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L’information : vécu des enfants et des parents


Médecine thérapeutique / Pédiatrie. Volume 12, Numéro 6, 367-76, novembre-décembre 2009, Dossier

DOI : 10.1684/mtp.2009.0254

Résumé  

Auteur(s) : Pierre Canouï , Paris Descartes, Hôpital Necker-Enfants Malades, 149 rue de Sèvre, 75015 Paris.

Résumé : L’analyse du vécu des parents et des enfants vis-à-vis de l’information médicale et de la communication permet de connaître leurs besoins et leurs demandes. L’information est un phénomène transactionnel interactif complexe. Elle met en jeu l’autonomie de l’enfant et de sa famille. Ils ont le droit de savoir. Mais il apparaît que, parfois, ils ne veulent pas tout savoir, ou ne veulent pas trop savoir. Il apparaît même que, pour certains, trop savoir est un facteur de stress. Respecter l’enfant et sa famille signifie leur permettre de savoir ce dont ils ont besoin. Ils doivent savoir qu’il n’y a pas de raison de ne pas tout leur dire. La connaissance de ces données permet aux équipes soignantes de mieux se positionner dans cet exercice quotidien, incontournable et parfois périlleux de l’information au malade et à sa famille. Le fait est qu’il n’y a aucune raison morale ou psychologique pour penser que des parents et leur enfant ne soient pas capables d’assumer des informations les concernant. « Les enfants et leurs parents ont le droit de recevoir une information sur la maladie et les soins adaptée à leur âge et leur compréhension, afin de participer aux décisions les concernant » (Charte de l’enfant hospitalisé. Unesco, OMS, 1989 \; art. 4).

Mots-clés : enfant, éthique de la communication, information, parents

ARTICLE

Auteur(s) : Pierre Canouï

Paris Descartes, Hôpital Necker-Enfants Malades, 149 rue de Sèvre, 75015 Paris

L’information de l’enfant et de sa famille est une obligation inscrite dans les textes de loi, dans le Code de déontologie et de santé publique, ainsi que dans de nombreuses chartes nationales et internationales. Mais, au-delà de l’obligation faite aux professionnels de santé et opposable devant un tribunal, il s’agit avant tout d’une nécessité humaine et d’un devoir éthique. Pourtant, cette tâche quotidienne est une source importante de reproches faits aux médecins, non seulement par les parents, mais également par des enfants.

Les enfants, les adolescents du troisième millénaire veulent savoir. Ils veulent être informés. Est-ce une conséquence de l’accès si facile à toute l’information et les connaissances via la toile, ou un effet de mode soutenue par une médiatisation massive d’un journalisme médical parfois irresponsable ? Les jeunes malades aspirent-ils à une plus grande autonomie dans ce qui concerne leur vie ? Mais n’est-ce pas aussi les soignants (médicaux et paramédicaux) qui l’induisent eux-mêmes pour des motifs qui ne sont pas aussi limpides qu’il y paraît.

Quoi qu’il en soit, l’information des parents et des enfants est le lieu d’enjeux humains et éthiques méritant toute l’attention et qui ne peut se réduire à une simple obligation légale. C’est probablement pour cela qu’elle devient une source de bien des conflits d’opinion et/ou de personnes. En effet, informer est une tâche bien difficile [1], pour laquelle le bon sens, ou la bonne volonté, ne suffit pas. À partir de ce constat, un certain nombre de travaux sont à disposition afin de tenter de cerner le problème et, si possible, mieux faire. Nous allons aborder ce que l’analyse du vécu des parents et des enfants vis-à-vis de l’information peut nous apprendre.

L’information du mineur

En pédiatrie, tous les textes font certes obligation d’informer le mineur, mais ils associent cette injonction formelle de quatre autres obligations faites aux adultes :
  • toujours prendre en compte l’intérêt supérieur de l’enfant (du mineur de fait) ;
  • le protéger ;
  • l’informer en tenant compte de son âge, sa compréhension, sa maturité et son autonomie ;
  • l’associer à toutes les décisions le concernant dès qu’il en est capable.

Loin de nous l’idée de critiquer les auteurs de ces textes, ces nuances de poids montrent bien qu’aucune loi ne peut se substituer à l’intersubjectivité humaine et la prise en compte des différences individuelles qui font la grandeur et la fragilité de la relation soignante. Aborder la question de l’information médicale de l’enfant et de sa famille, c’est accepter une écoute consciencieuse, méticuleuse d’autrui et une permanente mise en question de nos manières de faire.

Une nécessité médicale

La demande d’information médicale du public en général n’est pas uniquement corrélée à l’accès facile et récent à l’information spécialisée (via Internet) et au refus légitime de ne pas savoir tout ce qui concerne la (ou ma) santé. Cette exigence de transparence est également liée à l’évolution de la médecine elle-même. La personne malade n’a plus un rôle de patient passif. À toutes les étapes de la maladie (diagnostic, traitement, surveillance), sa collaboration est requise afin de pouvoir intervenir à des stades précoces : l’anticipation est l’une des attitudes clés pour être efficace dans la médecine moderne. L’information n’est donc pas seulement une manière de mettre au courant le malade de sa maladie, mais c’est l’occasion de créer un lien fort, une alliance thérapeutique. En pédiatrie, cette alliance thérapeutique se bâtit à trois : enfant, parents, médecin. Le troisième pôle de cette triangulation est pluriel, constitué, dans le cas de maladie grave et/ou de longue durée, de plusieurs personnes : l’équipe ou les équipes soignante.

Quelles informations ?

Nous distinguerons trois grandes catégories d’information :
  • l’information concernant le diagnostic et son corollaire, le pronostic : l’annonce de la maladie ;
  • l’annonce des nouvelles au cours de la maladie et de son traitement ;
  • les informations concernant la demande de participation ou de partage des décisions.

