Accueil > Revues > Médecine > Sang Thrombose Vaisseaux > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Sang Thrombose Vaisseaux
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Biologie et recherche
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable
  Version PDF

Qu’est-ce que l’éducation thérapeutique du patient diabétique ?


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 19, Numéro 7, 380-3, Septembre 2007, Éducation du patient

DOI : 10.1684/stv.2007.0178


Auteur(s) : André Grimaldi, Pierre-Yves Traynard , Chef du Service de Diabétologie–Métabolisme, Groupe Hospitalier Pitié–Salpêtrière, 75651 Paris cedex 13, Médecin diabétologue, formateur en éducation thérapeutique, IPCEM, Réseau Paris Diabète.

ARTICLE

Auteur(s) : André Grimaldi1, Pierre-Yves Traynard2

1Chef du Service de Diabétologie–Métabolisme, Groupe Hospitalier Pitié–Salpêtrière, 75651 Paris cedex 13
2Médecin diabétologue, formateur en éducation thérapeutique, IPCEM, Réseau Paris Diabète

Au premier abord, il pourrait sembler que l’éducation thérapeutique vise à transformer le malade en son propre médecin. En effet, le médecin connaît le problème posé par la maladie. Le diabétologue par exemple sait que le but du traitement du diabète est d’éviter les complications à long terme. Il connaît les objectifs et les moyens pour les atteindre. Cependant, il suffit de voir comment se soignent certains médecins diabétiques par ailleurs très compétents sur le plan professionnel, pour être convaincus que si la connaissance est nécessaire, elle n’est jamais suffisante pour changer les comportements et même les croyances : tel ce médecin généraliste, qui après avoir enseigné le diabète aux jeunes internes, me consultait avec des glycémies à plus de 3 g/L sans prendre aucun médicament dont il n’était pas convaincu de l’efficacité, ou encore ce chirurgien droit dans ses bottes, coronarien, rétinopathe, ne prenant aucun traitement, entrant dans le bureau de consultation levant les mains en l’air : « Je me rends ! », ou encore ce professeur de médecine qui avait oublié le diabète jusqu’à son hospitalisation pour cellulite du pied qui fut l’occasion de découvrir sa rétinopathie préproliférante, ou bien encore cette ophtalmologiste qui traitait au laser la rétine des patients diabétiques pendant que sa néphropathie diabétique s’aggravait jusqu’à ce qu’elle bénéficie d’une greffe rein–pancréas.Qu’est-ce donc que l’éducation thérapeutique ?C’est apprendre au patient à résoudre des problèmes thérapeutiques non pas généraux mais personnels. Ceci suppose :
  • 1) que le patient soit conscient qu’il a un problème ;
  • 2) qu’il soit convaincu qu’on peut le résoudre ;
  • 3) qu’il pense qu’il peut lui-même le résoudre (ou au moins participer à sa résolution) ;
  • 4) qu’il estime que cela en vaut la peine ;
  • 5) et qu’en conséquence il soit prêt à chercher de l’aide s’il n’y arrive pas.
Il faut donc d’abord que le malade accepte le fait d’avoir une maladie que l’on ne peut pas guérir même si on peut la soigner. Cette irréversibilité de la maladie nécessite un travail de deuil qui a forcément un coût psychologique. Une solution « économique » au moins à court terme, est la suppression du problème par le déni ou la dénégation. C’est la solution qu’adoptent souvent les patients présentant une « inaptitude au deuil » en raison d’un deuil antérieur non fait. En effet, aucun humain ne semble échapper aux lois du deuil : tout deuil non fait interdit tout nouveau deuil, tout nouveau deuil ravive tous les deuils antérieurs, tout deuil n’est jamais complètement achevé [1].D’où la dérision des discours lénifiants et des conseils banalisants adressés aux patients atteints de la maladie chronique : les « c’est pas grand-chose » ou « il y a pire »… À la grande sagesse philosophique d’André Comte-Sponville qui rappelle que « La vie fait ce qu’elle peut : santé et maladie ne sont que deux formes de cet effort de