ARTICLE
Le syndrome de Cushing est une affection rare dont l'incidence, difficile
à chiffrer du fait de l'absence de données épidémiologiques
précises, est estimée entre 8 et 12 cas par million d'individus
et par an. Si rare soit-elle, cette entité mérite néanmoins
attention car son évolution spontanée est grevée
d'une mortalité et d'une morbidité importantes.
Le syndrome de Cushing doit donc être reconnu précocement
en organisant l'enquête diagnostique de manière rationnelle
c'est-à-dire en tenant compte de sa rareté. Cela suppose
une analyse clinique pertinente et la mise en uvre d'investigations
paracliniques adaptées en fonction du degré de vraisemblance
clinique du diagnostic. De multiples étiologies peuvent être
à l'origine du syndrome de Cushing (tableau
1). La nécessité d'une thérapeutique adaptée
impose, une fois le diagnostic d'hypercorticisme acquis, d'établir
avec précision son étiologie.
Ces objectifs se heurtent néanmoins à de nombreux pièges
qui font du diagnostic de syndrome de Cushing l'un des plus délicats
de l'endocrinologie. Le but de cette mise au point est d'envisager les
différents écueils qui jalonnent l'enquête diagnostique
et de préciser l'intérêt et les limites des outils
diagnostiques à notre disposition.
En pratique, l'enquête diagnostique s'articule en trois étapes
successives : le diagnostic positif d'hypercorticisme, le diagnostic différentiel
qui élimine les hypercorticismes d'une autre nature et le diagnostic
étiologique qui permet de proposer une thérapeutique adaptée.
Diagnostic positif et
différentiel
Toutes les étapes conduisant au diagnostic positif et différentiel
du syndrome de Cushing reposent exclusivement sur des données
cliniques et biologiques. L'imagerie surrénalienne et hypophysaire
n'a de place qu'une fois le diagnostic de syndrome de Cushing acquis.
Dépistage clinique du syndrome de Cushing
(figure 1)
Nous n'envisagerons pas ici l'ensemble des manifestations cliniques
du syndrome. Deux points méritent cependant d'être mentionnés.
Le caractère non spécifique de nombreux
symptômes
Ce sont, entre autres, la prise pondérale, l'hypertension artérielle,
les troubles de la glycorégulation qui sont fréquemment
rencontrés dans la population générale. Il est donc
nécessaire de connaître les symptômes les plus spécifiques
rendant le diagnostic d'hypercorticisme vraisemblable. Diverses approches
statistiques menées sur des cohortes de patients et des sujets
suspects mais ne présentant pas in fine de syndrome de Cushing
ont été envisagées afin de déterminer les
critères cliniques les plus pertinents [1]. En pratique, le clinicien
peut s'aider d'indices statistiques tels que la spécificité
et la vraisemblance diagnostique (likelyhood ratio des anglo-saxons
qui tient compte de la prévalence, de la sensibilité et
de la spécificité du symptôme) (tableau
2).
Pléiomorphisme de l'expression clinique
Il est la conséquence de la multiplicité des cibles tissulaires
des glucocorticoïdes, de l'âge du patient, de l'intensité
de l'hypercorticisme, de son ancienneté, de son étiologie
et de différents facteurs conditionnant les variations individuelles
de sensibilité des tissus à l'hypercorticisme (polymorphismes
des récepteurs des glucocorticoïdes « ? »). Quelques
formes cliniques sont énumérées ci-dessous.
Formes paucisymptomatiques
Elles peuvent correspondre à des formes de début, à
un hypercorticisme modéré ou intermittent, ou à une
sensibilité particulière de certains tissus chez un individu
donné. On songera ainsi à rechercher le syndrome de Cushing
devant un diabète sucré de présentation atypique
ou se déséquilibrant sans cause évidente [2], une
ostéoporose ne faisant pas la preuve de son étiologie [3],
une aménorrhée secondaire, un tableau psychiatrique atypique
ou résistant aux thérapeutiques psychotropes usuelles. Ces
formes sont à rapprocher des adénomes cortisoliques infracliniques
ou silencieux découverts fortuitement [4].
Formes avec perte de poids
Les signes cataboliques prédominent et l'obésité
facio-tronculaire est peu marquée. Elles sont généralement
d'origine paranéoplasique.
Formes de l'enfant ou de l'adolescent
La symptomatologie peut être identique à celle de l'adulte
mais est inconstante. L'aspect classique de répartition centripète
des graisses paraît en particulier moins fréquent. Il en
est de même de la fragilité cutanée, de la tendance
ecchymotique et de la myopathie des ceintures. Le diagnostic devra par
contre être envisagé devant le ralentissement de la croissance
staturale (« cassure » de la courbe de croissance) surtout lorsqu'il
est associé à une prise pondérale paradoxale [5].
Chez l'adolescent, le syndrome de Cushing peut également être
responsable d'un impubérisme.
Mise en évidence biologique de l'hypercorticisme
Les anomalies biologiques permettant le diagnostic de syndrome de Cushing
sont quantitatives (sécrétion cortisolique excessive) et
qualitatives (perte du rythme circadien de sécrétion de
cortisol et abolition du rétrocontrôle négatif des
corticoïdes exogènes sur la production de cortisol). Nous
envisagerons successivement le détail des différentes explorations
permettant de mettre en évidence ces anomalies, leurs écueils
puis la stratégie pratique de leur utilisation. Il convient
toutefois d'insister sur le fait que les valeurs seuils des différents
paramètres biologiques que nous évoquerons dépendent
des trousses de dosage utilisées et qu'elles ne peuvent être
considérées comme absolues et utilisées sans discrimination.
Mise en évidence
du caractère excessif de la sécrétion de cortisol
Paramètres sanguins
La cortisolémie matinale est peu informative du fait de larges
chevauchements entre les valeurs normales et celles rencontrées
dans le syndrome de Cushing. Du fait de la décroissance physiologique
de la cortisolémie durant la journée, la cortisolémie
en fin d'après-midi est plus discriminative mais demeure normale
chez près de 20 % des sujets présentant un syndrome de Cushing
[6]. De récents travaux confirment l'intérêt de la
détermination de la cortisolémie à minuit [7, 8].
Dans deux études réalisées en milieu hospitalier,
une cortisolémie à minuit inférieure à 50
nmol/l (< 1,8 µg/dl) permet d'éliminer le syndrome de Cushing
tandis qu'une cortisolémie supérieure à 200 nmol/l
(< 7,2 µg/dl) l'affirme. Les conditions du recueil sont importantes
à considérer. Il est en effet indispensable que le cathéter
veineux soit installé plusieurs heures au préalable afin
d'éviter le stress de la ponction veineuse, que l'exploration soit
réalisée en l'absence de stress et chez un patient endormi,
ce qui suppose au moins une nuit préalable de familiarisation avec
l'environnement hospitalier [6].
Paramètres salivaires
La mesure du cortisol salivaire permet de s'affranchir des écueils
méthodologiques de recueil des échantillons précédemment
envisagés [9]. Comme les autres stéroïdes non conjugués,
le cortisol diffuse librement dans les cellules des glandes salivaires
et, du fait de l'absence d'albumine ou de transcortine dans la salive,
la concentration de cortisol y est étroitement corrélée
à la cortisolémie libre plasmatique [10]. Le recueil des
échantillons biologiques présente des avantages pratiques
évidents qui se prêtent particulièrement à
l'exploration ambulatoire : caractère non invasif et non «
stressant », possibilité de conservation pendant au moins
5 jours à température ambiante et d'environ 30 jours au
réfrigérateur, dosage par méthode radio-immunologique
directe sans extraction avec les trousses du commerce. Dans une étude
récemment publiée [9], la mesure du cortisol après
recueil de la salive au domicile vers 23 heures présente d'excellentes
sensibilité et spécificité diagnostiques (de l'ordre
de 92 à 100 %).
Paramètres urinaires
La mesure des 17-hydroxystéroïdes urinaires doit être
abandonnée : le dosage est sujet à de nombreux artefacts,
il est influencé par les situations modifiant le métabolisme
du cortisol sans que sa production augmente et des chevauchements importants
sont observés entre les valeurs des sujets hypercortisoliques et
les obèses [11]. L'excrétion du cortisol libre urinaire
(CLU) des 24 heures est étroitement corrélée à
la quantité de cortisol bioactif ayant circulé durant le
nycthémère et, en cas d'hypercorticisme, la protéine
porteuse du cortisol (transcortine) est rapidement saturée de sorte
que le CLU s'accroît de manière exponentielle par rapport
à la cortisolémie. La mesure du CLU des 24 heures est l'exploration
la plus performante pour le diagnostic de syndrome de Cushing et présente
une sensibilité et une spécificité de l'ordre de
95 % [6]. La mesure du CLU peut suffire au diagnostic de syndrome de Cushing
lorsqu'elle atteint plus de quatre fois la limite supérieure de
la normale mais elle se heurte néanmoins à plusieurs écueils.
* Liés au terrain. Le CLU doit être rapporté
à la surface corporelle chez l'enfant [12] ou à des normes
établies en fonction du terme de la grossesse du fait d'une augmentation
de la production du cortisol lorsque le diagnostic est suspecté
chez une femme enceinte [13]. Il peut être modérément
élevé en cas de diurèse excessive [14] ou de stress
(voir plus loin le pseudo-syndrome de Cushing) et est ininterprétable
en cas d'insuffisance rénale [6].
* Inhérents au syndrome de Cushing.
La variabilité de la sécrétion cortisolique y est
classique : lorsque le CLU est mesuré 4 jours consécutifs,
11 % des patients présentent un CLU normal à au moins une
occasion [6].
* D'ordre technique. Les anticorps
utilisés dans les trousses de dosages reconnaissent certains stéroïdes
exogènes (prednisone notamment) et l'hydrocortisone. En dehors
de ces cas particuliers liés à la spécificité
des anticorps utilisés, l'urine contient de nombreux composants
(pour la plupart non identifiés) susceptibles d'interférer
avec le dosage urinaire même lorqu'une extraction préalable
est réalisée [6]. En pratique, il est nécessaire
d'avoir recours à un laboratoire spécialisé dans
le dosage des stéroïdes. Une récente étude de
contrôle de qualité du dosage du cortisol dans des laboratoires
anglais a mis en évidence 27 % de résultats erronés
dans les échantillons urinaires contre moins de 10 % dans les échantillons
sériques [6]. La mesure du CLU par chromotographie liquide haute
performance (HPLC) a été, à ce titre, proposée
mais n'est pas de pratique courante [15].
* Écueil principal. Il réside
en fait dans la difficulté d'obtention d'un recueil complet des
urines des 24 heures (et plus particulièrement en ambulatoire).
La mesure simultanée de la créatininurie est donc impérative
pour valider l'intégralité du recueil urinaire. Laudat et
al. [16] ont proposé de limiter le recueil des urines aux quelques
heures durant lesquelles la sécrétion cortisolique est physiologiquement
minimale (entre 20 et 24 h par exemple) mais ceci demeure difficilement
réalisable en ambulatoire. Nous avons étudié la sensibilité
et la spécificité du rapport CLU/créatininurie sur
les urines émises le matin au réveil chez des patients hospitalisés
présentant un syndrome de Cushing et des témoins obèses.
Dans notre expérience, cette procédure est aussi performante
que la mesure du CLU des 24 heures et constitue donc une possibilité
de choix pour le dépistage ambulatoire du syndrome de Cushing [17].