Le diagnostic

L’annonce du diagnostic occupe une place particulière au sein de toutes les informations. Ce moment marque d’un sceau unique la maladie, c’est pourquoi il est l’objet de nombreux travaux.

Les nouvelles au cours de la maladie

L’annonce des nouvelles au cours de la maladie et de son traitement concerne les mauvaises nouvelles : aggravation, rechute, séquelles, mais aussi paradoxalement les bonnes nouvelles. L’annonce de la fin d’un traitement, d’une guérison enfin obtenue peut être génératrice de troubles psychologiques notables lorsque toute ou partie de la vie depuis la naissance est rythmée par la maladie et ses traitements pour l’enfant et sa famille.

Le partage des décisions

Enfin, des informations concernent la demande de participation ou de partage de décisions relatives à l’enfant. Certaines décisions médicales ne peuvent être prises légalement sans un accord signé des parents : autorisation d’opérer, consentement dans le cadre d’un acte médical entrant dans le cadre de la loi Huriet-Serusclat. Mais la notion de consentement ne se limite pas aux « grandes décisions », tous les autres actes médicaux justifient que les parents et l’enfant reçoivent une information leur permettant au moins d’adhérer aux actes proposés, au plus de partager la décision avec les médecins. Dans certaines situations, les parents (et donc leur enfant) peuvent même être au courant des dilemmes existants, voire participer à la discussion et au choix.

Un facteur de stress

Ces temps d’informations sont autant de facteurs de stress pour l’enfant et sa famille. Mais sont-ils, de facto, générateurs de traumatisme ? Nous ne pouvons adhérer à une perspective un peu trop simpliste, linéaire et donc fausse, considérant tout événement comme stressant en soi, tout stress comme étant nécessairement pathogène et donc responsable d’une réaction traumatique délétère. Les études sur le stress, la plasticité cérébrale (nouvelles perspectives neurophysiologiques et développementales sur le cerveau), la résilience et le coping rejoignent les études en intériorité issue de travaux psychanalytiques qui mettaient l’accent sur la capacité de l’être humain à faire face aux événements de sa vie d’une manière très diversifiée.

Le stress est un mécanisme d’adaptation normal de l’être vivant. Il n’y a pas de vie sans stress. Comme le formulait, il y a bien longtemps, Epictète : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses mais les jugements qu’ils portent sur elles ». Ainsi, ce n’est pas le stress en soi qui est générateur de trouble, mais de très nombreux autres facteurs qui modifient, font s’exprimer ou créer une vulnérabilité ou une compétence inconnue. Il est également certain que l’intensité du stress vécu et sa répétition perturbent la manière de faire face (le coping) et peuvent produire, chez les parents et les enfants, des troubles psychopathologiques variés et parfois graves.

Les messages d’informations prennent une place particulière. En effet, c’est à travers toutes ces informations que se formule, se parle l’événement de vie que constitue la maladie d’un enfant. C’est dire l’importance du vécu de ces moments. Ils constituent ainsi l’histoire de l’enfant et de sa famille.

Paul Ricœur a montré à quel point « l’être vivant est un être de narration ». Chaque individu s’inscrit dans une histoire. Lorsque l’on dépose auprès d’un enfant et de sa famille une information, elle prend place dans l’histoire familiale et en devient l’un des constituants. Mais elle peut également entrer en résonance, en conflit, en contradiction avec d’autres données de l’histoire que, généralement, l’équipe médicale ne connaît pas.

Un acte complexe

Le vécu de l’information est la résultante d’un nombre très important de facteurs. Il est comme la partie émergée d’un iceberg. Sa perception ne permet pas d’en connaître la partie cachée. C’est pourquoi analyser et décrire le vécu n’est pas simple.

Toutes les études confirment que les moments de révélation du diagnostic, d’annonce des mauvaises nouvelles restent des périodes marquantes ou traumatisantes pour l’enfant et sa famille. Il est très souvent reproché aux médecins d’être de mauvais communicants et même d’être les responsables des troubles émotionnels en raison de leur maladresse, de la violence de leurs propos. Ils sont même accusés de mensonge, voire de trahison. Il est donc important de savoir où et comment se situe notre responsabilité.

La judiciarisation lente, mais progressive, des relations soignants-soignés ne fait qu’aggraver la perplexité anxieuse dans laquelle peut être plongé le corps médical face à une démarche apparemment banale.

Enfin, il est entendu que d’une bonne qualité de la communication dépend une confiance partagée, un sentiment de satisfaction pour le médecin, l’enfant et sa famille, et peut-être une plus grande efficacité thérapeutique.

Le mot information se définit, selon le dictionnaire Robert, comme « l’action d’informer, de s’informer, mettre au courant, apprendre, aviser, avertir, éclaircir, éclairer, enseigner, instruire, notifier, prévenir, renseigner ». Mais l’étymologie du mot est encore plus éclairante pour notre propos : le mot vient du Latin (in formare) qui signifie « donner une forme, une structure, une signification » en langage philosophique. Ainsi, chaque fois que l’on informe, on donne une forme, une structure et aussi une signification à un événement, une situation. On comprend alors la complexité de l’action : celui qui émet une information lui donne de facto une forme, une structure et une signification. La neutralité en matière d’information n’existe pas. Celui qui émet une information y introduit une ou plusieurs intentions et interprétations. Toute information est déjà une interprétation de la réalité. Il n’y a pas de parole neutre.

