ARTICLE
Apport épidémiologique du dépistage
La prévalence de l'affection (1 sur 3500 naissances) est actuellement
bien connue grâce au dépistage systématique qui recouvre
en France 100 % des naissances [1]. Cette prévalence est plus importante
chez les asiatiques (1/2000) et moins fréquente chez les américains
africains (1/32 000).
Les hypothyroïdies par trouble de l'hormonosynthèse représentent
15 % des cas. Elles sont le plus souvent transmises selon le mode récessif
autosomique. Les dysgénésies thyroïdiennes sont les
plus fréquentes puisqu'elles représentent 85 % des cas avec
les ectopies de la glande (2/3 des cas) et les athyréoses (1/3
des cas). Les hypoplasies de la glande sont beaucoup plus rares. Il existe
une prépondérance féminine avec un sex ratio
identique pour les formes avec ectopies de la glande et les athyréoses
(sex ratio = 2,7) [2].
Les malformations associées sont plus fréquentes que dans
la population générale (8,2 % vs 2,5 %). L'analyse
des malformations a montré une proportion importante de malformations
cardiaques (28 % des malformations) et faciales (16 %). Les autres malformations
concernent l'appareil uro-génital, digestif et neurologique [2,
3].
Les dysgénésies thyroïdiennes étaient jusqu'à
présent considérées comme une affection survenant
de manière sporadique, même si quelques formes familiales
avaient été rapportées de manière isolée.
Récemment, l'enquête réalisée en France sous
l'égide de l'Association française pour le dépistage
et la prévention des handicaps de l'enfant (AFDPHE) a permis de
montrer que 2 % des hypothyroïdies congénitales par dysgénésie
de la glande étaient des formes familiales et que, par conséquent,
des facteurs génétiques devaient être incriminés
[2, 4].
Diagnostic
L'organisation du dépistage systématique
L'hypothyroïdie congénitale est une affection pour laquelle
un dépistage systématique est parfaitement justifié.
C'est une maladie fréquente dont le diagnostic n'est pas aisé
lors des premières semaines de la vie mais dont la prise en charge
précoce à l'aide d'un traitement simple et peu coûteux
permet d'éviter des altérations importantes du développement
psychomoteur, d'autant moins réversible que le traitement est débuté
tard dans la vie. Un test de dépistage basé sur le dosage
de la TSH sur papier buvard est disponible et parfaitement sensible et
spécifique.
Ce dépistage a été mis en place en France en 1979.
Il est basé sur le dosage de la TSH sur papier buvard. Le prélèvement
de sang est réalisé par piqûre du talon au 3ème
jour de vie (en même temps que le dépistage de la phénylcétonurie
et de l'hyperplasie congénitale des surrénales). Ces papiers
buvards sont envoyés tous les jours au secrétariat central
du dépistage où ils sont numérotés et classés,
puis adressés au laboratoire qui effectue le dosage. Le dépistage
est placé sous la responsabilité des associations régionales
dont l'activité est coordonnée par l'Association française
de dépistage (AFDPHE). Tout enfant ayant une TSH élevée
(entre 20 et 50 mU/l) nécessite qu'un prélèvement
de contrôle soit réalisé et, lorsque la TSH est >
50 mU/l, l'enfant est immédiatement convoqué en milieu spécialisé
(en moyenne vers l'âge de 10 jours de vie) [5-7]. Il faut souligner
que cette méthode de dépistage ne permet pas de dépister
les enfants avec hypothyroïdie congénitale pour lesquels les
concentrations sériques de TSH sont normales à la naissance
(insuffisance en TRH ou en TSH) [8].
Le nombre de faux positifs du dépistage est extrêmement
faible et lié à l'existence de quelques formes d'hypothyroïdie
transitoire et en général compensée, le plus souvent
en relation avec une surcharge iodée [9]. La concentration de TSH
sérique peut être élevée pendant quelques jours
à quelques semaines et, dans certains cas, conduire à un
traitement d'hormones thyroïdiennes qui pourraient nécessiter
un traitement substitutif de courte durée [10]. Exceptionnellement,
quelques cas de faux négatifs du dépistage ont été
rapportés [11], et cela doit conduire à rester vigilant
sur les signes pouvant faire évoquer le diagnostic, et à
demander un dosage hormonal au moindre doute.
