ARTICLE
Auteur(s) : Dr Christine Poirier
Di.P.A.S. – Direction des Interventions de Santé,
13/15, rue Gustave-Eiffel, 94000 Créteil
Les points
forts
• Dès le signalement d’un cas de tuberculose contagieuse,
il est essentiel de définir avec précision les enfants ayant été en
contact avec ce patient et de préciser la durée et la proximité de
ce contact. Le risque d’être contaminé est important lorsque le
contact est proche et fréquent.
• Le bilan initial comporte une consultation médicale avec un
test tuberculinique intradermique et une radiographie thoracique.
Ces examens seront répétés 8 semaines plus tard en l’absence
de critères initiaux d’infection.
• Les enfants exposés de moins de 2 ans ou
immunodéprimés sont à haut risque de progression vers la maladie en
cas d’infection, et doivent bénéficier d’un traitement
systématique, même en l’absence de critères initiaux d’infection
tuberculeuse.
• Une induration de l’IDR ≥ 15 mm chez l’enfant vacciné
par le BCG, ou ≥10 mm chez l’enfant non vacciné, ou
phlycténulaire, est très évocateur d’infection tuberculeuse, quel
que soit le contexte.
• En présence d’un très fort risque de contamination (contage
étroit avec un adulte présentant des cavernes et/ou fortement
bacillifère), une IDR ≥ 10 mm chez l’enfant vacciné par le
BCG, ou ≥ 5 mm chez l’enfant non vacciné, est très évocateur
d’infection tuberculeuse.
La tuberculose se transmet exclusivement par voie aérienne. Les
enfants vivant dans l’entourage proche d’un adulte contagieux sont
les plus exposés au risque d’infection tuberculeuse et une fois
infectés de progression vers la maladie dans les 2 ans [1].
Plusieurs études ont montré qu’en moyenne 25 % des enfants
vivant au domicile d’un adulte atteint d’une tuberculose
contagieuse sont infectés et que 40 % d’entre eux vont évoluer
d’emblée vers la maladie [2, 3].
Les nouvelles stratégies de lutte contre la tuberculose visent
non seulement au traitement adéquat des patients malades, mais
également à une politique efficace de dépistage et de traitement
des sujets infectés à risque de développer une maladie. La
découverte d’une tuberculose contagieuse chez un adulte conduit
donc à l’évaluation du risque d’infection pour les enfants à son
contact afin de cibler le dépistage et d’adapter la thérapeutique
aux niveaux de risque.
Le risque d’infection et/ou de progression vers la maladie est
influencé par plusieurs facteurs que l’on peut schématiquement
classer ainsi : facteurs liés au sujet contact, facteurs liés
au contaminateur et facteurs d’exposition, c’est-à-dire les
caractéristiques du contact entre le contaminateur et l’enfant.
Le diagnostic de l’infection chez l’enfant est difficile et
repose sur un faisceau d’arguments car il n’existe pas de tests de
spécificité et de sensibilité fiables à 100 %.
Définitions
– Cas index : c’est la 1re personne chez qui
l’on détecte la présence d’une tuberculose maladie.
– Sujet contact : tout sujet vivant dans l’entourage d’un
malade contagieux qui est susceptible d’avoir été contaminé par
celui-ci.
– Deux caractéristiques définissent les contacts : la durée
d’exposition et la proximité par rapport au cas index [4, 5].
– Contagieux : la tuberculose est contagieuse s’il y a des
bacilles tuberculeux dans l’expectoration, c’est-à-dire uniquement
dans sa forme pulmonaire ou laryngée, et d’autant plus contagieuse
que le nombre de BAAR à l’examen microscopique des expectorations
est important ; mais un examen microscopique négatif (avec une
culture positive) n’élimine pas la contagiosité [2, 6].
– Infection tuberculeuse latente : le diagnostic repose sur
la positivité du test tuberculinique et sur l’exclusion d’une
tuberculose maladie.
– Tuberculose maladie : le diagnostic repose sur un test
tuberculinique positif et sur des manifestations cliniques et/ou
radiologiques.
Ces définitions permettent de poser clairement des indications
thérapeutiques différentes, même si le caractère artificiel d’une
séparation aussi nette entre formes latentes et maladie est
largement abordé dans un chapitre séparé.
