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Oxygénothérapie à haut débit dans la crise d’algie vasculaire de la face


Neurologie.com. Volume 2, Numéro 3, 78-80, mars 2010, Banc d’essai

DOI : 10.1684/nro.2010.0195


Auteur(s) : Anne Ducros, Urgences céphalées, Hôpital Lariboisière, Paris.

ARTICLE

Auteur(s) : Anne Ducros

Urgences céphalées, Hôpital Lariboisière, Paris

Plan expérimental

• Nom de l’étude : High-flow oxygen for treatment of cluster headache. A randomized trial [1].

• Pathologie incluse : algie vasculaire de la face (AVF) épisodique ou chronique.

• Médicament testé : oxygène normobare 100 %, 12 L/min, au masque facial, pendant 15 minutes.

• Type d’essai : double aveugle, contrôlé, contre placebo (air), en cross-over.

• Contexte : le traitement le plus efficace de la crise d’algie vasculaire de la face est le sumatriptan 6 mg sous-cutanés, qui a été démontré significativement supérieur au placebo dès 15 minutes après la prise dans deux essais contrôlés en double aveugle. Le sumatriptan 20 mg en spray nasal et le zolmitriptan 5 mg ou 10 mg en spray nasal ne sont supérieurs au placebo que 30 minutes après la prise. La dose quotidienne de sumatriptan sous-cutané est limitée à deux injections. Par ailleurs, le sumatriptan est contre-indiqué en cas d’antécédent vasculaire. L’autre traitement de crise est l’oxygénothérapie à forte dose et fort débit. Dans une étude ouverte publiée en 1981, l’oxygène 100 % administré au masque à 7 L/min pendant 15 minutes entraînait un soulagement significatif chez 75 % des 52 patients. Dans un essai contrôlé contre placebo en double aveugle et cross-over sur 19 patients, publié en 1985, l’oxygène 6 L/min pendant 15 minutes était considéré efficace dans 80 % ou plus des crises traitées chez 9 patients sur 16 (56 %) versus seulement 1 sur 14 patients (7 %) recevant de l’air. Sur la base de ces deux petites études pilotes et sur l’observation de son efficacité en pratique clinique, l’oxygénothérapie en traitement de crise de l’AVF est recommandée par l’EFNS (European Federation of Neurological Societies) et a fait l’objet d’une AMM en France.

• Hypothèse testée : l’oxygène 100 % à 12 L/min au masque pendant 15 minutes est supérieur au placebo (air) administré dans les mêmes conditions dans l’obtention d’une disparition de la douleur à 15 minutes.

• Nombre de patients : 334 patients sélectionnés, 109 randomisés et 76 analysés en ITT (57 AVF épisodiques et 19 AVF chroniques).

• Nombre de centres : 1 centre (Londres, Grande-Bretagne).

• Critères d’inclusion : patients ayant une AVF épisodique ou chronique définie selon les critères de la première classification des céphalées de l’International Headache Society (1988) ; une crise tous les deux jours à 5 crises par jour, avec une durée comprise entre 45 minutes et 3 heures ; un âge compris entre 18 et 70 ans.

• Critères d’exclusion : patients ayant une migraine chronique (cependant, les patients ayant une AVF et d’autres céphalées primaires étaient inclus s’ils pouvaient distinguer les différents types de crises) ; femmes enceintes ou allaitantes ; BPCO modérée à sévère ; intolérance au masque facial ; et patients ayant déjà utilisé l’oxygène à 4 L/min ou plus.

• Durée de suivi : 4 crises d’AVF traitées ; durée de l’étude 2002 à 2007.

• Critère de jugement principal : disparition de la céphalée à 15 minutes notée sur un agenda de crise ou, en cas de perte des agendas, avis « de soulagement adéquat à 15 minutes » recueilli après la fin de l’étude chez 9 patients (8 % des patients randomisés et 12 % des patients analysés).