Les éléments du diagnostic
L'analyse clinique des enfants dépistés permet de retrouver
des signes discrets mais évocateurs de l'hypothyroïdie : postmaturité,
retard dans l'élimination du méconium, ictère néonatal
prolongé sans cause apparente, de durée égale ou
supérieure à 8 jours, persistance de la fontanelle postérieure
(> 5 mm). La taille à la naissance est normale. Selon l'importance
de l'intensité de l'hypothyroïdie, peuvent exister : hypotonie,
hernie ombilicale, raucité de la voix, macroglossie, marbrures,
constipation. Enfin, les parents ont pu noter que leur enfant était
«bien sage», car dormant beaucoup, et réclamant peu ses
biberons.
La palpation permet parfois de montrer l'existence d'un goitre, mais
bien souvent, la loge thyroïdienne est vide.
Les examens complémentaires confirment le diagnostic d'hypothyroïdie
avec :
- des concentrations de TSH sérique très élevées,
de T4 libre et T3 libre abaissées.
- l'intensité des perturbations hormonales est plus sévère
dans les athyréoses. La mesure de la thyroglobuline peut contribuer
au diagnostic étiologique (effondrée dans les athyréoses
ou dans le défaut de la biosynthèse de la thyroglobuline,
normale ou élevée dans les autres cas) [12].
- un retard de maturation osseuse, apprécié sur la radiographie
du genou qui montre des points d'ossification (points fémoral inférieur
et tibial supérieur) absents ou plus petits que la normale pour
l'âge. Le retard de maturation osseuse est corrélé
avec l'intensité de l'hypothyroïdie.
- l'échographie et la scintigraphie de la glande thyroïde
à l'iode 123 vont permettre de préciser la cause de l'hypothyroïdie.
La répartition étiologique basée sur les résultats
de la scintigraphie est la suivante : ectopie (55 %), athyréose
(30 %) et glande en place (15 %), avec ou sans goitre.
Un diagnostic prénatal a pu être réalisé
dans certaines formes familiales d'hypothyroïdie par trouble de l'hormonogenèse
grâce à l'échographie qui peut montrer l'existence
d'un goitre dès 20-23 semaines de grossesse. Cela conduit alors
à pratiquer une ponction de sang ftal pour dosage des hormones
thyroïdiennes et à proposer un traitement prénatal
par injection de L- thyroxine dans le liquide amniotique [13, 14]. (L'administration
de L-thyroxine à la mère pourrait permettre un passage transplacentaire
accru des hormones thyroïdiennes maternelles vers le ftus,
mais ce traitement n'est pas conseillé, d'une part car il ne peut
suffire à traiter l'hypothyroïdie ftale et d'autre part
en raison du risque de toxicité pour la mère).
Traitement et résultats
Conduite du traitement
Le traitement précoce des enfants présentant une hypothyroïdie
congénitale a permis de transformer leur pronostic statural et
surtout mental.
Le but du traitement est de normaliser rapidement les hormones thyroïdiennes
afin de permettre un développement physique et mental normal. Si
le pronostic à long terme paraît lié à la sévérité
initiale de l'hypothyroïdie, la qualité du traitement précoce
est un facteur déterminant [15-17].
Le traitement par la L-thyroxine est commencé le plus tôt
possible (actuellement entre 7 et 15 jours de vie). II est administré
en une prise quotidienne, à la dose de 8 à 10 µg/kg/jour
au début. Des doses plus élevées (entre 10 et 15
µg/kg/jour) peuvent être nécessaires lorsqu'il existe
un retard à la normalisation des hormones après 15 jours
de traitement. La solution aqueuse en goutte (1 goutte de L-thyroxine
= 5 µg) est utilisée chez le nourrisson, de préférence
au comprimé prescrit en pratique après l'âge de 6
mois (Lévothyrox® : c à 25, 50, 75 et 100
µg).
Les concentrations sériques des hormones thyroïdiennes libres
sont normalisées après 15 jours de traitement avec des concentrations
de TSH qui, à ce moment-là, doivent être inférieures
à 20 mU/l et devront ensuite être maintenues à des
valeurs inférieures à 6 mU/l. Cependant, il est à
noter que les valeurs sériques de T4 libre sont à la limite
supérieure de la normale pour l'âge pour des concentrations
sériques normales de T3 libre et de TSH au cours de l'évolution.
Le délai de normalisation de la TSH peut être plus long (>
15 jours) pour certains patients. Pour certains, il peut s'agir dune insuffisance
thérapeutique.