Rupture du rythme circadien de sécrétion
du cortisol
Afin d'appréhender cette anomalie, deux prélèvements
sanguins sont habituellement réalisés : l'un vers 8 heures
et l'autre en fin d'après-midi. Classiquement, la cortisolémie
vespérale est diminuée d'au moins 25 % par rapport à
la cortisolémie matinale. Une rupture apparente du rythme circadien
est cependant constatée chez près de 20 % des sujets sains
et, à l'inverse, le rythme paraît conservé dans 10
à 20 % des cas de syndrome de Cushing [18]. En effet certaines
maladies de Cushing présentent une authentique préservation
de la sécrétion nycthémérale du cortisol.
La pulsatilité physiologique de la sécrétion cortisolique
rend compte de la possibilité d'observer chez des sujets sains
une rupture apparente du rythme si les prélèvements vespéraux
sont réalisés lors d'un pic sécrétoire et
les prélèvements matinaux dans l'intervalle entre deux pics
sécrétoires. Pour ces raisons, l'analyse du rythme circadien
de sécrétion du cortisol nécessite la réalisation
de multiples prélèvements sanguins matinaux et vespéraux.
Même dans ces conditions optimales, l'étude du rythme circadien
du cortisol ne semble pas être plus informative que la simple mesure
du cortisol à minuit [8].
Perte du rétrocontrôle des corticoïdes
exogènes sur la sécrétion surrénalienne
Plusieurs modalités de « freinage » surrénalien
peuvent être proposées pour le diagnostic de syndrome de
Cushing. Le test de freinage « minute » est la modalité
la plus simple dans sa réalisation puisqu'elle ne comporte qu'un
dosage du cortisol matinal après la prise de 1 mg de dexaméthasone
(Dex) la veille vers 23 heures et a été conçu pour
l'exploration ambulatoire. Dans le test de freinage « faible »
de Liddle (souvent appelé freinage standard dans l'hexagone), 0,5
mg de Dex est administré toutes les 6 heures pendant 48 heures.
Les résultats reposent sur l'analyse du CLU durant le deuxième
jour du test. Certains préfèrent la mesure du cortisol plasmatique
6 heures après la dernière prise de Dex, ce qui « allège
» le test et, du fait des imperfections du dosage du CLU précédemment
évoquées, améliore ses performances [6, 18-20].
Plusieurs écueils méthodologiques doivent être connus
:
la prise d'inducteurs enzymatiques (rifampicine, phénobarbital,
diphénylhydantoïne) peut être à l'origine de
faux positifs du fait d'une accélération du métabolisme
hépatique de la Dex ;
l'augmentation artefactuelle de la cortisolémie, liée
à l'augmentation de la synthèse de la transcortine lors
de la prise d'strogènes ou de tamoxifène, peut suggérer
un freinage insuffisant. La mesure du cortisol libre salivaire, étroitement
corrélé au cortisol libre plasmatique et s'affranchissant
des variations de concentration de la transcortine, a également
été proposée pour circonvenir cet écueil [10]
;
la variabilité interindividuelle du métabolisme
de la Dex [20, 21]. Dans l'idéal, la détermination de la
dexaméthasonémie devrait être réalisée
afin d'interpréter correctement les résultats du test. Ceci
« alourdit » considérablement la procédure et
n'est habituellement pas réalisé. Afin de limiter l'influence
de ce problème et d'éviter l'inconvénient de l'hospitalisation
prolongée inhérente au freinage standard, des protocoles
de freinage par perfusion intraveineuse de Dex se déroulant pendant
moins de 24 heures ont été proposés et constituent,
dans notre expérience, une option de choix [22].
Les performances des tests de freinage et, partant, leur intérêt
diagnostique font l'objet de controverses entre leurs partisans [6, 7,
11] et leurs détracteurs qui estiment qu'ils n'apportent aucune
information supplémentaire à la mesure du CLU des 24 heures
[18, 23]. Deux considérations peuvent rendre compte de la divergence
des opinions.
Le choix du groupe témoin qui influence la
spécificité du test
Comme nous le reverrons au chapitre du diagnostic différentiel,
l'activation fonctionnelle de l'axe corticotrope dans une circonstance
de stress physique ou psychique peut entraîner une relative résistance
au rétrocontrôle par les corticoïdes. De fait, le pourcentage
de faux positifs est minime (moins de 5 %) ou considérable (de
l'ordre de 25 %) selon que les patients témoins présentent
une obésité banale ou que celle-ci est associée à
des troubles psychiatriques majeurs [19, 24]. Pour certains, le test de
freinage minute serait plus souvent à l'origine de faux positifs
que le test de freinage standard [25]. Cet argument suggère que
le test de freinage minute est utile comme outil de dépistage mais
inadapté pour affirmer le syndrome de Cushing qui nécessite
un test plus robuste comme le freinage standard.
Le choix du seuil de cortisol plasmatique ou urinaire
retenu comme témoin d'un freinage physiologique permettant d'éliminer
le syndrome de Cushing
Un seuil relativement bas offrira une sensibilité optimale au
détriment de la spécificité. Inversement, un seuil
relativement élevé permettra de minimiser le nombre de faux
positifs mais s'accompagnera d'une sensibilité médiocre.
S'il nous est impossible d'apporter une réponse univoque à
cette problématique, deux remarques méritent d'être
prises en considération. D'une part, les critères «
historiques » de freination -- cortisol plasmatique inférieur
à 140 nmol/l (< 5 µg/dl) [25] -- au décours du test
ont été obtenus à l'aide de techniques de dosage
fluorimétriques qui surestimaient la cortisolémie de 30
à 40 % par rapport aux valeurs obtenues avec les trousses de dosages
radio-immunologiques ou chémoluminescentes utilisées aujourd'hui
et/ou chez des patients hospitalisés donc dans une situation «
stressante ». Une récente étude trouve une cortisolémie
supérieure à 140 nmol/l (> 5 µg/dl) chez seulement
2,3 % des 216 témoins et inférieure à 50 nmol/l (<
1,8 µg/dl) chez environ 90 % des sujets [21]. Ces données,
en accord avec notre expérience [17], sont corroborées par
d'autres travaux menés chez les obèses [18, 26]. D'autre
part, le seuil retenu dépend de la stratégie dans laquelle
s'intègre le test. Ainsi, dans une stratégie de dépistage
du syndrome de Cushing dans laquelle s'intègre particulièrement
le test de freinage minute, il est licite de choisir délibérément
un seuil bas, les faux positifs étant corrigés lors des
tests de confirmation.
Synthèse et stratégie diagnostique
Divers algorithmes diagnostiques ont été proposés.
Ceux-ci diffèrent essentiellement selon la place accordée
au freinage par la dexaméthasone [6, 11, 18, 23]. La stratégie
issue de notre expérience et que nous proposons est résumée
dans la figure 2. La stratégie
d'investigation paraclinique dépend du degré de vraisemblance
du diagnostic sur les données cliniques. Lorsque celui-ci est hypothétique,
il est nécessaire d'organiser les explorations endocriniennes en
deux étapes successives : la première, de dépistage,
doit posséder une forte sensibilité (quitte à perdre
en spécificité), être aisément réalisable
en ambulatoire et peu dispendieuse ; la seconde, de confirmation, ne sera
réalisée que dans un deuxième temps et en milieu
spécialisé.
Écueil de l'hypercorticisme intermittent
Les fluctuations d'intensité de l'hypercorticisme justifient,
comme nous l'avons envisagé, la mesure du CLU des 24 heures sur
plusieurs jours. Dans de rares cas, le syndrome de Cushing est intermittent,
alternant des périodes d'hypercorticisme avec des périodes
d'eucorticisme pouvant durer plusieurs semaines voire mois [27]. La reproductibilité
de l'alternance de ces deux phases a valu à cette entité
la dénomination de syndrome de Cushing « cyclique ».
Il faut donc évoquer cette possibilité lorsque l'impression
clinique contraste avec une biologie normale ou lorsque des symptômes
(prise de poids, diabète sucré, hypertension artérielle)
s'amendent spontanément puis réapparaissent. Dans ces cas
difficiles, l'hypercorticisme peut être mis en évidence à
l'aide de la mesure du cortisol salivaire en demandant aux patients de
recueillir quotidiennement quelques millilitres de salive, au lever et
au coucher par exemple, pendant plusieurs semaines [10].
Diagnostic différentiel
Cette étape vise à éliminer certaines pathologies
pouvant, à des degrés variables, entraîner des anomalies
biologiques compatibles avec le syndrome de Cushing.
Obésité
Elle prête peu à confusion. La topographie de la répartition
des graisses et l'absence de signes cataboliques cutanés et musculaires
permettent souvent de faire la distinction avec le syndrome de Cushing
dès le stade de l'examen clinique. Contrairement au dosage des
17-hydroxystéroïdes urinaires, le CLU des 24 heures est le
plus souvent normal [11, 17] ou n'est discrètement élevé
qu'en cas d'obésité massive ou androïde [16, 28]. De
plus, le test de freinage minute par la Dex n'est pas influencé
par l'excès pondéral [17, 26].
Troubles morphologiques pouvant évoquer le
syndrome de Cushing
Certains ont été décrits chez les patients atteints
de sida [29]. Il s'agit essentiellement d'une adiposité facio-tronculaire
avec un aspect en bosse de bison de la nuque, un comblement des creux
sus-claviculaires et une amyotrophie crurale modérée. Dans
la plupart de ces cas, l'exploration biologique endocrinienne est normale.
Ce tableau, dont la physiopathologie demeure obscure, pourrait survenir
préférentiellement chez les patients traités par
les inhibiteurs de protéases.
Autres situations
De rares situations peuvent prêter à confusion.
Syndrome de Cushing
iatrogène par prise occulte de corticoïdes ou de Synacthène®
Du fait du rétrocontrôle négatif des corticoïdes,
le profil biologique attendu est celui d'un hypercorticisme clinique contrastant
avec une activité corticotrope nulle (cortisol plasmatique et urinaire,
ACTH plasmatique effondrés). Néanmoins, la variabilité
de la prise médicamenteuse d'un jour à l'autre et la reconnaissance
de certains corticoïdes de synthèse par les trousses de dosage
du cortisol rendent souvent le tableau plus équivoque [30]. Le
« profil » et les antécédents psychiatriques sont
des éléments d'orientation importants. Du fait de la fréquence
des anomalies morphologiques infracliniques concernant les glandes surrénales
et l'hypophyse, l'utilisation des moyens d'imagerie devra être très
prudente pour accréditer ou non l'hypothèse de l'hypercorticisme.
L'analyse des urines par HPLC permettra, par contre, le diagnostic en
mettant en évidence une excrétion accrue de corticostérone
dans le syndrome de Cushing, son absence et la présence de stéroïdes
de synthèse dans les autres cas [30]. Plus rarement on évoquera
des injections occultes de Synacthène® (tétracosactide).
Les trousses de dosage radio-immunologiques utilisant des anticorps polyclonaux
peuvent dans ce cas mesurer des concentrations d'ACTH très élevées
alors qu'elles seront généralement effondrées avec
l'utilisation de trousses IRMA spécifiques de l'ACTH 1-39. Lorsque
ce tableau est suspecté, la mesure de l'ACTH avec des trousses
de spécificités différentes (ou la mesure d'autres
peptides issus de la POMC tels la LPH), la recherche d'anticorps anti-ACTH
et l'obtention d'une insuffisance corticotrope après quelques jours
de sevrage en Synacthène® peuvent être utiles.