Le vécu est un phénomène subjectif et complexe. Il est individuel et particulier, mettant en jeu des éléments extrêmement variés de la personnalité et de l’histoire individuelle et culturelle du sujet. Mais analyser le vécu de l’information en pédiatrie, c’est également analyser la résultante d’une dynamique familiale. Selon Winnicott, « un enfant tout seul, ça n’existe pas ». Lorsqu’un enfant est gravement malade, au point de désorganiser le cours de la vie familiale, l’onde de choc atteint plusieurs générations, l’enfant lui-même bien sûr, ainsi que ses parents, ses grands-parents souvent, mais aussi sa fratrie née et à naître.

Les études concernant l’analyse du phénomène peuvent se réaliser à partir de plusieurs points de vue et méthodes (psychologiques, comportementales et psychanalytiques, sociologiques, anthropologiques…). La majorité des études publiées en pédiatrie sont des études « en extériorité ». Elles sont réalisées auprès de groupes de parents et d’enfants au sein desquels des indicateurs sont analysés, soit à l’aide d’échelle d’évaluation, soit sous forme d’entretiens semi-directifs. Les items explorés sont :

  • le niveau de satisfaction des parents ;
  • les facteurs (subjectifs) permettant une bonne communication ;
  • les besoins des parents et enfants en matière d’information.

À l’aide d’échelles validées, on recherche également les niveaux d’anxiété, de dépression, de stress et de qualité de vie.

L’approche « en intériorité » est un mode d’approche moins prisé dans la littérature médicale scientifique car il expose à la subjectivité de la situation, mais mérite d’être conservée car chaque cas reste singulier. Ces travaux montrent à quel point chacun développe une réponse différente pour trouver une adaptation.

Néanmoins, dans tous les travaux, il existe une représentation très forte des cancers de l’enfant, mais toutes les autres disciplines pédiatriques sont aussi explorées. Et l’on ne sera pas étonné de constater que les observations faites dans une pathologie donnée sont très souvent transposables à d’autres. Les différences phénoménologiques existent, mais elles sont mineures. Il a longtemps été pensé qu’il était possible de réaliser une typologie psychologique en fonction de la maladie somatique. Il a cependant fallu renoncer à ce désir de catégoriser l’être humain. Ce n’est pas la maladie qui fait l’identité de la personne.

Pas de nouvelle, mauvaise nouvelle !

Si l’on considère le fait que cette information est destinée à quelqu’un, ici un parent, un enfant, une famille, on entre de « plain-pied » dans le problème de la communication. Des théories de la communication, nous ne retiendrons à ce stade qu’une donnée fondamentale : un non-comportement n’existe pas chez l’homme. Il n’est pas possible de ne pas communiquer. Reynolds intitule son article sur la communication hospitalière [2], No news is bad news. Contrairement à la formule populaire, pas de nouvelle n’est pas synonyme de bonne nouvelle. Il montre ainsi que l’absence d’informations médicales est source d’insatisfaction, d’anxiété et de peur majorées chez les patients. Nous sommes donc condamnés à donner des nouvelles et donc à penser notre manière d’informer et de communiquer.

Le vécu des parents

De l’analyse du vécu des parents lors de la transmission d’informations, il est possible de tirer les réflexions suivantes :
  • les positions des parents vis-à-vis de l’information médicale sont caractérisées par une demande forte d’informations ;
  • les réactions émotionnelles sont souvent intenses ;
  • ils expriment un sentiment fréquent d’insatisfaction.

De toutes les informations, le moment de l’annonce occupe une place particulière dans l’histoire des parents et de la maladie.

La demande insistante d’information des parents repose sur différents facteurs.

  • Il s’agit d’un droit connu des parents qu’ils revendiquent parfois. La loi du 4 mars 2002 a renforcé cette autonomie des parents.
  • Mais au-delà de cette dimension légale, l’information permet de mettre de l’ordre dans le chaos d’idées que vivent les parents au moment de l’annonce d’une mauvaise nouvelle. Il s’agit d’un moyen de contrôler l’inquiétude, l’émotion, la crainte et de permettre la mise en place de réactions d’adaptation appropriées (coping).
  • Les données recueillies ou arrachées par les parents concernant la maladie et les traitements de leur enfant leur donnent le sentiment de se réapproprier une parentalité qu’ils pensent que la médecine leur enlève. La fonction parentale est mise à mal lors de l’hospitalisation d’un enfant lorsque d’autres prennent en charge la santé, la sécurité et parfois la survie de leur enfant.
  • Les réactions émotionnelles sont variées et restent, dans la grande majorité des cas, psychologiquement compréhensibles et adaptées à la réalité. Il s’agit d’un sentiment de détresse personnelle, de crainte, de peur, d’anxiété, qui peut aller jusqu’à des crises d’angoisse ou de panique. La culpabilité apparaît vite au cœur de leur questionnement. Enfin, des réactions comportementales sont faites de stupeur, d’inhibition ou d’agitation pouvant aller jusqu’à des réactions d’agressivité mal contrôlées. Toutes ces réactions sont des manifestations du choc émotionnel à l’événement lui-même d’abord et à l’annonce ensuite.

Une insatisfaction dominante

La recherche de l’indice de satisfaction des parents lors de l’annonce du diagnostic fait l’objet de nombreuses études. Il est impossible de tirer des conclusions univoques. En effet, dans la plupart des études, près de deux tiers des parents [3, 4] disent ne pas être satisfaits des entretiens d’information. Mais dans quelques études, on observe jusqu’à 50 % [5], voire 82,6 % [6] de parents satisfaits. Ceci conduit Hasnat et al. [6] à écrire que l’insatisfaction lors de l’annonce de mauvaises nouvelles n’est pas inévitable.

C’est pourquoi il est intéressant de savoir ce que les parents reprochent aux médecins et quels sont leurs besoins. Il est possible d’analyser les nombreuses enquêtes selon trois dimensions de l’information :

  • le cadre ;
  • la manière de faire ;
  • la teneur de l’information.

