ARTICLE
Auteur(s) : Jérôme de Seze
Clinique neurologique, Hôpital Civil, Strasbourg
Plus d’un siècle après les premières descriptions de la sclérose
en plaques (SEP), la cause exacte de la maladie reste inconnue.
Cela explique les descriptions de formes cliniques ou
neuropathologiques particulières appelées « formes frontières
de SEP ». Dans ce sous-groupe oscillant entre diagnostics
différentiels et formes cliniques particulières de SEP, sont
habituellement comprises les formes pseudo-tumorales, la
neuromyélite optique (NMO) de Devic et l’encéphalomyélite aiguë
disséminée (EMAD) (ou ADEM en anglais pour « acute
disseminated encephalomyelitis »). Si pour la NMO, il est
maintenant clairement acquis qu’il s’agit d’une pathologie
différente de la SEP, le problème est plus complexe dans l’EMAD,
car environ 20 à 30 % des patients atteints d’EMAD évolueront
secondairement vers une authentique SEP.
Définition de l’EMAD
L’EMAD est une affection inflammatoire du système nerveux
central (SNC) touchant essentiellement les sujets jeunes, le plus
souvent dans un contexte post-infectieux ou post-vaccinal. Le délai
entre l’infection et le phénomène réactionnel inflammatoire est
habituellement de 1 à 4 semaines. Cependant, cet épisode n’est
présent que dans 70 % des cas environ et peut être une banale
infection digestive ou des voies aériennes supérieures comme cela
est également le cas dans le syndrome de Guillain-Barré. Il s’agit
donc plus d’une pathologie post-infectieuse que d’une atteinte
directe du SNC par le virus ou la bactérie.
Il n’y a cependant pas de critères diagnostiques d’EMAD, rendant
difficile sa description en une seule entité clinique. En effet,
certains auteurs utilisent également ce terme pour qualifier des
tableaux de vasculite post-infectieuse. La frontière avec les
formes pseudo-tumorales de SEP est également mal limitée.
Récemment, un comité d’experts a proposé, dans un article portant
sur le diagnostic différentiel de la SEP, des critères
diagnostiques pour l’EMAD [1]. Cependant, ces critères restent très
larges confirmant la difficulté à regrouper un tableau clinique
unique autour de cet acronyme. Dans cet article, les auteurs
insistent sur les troubles de la vigilance. Le point cardinal
repose donc sur l’encéphalopathie qui a été trop souvent oubliée
dans le diagnostic d’EMAD alors qu’elle fait partie intégrante du
nom de l’affection. Ainsi, ces auteurs proposent que l’on ne parle
d’EMAD que s’il y a un trouble de la conscience ou de la vigilance.
Même si cette proposition paraît un peu réductive, il semble
important de revenir sur une définition clinique de la pathologie
qui était devenue trop souvent radiologique incluant tout tableau
suggérant une affection démyélinisante extensive et, notamment, le
cadre un peu différent des formes pseudo-tumorales de SEP. Les
critères proposés par ce groupe (tableau 1)
comprennent également, mais de façon non obligatoire, les prises de
gadolinium de la majorité ou de l’ensemble des lésions ou
l’atteinte des noyaux gris centraux. En revanche, il n’est pas fait
mention dans ce travail de l’existence de myélite extensive
(faisant pourtant partie de l’acronyme mais qui est loin d’être
constante), ni de l’absence d’anomalie immunologique dans le LCR,
l’un des points cardinaux du diagnostic dans la plupart des études
[2-5].
Données cliniques et paracliniques
Présentation clinique
Les signes cliniques s’installent habituellement de façon
rapidement progressive, incluant souvent des troubles de la
conscience, des céphalées et un ralentissement psychomoteur parfois
associé ou succédant à un syndrome fébrile, ainsi que des signes
neurologiques focaux avec une atteinte médullaire fréquente, d’où
le terme d’encéphalomyélite. Cependant, contrairement à la SEP, des
signes cliniques tels qu’une aphasie, une hémiplégie, voire des
crises d’épilepsie, sont également assez fréquemment rencontrés.
Ces symptômes, souvent bruyants, posent parfois le problème du
diagnostic différentiel avec une méningo-encéphalite ou une
vascularite du système nerveux central.
Données paracliniques
Une méningite lymphocytaire (parfois supérieure à 50 ou 100
éléments) avec une hyperprotéinorrachie est souvent associée au
tableau clinique sans que cette perturbation des paramètres du LCR
ne soit réellement discriminante entre SEP et EMAD [5]. En
revanche, il n’y a pas, le plus souvent, de profil oligoclonal à
l’électrophorèse des protéines, critère non exclusif mais
clairement très discriminant dans toutes les études portant aussi
bien sur les formes pédiatriques qu’adultes [2-5].
L’IRM cérébrale montre des lésions en hypersignal en pondération
T2, parfois mais rarement tout de même en hyposignal en pondération
T1 (œdème aigu), de même âge, souvent réhaussées par le produit de
contraste (figure
1). Une atteinte des noyaux gris et/ou du cortex est
également fréquemment observée (figure 2). À l’inverse,
une atteinte du corps calleux est peu fréquente par rapport à ce
qui est habituellement observé dans la SEP.
En cas d’EMAD, il est habituel que le profil oligoclonal
disparaisse alors que cela n’est pas le cas dans la SEP. Il peut
donc être intéressant de contrôler la ponction lombaire à
distance de l’épisode aigu.
Dans une étude récente nous avons montré que certains critères
cliniques, radiologiques et du liquide céphalorachidien,
permettaient de prédire une évolution ultérieure vers une SEP [5].