Syndrome de résistance au glucocorticoïdes
Il s'agit d'une anomalie du gène du récepteur aux glucocorticoïdes
souvent à caractère familial. Du fait de la résistance
hypophysaire au cortisol, l'activité de l'axe corticotrope est
désinhibée, ce qui entraîne un hypercorticisme biologique
franc contrastant avec l'absence de signes cliniques. La symptomatologie
est variable en intensité et peut comporter, du fait de la stimulation
surrénalienne chronique par l'ACTH, des signes d'hyperandrogénie
(hirsutisme, aménorrhée) par sécrétion excessive
de SDHEA et une hypertension par sécrétion excessive de
déoxycorticostérone. L'enquête familiale et l'analyse
génomique permettront le diagnostic.
Diagnostic différentiel du pseudo-syndrome
de Cushing (figure 3)
C'est le plus délicat. Le principal stimulus physiologique de
l'axe corticotrope est le stress, qu'il soit physique ou psychique. Celui-ci
entraîne, via la stimulation de la sécrétion
des agents hypothalamiques (dont le CRH), une activation surrénalienne
qui déborde le rétrocontrôle négatif dépendant
des corticoïdes et aboutit à un hypercorticisme biologique.
C'est ce qui est classiquement rencontré au cours de certaines
situations aiguës telles que l'infarctus du myocarde, une intervention
chirurgicale, etc. Un stress chronique ou une dysrégulation des
mécanismes d'adaptation au stress environnemental sont susceptibles
d'entraîner un hypercorticisme biologique chronique fonctionnel
[31]. C'est ce qui est observé au cours de certaines pathologies
psychiatriques (dépressions, attaques de panique, états
maniaques, anorexie nerveuse et troubles compulsifs du comportement alimentaire),
des maladies inflammatoires chroniques, de la malnutrition et de l'alcoolisme
soit en phase d'intoxication aiguë soit en phase aiguë du sevrage
[32]. Fait caractéristique, cette activation fonctionnelle, CRH-dépendante,
de l'axe corticotrope disparaît avec la cure de l'affection causale.
Le tableau biologique, particulièrement étudié
dans le cadre de la dépression, associe de manière variable
une élévation du CLU, une rupture du rythme nycthéméral
du cortisol et des valeurs vespérales de cortisolémie élevées,
une résistance relative au freinage par la dexaméthasone
[11, 19, 31, 33]. L'ACTH plasmatique est mesurable et le tableau biologique
peut donc simuler un hypercorticisme d'origine hypophysaire ou maladie
de Cushing (MC), (voir diagnostic étiologique). Ces anomalies ne
prêtent évidemment pas à confusion dans certaines
situations cliniques, telles que l'anorexie mentale. Il n'en est pas de
même lorsque le patient présente des symptômes cliniques
compatibles avec le syndrome de Cushing. Cette situation communément
dénommée pseudo-syndrome de Cushing correspond plus particulièrement
aux patients dépressifs lorsque ceux-ci sont également obèses
(et donc plus volontiers hypertendus et diabétiques) ou aux éthyliques
qui présentent nombre d'anomalies morphologiques compatibles avec
l'hypercorticisme. La prévalence réelle du pseudo-syndrome
de Cushing est diversement appréciée [19, 23, 32]. Elle
dépend du degré de vraisemblance clinique et donc de la
pertinence de l'analyse sémiologique clinique. En présence
d'un pseudo-syndrome de Cushing seule l'épreuve du temps (objectivant
l'absence de progression de la symptomatologie clinique) et la rétrocession
des anomalies biologiques avec la cure de l'anomalie causale (sevrage
éthylique, traitement antidépresseur) permettent de retenir
le diagnostic. L'observation des récidives de la MC après
chirurgie trans-sphénoïdale nous enseigne néanmoins
la lenteur avec laquelle évolue la symptomatologie clinique et
biologique. Il sera donc nécessaire d'observer un recul prolongé,
souvent de plusieurs années, avant de pouvoir trancher définitivement.
Cet élément est également intéressant à
considérer afin de juger du degré de crédibilité
du diagnostic retenu dans les publications scientifiques ayant trait aux
outils permettant de différencier la maladie de Cushing des pseudo-syndromes
de Cushing.
En attendant ce diagnostic différé fourni par l'épreuve
du temps, il est possible de réunir un faisceau d'arguments en
faveur du pseudo-syndrome.
*Cliniques. Absence de signes cliniques cataboliques et absence
de modifications morphologiques lors de la comparaison avec des photographies
antérieures du patient.
*Constatation d'une biologie hépatique perturbée. Elle
peut faire suspecter l'éthylisme lorsque celui-ci est inavoué.
*Intensité des anomalies biologiques. L'augmentation du
CLU est inférieure à 4 fois la limite supérieure
de la normale, l'échappement au freinage standard par la dexaméthasone
jugé sur la cortisolémie plasmatique est relativement rare
et modéré [24]. Il faut insister également sur l'intérêt
du cortisol plasmatique ou salivaire à 23 heures ou à minuit
dont les valeurs ne se superposent à celles rencontrées
dans le syndrome de Cushing que chez moins de 10 % des patients [7-9,
23].
*Réponse franche de l'axe corticotrope. Elle est notée
lors du test d'hypoglycémie insulinique, contrairement à
ce qui est observé dans la MC. Le test est néanmoins pris
en défaut dans environ 20 % des cas de MC [6].
*Réponse de l'ACTH à l'administration de CRH. Elle
est généralement faible du fait d'une stimulation déjà
maximale de l'hypophyse par la CRH endogène. À l'inverse
dans la MC, la sécrétion endogène de CRH est inhibée
du fait de l'hypercorticisme et la réponse au CRH exogène
est généralement explosive [34]. L'intérét
de ce test en pratique est réduit du fait des chevauchements rencontrés
entre les deux groupes de patients [19].
*Réalisation d'un test à la CRH après l'administration
de Dex. Elle semble plus intéressante [24]. Conceptuellement,
ce test vise à potentialiser deux particularités de la MC
que sont l'exagération de la réponse à la CRH, d'une
part, et la plus grande résistance de la sécrétion
corticotrope au rétrocontrôle par les corticoïdes, d'autre
part. On suppose donc que l'injection de CRH après l'équivalent
d'un freinage standard à la Dex (4 mg de Dex pendant 2 jours) est
sans effet dans le pseudo-syndrome de Cushing alors qu'une réponse
de l'ACTH et du cortisol est attendue dans la MC. La seule étude
consacrée à cette investigation est intéressante
puisqu'elle concerne des patients ayant un authentique pseudo-syndrome
de Cushing (biologique et clinique) et que la distinction avec les patients
présentant une MC est absolue sur le critère de la cortisolémie
à la 15e minute après l'injection de CRH [24].
Il n'en est cependant pas de même lors des autres temps du test.
Il convient donc d'être prudent et d'attendre confirmation de ces
résultats avant de conclure définitivement à une
acuité diagnostique de 100 % comme l'évoque la publication
princeps (on remarquera à ce titre que, quelle que soit la trousse
de dosage utilisée, le coefficient de variation intra-essais de
la mesure à des concentrations de cortisol de cette ordre est particulièrement
médiocre...). Mentionnons également que, dans cette étude,
la seule analyse de la cortisolémie après la prise de Dex
présente une acuité diagnostique de 91 %, ce qui limite
donc les indications de cette investigation hautement spécialisée
[24].
*Test à la desmopressine. Il est également pressenti
dans cette indication [35]. La vasopressine hypothalamique accroît
la synthèse et la sécrétion d'ACTH par l'intermédiaire
de récepteurs spécifiques V3 dans les cellules corticotropes
antéhypophysaires. La desmopressine est un agoniste puissant des
récepteurs rénaux de la vasopressine (récepteurs
V2) mais est un agoniste faible des récepteurs V3 hypophysaires.
Ainsi, son administration n'entraîne pas d'activation de l'axe corticotrope
chez la majorité des individus sains ni chez les patients déprimés.
Par contre, une élévation franche de l'ACTH et du cortisol
plasmatiques est observée chez les patients présentant une
MC du fait d'une expression accrue des récepteurs V3 mais aussi
V2 dans les adénomes corticotropes [36]. Si ce test semble intéressant
du fait de sa simplicité et de son coût (avantageux comparativement
au CRH-Dex), il demande à être confirmé dans une population
de patients dépressifs présentant un authentique pseudo-syndrome
de Cushing.
Diagnostic étiologique
du syndrome de Cushing
Classification physiopathologique des syndromes
de Cushing
En situation physiologique, la CRH et l'arginine vasopressine (AVP)
d'origine hypothalamique sont les principaux stimuli des cellules corticotropes
antéhypophysaires qu'elles atteignent après avoir été
déversées dans le système porte-hypothalamo-hypophysaire
(figure 4). CRH et AVP
stimulent la synthèse de la pro-opiomélanocortine (POMC)
et son clivage protéolytique aboutissant à la production
d'ACTH et d'autres peptides (ß-LPH, joining peptide, etc.)
en quantité équimolaire [11]. L'ACTH est déversée
avec les autres produits de maturation de la POMC dans les sinus caverneux
et rejoint la circulation générale par l'intermédiaire
des sinus pétreux inférieurs puis de la veine jugulaire
interne. La liaison de l'ACTH à ses récepteurs membranaires
au niveau des cellules corticosurrénaliennes active les protéines
Gs qui couplent le récepteur à l'adénylate cyclase
et induit, via la voie de l'AMPc, d'une part, la synthèse
et la sécrétion de cortisol et d'androgènes (SDHEA)
et, d'autre part, la multiplication des cellules.
D'un point de vue physiopathologique, les étiologies du syndrome
de Cushing exogène entrent dans deux grandes catégories
(figure 4, tableau 1) :
l'hypercorticisme ACTH-indépendant : l'anomalie
est primitivement surrénalienne et l'hypercorticisme, par rétrocontrôle
négatif, supprime la sécrétion de CRH et d'ACTH ;
l'hypercorticisme ACTH-dépendant : ici les surrénales
sont stimulées par une sécrétion excessive et inappropriée
d'ACTH. L'ACTH peut être d'origine eutopique, issu des cellules
corticotropes hypophysaires, le plus souvent du fait d'un adénome.
Cette situation correspond à la maladie de Cushing (MC).
Plus rarement, l'ACTH est d'origine ectopique et produite par une tumeur
non hypophysaire. Cette sécrétion ectopique d'ACTH est responsable
d'un syndrome de Cushing paranéoplasique (SCPN). Exceptionnellement
c'est une sécrétion ectopique exclusive de CRH qui est à
l'origine du SCPN.
Compte tenu des données physiopathologiques évoquées
ci-dessus, la première étape de l'enquête étiologique
consiste donc à établir si l'hypercorticisme dépend
ou non de l'ACTH.
Étude de la dépendance de l'hypercorticisme
vis-à-vis de l'ACTH
Cette étape repose exclusivement sur les investigations biologiques.
La réalisation d'une exploration morphologique surrénalienne
en première intention dès le diagnostic de syndrome de Cushing
acquis peut être source d'erreur. En effet, environ 20 % des MC
s'accompagnent de nodules surrénaliens bilatéraux et parfois
même unilatéraux pouvant simuler un adénome cortisolique
[37, 38].
