
|
Non fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
CTA de Makokou
|
Non fonctionnel
|
Non fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
CTA d’Oyem
|
Non fonctionnel
|
Non fonctionnel
|
Fonctionnel
|
|
CTA de Tchibanga
|
Non fonctionnel
|
Non fonctionnel
|
Ouverture janvier 2009
|
|
CTA de Nkembo
|
Non fonctionnel
|
Non fonctionnel
|
Fonctionnel
|
Élaboration des documents normatifs nationaux sur la prise en
charge des PVVIH
À la suite de la publication des recommandations de l’OMS en 2006,
il s’est révélé indispensable de réviser le « Guide
thérapeutique des PVVIH » qui datait de 2005, ainsi que les
protocoles thérapeutiques utilisés au Gabon. La Coordination des
CTA a ainsi participé à l’actualisation du guide et à celle des
protocoles thérapeutiques nationaux sur la PTME et sur la prise en
charge pédiatrique des enfants infectés par le VIH. Cette dernière
mise à jour s’est appuyée sur les travaux de l’atelier national du
14 janvier 2008 précité.
L’élaboration de ces documents normatifs nationaux sur la prise
en charge s’est effectuée en accord avec le Programme de lutte
contre les IST et le VIH-sida.
Bilan sur les équipements de laboratoire des CTA
Pour prendre en charge l’initiation au traitement antirétroviral et
le suivi des patients infectés par le VIH, les CTA doivent disposer
de laboratoires opérationnels et performants. À ce jour, les CTA de
Makokou, de Tchibanga, de Nkembo et d’Oyem ne disposent toujours
pas d’appareils de mesure des CD4. Cela oblige les patients suivis
dans ces centres à parcourir des centaines de kilomètres pour
pouvoir effectuer leur bilan immunologique.
Afin de remédier à cette situation, la Coordination des CTA a
adressé un plaidoyer aux autorités gabonaises pour l’installation
et la maintenance d’appareils de mesure des CD4 dans ces
structures. Cette requête a été prise en compte par les autorités
qui ont commandé trois appareils pour l’année 2008. Par ailleurs,
devant les pannes répétées du compteur CD4 du CTA de Port-Gentil,
la CRF a doté ce centre d’un nouvel appareil.
Enfin, l’état des lieux réalisé par la Coordination des CTA de
mars à juillet 2007 avait montré que les laboratoires des CTA de
Mouila, Makokou et Oyem n’étaient pas totalement opérationnels,
malgré la présence des appareils de laboratoire requis. Le
plaidoyer de la Coordination a permis d’envoyer sur les lieux des
équipes de techniciens biomédicaux en vue de l’installation et de
la mise en marche de ces appareils.
Discussion
Nous avons présenté les résultats de la prise en charge des PVVIH
avant et après la mise en place d’un programme de décentralisation
au Gabon, dont l’objectif est de garantir l’accès aux soins, et
plus spécifiquement aux antirétroviraux, à toute personne infectée
par le virus lorsque son état clinique et/ou biologique le
nécessite, sur la base des critères définis au Gabon. Pour
atteindre ces objectifs d’« accès universel » aux
traitements, la décentralisation de la prise en charge s’est
effectuée sur le modèle des trois CTA de Libreville, Port-Gentil et
Franceville, historiquement gérés par la CRF. Des CTA dispensant
des soins de qualité ont ainsi vu le jour dans toutes les régions
du Gabon. Actuellement au nombre de dix, ils se sont constitués en
réseau [2].
La prise en charge des PVVIH se révèle plus efficace lorsqu’elle
est intégrée aux structures de santé de proximité, qui dispensent
des soins à l’ensemble de la communauté. Cette intégration évite
aux patients des voyages vers des centres spécialisés éloignés. En
effet, il est bien connu que l’éloignement géographique des
structures de prise en charge représente un frein important à la
lutte contre le sida, ne fût-ce qu’en raison des difficultés de
transport, qui constituent une cause d’absence aux rendez-vous et
de non-observance [3, 7]. Par ailleurs, elle favorise la lutte
contre la stigmatisation associée au VIH. La décentralisation des
activités de prévention, de dépistage volontaire et de délivrance
des traitements antirétroviraux se révèle donc indispensable [7,
8], sans remettre en cause la prise en charge de l’infection à
VIH-sida par le système de soins national du Gabon.
La Coordination nationale a joué un rôle essentiel dans
l’augmentation des budgets alloués par l’État au fonctionnement des
CTA. En effet, avant son intervention, le budget alloué à un CTA ne
suivait pas l’augmentation de la file active des patients pris en
charge par le centre. Par ailleurs, la Coordination a favorisé la
mise en place d’un système de surveillance et d’évaluation par la
collecte mensuelle et trimestrielle de données et l’analyse de
rapports sur le suivi de cohortes, la disponibilité des traitements
(ARV, traitements des infections opportunistes) et des intrants
(réactifs et consommables), la supervision des activités de prise
en charge.