• Critères de jugement secondaire : disparition de la céphalée à 30 minutes ; soulagement de la céphalée à 15, 30, 45 et 60 minutes (mais dans les résultats ce critère est modifié, et le soulagement est donné à 15, 20, 30 et 60 minutes) ; nécessité d’un traitement de secours à 15 minutes ; réponse globale et handicap fonctionnel ; et effet sur les symptômes associés.

• Échantillon envisagé : 70 patients.

• Taille de l’échantillon et hypothèses statistiques : en tenant compte des essais contrôlés du sumatriptan nasal et sous-cutané dans la crise d’AVF, une différence de 25 % entre placebo et principe actif a été considérée significative. Un échantillon de 55 patients était nécessaire à l’obtention d’une puissance de 80 % avec un risque alpha de 5 %. Le taux de sortie d’étude a été estimé à 15 %, donc 70 patients devaient être recrutés. L’analyse statistique a porté uniquement sur le critère de jugement primaire et pour éviter les comparaisons multiples, les critères de jugement secondaires sont rapportés de manière brute. En raison du schéma en cross-over, les crises traitées chez un même patient ne pouvaient pas être considérées comme strictement indépendantes, une analyse multivariée a donc été faite pour déterminer les effets respectifs du traitement, de l’ordre de randomisation, du sexe et du type d’AVF épisodique ou chronique.

• Randomisation : les patients ont été randomisés entre mars 2003 et avril 2007 en deux groupes : les premiers devant traiter 4 crises dans l’ordre air (placebo)- oxygène-air-oxygène et les seconds devant traiter 4 crises dans l’ordre oxygène-air-oxygène-air. Chaque patient recevait à son domicile deux bonbonnes de gaz identiques et un masque. Après 15 minutes, les patients pouvaient prendre un traitement de secours à leur guise. Sur les 109 patients randomisés, 33 n’ont pas reçu le traitement pour les raisons suivantes : arrêt de l’épisode d’AVF chez 17 patients, 9 perdus de vue, 6 ont arrêté l’étude avant de commencer, et 1 patient est décédé avant de recevoir le traitement. Au total, 76 patients ont reçu le traitement, dont 36 l’air en premier (28 AVF épisodiques et 8 AVF chroniques) et 40 l’oxygène en premier. Un patient dans le premier groupe a été exclu de l’analyse finale car il n’a pas eu de 4e crise (fin d’épisode). Deux patients du deuxième groupe ont été exclus de l’analyse finale : chez l’un, l’épisode s’est terminé après le traitement de la première crise et l’autre patient a arrêté l’étude après avoir traité la 3e crise.

• Source de financement : University College of London et BOC (maintenant Linde).

Résultats

Tableaux 1 et 2.

Tableau 1 Efficacité de l'oxygène 12 L/min dans la crise d'algie vasculaire de la face

Nombre de crises évaluéesa

Air
n = 148 crises traitées

Oxygène
n = 150 crises traitées

Critère primaire

n (%)

n (%)

Disparition de la douleur à 15 min*

298

29 (20 %)

IC 95 % : 14-26 %*

116 (78 %)

IC 95 % : 71-85 %*

Critères secondaires

Disparition de la douleur à 30 min

187

19 (24 %)

78 (72 %)

Soulagement de la douleur à :

- 15 min

256

25 (20 %)

88 (68 %)

- 20 minb

209

28 (30 %)

93 (81 %)

- 30 minb

182

28 (38 %)

93 (85 %)

- 60 minb

167

38 (59 %)

95 (92 %)

Prise d’un traitement de secours à 15 min

249

76 (53 %)

30 (28 %)

Réponse globale au traitementb

248

18 (15 %)

75 (60 %)

Effet sur les signes associésb

250

40 (31 %)

81 (66 %)

a Nombre de crises analysées variables selon la compliance des patients à remplir les agendas.

b Excluant les crises ayant nécessité un traitement de secours.