L'étude de l'ACTH-dépendance du syndrome repose sur le
dosage de l'ACTH plasmatique. Celui-ci n'est donc justifié qu'une
fois le diagnostic de syndrome de Cushing acquis. Le dosage de l'ACTH
plasmatique, longtemps difficile techniquement et d'interprétation
délicate avec les techniques radio-immunologiques du fait de sensibilité
et spécificité médiocres, a bénéficié
dans les années 90 de l'introduction des trousses de dosage immuno-radiométriques
(IRMA) [18]. L'ACTH demeure néanmoins une molécule fragile,
très sensible aux enzymes de dégradation circulantes et
nécessitant des précautions particulières dans le
recueil et la conservation des échantillons.
Plusieurs prélèvements pour le dosage du cortisol et de
l'ACTH sont réalisés, de préférence en fin
d'après-midi ou la nuit. L'interprétation des résultats
obtenus est détaillée dans les figures
5 et 6 [18, 23].
Des concentrations d'ACTH douteuses peuvent s'observer en cas d'hypercorticisme
d'origine surrénalienne d'intensité modérée
ou intermittente laissant persister une activité corticotrope ou
en cas d'adénome hypophysaire corticotrope peu sécrétant.
Dans ces cas ambigus, la répétition des dosages et la réalisation
d'un test à la CRH sont alors utiles, un pic d'ACTH inférieur
à 20 pg/ml lors de ce test signant l'ACTH-indépendance de
l'hypercorticisme [18].
La principale faiblesse du dosage radio-immunométrique du dosage
de l'ACTH réside dans sa spécificité pour l'ACTH
intact [1-39]. Ceci peut conduire à sous-estimer les valeurs d'ACTH
lorsque circulent en quantité importante des formes moléculaires
distinctes de l'ACTH qui vont saturer l'un des anticorps du dosage, le
rendant indisponible pour se lier à l'ACTH intacte. La production
de ces variants d'ACTH est comme nous le reverrons l'apanage des tumeurs
ectopiques responsables d'un SCPN. Si les concentrations circulantes d'ACTH
mesurées par IRMA sont effectivement le plus souvent inférieures
à celles mesurées par RIA dans le SCPN, il est cependant
exceptionnel qu'elles orientent vers un syndrome ACTH-indépendant
[39].
Diagnostic étiologique du syndrome de Cushing
ACTH-indépendant
Le plus souvent les syndromes de Cushing d'origine surrénalienne
ne posent pas de problème diagnostique. Devant l'association d'un
hypercorticisme et d'une concentration d'ACTH effondrée, la première
étape est de réaliser une imagerie surrénalienne
(scanner en coupes fines ou IRM). Plusieurs cas de figure peuvent être
rencontrés.
Adénome cortisolique ou carcinome primitif
Dans la plupart des cas, une tumeur unilatérale est visualisée
et la surrénale controlatérale est normale ou atrophique.
Il s'agit d'un adénome cortisolique ou d'un carcinome primitif.
Soulignons que seule la présence de métastases ou d'un envahissement
loco-régional affirme la malignité. En leur absence, la
distinction entre ces deux entités repose sur un faisceau d'arguments,
l'analyse anatomopathologique n'étant qu'un argument dépourvu
de valeur absolue [40] (tableaux
3 et 4).
Parmi ceux-ci insistons sur certaines caractéristiques à
porter au crédit de la malignité et faciles à appréhender
telles que :
hyperandrogénie, clinique et/ou biologique, par production
excessive de SDHEA témoin des particularités enzymatiques
des carcinomes [41, 42] et qui justifie son dosage systématique
ou celui des 17-cétostéroïdes urinaires devant toute
tumeur surrénalienne unilatérale ;
sécrétion excessive de précurseurs des hormones
stéroïdiennes et notamment de l'aldostérone que l'on
suspectera devant une hypertension artérielle avec hypokaliémie
[42, 43] ;
absence de réponse cortisolique à l'injection d'ACTH
du fait d'un défaut de synthèse de son récepteur
[44] ;
les données radiologiques (encadré) et notamment
une grande taille (> 6 cm) (figures
7 et 8).
Aucun argument n'est cependant absolu et, concrètement, deux
types de situations sont rencontrées : le diagnostic est aisé
lorsque tous les arguments convergent vers un adénome ou lorsqu'une
dissémination tumorale est évidente comme cela est malheureusement
le cas dans près de 50 % des carcinomes lors du bilan initial [42].
Inversement, il est parfois impossible de trancher formellement entre
adénome et carcinome de bas grade de malignité, notamment
devant une volumineuse tumeur sans essaimage décelable. Dans ce
cas, l'approche diagnostique s'enrichit depuis peu des progrès
de la biologie moléculaire. Des anomalies moléculaires intratumorales
potentiellement impliquées dans la pathogénie de la tumorigenèse
surrénalienne ont été identifiées et peuvent
participer à la caractérisation du phénotype malin
dans les cas douteux [45]. La région chromosomique 11p15 est porteuse
de gènes importants tels que l'IGF-2, un facteur de croissance
impliqué dans le développement embryonnaire de la surrénale,
et des gènes suppresseurs de tumeur, H19 et p57kip2, intervenant
dans le contrôle du cycle cellulaire. La région 11p15 est
soumise à une empreinte parentale, de sorte qu'en physiologie seuls
les allèles paternels de l'IGF-2 et maternels de H19 et p57kip2
sont exprimés. Plusieurs études ont mis en évidence
dans l'ADN tumoral des carcinomes, des remaniements de la région
11p15 avec disomie uniparentale (c'est-à-dire présence d'un
allèle maternel ou paternel en double exemplaire) aboutissant à
une surexpression de l'IGF-2 et/ou une diminution de l'expression de H19
et p57kip2. Les tumeurs bénignes sont au contraire indemnes de
ces anomalies et l'on conçoit donc l'intérêt, dans
les cas douteux, de ces marqueurs moléculaires.
Tumeur unilatérale
Il existe parfois une tumeur unilatérale mais la surrénale
controlatérale est discrètement hypertrophiée et/ou
nodulaire. La distinction entre une sécrétion surrénalienne
excessive bilatérale ou unilatérale (la surrénale
controlatérale hypertrophiée étant non fonctionnelle)
[46] repose sur l'étude de la fixation scintigraphique du iodocholestérol
marqué.
Anomalies surrénaliennes bilatérales
Rarement, des anomalies surrénaliennes bilatérales sont
constatées.
La morphologie normale des deux surrénales a parfois totalement
disparu et l'aspect est celui de volumineuses masses polylobées
(figure 9) : il s'agit d'une
hyperplasie surrénalienne macronodulaire. Sa pathogénie
a été documentée dans quelques observations privilégiées.
Dans celles-ci, la stéroïdogenèse surrénalienne
est activée par une surexpression ou une expression aberrante de
récepteurs hormonaux autres que l'ACTH. Ainsi, il existe des hypercorticismes
modulés par la prise alimentaire du fait d'une surexpression des
récepteurs au GIP (un peptide intestinal libéré par
l'arrivée du bol alimentaire) ou des syndromes de Cushing contrôlables
par les ß-bloquants du fait d'une expression aberrante de récepteurs
ß-adrénergiques [47]. Ce mécanisme physiopathologique
semble plus rarement impliqué dans le cas des adénomes cortisoliques
unilatéraux [48].
L'hypertrophie bilatérale est parfois moins marquée :
il convient dans ce cas de s'assurer que la sécrétion d'ACTH
n'est pas freinée avant de conclure à une hyperplasie bilatérale
ACTH-indépendante. Comme nous l'avons envisagé plus haut,
20 % des hypercorticismes ACTH-dépendants s'accompagnent, du fait
de la stimulation chronique par l'ACTH, d'une hypertrophie surrénalienne
radiologique. Ces cas relèvent sur le plan thérapeutique
d'une exérèse de la lésion sécrétant
l'ACTH et non d'une surrénalectomie bilatérale comme c'est
le cas dans l'hyperplasie macronodulaire ACTH-indépendante [37].
Le concept selon lequel l'hyperplasie nodulaire surrénalienne s'intégrant
dans le cadre d'une MC aboutirait secondairement à une autonomie
surrénalienne est une notion classique, difficilement envisageable
sur le plan moléculaire, qui n'a jamais été démontrée
dans la littérature [23, 37, 49].
Surrénales normales ou discrètement
hypertrophiques
Exceptionnellement, les surrénales apparaissent normales ou discrètement
hypertrophiques. Deux entités rares peuvent être à
l'origine du syndrome de Cushing et se rencontrent préférentiellement
chez l'enfant et l'adolescent [49] :
la dysplasie surrénalienne pigmentaire micronodulaire
qui se caractérise sur le plan anatomopathologique par l'existence
de nodules corticaux de couleur noire associés à une atrophie
du reste du cortex surrénalien. L'aspect tomodensitométrique
des surrénales est parfois évocateur devant des petits nodules
appendus aux surrénales et réalisant un aspect de «
perles enfilées ». Cette affection survient dans un contexte
sporadique ou familial et peut s'intégrer dans le cadre du syndrome
de Carney (lentiginose cutanée, myxomes cardiaques pouvant mettre
en jeu le pronostic vital, tumeurs testiculaires et hypophysaires, etc.)
;
le syndrome de MacCune-Albright dans lequel l'hypercorticisme
est classiquement associé à des taches cutanées café
au lait et à une dysplasie des os plats. L'hypercorticisme découle
d'une mutation activatrice de la protéine Gs qui couple le récepteur
membranaire de l'ACTH à l'adénylate cyclase et à
la biosynthèse des stéroïdes.
Diagnostic étiologique
du syndrome de Cushing ACTH-dépendant
Celui-ci consiste à différencier la maladie de Cushing
des syndromes de Cushing paranéoplasiques par sécrétion
ectopique d'ACTH et/ou de CRH. Le consensus actuel quant à l'indication
de la chirurgie antéhypophysaire en première intention dans
la MC implique un diagnostic étiologique de certitude. Néanmoins,
il s'agit là d'une étape parfois complexe.
La prévalence du SCPN dans le syndrome de Cushing ACTH-dépendant
est de l'ordre de 15 % avec des extrêmes allant de 10 à 25
% selon les centres [11, 18, 23, 50, 51]. Cette notion épidémiologique
est importante à considérer puisqu'elle implique que, devant
un syndrome de Cushing ACTH-dépendant, la probabilité qu'il
s'agisse d'une MC est a priori de l'ordre de 80 à 90 %.
Pour être réellement informatifs, les outils paracliniques
qui seront utilisés doivent donc posséder des sensibilité,
spécificité et acuité diagnostique plus élevées.
Il est nécessaire pour la bonne compréhension du cheminement
diagnostique et de ses écueils de préciser quelques caractéristiques
des tumeurs ACTH-sécrétantes à l'origine du syndrome
de Cushing.
Caractéristiques des tumeurs ACTH-sécrétantes
à l'origine du syndrome de Cushing
Les adénomes corticotropes responsables de la MC sont, dans près
de 90 % des cas, des micro-adénomes latéralisés au
sein de l'hypophyse [53]. Cette petite taille rend compte, au moins en
partie, de la difficulté de leur détection radiologique.