Organisation du dépistage
Cette mission a été déléguée par l’État aux Conseils généraux
dont les centres de prévention et de santé ou les centres
médicosociaux sont les structures opérationnelles.
Elle nécessite une organisation bien structurée qui repose
essentiellement sur un réseau réactif et fonctionnel faisant
intervenir les différents organismes susceptibles de prendre en
charge le suivi des patients présentant une tuberculose.
Dès qu’un cas de tuberculose est diagnostiqué, le plus souvent à
l’hôpital, le signalement est immédiatement transmis au Conseil
général du département de résidence du patient.
Un contact entre le Conseil général et le médecin clinicien
responsable du patient est établi pour permettre de définir les
modalités de réalisation de l’enquête épidémiologique, après accord
du patient, qui permettra de définir les sujets contact et les
caractéristiques du contact.
L’enquête est effectuée auprès du patient soit au cours d’un
entretien avec une infirmière ou un médecin départementaux, soit au
cours d’une communication téléphonique, soit par l’intermédiaire du
médecin clinicien.
Il est proposé aux sujets contact un dépistage qui pourra être
réalisé dans les structures départementales sans frais, ou chez le
médecin traitant.
Le bilan initial comporte une consultation médicale avec un test
tuberculinique intradermique et une radiographie thoracique, ces
examens seront répétés 8 semaines plus tard en l’absence de
critères initiaux d’infection.
Lorsque la radiographie de thorax est anormale, l’enfant est
adressé au service de pédiatrie le plus proche de son domicile pour
la prise en charge d’une tuberculose maladie.
Lorsque la radiographie de thorax est normale, une décision
thérapeutique est prise en fonction de différents paramètres
détaillés plus bas, incluant l’âge de l’enfant, son état
immunitaire, le niveau de risque d’infection, et bien sûr le
résultat du test tuberculinique.
Dans la suite de cet exposé, nous discuterons donc uniquement
des enfants ne présentant pas de tuberculose maladie, c’est-à-dire
asymptomatiques et avec une radiographie de thorax normale. Nous
présenterons deux situations en fonction des caractéristiques des
contacts : étroit ou occasionnel car les risques d’infection
sont très différents.
Prise en charge des enfants exposés avec radiographie de thorax
normale
Toutes les études concordent pour dire que le contact étroit
avec un adulte contagieux est le facteur de risque majeur
d’infection chez l’enfant. Ceci est particulièrement net pour les
enfants vivant au domicile d’un malade [2, 5] ou les enfants
scolarisés dans une même classe [7]. L’étroitesse d’un contact
entre l’enfant et l’adulte malade est reflétée à la fois par la
fréquence du contact (nombre d’expositions important) et sa
proximité (proximité de jour et/ou de nuit). Un contact fréquent
est à opposer à un contact occasionnel dont les risques sont
probablement beaucoup plus faibles, mais il n’existe pas de valeur
seuil de temps de contact ou de proximité qui permet de définir
avec précision la limite du risque.
Enfants en contact étroit avec un adulte contagieux
Le contact étroit est au mieux illustré par le contact régulier
de l’enfant à son domicile avec un adulte ayant une tuberculose
pulmonaire, le plus souvent son père ou sa mère. Le risque
d’infection de l’enfant varie alors entre 15 % et presque
60 % selon la contagiosité de l’adulte [2]. Différentes
attitudes vont être dictées selon la présence ou non d’autres
facteurs de risque associés (tableau 1).
Tableau 1. Indications d’un
traitement d’infection tuberculeuse latente chez un enfant, vacciné
par le BCG, en contact étroit avec un adulte contagieux, avec
radiographie de thorax normale
|
Traitement quel que soit le résultat de l’IDR |
Traitement en fonction du résultat de l’IDR
(Enfants ≥ 2 ans immunocompétents)
|
Enfants < 2 ans
Enfants immunodéprimés
Enfants avec diabète ou insuffisance rénale
|
Quand IDR ≥ 15mm
Quand IDR ≥ 10 mm si le contaminateur :
– présente une caverne radiologique
– a une charge bactériologique importante :
supérieure à 100 BAAR/champ |
Situations imposant un traitement quel que soit le résultat
des tests tuberculiniques
Un délai de plusieurs semaines sépare le début de l’infection de
sa possible identification par l’intradermoréaction à la
tuberculine (IDR). Pour cette raison, une première évaluation
négative n’affirme pas l’absence d’infection et doit toujours être
suivie d’une deuxième évaluation, 8 à 12 semaines plus tard.