Une immaturité de l'axe thyréotrope hypothalamo-hypophysaire
responsable d'un rétro-contrôle anormal avec TSH élevée
peut être aussi évoqué. Quoi qu'il en soit, la dose
de L-thyroxine doit alors être augmentée. La posologie de
L-thyroxine est en moyenne de 5,5 ug/kg/jour vers l'âge de 1 an
et son adaptation est guidée par la surveillance clinique et biologique
(tous les 15 jours jusqu'à la normalisation de la TSH, puis tous
les 2 mois jusqu'à l'âge de 6 mois, trimestriel jusqu'à
l'âge de 2 ans, puis semestriel). Entre l'âge de 2 et 10 ans,
la posologie varie de 5,5 à 3 ug/kg/jour et est en moyenne inférieure
ou égale à 3 ug/kg/jour par la suite.
L'existence de rares formes transitoires avec glande en place doit faire
discuter chez tous les enfants dépistés avec glande en place
et dont la TSH ne s'est pas réélevée au cours de
révolution, une réduction, voire un arrêt momentané
de la thérapeutique afin de vérifier à distance le
fonctionnement thyroïdien.
Les résultats sur la croissance et
le développement psychomoteur
Le développement physique, la croissance et la maturation osseuse
sont normaux sous traitement [18, 19]. L'acquisition de la masse osseuse
chez l'enfant est normale et aucun effet délétère
lié à l'administration prolongée de L-thyroxine n'a
été observé [20].
Le but essentiel du dépistage qu'est l'amélioration du
pronostic mental et moteur a été accompli [21, 22]. Néanmoins,
l'existence d'anomalies mineures pendant la petite enfance (retard d'acquisition
du langage, troubles de la coordination et de la motricité fine
des extrémités, lenteur) a été mise en évidence
chez certains patients. Elles nécessitent leur prise en charge
pour éviter qu'elles ne constituent à terme un handicap
pour l'intégration scolaire et sociale. De plus, les études
réalisées chez l'enfant âgé de plus de 5 ans
ont montré que, si dans la majorité des cas, les enfants
présentent une intelligence normale, environ 15 % d'entre eux ont
des difficultés neuropsychologiques pouvant nécessiter un
soutien spécialisé.
Les performances scolaires sont normales dans la majorité des
cas et comparables à la population générale [23,
24]. Les facteurs qui conditionnent le pronostic intellectuel de ces sujets
sont : la sévérité initiale de l'hypothyroïdie
(évaluée sur les valeurs des hormones thyroïdiennes,
l'importance du retard de maturation osseuse au moment du diagnostic,
ainsi que l'âge au début du traitement) et la dose initiale
de L-thyroxine utilisée, qui conditionne la durée de la
normalisation de la TSH [17, 24-27]. La qualité du traitement tout
au long de l'évolution est également très fortement
liée au pronostic à long terme.
Elle nécessite une doivent être maintenues dans la zone
normale [24]. De même, dans toute population de référence,
les conditions environnementales et socio-économiques et les affections
associées pouvant affecter le développement mental sont
des éléments importants à prendre en compte dans
l'évaluation de ces sujets.
Développement du système thyroïdien
ftal et génetique des hypothyroïdies
congénitales
Développement du système thyroïdien
ftal
La maturation de l'axe hypothalamo-hypophysaire et thyroïdien du
ftus humain commence pendant le premier trimestre de gestation et
se poursuit au cours des premiers mois de la vie post-natale [28]. La
thyrotropin-releasing hormone (TRH) est présente dans l'hypothalamus
à 10 semaines de développement, tandis que la thyrotropine
(TSH) peut partir d'une part d'une évagination ventrale du plancher
bucco-pharyngé sur la ligne médiane (ébauche médiane)
et, d'autre part, des extensions caudales et bilatérales des quatrièmes
poches pharyngo-branchiales (ébauches latérales, parfois
appelées 5ème poche ou corps ultimobranchial)
[28]. Les cellules des corps ultimo-branchiaux donnent naissance aux cellules
parafolliculaires ou cellules C de la glande thyroïde, qui sécrètent
la calcitonine. Ces structures sont visibles dès 16-17 jours de
développement. A 7 semaines de développement, l'ébauche
médiane et les ébauches latérales ont fusionné,
et la thyroïde a migré dans sa localisation définitive
à la partie antérieure du cou. A 10 semaines de développement,
l'accumulation de colloïde peut déjà être détectée
dans les cellules folliculaires thyroïdiennes, et la synthèse
de thyroglobuline a commencé. La maturation structurale de la glande
thyroïde est pratiquement achevée à 17 semaines de
développement.
