John Libbey Eurotext

Médecine thérapeutique / Pédiatrie

La rougeole : encore d’actualité Volume 19, numéro 4, Octobre-Novembre-Décembre 2016

La panencéphalite subaiguë (PESS) est une encéphalopathie dégénérative, rare mais toujours mortelle, due à la persistance au niveau du système nerveux central du virus de la rougeole sous forme incomplète (défective) liée aux cellules. Le mécanisme de cette persistance demeure inconnu. Cette encéphalite survient quelques années après une rougeole banale. Aucun traitement n’a fait la preuve de son efficacité [1].

On estimait la fréquence de la PESS à 1/100 000 cas de rougeole.

Or, une communication (IDWeek, juillet 2013, Nouvelle-Orléans) a évalué sa fréquence en Allemagne à 1/600 cas de rougeole survenant avant un an. Pour les moins de 5 ans, le taux étant de 1/1 700 [2].

Entre 2003 et 2009, 31 cas furent diagnostiqués dans ce pays.

Pendant la même période (1990-2002), la Grande Bretagne notifiait 47 cas [3].

Sur les 10 dernières années aux États-Unis, le nombre de PESS chez les non-vaccinés a été multiplié par 5 [4].

Enfin en France, le Réseau Renaroug de l’InVs mis en place en 1980 rapporte 178 cas de PESS de 1980 à 2015 avec un sex-ratio de 1,9. Sept cas sont survenus chez des sujets vaccinés : certains avaient été vaccinés avant 12 mois, d’autres vaccinés après une rougeole ou n’ayant reçu qu’une seule dose de vaccin [5].

Dans notre série, deux enfants étaient adoptés de Roumanie, et avaient contracté la rougeole avant un an (à l’orphelinat).

Ces chiffres alarmants imposent une couverture vaccinale d’au moins 95 %, la rougeole étant la plus contagieuse des maladies infantiles.

Seule une couverture aussi élevée permet de protéger les moins de 12 mois, non vaccinables. Avant un an, en effet, les anticorps maternels encore présents dans le sang du nourrisson détruisent le virus vaccinal rougeole mais n’empêchent pas l’enfant de contracter une rougeole. Hélas, l’un des facteurs de risque de PESS est la survenue d’une rougeole avant un an !

Avec 15 000 cas de rougeole enregistrés en France au cours de l’année 2015, le pire est donc à craindre [6].

Rappelons que l’OMS en 2001 mettait en place un programme d’éradication de la rougeole avec des solides arguments : le seul réservoir de virus étant l’homme, la vaccination à 2 doses était bien tolérée et efficace à plus de 95 %, et devant l’extrême contagiosité de ce virus, une couverture vaccinale supérieure à 95 % était indispensable : cela ne semblait pas un rêve car dans certains pays d’Europe en particulier la couverture vaccinale dépassait 90 % [7]. Amère constatation en 2016 !

Si nous espérons voir la France devenir dans les années à venir plus raisonnable vis-à-vis des vaccins, il est évident qu’une surveillance rigoureuse de l’incidence de la rougeole sera le marqueur le plus sensible.

Liens d’intérêts

l’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt avec l’article.