* χ2= 66,7, p < 0,001 ; l’analyse de régression logistique n’a pas montré d’effet de l’ordre de randomisation, du sexe et du type d’AVF épisodique ou chronique.

Tableau 2 Effets indésirables et sécurité : absence d’effets indésirables sérieux attribués au traitement.

Événements indésirables

Liés au traitement

Arrêt de l’étude

1. Toux durant 3 semaines

Non

Non

2. Décès par leucémie myéloïde aiguë avant le début du traitement

Non

Oui

3. Fatigue modérée

Non

Non

4. Crise prolongée

Possiblement

Non

5. Hospitalisé pour gastrite et calculs biliaires

Non

Non (traitements introduits)

6. Fourmillements, nausées, crise d’asthme

Probablement non

Non

7. Tête plus sensible qu’après une injection

Possiblement

Non

8. Bouteille de gaz vide après 10 minutes

Oui

Non

9. Bouteille de gaz vide après 12 minutes

Oui

Non

Conclusion des auteurs

L’oxygène 100 % à 12 L/min pendant 15 minutes est supérieur au placebo dans la disparition de la céphalée de la crise d’algie vasculaire de la face à 15 minutes.

Référence

1 Cohen AS, Burns B, Goadsby PJ. High-Flow Oxygen for Treatment of Cluster Headache: A Randomized Trial. JAMA 2009 ; 302 : 2451-7.

Commentaire

Que savait-on avant l’essai ?

Il y a plus de 25 ans, deux petites études, dont une seule contre placebo, avaient montré l’efficacité de l’oxygène à débit moyen (6-7 L/min) sur la douleur de la crise d’AVF. Après ces deux études, l’usage de l’oxygénothérapie s’est répandu de diverses manières selon les pays. Il faut souligner, qu’au vu des bons résultats en pratique clinique et dans l’intérêt des malades ayant plus de deux crises par jour et/ou ne pouvant utiliser le sumatriptan, l’oxygénothérapie a obtenu l’AMM en France (nationale) dès le 10 juin 1997 sous l’impulsion des experts.

Qu’a montré l’étude ?

Elle a montré très clairement la supériorité de l’oxygène 100 % à 12 L/min pendant 15 minutes sur le placebo dans la disparition de la douleur à 15 minutes, en l’absence d’effet secondaire.

Qu’a apporté l’étude sur le plan méthodologique ?

Elle souligne les difficultés des essais thérapeutiques dans l’AVF et les difficultés de la médecine fondée sur les preuves à confirmer les résultats de l’observation clinique pratique. Il a fallu sélectionner 334 patients en 6 ans pour que seulement 109 (33 %) soient randomisés et que 76 (23 %) puissent finalement compléter l’étude. Les trois motifs principaux d’exclusion étaient :

  • l’utilisation préalable d’oxygène ;
  • la cessation de l’épisode d’AVF avant la randomisation ;
  • le refus de participer à une étude comportant un placebo alors qu’un traitement très efficace est disponible.

En revanche, l’adhésion au protocole était excellente avec seulement 3 sorties d’essais sur 76 patients, dont 2 pour cessation de l’épisode d’AVF et un seul pour raison personnelle. Enfin, cette étude consolide le choix d’un essai en cross-over dans l’AVF.

Que reste-t-il de cette étude aujourd’hui ?

L’information majeure est que l’oxygène à très fort débit (12 L/min) permet la disparition de la douleur chez 78 % des patients. Les débits d’oxygène utilisés sont le plus souvent inférieurs : 7 L/min dans l’AMM française et 9 ou 10 L/min en pratique courante « empirique ». De manière surprenante, le choix de 12 L/min n’est jamais discuté dans le papier du JAMA.

Quelles perspectives ?

Cet essai permettra de promouvoir l’oxygénothérapie à très fort débit en traitement de la crise d’AVF chez les patients ayant plus de deux crises par jour, ou lorsque le sumatriptan est contre-indiqué.


 

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