Les conditions de l’information

Les parents souhaitent être présents ensemble lors de l’annonce et que cela soit fait le plus tôt possible [1, 3, 7-9]. Rien ne sert d’attendre, c’est ainsi qu’ils se sentent au mieux capables de faire face et de débuter le travail de deuil et d’acceptation, mais aussi le plus capable de soutenir leur enfant et de faire alliance avec l’équipe.

Les soignants n’ont pas à avoir peur des nouvelles technologies de l’information. La source d’information prioritaire reste le médecin dans toutes les études. C’est vers lui que l’on se tourne et c’est de lui que l’on attend les informations [10-12].

L’importance du cadre

Il est indispensable que l’entretien soit personnalisé, dans un lieu calme, sans être dérangé. Les parents ont besoin d’avoir le sentiment que le médecin a du temps à leur accorder, même si des études ont montré que ce n’est ni la durée de l’entretien [3], ni la longueur de la réponse des médecins qui entrent en ligne de compte [13].

Il faut communiquer d’égal à égal. Même si par nature la relation soignants-soignés est dissymétrique, il est bon de pouvoir communiquer d’égal à égal. Le langage doit être clair, direct, accessible, et pour cela il faut utiliser des termes simples et intelligibles, c’est-à-dire adapter le vocabulaire à des non-spécialistes et à chaque patient en évitant le jargon médical [3]. Donner des informations claires correspond à préciser autant que faire se peut le diagnostic (en expliquant ne serait-ce que l’organe atteint ou la fonction déficiente), mais également le pronostic (les chances de guérir). Il convient d’éviter une information brute, voire brutale, en utilisant des statistiques ou en se retranchant derrière des termes médicaux savants. Il est utile que les médecins s’interrogent sur les motifs de l’utilisation d’un jargon médical et sur leur capacité à expliquer. Il n’est pas exclu que le jargon médical représente une stratégie de défense plus ou moins consciente à l’œuvre chez le praticien vis-à-vis de l’émotion suscitée et ressentie par le discours qu’il est obligé de tenir.

La manière de faire

La manière de faire est essentielle et la qualité de la relation fondamentale [14]. Les parents demandent aux soignants d’être honnête, de ne pas mentir, d’être capable d’empathie. Ils apprécient lorsque les soignants acceptent l’expression de leurs réactions émotionnelles. On peut ainsi recommander aux soignants de laisser du temps aux parents afin d’exprimer leurs émotions et même les inviter à le faire. Les parents sont très sensibles au fait que l’équipe tienne compte de leurs observations concernant leur enfant car ils le connaissent mieux que quiconque. Ils souhaitent, d’une part, être considérés comme les premiers responsables de leur enfant [8] et, d’autre part, être entendus sur leur conception de la maladie [13]. Enfin, les parents apprécient qu’on leur permette de poser des questions et d’y répondre [10].

Cependant, des entretiens médicaux satisfaisants ne suffisent pas. Les parents souhaitent une continuité de l’information et, pour cela, ce sont les infirmières et les autres membres de l’équipe de soignants qui trouvent leur place dans le relais de l’information. Les parents souhaitent pouvoir répéter le discours médical auprès des paramédicaux, pouvant ainsi reprendre les questions et les réponses, reformuler les éléments donnés. Ce n’est pas tant pour vérifier la validité des connaissances, mais dans un besoin de répéter des données nouvelles auxquelles ils ne sont pas encore « habitués ». L’information souhaitée par les parents ne doit pas être le seul fait des médecins. En effet, bien souvent, les parents tissent plus facilement des relations avec les infirmières et les aides-soignantes. Ils discutent longuement avec elles. Ce sont elles qui servent de lien entre ce qui a été compris et ce qu’est la réalité de la situation médicale. Les infirmières sont ainsi en mesure :

  • soit de fournir des explications complémentaires ;
  • soit de signaler à l’équipe médicale la nécessité de revoir les parents et de compléter l’information.

Il est essentiel qu’elles ne se sentent pas prises « en porte-à-faux » entre l’équipe médicale et l’entourage du malade.

Les parents veulent être libres d’alimenter le dialogue, et apprécient quand l’équipe médicale facilite la parole et répond aux interrogations dans un climat de confiance. D’ailleurs, des parents qui questionnent n’attendent pas forcément de réponses à leurs questions. Ils le font également pour s’aider à comprendre ce qu’ils vivent, d’où la nécessité d’une écoute active de la part des médecins. Ils souhaitent que l’équipe soignante réalise bien que s’ils posent la même question plusieurs fois ou à plusieurs membres de l’équipe, c’est uniquement par besoin de redire (répétition nécessaire) et de réentendre (vérifier leur bonne compréhension) les informations fournies. Il ne s’agit pas d’un désir ou d’une volonté de prendre en défaut l’équipe. Lorsqu’une telle situation existe, c’est-à-dire quand les parents cherchent de l’information auprès de plusieurs membres de l’équipe, lorsqu’ils questionnent de façon répétée, et que l’équipe se sent « harcelée », il y a lieu de voir ces éléments comme des indicateurs d’une situation de non-compréhension ou d’angoisse. Il faut se demander ce qu’il se passe et prendre le temps de faire la lumière. La pire situation dénoncée par les parents est celle où ils n’osent plus poser de question : « Si on questionne trop, on dérange ». Ils veulent des explications et apprécient quand les éléments du premier entretien sont consignés par écrit, ce qui leur permet de les relire ultérieurement.