Ces critères divisés en critères cliniques, radiologiques et LCR
sont résumés dans le tableau 2. Cette étude
montre que l’on ne peut se limiter aux données cliniques,
biologiques ou radiologiques seules et que la conjonction de ces
différents paramètres reste indispensable pour différencier EMAD et
SEP. Ainsi, la présence de 2 critères sur 3 permet d’approcher
le diagnostic avec une concordance de 87 %. Cependant, cette
étude préliminaire devra être confirmée sur une nouvelle cohorte
prospective.
Évolution
Malgré l’hétérogénéité des critères d’inclusion et les
différences de populations (pédiatriques ou adultes), la plupart
des études montrent un pourcentage d’évolution de l’EMAD vers une
SEP entre 20 et 30 % [2-5]. Dans les formes pédiatriques,
l’âge est un critère important : plus l’enfant est jeune moins
le risque de SEP est élevé. Des critères plus stricts sur
l’existence de troubles de la vigilance permettraient probablement
de diminuer ce chiffre. L’amélioration, voire la normalisation de
l’IRM, sera un critère intéressant pour différencier les deux
pathologies.
L’évolution habituelle de l’EMAD est monophasique, mais dans
certains cas, des rechutes (habituellement avec des symptômes
cliniques identiques) peuvent être observées dans les six mois à un
an suivant les symptômes initiaux et ne doivent pas remettre en
cause le diagnostic [6]. Il est alors proposé le terme d’EMAD à
rechute, souvent source de confusion. Dans ces cas, la distinction
entre EMAD et SEP est difficile mais reste très importante compte
tenu des possibilités thérapeutiques, notamment à la phase précoce
des maladies inflammatoires.
Traitement
Le traitement de l’EMAD n’est pas codifié. Il repose
généralement sur de fortes doses de corticoïdes intraveineux (3 à
10 g), parfois associées à des plasmaphérèses en cas d’inefficacité
du traitement de première ligne [7]. Par analogie avec d’autres
pathologies post-infectieuses ou post-vaccinales, un traitement par
immunoglobulines a également été proposé sans preuve évidente de
son efficacité. L’évolution habituelle conduit à une récupération
complète des symptômes et à une absence de récidive. Cependant, un
arrêt trop brutal des corticoïdes peut entraîner une rechute,
raison pour laquelle il est souvent proposé de façon empirique un
relais par des corticoïdes per os pendant 4 à 6 semaines. En
ce qui concerne les traitements de fond utilisés dans la SEP, il
est évident qu’ils n’ont pas leur place dans ce cadre. Toutefois,
dans certaines formes fulminantes, un traitement par mitoxantrone
ou cyclophosphamide a été proposé sans attendre une éventuelle
dissémination temporelle, notamment en cas de séquelles malgré le
traitement intensif de l’épisode initial. Ce type de traitement
sera proposé hors AMM et devra être discuté au cas par cas. Un
relais au long court par un immuno-modulateur ne se justifiera
alors qu’en cas de dissémination temporelle clinique ou IRM.
Conclusion
Un certain nombre de données cliniques et paracliniques sont
proches entre SEP et EMAD rendant parfois difficile la distinction
entre ces deux pathologies. La différenciation de ces deux
affections garde pourtant une importance fondamentale autant en
termes d’annonce diagnostique que de décision thérapeutique. Les
critères diagnostiques proposés par le groupe d’experts [1] ainsi
que ceux issus du travail du club francophone de la SEP [5], sans
être parfaits, permettent de différencier de façon assez fiable les
deux affections. Il serait intéressant de valider ces critères de
façon prospective en proposant comme critère majeur d’inclusion la
présence d’un trouble de la vigilance comme cela est proposé par
Miller et al. [1] et en appliquant à ce groupe particulier
de patients les critères IRM et LCR de notre étude préliminaire
[5].
Conflit d’intérêts
Aucun.
Références
1 Miller DH, Weinshenker BG, Filippi M, et al.
Differential diagnosis of suspected Multiple Sclerosis : a
consensus approach. Mult Scler 2008 ; 14 : 1157-74.
2 Dale RC, de Sousa C, Chong WK, Cox TC, Harding B, Neville BG.
Acute disseminated encephalomyelitis, multiphasic disseminated
encephalomyelitis and multiple sclerosis in children. Brain
2000 ; 12 : 2407-22.
3 Schwarz S, Mohr A, Knauth M, Wildemann B, Storch-Hagenlocher
B. Acute disseminated encephalomyelitis: a follow-up study of 40
adults. Neurology 2001 ; 56 : 1257-60.
4 Hynson JL, Kornberg AJ, Coleman LT, Shield L, Harvey AS, Kean
MJ. Clinical and neuroradiologic features of acute disseminated
encephalomyelitis in children. Neurology 2001 ; 56 :
1308-12.
5 de Seze J, Debouverie M, Zephir H, et al. Acute
Fulminant Demyelinating Disease: a Descriptive Study of 60
Patients. Arch Neurol 2007 ; 64 : 1426-32.
6 Mansini J, Chabrol B, Moulene E, Pinsard N. Relapsing acute
encephalopathy: a complication of diphteria-tetanus-polio-myelitis
immunization in a young boy. Eur J Pediatry 1996 ; 155 :
136-8.
7 Weinshenker BG, OBrien PC, Petterson TM, et al A
Randomized Trial of Plasma Exchange in Acute Central Nervous System
Inflammatory Demyelinating Disease. Ann Neurol 1999 ; 46 :
878-86.
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