Les cellules tumorales présentent le plus souvent des caractéristiques
du « phénotype corticotrope », ce qui les oppose classiquement
aux tumeurs neuro-endocrines (TNE) non hypophysaires responsables d'une
sécrétion ectopique d'ACTH.
Elles expriment, voire surexpriment, des récepteurs à
la CRH et des récepteurs V3 à la vasopressine et «
répondent » donc à l'administration d'agonistes pharmacologiques
de ces récepteurs (CRH, lysine vasopressine ou LVP, desmopressine)
[36, 54] ; elles expriment des récepteurs aux glucocorticoïdes
et ont donc une autonomie sécrétoire relative. Si le rétrocontrôle
négatif sur la sécrétion d'ACTH ne s'effectue plus
aux concentrations physiologiques de cortisol (sans quoi il n'y
aurait pas syndrome de Cushing), la sécrétion de ces tumeurs
peut être freinée par de fortes doses de Dex. Enfn, la traduction,
la transcription du gène codant pour la POMC et la maturation protéolytique
de la POMC sont qualitativement similaires à celles qui
s'opèrent dans les cellules corticotropes normales. Elles aboutissent
donc à la production équimolaire des différents peptides
issus de la molécule (ACTH, LPH, etc.) [11, 54].
Les TNE non hypophysaires responsables d'une sécrétion
ectopique d'ACTH se développent à partir des cellules neuro-endocrines
présentes dans de nombreux organes. Leur siège est donc
très variable [51, 55]. Néanmoins, dans près de la
moitié des cas, elles sont d'origine bronchique (tableau
4).
Les TNE forment un ensemble hétérogène du point
de vue histopathologique et de leur potentiel néoplasique. Ainsi,
les tumeurs bronchiques peuvent être classées en deux grandes
catégories selon leur grade de malignité : les tumeurs carcinoïdes
typiques et atypiques qui sont de bas grade de mali-gnité et les
carcinomes à grandes et à petites cellules qui sont des
TNE à haut grade de malignité [56]. La prévalence
relative de ces deux catégories de tumeurs est variable selon les
séries. Il semble que la proportion de TNE de bas grade de malignité
soit plus importante dans les séries endocrinologiques les plus
récentes [51]. La possibilité que nombre d'entre elles aient
échappé au diagnostic dans les séries plus anciennes
est vraisemblable. En effet, si les TNE de haut grade de malignité
sont aisément décelables radiologiquement, les TNE de bas
grade peuvent être occultes en raison de leur petite taille et n'évoluer
que très lentement sans essaimage métastatique. De plus,
le grade de malignité est en partie corrélé à
l'expression du phénotype corticotrope. Ainsi, les tumeurs carcinoïdes
typiques possèdent un équipement enzymatique permettant
une maturation harmonieuse de la POMC et peuvent être équipées
en récepteurs V3 ou aux corticoïdes [54]. Le comportement
biologique des tumeurs ectopiques et, partant, la facilité avec
laquelle l'investigateur pourra les différencier des adénomes
hypophysaires lors des investigations biologiques dépendent donc
du degré de conservation des caractéristiques du phénotype
corticotrope.
Outils du diagnostic étiologique
Plusieurs approches sont utilisées pour différencier les
sources eutopiques et ectopiques de sécrétion d'ACTH. Nous
envisagerons le détail de celles-ci avant de proposer une stratégie
d'utilisation. La sensibilité et la spécificité de
ces différents outils sont évidemment variables d'une étude
à l'autre selon le nombre et la nature des TNE non hypophysaires
qui ont été étudiées. Nous soulignerons donc
les résultats obtenus à partir des études les plus
pertinentes et des données de notre expérience colligées
en 1996 à partir de 15 cas de SCPN (dont 9 tumeurs carcinoïdes)
et 40 cas de MC liées à un micro-adénome corticotrope
confirmé anatomopathologiquement et explorés pendant la
même période [52].
Données cliniques
Outre l'argument de fréquence, la maladie de Cushing intéresse
préférentiellement des femmes jeunes, la symptomatologie
est d'intensité modérée et évolue progressivement
sur plusieurs années. À l'inverse, les TNE non hypophysaires
concernent à part égale hommes et femmes (le diagnostic
de sécrétion ectopique d'ACTH est donc plus probable chez
l'homme) et entraînent classiquement une symptomatologie marquée
par l'intensité des signes cataboliques (amyotrophie, perte de
poids, hypertension artérielle, diabète sucré franc,
fractures pathologiques) parfois accompagnée de mélanodermie
et rapidement évolutive. Néanmoins, dans notre expérience
67 % des patients présentant un SCPN étaient des femmes
et la symptomatologie clinique était compatible avec une MC dans
47 % des cas. Dans la revue de la littérature rapportée
par Leinung et al. [57], près de 90 % des carcinoïdes
simulaient cliniquement une MC.
Données morphologiques
L'exploration morphologique hypophysaire est difficile du fait de la
petite taille des lésions hypophysaires de la MC qui correspondent
le plus souvent à des micro-adénomes d'un diamètre
moyen de l'ordre de 5 mm (figure
10) [53]. La supériorité de l'IRM avec injection
de gadolinium sur le scanner est établie dans cette indication
[58]. La sensibilité de l'IRM dans la MC est néanmoins diversement
appréciée avec des extrêmes allant de 19 à
92 % [58-62] ! Dans une série de 50 patients explorés dans
les meilleures conditions techniques par l'équipe expérimentée
du NIH américain, seulement 42 % des micro-adénomes étaient
correctement identifiés [61]. Diverses variantes méthodologiques
ont été développées mais elles ne bouleversent
pas les performances de l'IRM. Le gain en sensibilité apporté
par l'amélioration du pouvoir de résolution de l'appareillage
et les sophistications techniques s'effectue d'ailleurs souvent au détriment
de la spécificité comme nous l'avons expérimenté
avec l'IRM dynamique [62]. Il faut en effet insister sur les faux positifs
liés à des artefacts radiologiques ou des lésions
hypophysaires non sécrétantes « de rencontre »
(incidentalomes) observés chez 10 à 30 % des patients indemnes
de pathologie endocrinienne ou présentant un SCPN [60-63] ! La
méthodologie utilisée, l'expérience des radio-logues
mais aussi le type de recrutement interviennent dans les variations publiées
quant aux résultats de l'imagerie hypophysaire dans le syndrome
de Cushing. Le phénomène « d'adressage » des patients,
particulièrement marqué aux États-Unis, rend peut-être
compte de la faible prévalence de vrais positifs de l'IRM (18,5
%) dans la série de Aron et al. -- experte pour l'exploration
par cathétérisme des sinus pétreux inférieurs
(CSPI) -- , prévalence qui n'est pas significativement différente
de celle des faux positifs (12,5 %) rencontrés parmi ceux présentant
une sécrétion ectopique d'ACTH [60] ! Deux préceptes
se dégagent de ces études : la positivité de l'imagerie
hypophysaire ne suffit pas à retenir le diagnostic de maladie de
Cushing, surtout en cas de lésion de taille compatible avec un
incidentalome hypophysaire (< 5 mm) [59] et sa négativité
ne l'exclut pas. Le diagnostic étiologique du syndrome de Cushing
ACTH-dépendant ne peut donc reposer exclusivement sur les données
de l'imagerie hypophysaire.
La difficulté de l'investigation morphologique concerne également
les SCPN. Si les TNE de haut grade de malignité, les cancers médullaires
de la thyroïde, les phéochromocytomes, les carcinomes pancréatiques
et thymiques sont aisément identifiables, il n'en est pas de même
des carcinoïdes bronchiques. Il est indispensable pour déceler
ceux-ci de bénéficier d'une technique scanographique irréprochable
(TDM en coupes fines jointives de 3 mm ou scanner spiralé) et d'un
radiologue expert et averti du type de tumeur que l'on recherche car les
carcinoïdes bronchiques échappent à l'exploration en
coupes épaisses du fait de leur petite taille et d'un signal scanographique
proche de celui des vaisseaux pulmonaires [18, 63, 64]. Toutefois, même
dans les meilleures conditions méthodologiques, plus d'un tiers
des carcinoïdes bronchiques sont occultes initialement et le délai
nécessaire pour les mettre en évidence varie de quelques
mois à parfois plus de 10 ans [50, 64, 65] (figure
11).
Données biologiques non spécifiques
Un hypercorticisme biologique intense (> 800-1 000 µg/j) et
une concentration plasmatique d'ACTH très élevée
(> 200 pg/ml) sont en faveur d'une sécrétion ectopique
d'ACTH mais ces arguments ne sont ni sensibles, ni spécifiques.
L'alcalose hypokaliémique est rare (< 10 %) dans la MC et fréquente
(> 85 %) dans le SCPN [50, 51, 55]. Si elle est un peu moins fréquente
dans les carcinoïdes (40 à 60 % des cas [51, 57]), elle constitue
un argument de poids en faveur de l'origine ectopique du syndrome lorsqu'elle
est constatée.
Recherche de marqueurs tumoraux biologiques
De nombreux marqueurs tumoraux peuvent être significativement
élevés dans les SCPN. Néanmoins, l'inconstance de
leur positivité oblige à un screening extensif et
leur manque de spécificité n'apporte que peu d'aide dans
la localisation de la tumeur [50, 55]. Citons l'élévation
fréquente des concentrations de calcitonine et de gastrine même
en l'absence de carcinome médullaire thyroïdien ou de gastrinome
et la rareté de l'élévation des 5HIA urinaires dans
les carcinoïdes bronchiques.
D'autres approches plus spécifiques tirent parti des différences
entre adénome corticotrope et TNE non hypophysaire précédemment
évoquées.
Explorations biologiques spécifiques
Dans tous les cas, ces investigations sont supposées refléter
l'activité des cellules tumorales et doivent donc être réalisées
en phase d'hypercorticisme. Un hypercorticisme intermittent ou récent,
un traitement par anticortisoliques peuvent laisser persister une sécrétion
des cellules corticotropes hypophysaires saines et entraîner des
réponses erronées en cas de sécrétion ectopique
d'ACTH.
* Autonomie de la sécrétion d'ACTH
Le test de freinage par de fortes doses de Dex est la procédure
la plus anciennement décrite pour différencier la MC des
SCPN et une diminution arbitraire de plus de 50 % du CLU le deuxième
jour du test est classiquement en faveur d'une MC. En utilisant ce critère,
un freinage incomplet est en fait observé dans 10 à 20 %
des MC et un freinage positif est observé dans environ 20 à
30 % des SCPN [18, 50, 51, 55]. La prévalence des faux positifs
est particulièrement importante en cas de tumeur carcinoïde
occulte puisqu'elle atteint 30 à 40 % [51, 55, 57]. La recherche
de critères d'analyse de tests plus pertinents a été
effectuée par l'équipe du NIH qui a vraisemblablement colligé
la plus importante cohorte de patients présentant un syndrome de
Cushing [66]. Dans une étude portant sur 94 cas de MC et 10 cas
de SCPN (dont la nature n'est toutefois pas précisée), il
apparaît que le critère d'analyse offrant une spécificité
de 100 % (c'est-à-dire excluant formellement un SCPN) est une freination
de plus de 90 % du CLU ou 64 % des 17-OHS. Avec ces seuils, la sensibilité
du test (c'est-à-dire le nombre de MC correctement identifiées)
n'est toutefois que de 69 % et augmente à 83 % lorsque les 17-OHS
et le CLU sont pris en considération.