La teneur des informations

Les parents souhaitent tout entendre, même les possibles complications médicales du traitement, mais sans tuer l’espoir, afin de garder une vision positive de la vie avec leur enfant [14]. Ils aspirent à un discours situé du médecin, dans un équilibre subtil, entre un optimisme déraisonnable et une dramatisation immédiate, deux attitudes génératrices de malentendus. Il s’agit de ne pas baisser les bras du côté de l’équipe, de ne pas tuer toute idée d’amélioration chez les parents et laisser ouverte une petite porte sur l’espoir.

Ces manières de faire restent gravées longtemps dans la mémoire des parents, en particulier pour les enfants dont la vie est menacée [5].

Ce qui imprime un vécu de satisfaction ou d’insatisfaction à l’entretien parents-médecin est tout d’abord la manière d’être du médecin, ainsi que la forme et la teneur de l’entretien. Si les parents analysent globalement de la même manière leurs désirs concernant la forme et la manière, on voit bien qu’en ce qui concerne le contenu du message, les désirs varient. Tous souhaitent savoir vite et dans un contexte d’espoir, comme s’ils disaient au médecin de rester à leur place humaine et de laisser une place à l’espoir. Ils demandent également que le médecin entende leur conception de la maladie. Une nouvelle dimension transactionnelle de la communication apparaît alors. Le médecin doit faire attention aussi bien à ce que ces parents ont compris, mais aussi quelle est leur conception – même fantaisiste – de la maladie (74 % des parents le demandent dans l’enquête de Goore [13]). On pénètre ainsi dans un domaine intime de la pensée et l’on quitte les rivages apparemment stables de la rationalité scientifique. Néanmoins, tous les parents ne souhaitent pas tout savoir, ou en savoir plus, entendre d’autres mauvaises nouvelles. Il s’agit d’un choix à respecter [15].

La satisfaction

Deux études [16, 17] ont tenté de savoir s’il existait un lien entre la satisfaction de l’entretien et la recherche d’information provenant d’autres sources. La recherche d’autres informations réalisée par les parents est liée au fait de vouloir mettre de l’ordre dans ce qui est devenu chaotique avec l’annonce de la maladie. Cette recherche est surtout intense au début, intéressant autant les parents satisfaits que les parents insatisfaits. Cependant, les motifs ne sont pas les mêmes :
  • les parents insatisfaits recherchent de l’information afin de contrôler ou vérifier les dires du médecin. Il s’agit d’une démarche de méfiance ou de prudence ;
  • les parents satisfaits peuvent avoir le même besoin de chercher ailleurs pour mieux comprendre les détails et être capables de s’expliquer et d’expliquer à l’entourage la maladie.

En revanche, l’étude de Joe Kai [16] ouvre une nouvelle réflexion en essayant d’explorer les difficultés et les besoins des parents. Il montre que la mise à disposition d’information n’est pas toujours suivie d’une amélioration du vécu des parents, aggravant même parfois l’anxiété. En effet, il soulève l’idée que les parents ont des difficultés à accepter une explication telle que : « il a attrapé tel virus » ou « telle malformation est survenue pendant la grossesse… ». Ils veulent savoir pourquoi. Les informations médicales ne permettent pas de répondre aux questions d’ordre existentiel, « pourquoi moi ? », « pourquoi nous ? », et à la question de culpabilité : « qu’est-ce que j’ai pu faire pour que cela arrive ? ».

La satisfaction de l’entretien n’est pas corrélée avec une bonne compréhension. Une étude pilote a attiré notre attention. Dans ce travail réalisé auprès de 20 parents d’enfants atteints de cancers nouvellement diagnostiqués, il apparaît que, bien que les parents soient satisfaits de la qualité de la discussion de consentement avec le pédiatre oncologue, ils ont un mauvais niveau de compréhension en ce qui concerne les essais randomisés et les protocoles de recherche [18]. Cela confirme les échanges avec les associations de parents d’enfants atteints de cancers. Ils peuvent en effet être satisfaits de la qualité de l’échange sans vraiment avoir bien compris ce que représente le consentement qu’ils ont signé.

Le rôle des médecins et des infirmières

Les médecins et les infirmières restent au centre du processus d’information avec les parents. L’accès possible à l’ensemble des données médicales, via Internet, n’a pas modifié l’attente des parents. En revanche, cela doit modifier les attitudes des médecins et des soignants en général. Les parents peuvent en savoir autant qu’eux, et il n’y a aucune raison pour penser qu’ils ne sont pas capables d’intégrer ces connaissances. Si le paternalisme médical semble bien désuet, ce que l’on pourrait appeler un ultralibéralisme de l’information n’est pas le seul souhait des parents.

Il existe une dysharmonie profonde entre médecins et parents. Les souhaits et les attentes ne sont pas les mêmes. Le reconnaître permet aux médecins de mieux s’adapter aux parents. L’échange d’information est un phénomène transactionnel intersubjectif au cours duquel se confrontent deux ou plusieurs conceptions de la réalité. Les médecins qui donnent une information ne sont pas en train de remplir une page blanche. Les parents, même apparemment très ignorants, ont une conception personnelle de la maladie et des traitements. C’est pourquoi, à l’autonomie des parents vis-à-vis de l’information demandée, il faut nécessairement poser l’autonomie des médecins qui délivrent l’information.

Les médecins, même très performants en communication et « éthiquement parfaits », sont contraints de considérer qu’ils sont dans une situation de dysharmonie avec les parents d’enfants en raison de leur souffrance. Cela peut parfois conduire à des conflits d’opinion. Il y a encore du chemin à parcourir.

Le vécu des enfants

Respecter l’enfant, c’est reconnaître que, quel que soit son âge, il est un être humain et une personne à part entière dont il importe de respecter la dignité. C’est également garantir son droit à exprimer librement son opinion (eu égard à son âge, son degré de maturité et son état de santé). Si l’enfant est au centre des soins et des attentions, il y a peu d’études sur leur vécu et leurs besoins en matière d’information de la maladie.