Dans l’enquête rétrospective menée dans le Val-de-Marne, 20 %
des enfants exposés et infectés n’étaient identifiables qu’à la
deuxième évaluation. Un traitement prophylactique est
systématiquement recommandé pour tous les enfants ayant un risque
élevé de progression immédiate vers la maladie en cas d’infection,
c’est-à-dire les jeunes enfants, les immunodéprimés, ou les enfants
ayant une pathologie chronique (diabète, insuffisance rénale).
Enfants en bas âge : moins de 2 ans
La décision de traiter préventivement les jeunes enfants au
contact d’une personne contagieuse est recommandée par l’ensemble
des sociétés savantes [1, 9], du fait du risque de maladie
immédiate en cas d’infection, et de survenue d’une forme grave de
tuberculose (méningite ou miliaire). Seul diffère l’âge seuil
au-dessous duquel ce traitement est décidé : enfants de moins
de 2 ans pour la British Thoracic Society (BTS) et
enfants de moins de 5 ans pour l’American Thoracic
Society (ATS). En France, les dernières recommandations
d’experts ont repris l’âge de 2 ans : « il est
recommandé, suite à l’exposition à un cas de tuberculose
pulmonaire, un traitement prophylactique pour tout enfant de moins
de 2 ans [...], même en l’absence de critère initial
d’infection tuberculeuse ».
Enfants immunodéprimés
Le traitement est instauré dans sa totalité, sans critère
diagnostique d’infection en raison du risque majeur de progression
vers la maladie [9]. Cette attitude est également recommandée par
la conférence d’experts.
Situations dans lesquelles la décision de traiter dépend du
résultat du test tuberculinique
Le test tuberculinique est actuellement la seule méthode
diagnostique disponible en routine pour poser le diagnostic
d’infection tuberculeuse.
Dans le cadre d’un dépistage autour d’un cas, quel que soit
l’âge de l’enfant, le seul test à utiliser est le test
intradermique (Tubertest®). Le test par multiponction
n’a pas de valeur diagnostique.
Le Tubertest® s’effectue par une injection de 0,1ml
(5 UT) à la face interne de l’avant-bras qui doit entraîner
l’apparition d’une papule blanchâtre avec un aspect de peau
d’orange. La lecture a lieu dans les 48-72 heures, au mieux à
la 72e heure lorsque l’induration est maximale. Le
résultat est exprimé en millimètres d’induration.
Par définition :
• une induration de moins de 5 mm témoigne d’une
réaction négative ;
• une induration de 5 mm ou plus témoigne d’une
réaction positive.
Dans le cadre des nouvelles recommandations vaccinales, les
tests tuberculiniques n’ont d’indication que dans des situations
clairement identifiées comme « à risque ». Leur
interprétation en est ainsi facilitée, puisque guidant une décision
thérapeutique dès que la probabilité d’une infection tuberculeuse
devient suffisamment élevée. La comparaison des valeurs prédictives
positives et négatives de différents seuils d’IDR, en fonction du
risque d’infection, a été détaillée et illustrée dans l’article
« Qu’est-ce qu’une infection latente », pages 101 à 105,
de ce même numéro.
La récente conférence d’experts de la Société de Pneumologie de
Langue Française a ainsi retenu, comme fortement évocateur
d’infection tuberculeuse, les situations suivantes :
• induration de l’IDR ≥ 15 mm chez l’enfant vacciné
par le BCG, ou ≥ 10 mm chez l’enfant non vacciné, ou
phlycténulaire, quel que soit le contexte ;
• IDR ≥ 10 mm chez l’enfant vacciné par le BCG, ou
≥ 5 mm chez l’enfant non vacciné, en présence d’un très
fort risque de contamination, comme notamment un contage étroit
avec un adulte présentant des cavernes et/ou fortement bacillifère.