On conçoit qu'il est illusoire d'espérer trouver un seuil
qui permette d'exclure formellement le diagnostic de SCPN du fait d'une
sensibilité authentique de certaines tumeurs ectopiques aux corticoïdes.
Ce seuil devra donc être révisé au fur et à
mesure que l'échantillon de patients étudiés croît
et l'équipe du NIH a ainsi été amenée à
modifier le seuil de freination des 17-OHS de 64 à 69 % (avec
de fait une baisse de la sensibilité de 83 à 79 %) dans
une étude publiée 2 ans plus tard [67].
Il convient également de mentionner que les études que
nous venons de détailler ont été réalisées
dans des centres hautement spécialisés et particulièrement
compétents dans le domaine de l'exploration du syndrome de Cushing.
Aron et al. [60] ont récemment publié une étude
provocatrice visant à évaluer dans le cadre d'une pratique
plus courante et moins optimisée l'impact réel du test de
freinage fort à la Dex pour le diagnostic étiologique du
syndrome de Cushing. Pour ce faire les auteurs ont pris en considération
les résultats des tests réalisés au préalable
par les endocrinologues leur ayant adressé les patients pour la
réalisation d'un cathétérisme des sinus pétreux
inférieurs (CSPI). Cette approche présente des biais évidents
puisque les cas de MC sélectionnés par des spécialistes
après un premier bilan seront rarement typiques. Ainsi, la proportion
de carcinoïdes bronchiques parmi les cas de SCPN de cette série
est très largement majoritaire. Cette étude révèle
comme cela était supputé qu'il n'existe pas de seuil de
freinage qui permette de séparer complètement les patients
présentant une MC de ceux présentant un SCPN. Les performances
globales du test, jugé selon le critère classique de positivité
quand la freination est inférieure à 50 %, sont médiocres
(81 % pour la sensibilité et 67 % pour la spécificité)
et inférieures à la probabilité a priori de
MC chez un patient présentant un syndrome de Cushing ACTH-dépendant
(environ 85 %). En utilisant un modèle statistique de régression
logistique, la prise en compte des résultats du freinage n'améliore
pas significativement l'affinement de la probabilité a priori
de MC déduite de l'analyse de paramètres cliniques ou biologiques
simples tels que l'âge du patient, la durée d'évolution
des symptômes avant le diagnostic de syndrome de Cushing, les valeurs
de CLU, la concentration plasmatique d'ACTH et la présence d'une
hypokaliémie...
Une approche en miroir de la sensibilité de la tumeur aux corticoïdes
circulants est réalisée par le test à la métopirone
qui inhibe la dernière étape de la synthèse de cortisol
et explore donc la réponse de l'axe corticotrope à une levée
du rétrocontrôle par les corticoïdes. Ce test souffre
donc des mêmes imperfections que le freinage fort et ses performances
(sensibilité et spécificité) sont comparables [68].
De nombreux faux positifs sont rencontrés dans les carcinoïdes
[50, 51] et certaines équipes (dont nous sommes) ont abandonné
la pratique de ce test [18, 50].
* Équipement en récepteurs au CRH et V3 caractéristique
du phénotype corticotrope
Il est mis en évidence par différents tests pharmacologiques
de stimulation utilisant le CRH pour le premier, la lysine vasopressine
(LVP) ou la desmopressine pour le second. Typiquement, une élévation
franche d'ACTH et de cortisol lors des tests est observée seulement
dans la MC.
Les critères d'interprétation du test à la CRH
varient considérablement selon les auteurs [34, 69]. Quel que soit
le critère utilisé, des faux négatifs sont rencontrés
dans 8 à 15 % des cas de MC [34, 69-71]. Si la sensibilité
du test à la CRH est donc grossièrement équivalente
à celle du freinage fort à la Dex, sa spécificité
est clairement supérieure. Dans notre expérience, la réponse
du cortisol n'a jamais dépassé 28 % des valeurs basales
alors qu'une réponse au freinage fort par la Dex était observée
dans 6 des 15 cas de SCPN [51]. Les cas de tumeurs ectopiques répondant
à la CRH sont exceptionnels [69, 72] et l'analyse minutieuse des
résultats publiés permet de remettre en cause certaines
observations. Ainsi, si une réponse négative à la
CRH ne permet pas d'éliminer la MC, une réponse franche
permet d'exclure un SCPN avec une forte probabilité. Pour certains
auteurs comme dans notre expérience, les tests à la CRH
et de freinage fort à la Dex apparaissent complémentaires,
une réponse aberrante aux deux tests étant très improbable.
Quoiqu'étant plus dispendieux, le test à la CRH doit remplacer
le classique test à LVP, moins sensible, moins spécifique
et moins bien toléré [34]. L'ajout d'une faible dose de
LVP à l'administration de CRH abolit complètement les faux
négatifs du test mais son influence sur la spécificité
reste à déterminer [70, 71].
Il convient de mentionner que les résultats du test à
la CRH publiés ont quasi exclusivement été obtenus
avec de la CRH synthétique reproduisant la séquence ovine
(oCRH). Celle-ci possède une demie-vie supérieure à
celle de la CRH humaine (hCRH) et, à doses équivalentes,
l'injection de oCRH chez des sujets sains et les patients présentant
une MC induit une stimulation de l'axe corticotrope plus intense et plus
prolongée que la hCRH. Il reste à préciser si les
performances diagnostiques de la CRH dans cette indication sont influencées
par la séquence de la CRH utilisée. La hCRH fait l'objet
d'une autorisation temporaire d'utilisation nominative (ATU) en France.
Le test à la desmopressine, déjà envisagé
au chapitre du diagnostic différentiel, a été proposé
pour le diagnostic étiologique du syndrome de Cushing ACTH-dépendant.
Les publications initiales, faisant état d'une absence de réponse
dans les SCPN contrairement à ce qui est observé dans la
MC, n'ont pas été confirmées et trouvent leur explication
dans la présence de récepteurs V2 et V3 dans les carcinoïdes
bronchiques [54, 73]. L'administration simultanée de CRH et de
desmopressine permettrait une excellente séparation entre les deux
groupes de patients, supérieure à celle des tests à
la CRH et à la desmopressine pris isolément mais ces données
demandent confirmation [70].
* Protéolyse anormale de la POMC
Caractéristique des TNE non hypophysaires, elle peut être
mise en évidence en comparant les résultats du dosage plasmatique
de la POMC et des différents produits de maturation protéolytique
de la POMC tels que l'ACTH, la LPH, la ß-endorphine. Des rapports
POMC/ACTH, LPH/ACTH, ß-endorphine/ACTH élevés témoignent
d'une maturation dysharmonieuse de la POMC et plaident en faveur d'une
sécrétion ectopique d'ACTH [11, 39, 74, 75]. Néanmoins,
ces outils diagnostiques, de diffusion confidentielle, sont également
pris en défaut par les tumeurs carcinoïdes qui peuvent se
comporter comme de véritables adénomes corticotropes ectopiques
[75].
Scintigraphie des récepteurs somatostatinergiques
Son utilisation repose sur l'existence de récepteurs à
la somatostatine dans la majorité des TNE (indépendamment
de leur caractère sécrétant de l'ACTH) et de leur
absence dans les adénomes corticotropes, au moins en phase d'hypercorticisme
[76]. La scintigraphie à l'aide d'un ligand marqué des récepteurs
somatostatinergiques de type 2 (octréotide) a donc été
mise à profit pour visualiser les TNE responsables d'un SCPN. Le
bénéfice réel de cette technique, l'octréoscan
(OS), demeure toutefois à déterminer puisque, dans la quasi-totalité
des observations rapportées à ce jour, la tumeur était
également visible avec l'imagerie conventionnelle [64, 76]. Nous
avons récemment mené une étude comparative de l'OS
et de l'imagerie conventionnelle (TDM, IRM) chez 12 patients présentant
un SCPN et chez lesquels la source de sécrétion d'ACTH était
véritablement occulte lors de leur présentation [77]. L'OS
nous est apparu décevant puisque ses résultats n'ont influencé
la prise en charge thérapeutique chez aucun des patients et que
3 tumeurs carcinoïdes bronchiques, invisibles à l'OS, ont
été mises en évidence après 14 à 72
mois de suivi à l'aide de l'imagerie conventionnelle (TDM, IRM).
La négativité de l'OS ne peut donc être utilisée
pour retenir le diagnostic de maladie de Cushing. À l'inverse,
la possibilité de faux positifs de l'OS oblige à une grande
prudence lorsque l'image scintigraphique contraste avec un aspect peu
évocateur de l'imagerie conventionnelle [77]. Une étude
publiée simultanément par l'équipe du NIH [78] confirme
le peu d'utilité de l'OS lorsque le scanner et/ou l'IRM ne mettent
pas en évidence de tumeur ectopique.
Cathétérisme des sinus pétreux
inférieurs (CSPI)
Cet examen repose sur la mise en évidence d'un gradient de concentration
d'ACTH entre les premières veines de drainage de l'hypophyse (sinus
pétreux inférieurs droit et gauche) et une veine périphérique
dans le syndrome de Cushing d'origine hypophysaire (figure
12). Afin d'éliminer le risque de prélever dans
l'intervalle entre deux épisodes sécrétoires d'un
adénome corticotrope, le CSPI est couplé à l'injection
de CRH. Malgré son caractère invasif, la tolérance
du CSPI est, entre des mains entraînées, bonne puisque la
prévalence des effets indésirables neurologiques est de
moins de 0,2 % [79]. Un gradient centro-périphérique (C:P)
d'ACTH supérieur à 2 avant, et supérieur à
3 après CRH est quasi pathognomonique de MC [80, 81]. Plusieurs
observations récentes viennent remettre en cause les sensibilité
et spécificité par trop parfaites (100 % !) annonçées
par l'équipe du NIH. Si le CSPI demeure actuellement le gold
standard des explorations paracliniques pour le diagnostic de MC,
il peut être à l'origine de quelques diagnostics erronés.
Le cas de figure des tumeurs ectopiques sécrétant de la
CRH et induisant un SCPN par le biais de la stimulation hypophysaire en
imposant pour une MC est exceptionnel [82]. La plupart des faux de cette
investigation sont des faux négatifs en imposant à tort
pour un SCPN et ont une origine méthodologique [83]. Il est en
effet nécessaire que l'existence du syndrome de Cushing soit formellement
établie au préalable car le gradient C:P d'ACTH sera élevé
dans les pseudo-syndromes de Cushing. Il est également impératif
que l'examen soit réalisé en phase d'hypercorticisme. Un
hypercorticisme intermittent ou récent, un traitement préalable
par anticortisoliques peut laisser persister une sécrétion
résiduelle des cellules cor-
ticotropes hypophysaires saines qui répondront à la stimu-lation
par la CRH. Il est enfin capital de vérifier à l'aide d'une
angiographie veineuse le bon positionnement des cathéters et les
variations anatomiques du drainage veineux hypo-
physaire : une dilution du sang pétreux par du sang d'origine extrahypophysaire
peu atténuer ou abolir un gradient C:P [83-85].
Du fait d'une compartementalisation du drainage veineux de chaque hémi-hypophyse
dans le sinus pétreux homola-téral, l'étude du gradient
d'ACTH intersinus a été proposée afin de prédire
la localisation des microadénomes de la MC au sein de l'hypophyse.