L’information de l’enfant pose un problème d’une grande complexité. S’il est bien un moment de vie en perpétuel changement, c’est celui de l’enfance. Durant la croissance, les capacités de compréhension, de communication, le sens moral, les visions de la vie évoluent sans cesse. Les relations que l’enfant établie avec les autres sont faites de continuité et de changement. Il est en constante réorganisation de son monde intérieur et de ses relations avec les autres. Cette interaction est en soi structurante, c’est ainsi qu’il se construit. Elle est fondée sur l’éducation des parents ou des représentants légaux, sur une communication verbale consciente, mais aussi sur une communication non verbale. On sait maintenant que cette interaction est très précoce. Dès qu’un être vient au monde (et même dès la conception), il est un être de communication, d’échange. Il reçoit par différents canaux des informations émotionnelles, sensorielles et cognitives. C’est pourquoi il n’est pas possible de ne pas communiquer avec l’enfant. Mais son âge et son niveau de développement conditionnent la communication. Les médias et les pédiatres ont diffusé ces connaissances, les parents le savent et ce sont souvent eux qui sollicitent les professionnels afin de savoir que dire à l’enfant, comment le dire et jusqu’où, quand le faire et qui est habilité à cela.

Le besoin d’informations

L’enfant est au centre du dispositif de soins. Il est le premier à vivre sa maladie ou son accident. Mais ce n’est pas lui qui a la primauté de l’information. Les situations médicales sont trop variées pour pouvoir les envisager d’un seul point de vue. Maladie aiguë ou chronique, congénitale, héréditaire, acquise, accident, agression et violence faites à l’enfance, situation de réanimation, intervention chirurgicale, menace vitale, moment de fin de vie, sont autant de situations rendant les modalités de l’information différentes.

De nombreuses raisons justifient qu’on accompagne l’enfant dans son besoin de savoir et de comprendre, et notamment pour :

  • faire face à la maladie ;
  • comprendre les réactions de son environnement familial ;
  • assumer le regard des autres adultes, familles mais aussi celui des copains et étrangers.

Il a besoin de savoir dans toutes les situations où il doit participer à son traitement, soit en acceptant les limitations que la maladie et ses traitements imposent, soit en étant lui aussi un acteur de soins.

Il a besoin de savoir car de plus en plus d’enfants malades atteignent l’âge adolescent, puis adulte. La qualité de la communication dans l’enfance prépare les périodes à venir. À certains moments, il doit participer à des décisions de traitement (greffe dans une mucoviscidose, protocole ou essai thérapeutique, intervention chirurgicale…), ou assumer les conséquences et/ou les séquelles de la maladie (stérilité secondaire à une chimiothérapie ou liée à la maladie…). Dans le cadre de certaines maladies, sa liberté et sa santé passent nécessairement par la prise en charge autonome de ses traitements (diabète, hémophilie, épilepsie, traitement anti-rejet après greffe…).

L’enfant a besoin, certes, de savoir, mais sans être déstabilisé par rapport à sa famille. C’est dire qu’il ne faut pas que l’information donnée le mette en décalage, voire en opposition avec les idées et valeurs familiales. Certains parents ne veulent ou ne peuvent pas parler à leurs enfants (Sida, stérilité liée à certaines maladies, transmission génétique), conduisant à des dilemmes éthiques pour l’enfant, sa famille et les soignants.

Les données de la littérature

Des données et des études concernant le vécu de l’information, nous avons retenu celles semblant les plus pertinentes et apportant des éléments de réflexion à la discussion.
  • Si la primauté de l’information est orientée vers les parents, ces derniers la revendiquent, souhaitent garder un contrôle sur ce qui est dit à leur enfant, celui-ci exprime le besoin de recevoir des informations concernant sa maladie, ainsi qu’un soutien social et psychologique [19].
  • Les travaux sur l’information des enfants est surtout centré sur le cancer. L’hypothèse que le fait d’ouvertement informer du diagnostic et du pronostic de leur maladie les enfants est un facteur de bien-être émotionnel. L’étude réalisée par Last montre que les enfants entre 8 et 16 ans qui ont eu, dès les phases initiales, une information claire et ouverte présentent moins de troubles anxieux et dépressifs de façon significative. Il faut donc les avertir le plus tôt possible et aider les parents à le faire [20]. Les parents de jeunes enfants ont tendance à en dire le moins possible concernant le diagnostic, le traitement et le pronostic que pour des enfants plus âgés ou des adolescents. Cependant, Les plus jeunes enfants présentent le même niveau de détresse que les autres, le fait de ne pas révéler n’est pas protecteur [21].
  • C’est dans cette optique que des expériences sont mises en œuvre afin d’informer l’enfant et permettre aux parents-enfant de trouver des mots pour parler de la maladie. Certains proposent d’utiliser des histoires pour expliquer la leucémie et son traitement en faisant une analogie avec la nature et la repousse de l’herbe ou des fleurs [22]. Les résultats auprès d’enfants âgés de 6 à 12 ans et leurs parents sont ceux escomptés : les enfants sont contents d’avoir compris leur maladie et les parents d’avoir été capables d’en parler sans panique, ni stress. Mais ces histoires ne sont pas des techniques universelles, comme en témoigne un petit garçon paniqué par l’histoire horticole, à l’idée que ces cheveux repoussent verts comme l’herbe du jardin. Dans une même direction d’aide à la communication, mais dans une autre optique, l’association Sparadrap a édité un livret destiné aux parents d’enfants de 3 ans, intitulé Votre enfant est gravement malade. Pour en parler avec lui… [23].
  • L’étude de Veltman [24] conforte l’idée de devoir informer l’enfant. Seulement 30 % des 63 enfants et adolescents porteurs d’une pathologie cardiaque interrogés avaient une bonne connaissance de leur maladie. De plus, 77 % n’en connaissaient pas le nom et 33 % avaient une connaissance pauvre ou erronée de leur affection. Le niveau de compréhension n’était ni lié à l’âge, au sexe ou à la nature de la maladie cardiaque. Les auteurs invitent les soignants et les parents à faire un effort pour permettre aux enfants de mieux comprendre. En effet, plusieurs recherches montrent que l’information de l’enfant ou l’adolescent atteint de cancer lui permet de mieux faire face à sa maladie et améliore sa qualité de vie [19].