vivre… qu’est la vie elle-même », on peut opposer la boutade de Woody Allen : « Je n’ai pas peur de la mort, mais lorsqu’elle viendra, je préfère ne pas être là ». De même, contrairement à ce qu’affirment certains pédagogues, apprendre à gérer une maladie chronique comme le diabète n’a rien à voir avec apprendre à apprécier le bon vin ou apprendre à jouer d’un instrument… Apprendre sur soi, pour soi, parfois même par-devers soi peut être vécu comme un risque, source d’anxiété. C’est une responsabilité de soignant que de proposer à un patient d’apprendre à se soigner [2].La mentalisation de la maladie, et donc son acceptation, est rendue difficile dans le cas du diabète par l’absence de symptôme. Pas de douleur, pas de prurit, rien de visible ! Pour aider le malade à mentaliser sa maladie, il nous faut donc créer un symptôme. C’est ce que font les diabétologues grâce à l’auto-mesure glycémique. Les malades se piquent au bout du doigt pour obtenir une petite goutte de sang permettant de mesurer la glycémie. Cependant, le symptôme que nous créons n’est pas la petite douleur de la piqûre au bout du doigt, c’est l’angoisse du résultat. L’angoisse, maître symptôme de toutes les maladies chroniques, est une arme à double tranchant. Trop importante, elle peut être source de panique. Répétée, elle peut être à l’origine d’une dépression. L’angoisse peut aussi déboucher sur l’évitement, voire les attitudes paradoxales : « Je ne mesure pas ma glycémie parce que je sais qu’elle va être élevée » ou « Je ne prends pas mes médicaments car quand on prend des médicaments, c’est qu’on est malade ! ». À l’opposé, nous cherchons à utiliser l’angoisse comme moteur de l’action pour amener le patient à agir sans délai pour corriger son hyperglycémie, cette correction provoquant d’ailleurs le soulagement, voire le plaisir, avant de devenir une routine. Encore faut-il que l’action proposée soit efficace, ce qui amène à négocier et à discuter avec le patient des actions thérapeutiques à réaliser et de leur évaluation. Finalement, l’éducation thérapeutique du patient diabétique est une nécessité : apprendre à se soigner, par-delà la maîtrise d’actions permettant l’atteinte d’objectifs de santé, c’est se créer son propre catalogue sémiologique (reconnaître ses signes), s’entraîner à décider pour soi (au minimum savoir alerter), et à communiquer avec les autres (garder sa place). On peut dire que cet apprentissage particulier portant sur les trois domaines, le « biologique », le « psychologique » et le « social », participe au traitement de l’angoisse engendrée par la maladie chronique… et par le contact avec le monde soignant [3, 4].Le malade doit donc acquérir non seulement des connaissances mais aussi des compétences. Ces compétences ont ceci de particulier qu’elles reposent sur l’apprentissage de règles, de raisonnements à appliquer, avec des traitements souvent approximatifs, dans des situations de vie qui se reproduisent rarement à l’identique. Elles doivent donc être régulièrement réajustées, renforcées par des essais et expériences que le patient tente et valide avec des soignants éducateurs. La pédagogie de type constructiviste répond le mieux à cet objectif, puisqu’elle vise à mobiliser les connaissances antérieures et les affects des patients pour leur apprendre à résoudre des problèmes concrets pertinents. Elle nécessite une éducation par petits groupes de 6 à 8 patients au maximum. La pédagogie behaviouriste, qui consiste à faire faire et à faire répéter en utilisant des renforcements positifs, permet d’apprendre des gestes et elle peut induire un conditionnement, mais elle est inadaptée aux changements de comportement et à la gestion de situations variables. Par contre, la pédagogie frontale de type émetteur–récepteur consacrée par les conférences médicales magistrales, est totalement inadaptée pour l’éducation thérapeutique dont le but est de favoriser les changements de comportement [5].Il faut bien comprendre que ce qui détermine le changement comportemental, ce n’est pas la raison mais le rapport bénéfice/coût émotionnel. En ce qui concerne le diabète, on peut mettre au compte du bénéfice le plaisir d’avoir une bonne HbA1c, le plaisir de faire plaisir à sa femme, à ses enfants, à son médecin, le plaisir d’agir de façon rationnelle, de susciter l’admiration, la fierté d’être responsable de sa santé, d’avoir le sentiment d’être moins dépendant du monde médical, de se sentir plus fort que la maladie, de réaliser ses projets de vie, voire la fierté d’être un bon citoyen (au moins pour les Américains). Dans la liste des coûts, il faut noter le fait de se sentir vulnérable, de perdre son insouciance, de se sentir différent voire inférieur, de ne pas supporter les contraintes du traitement, de renoncer aux plaisirs de la table et de la convivialité et parfois même d’avoir peur de perdre son identité en étant réduit à la maladie. Il faudrait que les médecins soient convaincus qu’on ne peut pas proposer à quelqu’un pour son bien futur, des contraintes thérapeutiques qui menacent son présent de dépression. Il est certes raisonnable d’arrêter de fumer, mais il est rationnel de continuer à fumer si l’arrêt du tabac provoque une souffrance physique ou psychique. En effet, le patient diabétique comme toute personne, est une trinité régie par des lois d’homéostasie spécifiques, reliées et hiérarchisées. Il est non seulement un « moi animal » régi par l’homéostasie biologique (en l’occurrence glycémique) mais aussi un « moi rationnel universel » régi par les lois de « l’homéostasie normative » à laquelle contribuent les grandes études médicales qui servent à rédiger les recommandations. Enfin, il est un « moi émotionnel et relationnel » à l’irréductible singularité régie par les lois de l’homéostasie thymique visant à optimiser le plaisir ou du moins à éviter le déplaisir.Le contrat thérapeutique n’est donc plus seulement un contrat entre le médecin et le patient, mais un contrat entre le « moi rationnel » et le « moi émotionnel » du patient, où le médecin doit jouer le rôle de tiers intermédiaire, se faisant l’avocat des deux parties n’oubliant pas si nécessaire de se faire l’avocat du diable. Le médecin vise donc à favoriser la « métacognition » du patient en l’aidant à séparer ses trois « moi ». Le patient apprend à analyser son propre fonctionnement pour réconcilier autant que faire se peut son moi émotionnel et son moi rationnel pour arriver à réparer ou à compenser la défaillance de son moi animal. L’éducation thérapeutique a donc bouleversé la relation médecin malade. Le passé était dominé par la relation paternaliste où le malade était infantilisé, le médecin exerçant son devoir de bienfaisance, tantôt papa qui gronde, tantôt maman qui console. Ce type de relation, aujourd’hui moins fréquent avec la maladie chronique, est naturel au cours de la maladie aiguë grave où le malade se sentant menacé se défend psychiquement en régressant.Plus fréquemment, parallèlement aux progrès des sciences et des techniques, se développe une relation d’objectivation scientifique. Le malade n’est plus qu’un porteur d’organes auquel on applique les recettes éprouvées de la médecine fondée sur les preuves et au mieux un être de raison qu’on informe factuellement sans prendre en compte sa singularité psycho-sociale. Ce faisant, le médecin se comporte en simple technicien. Parfois même, il revendique son indifférence professionnelle avec des propos tels que : « Je vous prescris le traitement qui est recommandé. Si vous ne l’observez pas, c’est votre affaire, cela ne changera rien à ma vie ». En miroir de cette objectivation scientifique (dans quel protocole de recherche peut entrer ce patient ?) se situe l’objectivation administrativo-commerciale (quel code PMSI, quel rapport bénéfice/coût pour la nouvelle tarification à l’activité dite T2A ?).Le revers de cette modernité