Les points forts de cette première étape de la décentralisation
portent sur l’amélioration du plateau technique des CTA, le
renforcement des compétences du personnel, la standardisation et la
simplification des schémas thérapeutiques des ARV et des
traitements des infections opportunistes (prise en charge intégrée)
et sur le développement d’un réseau de soignants.
Les points à améliorer en priorité concernent :
- – le développement de réseaux locaux de
soins ;
- – l’accès au suivi biologique, en particulier des CD4 et
de la charge virale, avec la mise en place d’un système de
maintenance des équipements ;
- – la prise en compte des infections opportunistes (accès
limité aux médicaments, faible capacité diagnostique)
[9] ;
- – la mise en œuvre de la PTME et l’accès à la prise en
charge pédiatrique ;
- – l’implication de la communauté dans la prise en charge
des PVVIH ;
- – la formation du personnel paramédical à la prise en
charge intégrée du VIH-sida ;
- – le renforcement du système de suivi-évaluation (suivi
de cohortes) et de contrôle qualité ;
- – l’adaptation des budgets alloués au CTA par rapport
aux besoins exprimés.
Par ailleurs, si la décentralisation favorise l’accès aux soins,
l’observance des traitements par les PVVIH n’en reste pas moins un
enjeu majeur. Dans cette perspective, la mise en place de
programmes d’éducation thérapeutique et de soutien à l’observance
se révèle indispensable [6, 10, 11].
Enfin, l’informatisation du dossier médical des patients dans
toutes les structures de prise en charge des PVVIH au Gabon
constitue un chantier prioritaire pour le futur.
Conclusion
La création du réseau des CTA, initiée par le ministère de la Santé
et mise en œuvre par la CRF dans le cadre de la Coordination des
CTA, a impulsé une nouvelle dynamique dans la prise en charge des
personnes vivant avec le VIH au Gabon. Elle a notamment permis
d’homogénéiser les procédures médicales dans tous les centres de
prise en charge des PVVIH et d’améliorer la formation continue des
personnels de santé, de même que leurs conditions de travail.
Ainsi, grâce à la Coordination des CTA, le gouvernement gabonais
peut désormais offrir des soins de qualité dans les centres de
prise en charge et par-là même garantir une meilleure qualité de
vie aux patients.
Références
1 Croix-Rouge francaise. Lutte contre le VIH-sida : rapport
d’activités 2007 2 novembre 2008
(http ://www.croix-rouge.fr/goto/actualites/2008/sida-rapport-2007.pdf).
2 Tran-Minh T, Adam G, Simon B. The French Red
Cross : a network of care centers dedicated to HIV-AIDS. Med
Trop (Mars) 2006 ; 66 : 346-7.
3 Dujardin B. Politiques de santé et attentes des
patients : vers un nouveau dialogue. Paris : Éditions
Karthala, diffusion Charles Léopold Mayer, 2003.
4 Bradley FWR, Kinmonth AL, Mant D,
Gantley M. Development and evaluation of complex interventions
in health services research : case study of the Southampton
heart integrated care project (SHIP), The SHIP Collaborative Group.
BMJ 1999 ; 318 : 711-5.
5 Gentilini M, Chièze F. L’Opals et les centres de
traitement ambulatoire du sida en Afrique : l’art et l’urgence
du possible. Montrouge : John Libbey éd., 1999.
6 Mouala C, Roux P, Okome M, et al.
Assessment of compliance with ARV treatment in Africa. Med Trop
(Mars) 2006 ; 66 : 610-4.
7 Loewenson R, McCoy D. Access to antiretroviral
treatment in Africa. BMJ 2004 ; 328 : 241-2.
8 Manning A. HIV-AIDS programmes should focus on improved
access. BMJ 2000 ; 321 : 963.
9 Libaudière C, Sibille B, Bakala N, et al.
Drug supply for HIV patients in day care centre in Republic of
Congo : the French Red Cross experience. Med Trop (Mars)
2006 ; 66 : 598-601.
10 Kouanfack C, Laurent C, Peytavin G,
et al. Adherence to antiretroviral therapy assessed by drug
level monitoring and self-report in Cameroon. J Acquir Immune Defic
Syndr 2008 ; 48 : 216-9.
11 Weidle PJ, Malamba S, Mwebaze R, et al.
Assessment of a pilot antiretroviral drug therapy programme in
Uganda : patients’ response, survival, and drug resistance.
Lancet 2002 ; 360 : 34-40.
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