Il convient cependant de mentionner que la localisation prédite
par le gradient d'ACTH inter-sinus est en désaccord avec les constatations
opératoires dans au moins 30 % des cas [80, 81, 85]. Ceci tient
vraisemblablement, d'une part, à l'absence de réelle compartementalisation
du drainage veineux hypophysaire comme le suggère la sortie préférentielle
de l'ACTH dans un des sinus pétreux chez le sujet sain, d'autre
part, au drainage latéralisé des adénomes médians
et, enfin, aux variations anatomiques veineuses régionales particulièrement
fréquentes [85].
Synthèse : approche rationnelle du
diagnostic étiologique de l'hypercorticisme ACTH dépendant
(figure 13)
Celui-ci repose sur un faisceau d'arguments. Il n'existe cependant
pas d'algorithme diagnostique faisant l'unanimité (le test à
la métopirone et le freinage fort à la Dex sont par exemple
fondamentaux pour certaines équipes mais abandonnés par
d'autres) [5, 6, 11, 18, 23] et ceux-ci diffèrent essentiellement
par la place qui est réservée au CSPI. Nous nous contenterons
donc d'exposer la démarche issue du fruit de notre expérience.
Bien que nous ayons développé depuis plus de 10 ans le CSPI,
nous pensons que cette investigation hautement spécialisée
mérite d'être réservée aux situations difficiles
ne pouvant être résolues par d'autres approches moins invasives.
Le bilan comportera obligatoirement en première intention une
analyse clinique pertinente, des examens morphologiques tels qu'une IRM
hypophysaire (du fait de l'argument de fréquence de la MC) et une
radiographie pulmonaire lue par un radiologue averti ainsi que certains
examens biologiques tels qu'une kaliémie, un freinage fort à
la Dex et un test au CRH car, dans notre expérience, le diagnostic
étiologique est toujours correct lorsque les résultats de
ces trois investigations sont concordants.
Au terme de ce premier bilan deux situations sont possibles :
le diagnostic est acquis lorsque arguments biologiques
et morphologiques convergent vers un même diagnostic. Un traitement
adapté est alors envisageable.
le diagnostic reste en suspens car la tumeur hypophysaire
ou non hypophysaire n'est pas visualisée ; une lésion hypophysaire
de petite taille (< 5 mm) est vue mais n'emporte pas la conviction
et/ou s'accompagne d'arguments biologiques discordants.
Dans ce cas, le CSPI est l'examen de référence. S'il suggère
l'existence d'une MC, il nous paraît légitime de proposer
une exploration chirurgicale hypophysaire même en l'absence d'adénome
visible à l'IRM. D'autres préfèrent réaliser
un traitement médical de l'hypercorticisme par anticortisoliques
et surveiller morphologiquement l'hypophyse à intervalles réguliers.
Si les résultats du CSPI suggèrent un SCPN, une lecture
critique des angiogrammes veineux réalisés durant le cathé-térisme
s'impose et la recherche d'une TNE ectopique repose dans un premier temps
sur la TDM thoracique en coupes fines lue par un radiologue spécialisé
et, lorsqu'elle est négative, une imagerie IRM corps entier et
un octréoscan doivent être envisagés. En l'absence
de tumeur identifiable, il convient de traiter médicalement l'hypercorticisme
et de réaliser régulièrement (6 mois à 1 an)
des bilans morphologiques hypophysaires et thoraciques à la recherche
de la tumeur afin d'en permettre l'exérèse la plus précoce
possible. Mentionnons enfin la possibilité de survenue d'une hyperplasie
thymique rebond pouvant mimer radiologiquement une tumeur après
guérison de l'hypercorticisme [86].
Ainsi, en 1999 et malgré la sophistication des outils biologiques
et morphologiques à notre disposition, le diagnostic du syndrome
de Cushing demeure parfois délicat et l'importance diagnostique
de l'épreuve du temps demeure entière.
ENCADRÉ
Caractéristiques radiologiques des
adénomes et carcinomes surrénaliens
responsables d'un syndrome de Cushing
Aspects radiographiques en faveur de la bénignité :
Petite taille (< 3 cm)
Homogénéité de la lésion
* TDM :
Faible densité spontanée (avant injection
de produit de contraste) +++
Contours nets et réguliers, absence d'anneau péri- phérique
Réhaussement faible et homogène après
produit de contraste
* IRM :
Hyposignal en T2
Réhaussement faible et éphémère
après gadolinium
Fort contenu lipidique en déplacement chimique +++
Aspects radiographiques en faveur de la malignité :
Grande taille (> 6 cm)
Hétérogénéité de la lésion
* TDM :
Densité spontanée (après injection
de produit de contraste) > 15 UH
Contours irréguliers, flous ou envahissement loco- régional,
anneau périphérique épais et irrégulier
Réhaussement inhomogène après produit
de contraste
* IRM :
Hypersignal en T2 +++
Réhaussement intense et prolongé après
gadolinium
Faible contenu lipidique en déplacement chimique
+++
REFERENCES
1. Danese R., Aron D.C. 1994. Principles of clinical epidemiology and
their application to the diagnosis of Cushing's syndrome : Rev Bayes meets
Dr Cushing. The Endocrinologist 4 : 339-346.
2. Leibowitz G., et al. 1996. Pre-clinical Cushing's syndrome
: an unexpected frequent cause of poor glycemic control in obese diabetic
patients. Clin Endocrinol 44 : 717-722.
3. Navarranne A., Tabarin A., Lafage A., Roger P. 1991. Ostéoporose
isolée dans un cas de maladie de Cushing : évolution après
traitement. Ann Endocrinol 52 : 113-118.
4. Tabarin A., Laurent F., Grenier N. 1997. Démarche diagnostique
devant une tumeur surrénalienne de découverte fortuite.
medecine thérapeutique 3 : 481-494.
5. Magiakou M.A., Chrousos G.P. 1994. Diagnosis and treatment of Cushing's
disease. In : Imura H. ed. The pituitary gland. New York : Raven
Press, 491-508.
6. Perry L.A., Grossman A.B. 1997. The role of the laboratory in the
diagnosis of Cushing's syndrome. Ann Clin Biochem 34 : 345-359.
7. Newell-Price J., et al. 1995. A single sleeping midnight cortisol
has 100% sensitivity for the diagnosis of Cushing's syndrome. Clin
Endocrinol 43 : 545-550.
8. Papanicolaou D.A., Yanovski J.A., Cutler G.B., Chrousos G.P., Nieman
L.K. 1998. A single midnight serum cortisol measurement distinguishes
Cushing's syndrome from pseudo-Cushing states. J Clin Endocrinol Metab
83 : 1163-1167.
9. Raff H., et al. 1998. Late-night salivary cortisol as screening
test for Cushing's syndrome. J Clin Endocrinol Metab 83 : 268-286.
10. Barrou Z., Thomopoulos P., Luton J.P. 1997. Le dosage du cortisol
salivaire. Une méthode intéressante d'exploration de la
corticosurrénale. Presse Med 26 : 329-331.
11. Bertagna X., Raux-Demay M.C., Guilhaume B., Girard F., Luton J.P.
1995.
Cushing's disease. In : Melmed S. ed. The pituitary. Cambridge
: Blackwell Science, 478-545.
12. Gomez M.T., et al. 1991. Urinary free cortisol values in
normal children and adolescents. J Pediatrics 118 : 256-258.
13. Guilhaume B., Billaud L., Paoli V., Luton J.P. 1990. Pathologie
surrénalienne et grossesse. Rev Fr Endocrinol Clin 31: 354-360.
14. Mezricq M.V., Cutler G.B. 1998. High fluid intake increases urine
free cortisol excretion in normal subjects. J Clin Endocrinol Metab
83 : 682-684.
15. Lin C.L., Wu T.J., Machacek D.A., Jiang N.S., Kao P.C. 1997. Urinary
free cortisol and cortisone determined by high performance liquid chromatography
in the diagnosis of Cushing's syndrome. J Clin Endocrinol Metab
82 : 151-155.
16. Laudat M.H., Billaud L., Thomopoulos P., Vera O., Yllia A., Luton
J.P. 1998. Evening urinary free corticoids: a screening test in Cushing's
syndrome and incidentally discovered adrenal tumours. Acta Endocrinol
119 : 459-464.
17. Corcuff J.B., Tabarin A., Rashedi M., Ducassou D., Roger P. 1998.
Overnight urinary free cortisol determination: a screening test for the
diagnosis of Cushing's syndrome. Clin Endocrinol 48 : 503-508.
18. Findling J.W., Doppman J.L. 1993. Biochemical and radiological diagnosis
of Cushing's syndrome. Endocr Metab North
Am 23 : 511-537.
19. Yanovski J.A. 1995. The dexamethasone-suppressed corticotropin-releasing
hormone test in the differential diagnosis of hypercorticism. The Endocrinologist
5 : 169-175.
20. Wood P.J., et al. 1997. Evidence for the low dose dexamethasone
suppression test to screen for Cushing's syndrome-recommendations for
a protocol for biochemistry laboratories. Ann Clin Biochem 34 :
222-229.
21. Huizenga N.A., et al. 1998. Interperson variability but intraperson
stability of baseline plasma cortisol concentrations, and its relation
to feedback sensitivity of the hypothalamo-pituitary-adrenal axis to a
low dose of dexamethasone in elderly individuals.
J Clin Endocrinol Metab 83 : 47-54.
22. Abou-Samra A.B., et al. 1985. ß-lipotropin and cortisol
responses to an intravenous infusion dexamethasone suppression test in
Cushing's syndrome and obesity. J Clin Endocrinol Metab 61 : 116-119.
23. Orth D.N. 1995. Cushing's syndrome. N Engl J Med 132 : 791-803.
24. Yanovski J.A., Cutler G.B., Chrousos G.P., Nieman L.K. 1993. Corticotropin-releasing
hormone stimulation following low-dose dexamethasone administration. A
new test to distinguish Cushing's syndrome from pseudo-Cushing's state.
JAMA 269 : 2232-2238.
25. Crapo L. 1979. Cushing's syndrome. A review of diagnostic tests.
Metabolism 28 : 955-977.
26. Fok A.C.K. et al. 1991. Overnight dexamethasone suppression
testing reliably distinguishes non-Cushingoid obesity from Cushing's syndrome.
Steroids 56 : 549-551.
27.Shapiro M.S., Shenkman L. 1991. Variable hormonogenesis in Cushing's
syndrome. Q J Med 79 : 351-363.
28. Pasquali R., et al. 1993. The hypothalamic-pituitary-adrenal
axis in obese women with different patterns of body fat distribution.
J Clin Endocrinol Metab 77 : 341-349.
29. Miller K.K., et al. 1998. Pseudo-Cushing's syndrome in human
immunodeficiency virus-infected patients. Clin Inf Dis 27 : 68-72.
30. Cizza G., et al. 1996. Facticious Cushing's syndrome. J
Clin Endocrinol Metab 81: 3573-3577.
31. Tsigos C.T., Chrousos G.P. 1994. Physiology of the hypothalamo-pituitary-adrenal
axis in health and dysregulation in psychiatric and autoimmune disorders.
Endocr Metab North Am 23 : 451-466.
32.Veldamn R.G., Meinders A.E. 1996. On the mechanism of alcohol-induced
pseudo-Cushing's syndrome. Endocr Rev 17 : 262-268.