objectivante du patient par le médecin, est l’objectivation du médecin par le patient. Certains patients ont en effet tendance à transformer les médecins en simples prescripteurs de médicaments et d’examens complémentaires. « Pouvez-vous rajouter ce médicament sur ma commande ? » me demanda un jour un patient. De même, bien souvent, pour l’administration, le médecin n’est qu’un simple ordonnateur de dépenses.La relation que nous souhaiterions développer au cours de la maladie chronique est celle d’un partenariat où la partie ne se joue non pas à deux mais à quatre, l’être de raison du médecin et celui du patient partageant les données de la médecine scientifique tandis que leur être de relation et d’émotion permet l’expression des difficultés à suivre le traitement pour en chercher ensemble les solutions. Le partenariat n’est toutefois pas exclusif des autres formes relationnelles. Un patient atteint de maladie chronique peut adopter une position régressive et réclamer l’autorité de son médecin, mais c’est alors une autorité choisie et non une autorité imposée. Tel autre peut désirer une relation distanciée et purement technique, souvent de peur de révéler des failles intimes. La mise à distance est une défense qu’il faut savoir respecter. Finalement, une relation de partenariat implique aussi de définir consensuellement de façon plus ou moins explicite le type de relation que l’on souhaite instaurer, relation qui peut d’ailleurs varier avec le temps [6].En conclusion, du fait de l’imperfection des traitements proposés et de la chronicité de la maladie, l’éducation thérapeutique est une condition nécessaire à l’atteinte des objectifs thérapeutiques. Elle ne peut être dissociée des choix thérapeutiques adaptés et personnalisés. Elle ne saurait donc se réduire à une simple information sur la maladie et son traitement ou à un simple apprentissage technique ou à un simple accompagnement psychologique. Elle ne doit pas déboucher sur un « relativisme post-moderne » où, au nom de l’égalité, soignants et soignés deviennent tous experts et amis, dans une confusion cognitive et émotionnelle. En effet, l’éducation thérapeutique ne vise pas tant à transformer le malade en médecin (il ne faut pas oublier qu’il est déconseillé à un médecin de se soigner lui-même) mais à le rendre partenaire de décisions le concernant, acteur de changements de comportements favorables à sa santé, expert de procédures d’auto-soins, « sentinelle » de lui-même. L’éducation thérapeutique comporte une contradiction insurmontable entre l’objectivation de lui-même que l’on demande au patient de réaliser en temps que « malade-médecin », et son irréductible singularité subjective en temps que « patient–patient ». Cette contradiction peut seulement être gérée grâce à l’éducation thérapeutique du malade d’une part, et à l’empathie du médecin d’autre part, chacun prenant la place de l’autre tout en gardant la sienne : ni trop près, ni trop loin !

Références

1 Lacroix A. In : Échecs du traitement du diabète de type 1. Point de vue du psychologue. Traité de Diabétologie. Médecine–Sciences Flammarion, 2005 : 231-6.

2 Barrier P. In : Vécu du diabétique insulino-dépendant et causes de l’échec thérapeutique. Traité de Diabétologie. Médecine–Sciences Flammarion, 2005 : 236-42.

3 Grimaldi A, Sachon C, Hartemann-Heurtier A. In : Echecs du traitement du diabète de type 1. Point de vue du diabétologue. Traité de Diabétologie. Médecine–Sciences Flammarion, 2005 : 227-30.

4 Gagnayre ER, Traynard PY. In : Éducation thérapeutique : de la théorie… Traité de Diabétologie. Médecine–Sciences Flammarion, 2005 : 445-53.

5 Sachon C. In : Éducation thérapeutique :… à la pratique. Traité de Diabétologie. Médecine–Sciences Flammarion, 2005 : 454-60.

6 Grimaldi A. In : Observance et diabète de type 2. Traité de Diabétologie. Médecine–Sciences Flammarion, 2005 : 474-8.


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]