D'un point de vue fonctionnel, le ftus est en situation d'hypothyroïdie
primaire et tertiaire (à la fois d'origine thyroïdienne et
hypothalamique) au milieu de la gestation. Il évolue ensuite vers
un stade d'hypothyroïdie tertiaire modérée pendant
les dernières semaines de gestation et enfin vers une fonction
thyroïdienne mature au cours de la période périnatale.
Mécanismes moléculaires du développement
de la glande thyroïde dans les modèles murins
Certains facteurs de transcription jouant probablement un rôle
important dans la mise en place de la glande thyroïde ont été
récemment identifiés. Il s'agit de TTF1 (Thyroid transcription
factor 1), de TTF2 (Thyroid transcription factor 2) et, Pax-8.
Des travaux récents réalisés in vitro mais
aussi in vivo notamment chez la souris, étudiant l'invalidation
de ces gènes, ont permis de mieux comprendre leur fonction. TTF1
et Pax-8 semblent impliqués dans la différenciation fonctionnelle
terminale de la glande thyroïde en se fixant aux domaines de contrôle
des gènes codant pour la thyroglobuline et la thyroperoxydase [29].
TTF2 semble agir en amont de TTF1 et de Pax-8, et pourrait être
un répresseur de l'expression de TTF1 et de Pax-8 empêchant
la différenciation fonctionnelle terminale des cellules thyroïdiennes
tant que la thyroïde n'a pas migré en bonne place l'extinction
de son expression permettant alors l'expression des marqueurs de différenciation
fonctionnelle terminale (tableau
1). L'invalidation génique de TTF1, de TTF2 ou de Pax-8 entraîne
chez la souris des anomalies du développement de type athyréose,
ectopie ou hypoplasie thyroïdienne, l'invalidation du gène
TTF2 créant des animaux qui, pour 50 % d'entre eux, ont une athyréose,
et pour 50 % une ectopie de la glande thyroïde.
Ceci représente un argument de poids pour dire que des mécanismes
moléculaires entraînant des athyréoses et des ectopies
peuvent être communs, voire similaires. Ainsi, ces facteurs de transcription
participent au développement de la thyroïde, mais leur rôle
exact et leur responsabilité dans les dysgénésies
thyroïdiennes restent à préciser. La TSH ne semble
pas jouer de rôle dans la migration de la thyroïde. Elle en
joue cependant sur la croissance de la glande, une fois celle-ci en place
dans la loge thyroïdienne [28].
Anomalies génétiques à
l'origine des hypothyroïdies congénitales chez l'homme (tableau
2)
Pour que la fonction thyroïdienne soit assurée, il faut
d'une part que le développement de la glande thyroïde s'effectue
normalement et d'autre part, que l'ensemble du système hypothalamo-hypophysaire
et thyroïdien soit fonctionnel. A tous ces niveaux, les anomalies
dans les gènes codant pour les différentes protéines
impliquées ont été décrites.
Ainsi, une hypothyroïdie centrale a été reliée
à une mutation à l'état homozygote dans le gène
codant pour la sous-unité bêta de la thyrotropine [30]. Des
cas d'hypothyroïdie congénitale primaire avec goitre ont été
reliés soit à des mutations dans le gène de la thyroperoxydase,
soit à des mutations du gène de la thyroglobuline [14, 31].
Ces dernières anomalies entraînent un défaut de l'organification
de l'iode et donc de la synthèse des hormones thyroïdiennes.
Plus récemment, des anomalies du transporteur d'iodure, présent
sur les cellules épithéliales thyroïdiennes, ont été
décrites. En règle, ces anomalies entraînent un défaut
de l'accumulation de l'iode et donc de la synthèse des hormones
thyroïdiennes, mais ces sujets sont euthyroïdiens au prix d'une
stimulation forte par la TSH et d'un goitre [32]. Ces anomalies du transporteur
de l'iodure expliquent certaines formes d'hypothyroïdies congénitales
avec glande en place goitreuse. Des anomalies du récepteur de la
TSH ont été décrites d'abord dans des cas de résistance
aux hormones thyroïdiennes (augmentation de la concentration de thyrotropine
et euthyroïdie), puis dans des cas d'hypothyroïdie congénitale
avec glande en place en position eutopique, mais hypoplasique [33]. Ces
glandes hypoplasiques sont capables de sécréter de la thyroglobuline
qui devient donc un marqueur intéressant dans ces circonstances.