Quelles informations pour l’enfant et l’adolescent ?

Durant l’enfance, il a besoin de savoir et de pouvoir assumer le regard des autres (amis ou étrangers) sans être en décalage avec ses parents. L’adolescence est un moment important chez l’enfant malade. Cette période, faite d’expressions pulsionnelles puissantes, d’une réorganisation psychique de sa relation au monde et d’une entrée parfois fracassante dans le désir d’autonomie et de liberté, est sérieusement handicapée par la maladie. Elle peut même, avec les limitations dues au traitement, laisser un certain nombre de jeunes sur le seuil de l’adolescence.

Enfin, tout au long de sa vie, l’enfant fait des découvertes multiples et répétées le concernant. En cas de maladie, ce n’est pas une seule annonce à laquelle on assiste, mais une répétition d’annonces. Parmi toutes ses annonces, l’une d’entre elles aura valeur de révélation et la date en est imprévisible. C’est aussi pour cela qu’il n’y a pas d’âge idéal pour donner une information. Les parents et les enfants disent que le plus tôt est le mieux, ce qui est probablement la meilleure des positions. Attendre le moment parfait risque de rendre encore plus difficile l’annonce. Il faut trouver les mots pour le dire, et pour ce faire savoir ce que l’enfant ou l’adolescent sait et veut savoir.

Des situations uniques, des réactions imprévisibles

Les situations médicales sont extrêmement variables, de l’accident brutal à la maladie chronique, de l’échec d’un traitement à une inscription sur liste de greffe. Chacun de ces moments peut être l’occasion d’une annonce-révélation-prise-de-conscience. Les réactions sont variées et imprévisibles. L’annonce d’une maladie peut entraîner un passage à l’acte ou être suivie d’un état d’indifférence qui ne dit rien de la profondeur du trouble intérieur provoqué. Car c’est bien de cela dont il s’agit : quel bouleversement cela peut-il produire ? Toute annonce provoque un processus psychologique de deuil. L’expérience conduit à considérer qu’il ne s’agit jamais d’un deuil unique mais de deuils répétés. De la même façon qu’il est rare qu’il n’y ait qu’un seul moment d’annonce, une seule révélation. Le plus souvent, il y a une succession d’indices, de mots, d’actes qui font l’annonce, permettent des moments de prise de conscience du handicap, même si, in fine, l’un d’entre eux va rester fixé plus qu’aucun autre.

Qui informe l’enfant, l’adolescent ?

Parmi les soignants, les médecins sont ceux se sentant le plus une responsabilité dans le fait de devoir dire. En effet, ils sont censés être détenteurs d’un savoir. Mais si certains croient tout savoir, la plupart savent qu’ils ne savent pas autant qu’on le laisse supposer. Pourtant, dans le regard de l’autre, ils sont ceux qui savent. Comment assumer les limites de ce savoir sans décevoir ? Les autres soignants sont également censés savoir puisqu’ils font partie de l’équipe médicale. Est-ce à eux d’annoncer ? Est-ce que c’est le savoir qui légitime le fait de parler à l’autre de son handicap ou de sa maladie ? Ont-ils plus de légitimité que les parents, que des amis ? D’autant qu’actuellement, il est un concurrent de taille, grand réservoir de connaissances : Internet. Il s’agit d’un outil devenu incontournable, livrant de façon souvent brut des connaissances, des savoirs, des avis, mais aussi des possibilités d’échange et de communication avec d’autres malades. Comme tout instrument, il présente des limites, des failles, des dangers. Il fait partie de l’environnement du jeune et de sa famille, et les soignants doivent le prendre en considération. Internet n’a rien d’un rival.

Afin de donner une information à l’enfant en toute responsabilité, nous proposons de répondre à plusieurs conditions.

  • Il faut tout d’abord être suffisamment certain de la justesse de l’information. Des jeunes ont souvent rapporté qu’ils ne tiennent pas rigueur aux adultes de ne pas savoir, tout au plus ils sont déçus et auront à faire un deuil de l’omniscience des « grandes personnes », mais ils supportent très mal le mensonge ou le leurre pouvant couper définitivement la confiance en l’autre et la communication.
  • Une seconde condition est la légitimité vis-à-vis de l’enfant. Même si j’ai la connaissance précise d’information, ai-je la légitimité légale, morale, institutionnelle pour la délivrer ? En revanche, si la question m’est posée, j’ai le devoir absolu, si je ne peux pas ou ne veux pas répondre, de proposer de transmettre la question posée à qui de droit.
  • Mais le problème est encore plus complexe. Le jeune interroge parfois une personne qu’il a choisie, mais qui ne veut pas être choisie : un soignant de passage, un bénévole, le personnel non médical… La communication interne à une équipe prend ici toute sa valeur.
  • Une autre condition que nous proposons à celui qui s’aventurerait à livrer des informations importantes est de savoir si la personne est en position pour assumer, sinon les conséquences, tout du moins l’accompagnement de sa révélation ?

Quand ?

La question du moment opportun pour l’annonce oscille entre le fait de se dire « mais il le sait déjà » et éluder le problème, et le fait de vouloir attendre le « bon », le « meilleur » moment pour le faire.