Enfants en contact occasionnel avec une personne
contagieuse
Dans cette situation de contact occasionnel, l’attitude consiste
à décider de traiter en fonction des résultats des tests
tuberculiniques en se basant sur un seuil de positivité de l’IDR de
15 mm chez l’enfant vacciné et de 10 mm chez l’enfant non
vacciné, avec toujours le même protocole de suivi qui consiste à
pratiquer un test tuberculinique au moment du diagnostic du cas
index et en absence d’infection de réaliser un nouveau contrôle
tuberculinique 8 à 12 semaines plus tard.
En pratique : quand traiter un enfant immunocompétent en
contact avec un adulte ayant une tuberculose
contagieuse ?
Un algorithme complet est présenté figure 1.
Conclusion
Le traitement d’un enfant au contact d’un adulte contagieux est
justifié par le risque de tuberculose maladie. Traiter un enfant
infecté permet un bénéfice individuel en évitant la progression
vers la maladie et un bénéfice collectif en évitant la survenue
ultérieure d’une tuberculose potentiellement contagieuse, elle-même
source de persistance de cette maladie.
Avant de discuter de l’indication du traitement chez un enfant
au contact d’un adulte contagieux, il est essentiel de définir avec
précision les enfants à dépister qui pourraient éventuellement en
bénéficier. Cibler ces enfants repose sur une enquête
épidémiologique approfondie permettant de sélectionner tous les
enfants ayant été en contact avec l’adulte contagieux et de
préciser la durée et la proximité de ce contact. Le risque d’être
contaminé est important lorsque le contact est proche et
fréquent.
Parmi les enfants sélectionnés pour le dépistage, les enfants de
moins de 2 ans et ceux présentant une immunodépression
bénéficient d’un traitement systématique, même en l’absence de
critère de tuberculose infection latente, en raison du risque
important de progression vers la maladie ; la décision de
traiter les enfants de plus de 2 ans immunocompétents repose
sur le résultat du test tuberculinique intradermique dont la valeur
seuil, pour poser le diagnostic de tuberculose infection, est
ajustée en fonction des facteurs de risque liés au contaminateur,
des facteurs d’exposition et de l’existence ou non du BCG.
Références
1. American Thoracic Society, Centers for Disease
Control and Prevention. Targeted tuberculin testing and treatment
of latent tuberculosis infection. Am J Respir Crit Care Med
2000 ; 161 : S221-47.
2. Madhi F, Fuhrman C, Monnet I et al.
Transmission of tuberculosis from adults to children in a Paris
suburb. Pediatr Pulmonol 2002 ; 00 : 1-5.
3. Gessner BD, Weiss NS, Nolan CM. Risks factors for
pediatric tuberculosis infection and disease after household
exposure to adult index cases in Alaska. J Pediatr
1998 ; 132 : 509.
4. World Health Organization. Tuberculosis and air
travel : guidelines for prevention and control. 1998.
5. Lienhardt C, Sillah J, Fielding K et al.
Risk factors for tuberculosis infection in children in contact with
infectious cases in the Gambia, West Africa. Pediatrics
2003 ; 111 : e608-14.
6. Behr MA, Warren SA, Salamon H et al.
Transmission of Mycobacterium tuberculosis from patients
smear-negative for acid-fast bacilli. Lancet 1999 ;
353 : 444-9.
7. Curtis AB, Ridzon R, Vogel R et al.
Extensive transmission of Mycobacterium tuberculosis from a
child. N Engl J Med 1999 ; 341 : 1491-5.
8. Bailey WC, Gerald LB, Kimerling ME et al.
Predictive model to identify positive skin tests results during
contact investigations. Jama 2002 ; 287 :
996-1002.
9. Control and prevention of tuberculosis in the
United Kingdom : code of practice 2000 Thorax
2000 ; 55 : 887-901.
10. American Thoracic Society, Centers for Disease
Control and Prevention. Diagnostic standards and classification of
tuberculosis in adults and children. Am J Respir Crit Care
Med 2000 ; 161 : 1376-95.
11. Lockman S, Tappero JW, Kenyon TA et al.
Tuberculin reactivity in a pediatric population with high BCG
vaccination coverage. Int J Tuberc Lung Dis 1999 ;
3 : 23-30.
12. Cohn DL. The effect of BCG vaccination on
tuberculin skin testing. Does it matter ? Am J Respir Crit
Care Med 2001 ; 164 : 915-6.
|