De plus ces glandes hypoplasiques peuvent ne pas être détectées
lors des scintigraphies thyroïdiennes et c'est alors l'échographie
de la loge thyroïdienne par un opérateur entraîné
qui les révèle. Le syndrome de Pendred, qui associe une
surdité neurosensorielle de début précoce et un goitre
avec hypothyroïdie par trouble de l'organification de l'iode, a pu
être élucidé. Il est lié à des anomalies
du gène d'un transporteur l'iode et de chlore, appelée pendrine
[34, 35].
Il faut néanmoins se souvenir que l'hypothyroïdie congénitale
est liée le plus souvent à une anomalie du développement
de la glande thyroïde. Les gènes des facteurs de thyroïdiennes
à un stade précoce du développement et qui régulent
l'expression de gènes spécifiques de la thyroïde se
présentaient donc comme de bons gènes candidats dans le
cas des dygénésies thyroïdiennes. Pour TTF-1, les premières
études de génétique humaine recherchant des mutations
du gène de TTF-1 dans une série de 15 puis 61 patients présentant
une dygénésie thyroïdienne ne retrouvent aucune mutation
[36, 37]. Il faut toutefois noter une étude récente chez
un nouveau-né présentant une hypoplasie de la glande thyroïde
associée à une détresse respiratoire par insuffisance
de production du surfactant, chez qui, il a été découvert
une large délétion dans la région du chromosome 14
q 13-21, région comprenant notamment le gène TTF-1 [38].
Récemment, des mutations de Pax-8 ont été retrouvées
chez 5 sujets atteints d'hypothyroïdie congénitale : un cas
d'ectopie, un cas d'hypoplasie de la glande thyroïde) et un cas familial
d'hypoplasie de la glande thyroïde (une mère et ses deux enfants)
[39]. Enfin, des mutations du gène analogue humain du gène
TTF-2 ont été retrouvées chez deux enfants
ayant une athyréose, une atrésie des choanes et une fente
palatine [40]. Des anomalies de ces facteurs de transcription sont donc
bien à l'origine des rares cas d'hypothyroïdies congénitales
chez l'homme.
La proportion de formes familiales, significativement plus importante
que celle attendue si aucun facteur familial n'intervenait, a permis d'établir
qu'il existait une forte composante familiale à l'origine de la
maladie et que, par conséquent, des facteurs génétiques
pouvaient être incriminés. Au sein de ces familles, la transmission
se fait de manière horizontale (fratrie) ou verticale (au sein
des familles nucléaires : parents-enfants, ou de manière
plus éloignée : cousins). L'hypothèse actuelle est,
dans la majorité des cas, celle d'une transmission autosomique
dominante avec faible pénétrance. L'analyse de la répartition
étiologique au sein des familles a permis de montrer que athyréose
et ectopie de la glande pouvaient coexister au sein d'une même famille.
Par conséquent, un mécanisme moléculaire commun pourrait
être à l'origine de ces deux affections [2, 4]. Cependant,
nos données obtenues sur les formes familiales montrent qu'il existe
clairement une hétérogénéité génétique
dans les mécanismes des dysgénésies thyroïdiennes.
En effet, dans certaines familles consanguines, la transmission est clairement
récessive autosomique, tandis que, dans d'autres, elle est autosomique
dominante. Il existe donc une hétérogénéité
du mode de transmission. De plus, nos travaux de liaison génétique
dans des familles de notre cohorte de formes familiales ont montré
que l'on pouvait exclure comme gènes candidats TTF-1, TTF-2,
et Pax-8 dans certaines d'entre elles [41]. Il y a donc d'autres
gènes impliqués.
De nombreux mécanismes moléculaires altérant soit
la fonction de la cellule thyroïdienne, soit le développement
de la glande thyroïde ont été reconnus ces dernières
années.
Cependant, le mécanisme génétique rendant compte
des formes les plus nombreuses d'hypothyroïdie congénitale,
les dysgénésies thyroïdiennes, reste à percer.
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