Souvent, l’enfant sait déjà, mais ce n’est pas toujours le cas. Et même s’il sait, il peut être très utile pour lui de pouvoir en parler ouvertement avec ceux qui l’entourent. À partir du moment où la parole commence à se libérer, il pourra dire quand et comment il souhaite que l’on parle de lui et de sa maladie. Ainsi, même s’il sait et que tout le monde sait qu’il sait, il a probablement encore besoin de mettre des mots sur cet inacceptable.

Attendre le « bon » moment est marqué du sceau de la bonne intention de ne pas nuire et d’être au meilleur moment du temps psychique de l’autre. Mais il y a toujours une échéance (un examen, une joie à venir que l’on ne veut par ternir ou un moment de spleen qu’on ne veut pas aggraver…). Alors que faire ? Quand ? On l’aura compris, il n’y a pas de « bon » moment pour annoncer une mauvaise nouvelle.

La moins mauvaise solution est peut-être d’établir dès le début une relation de partage de ce que l’on sait dans une éthique de vérité, de fonder la relation sur une confiance mutuelle, puis d’énoncer les éléments au moment où ils se présentent. Il peut être utile de se faire aider ou accompagner par un tiers (psychologue, psychiatre, médecin de famille, personne de l’entourage en qui l’adolescent a confiance).

Mais il restera toujours bien difficile, par une observation extérieure, de déterminer le moment optimal où l’enfant est vraiment prêt pour entendre.

Comment ?

Nous avons déjà partiellement abordé la question du « comment » précédemment. La meilleure réponse est issue d’un groupe de travail de l’association Vaincre la mucoviscidose. Il est dit que les patients souhaitent une information ouverte et claire faisant état des connaissances actuelles. S’il n’y a pas de traitement curatif et qu’il s’agit d’une affection grave, il faut le dire mais sans tuer l’espoir. Ils demandent que soit abordée la vie au quotidien avec des soignants (médecins et paramédicaux) expérimentés, enfin ils demandent de respecter l’émotionnel de la personne.

Il est probable que savoir et comprendre ce qui arrive sont des facteurs de réduction du stress, de l’angoisse et une bonne manière de pouvoir faire face à une situation. C’est à partir d’un savoir que l’individu peut développer des capacités d’adaptation, mettre des mécanismes de défense, faire émerger une résilience personnelle.

Lorsqu’il existe une bonne communication entre soignants et soignés, le travail médical est de meilleure qualité et probablement plus performant. La charge psychique pour le malade et les soignants est nettement améliorée. Ce n’est peut-être pas un facteur de guérison supplémentaire, mais il s’agit d’un facteur d’amélioration de la prise en charge et de la qualité de vie, tant pour le malade que pour les soignants, quelle que soit la dureté du combat contre la maladie.

Conclusion

L’information est un phénomène transactionnel interactif. Elle met en jeu l’autonomie de l’enfant et de sa famille. Ils ont le droit de savoir. Mais il apparaît parfois qu’ils ne veulent pas tout savoir, ou ne veulent pas trop savoir. Il apparaît même que, pour certains, trop savoir est un facteur de stress. Respecter l’enfant et sa famille, c’est leur permettre de savoir ce dont ils ont besoin. Ils doivent savoir qu’il n’y a pas de raison pour ne pas tout leur dire. Le fait est qu’il n’y a aucune raison morale ou psychologique pour penser que des parents et leur enfant ne soient pas capables d’assumer des informations les concernant, et même des dilemmes.

Conflit d’intérêts : aucun.

Références

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2 Reynods M. No news is bad news: patients’ views about communication hospital. Br Med J 1978 ; 1 : 1673-6.

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9 Krahn GL, Hallum A, Kime C. Are there good ways to give bad news? Pediatrics 1993 ; 91 : 578-82.

10 Straus RP, Sharp MC, Lorch SC, Kachalia B. Physicians and the communication of bad news: parents’experience of being informed of their child’scleft lip and/or palate. Pediatrics 1995 ; 96 : 82-9.

11 Levenson PM, Pfefferbaum BJ, Copeland DR, Silberberg Y. Information preferences of cancer patients ages 11-20 years. J Adolesc Health Care 1982 ; 3 : 9-13.

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14 Hill V, Sahhar M, Aitken M, et al. Experience at the time of diagnosis of parents who have a child with a bone dysplasia resulting in short stature. Am J Med Genet 2003 ; 122 : 100-7.

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16 Kay J. Prents’ difficulties and information needs in coping with acute illness in prescholl children: a qualitative study. BMJ 1996 ; 313 : 987-90.

17 Starke M, Moller A. Parents’ needs for knowledge concerning the diagnosis of their children. J Child Health Care 2002 ; 6 : 245-57.

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19 Ishibashi A. The needs of children and adolescents with cancer for informations and social support. Cancer Nurs 2001 ; 24 : 61-7.

20 Last BF, Veldhuizen AM. Information about diagnosis and prognosis related to anxiety and depression in children with cancer aged 8-16 years. Eur J Cancer 1996 ; 32A : 290-4.

21 Claflin CJ, Barbarin OA. Does telling les protect more? Relationship among age, information disclosure, and what children with cancer see and feel. J Pediatr Psychol 1991 ; 16 : 169-91.

22 Jankovic M. Telling young children with leukemia their diagnosis: the flower garden as analogy. J Pediatri Hematol Oncol 1994 ; 11 : 75-81.

23 Fondation de France. Votre enfant est gravement malade. Pour en parler avec lui… Association Sparadrap, mai 2003.

24 Veldtman GR. Illness understanding in children and adolescents with heart disease. Heart 2000 ; 84 : 395-7.


 

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