33. Deuschle M. et al. 1997. Diurnal activity and pulsatility
of the hypothalamo-pituitary-adrenal system in male depressed patients
and healthy controls. J Clin Endocrinol Metab 82 : 234-238.
34. Tabarin A., et al. 1990. The corticotropin-releasing hormone
test in the differential diagnosis of Cushing's syndrome: a comparison
with the lysine-vasopressin test. Acta Endocrinol 123 : 331-338.
35. Malerbi D.A., et al. 1996. Cortisol and adrenocorticotropin
response to desmopressin in women with Cushing's disease compared with
depressive illness. J Clin Endocrinol Metab 81 : 2233-2237.
36. Dahia P.L.M., et al. 1996. Vasopressin receptor expression
and mutation analysis in corticotropin-secreting tumors. J Clin Endocrinol
Metab 81 : 1768-1771.
37. Tabarin A., et al. 1992. Aspects biologiques et évolutifs
de l'hyperplasie surrénalienne macronodulaire au cours de la maladie
de Cushing. Ann Endocrinol 53 : 59-66.
38. Abs R., et al. 1993. Hyperfunctionning unilateral macronodule
in three patients with Cushing's disease: hormonal and imaging characterisation.
Acta Endocrinol 129 : 284-290.
39. Tabarin A., Corcuff J.B., Rashedi M., Navarranne A., Ducassou D.,
Roger P. 1992. Comparative value of plasma ACTH and ß-endorphin
measurement with three different commercial kits for the etiological diagnosis
of ACTH-dependent Cushing's syndrome. Acta Endocrinol 126 : 308-314.
40. Weiss L.M. 1984. Comparable histologic study of 43 metastasing and
non metastasing adrenocortical tumors. Am J Surg Pathol 8 : 163-169.
41. Sakai Y., et al. 1994. Mechanism of abnormal production of
androgens in patients with adrenocortical adenomas and carcinomas. J
Clin Endocrinol Metab 78 : 36-40.
42. Luton J.P., et al. 1990. Clinical features of adrenocortical
carcinoma, prognostic factors and the effect of mitotane therapy. N
Engl J Med 322 : 1195-1201.
43. Aupetit-Faisant B., et al. 1995. Plasma levels of aldosterone
versus aldosterone precursors: a way to estimate the malignancy
of asymptomatic and non secretory adrenal tumors: a French retrospective
multicentric study. J Clin Endocrinol Metab 80 : 2715-2721.
44. Reincke M. 1997. Expression of adrenocorticotrophic hormone receptor
mRNA in human adrenocortical neoplasms: correlation with P450scc expression.
Clin Endocrinol 46 : 619-626.
45. Gicquel C., et al. 1997. Structural and functionnal abnormalities
at 11p15 are associated with the malignant phenotype in sporadic adrenocortical
tumors: study on a series of 82 tumors. J Clin Endocrinol Metab 82
: 2559-2565.
46. Lino K. et al. 1997. Adrenal adenoma with bilateral adrenocortical
nodular change in a patient with Cushing's syndrome. Clin Endocrinol
47 : 371-375.
47. Lacroix A., Mircescu H., Hamet P. 1999. Clinical evaluation of the
presence of abnormal hormone receptors in adrenal Cushing's syndrome.
The Endocrinologist 9 : 9-15.
48.Chabre O., et al. 1998. Cushing's syndrome due to a gastric
inhibitory polypeptide-dependant adrenal adenoma: insights into hormonal
control of adrenocortical tumorigenesis. J Clin Endocrinol Metab 83
: 3134-3143.
49. Samuels M.H., Loriaux D.L. 1994. Cushing's syndrome and the nodular
adrenal gland. Endocr Metab North Am 23 : 555-569.
50. Howlett T.A., Drury P.L., Perry L., Doniach I., Lesley H.R., Besser
G.M. 1986. Diagnosis and management of ACTH-dependent Cushing's syndrome:
comparison of the features in ectopic and pituitary ACTH production. Clin
Endocrinol 24 : 699-713.
51.Tabarin A., et al. 1995. Le syndrome de Cushing paranéoplasique:
approche diagnostique et thérapeutique. Rev Fr Endocrinol Clin
36 : 417-431.
52. Tabarin A., et al. 1996. Diagnosis and management of ectopic
ACTH syndrome : a report of 15 cases. Abstract book of the 10th international
congress of endocrinology : 3-585.
53. Mampalam T.J., Tyrrell J.B., Wilson C.B. 1988. Transsphenoidal microsurgery
for Cushing's disease. A report of 216 cases. Ann Intern Med 109
: 487-493.
54. DeKeyzer Y., Clauser E., Bertagna X. 1996. The pituitary V3 vasopressin
receptor and the ectopic corticotropin syndrome. Curr Op Endocrinol
Diab 3 : 125-131.
55. Wajchenberg B.L., et al. 1994. Ectopic adrenocorticotropin
hormone syndrome. Endocr Rev 15 : 752-787.
56. Saint-André J.P. 1997. Anatomopathologie des tumeurs neuroendocrines.
Classification-différenciation. In : Rougier P. éd.
Tumeurs neuro-endocrines malignes. Paris : Arnette, 11-26.
57. Leinung M.C., et al. 1990. Diagnosis of corticotropin-producing
bronchial carcinoïd tumors causing Cushing's syndrome. Mayo Clin
Proc 65 : 1314-1321.
58. Escourolle H., et al. 1993. Comparison of computerized tomography
and magnetic resonance imaging for the examination of the pituitary gland
in patients with Cushing's disease. Clin Endocrinol 39 : 307-313.
59. Lacroix A. 1997. La maladie de Cushing, un défi de taille.
Presse Med 26 : 4-6.
60. Aron D.C., Raff H., Findling J.W. 1997. Effectiveness versus
efficacy: the limited value in clinical practice of high dose dexamethasone
suppression testing in the differential diagnosis of adrenocorticotropin-dependent
Cushing's syndrome. J Clin Endocrinol Metab 82 : 1780-1785.
61. Hall W.A., Luciano M.G., Doppman J.L., Patronas N.J., Oldfield E.H.
1994. Pituitary magnetic resonance imaging in normal human volunteers
: occult adenomas in the general population. Ann Intern Med 120
: 817-820.
62.Tabarin A., et al. 1998. Comparative evaluation of conventional
and dynamic magnetic resonance imaging of the pituitary gland for the
diagnosis of Cushing's disease. Clin Endocrinol : 49 : 293-300.
63. Doppman J.L., et al. 1989. Ectopic adrenocorticotropin hormone
syndrome: localization studies in 28 patients. Radiology 172 :
115-124.
64.Doppman J.L. 1994. Somatostatin receptor scintigraphy and the ectopic
ACTH syndrome-the solution or just another test ? Am J Med 96 :
303-304.
65. Findling J.W., Tyrell J.B. 1986. Occult ectopic secretion of corticotropin.
Arch Intern Med 146 : 929-933.
66. Flack M.R., Oldfield E.H., Cutler G.B. 1992. Urine free cortisol
in the high dose dexamethasone-suppression test for the differential diagnosis
of Cushing's syndrome. Ann Intern Med 116 : 211-217.
67. Dichek H.L., Nieman L.K., Olfield E.H., Pass H.I., Malley J.D.,
Cutler G.B. 1994. A comparison of the standard high-dose dexamethasone
suppression test and the overnight 8 mg dexamethasone-suppression test
for the differential diagnosis of adrenocorticotropin-dependent Cushing's
syndrome. J Clin Endocrinol Metab 78 : 418-422.
68. Avgerinos P.C., Yanovski J.A., Olfield E.H., Nieman L.K., Cutler
G.B. 1994. The metyrapone and the dexamethasone suppression tests for
the differential diagnosis of adrenocorticotropin-dependent Cushing's
syndrome: a comparison. Ann Intern Med 121 : 318-327.
69. Nieman L.K., Olfield E.H., Wesley R., Chrousos G.P., Loriaux D.L.,
Cutler G.B. 1993. A simplified morning ovine corticotropin releasing hormone
stimulation test for the differential diagnosis of adrenocorticotropin-dependent
Cushing's syndrome. J Clin Endocrinol Metab 77 : 1308-1312.
70. Newell-price J., et al. 1997. A combined test using desmopressin
and corticotropin-releasing hormone in the differential diagnosis of Cushing's
syndrome. J Clin Endocrinol Metab 82 : 176-181.
71. Dickstein G., et al. 1996. Plasma corticotropin and cortisol
responses to ovine CRH, AVP, CRH plus AVP, and CRH plus metyrapone in
patients with Cushing's disease. J Clin Endocrinol Metab 81 : 2934-2941.
72. Malchoff C.D., Orth D.N., Abboud C., Carney J.A., Pairolero P.C.,
Carey R.M. 1988. Ectopic ACTH syndrome by a bronchial carcinoid tumor
responsive to dexamethasone, metyrapone, and corticotropin-releasing hormone.
Am J Med 84 : 760-764.
73. Arlt W., et al. 1997. Ectopic ACTH production by a bronchial
carcinoid tumour responsive to desmopressin in vivo and in vitro.
Clin Endocrinol 47 : 623-627.
74. Kuhn J.M., Prschel M.F., Seurin D.J., Bertagna X.Y., Luton
J.P., Girard F.L. 1989. Comparative assessment of ACTH and lipotropin
plasma levels in the diagnosis of patients with Cushing's syndrome: a
study of 210 cases. Am J Med 86 : 678-684.
75. Raffin-Samson M.L., et al. 1996. High plasma proopiomelanocortin
in aggressive adrenocorticotropin-secreting tumors. J Clin Endocrinol
Metab 81: 4272-4277.
76. De Herder W.W., et al. 1994. Somatostatin receptor scintigraphy:
its value in tumor localisation in patients with Cushing's syndrome caused
by ectopic corticotropin hormone secretion. Am J Med 96 : 305-312.
77. Tabarin A., Valli N., Chanson P., et al. 1999. Usefulness
of somatostatin receptor scintigraphy in patients with occult ectopic
ACTH syndrome. J Clin Endocrinol Metab
84 : 1193-1202.
78. Torry D.J., et al. 1999. Lack of utility of
In-pentetreotide scintigraphy in localizing ectopic ACTH producing tumors
: follow-up of 18 patients. J Clin Endocrinol Metab 84 : 1186-1192.
79. Miller D.L., Doppman J.L., Peterman S.B., Nieman L.K., Oldfield
E.H., Chang R. 1992. Neurologic complications of petrosal sinus sampling.
Radiology 185 : 143-147.
80. Tabarin A., et al. 1991. Usefulness of the corticotropin-releasing
hormone test during bilateral inferior petrosal sinus sampling for the
diagnosis of Cushing's disease. J Clin Endocrinol Metab 73 : 53-59.
81. Oldfield E.H., et al. 1991. Petrosal sinus sampling with
and without corticotropin-releasing hormone for the differential diagnosis
of Cushing's syndrome. N Engl J Med 325 : 897-905.
82. Young J., Deneux C., Grino M., Oliver C., Chanson P., Schaison G.
1998. Pitfall of petrosal sinus sampling in a Cushing's syndrome secondary
to ectopic adrenocorticotropin-corticotropin releasing hormone (ACTH-CRH)
secretion. J Clin Endocrinol Metab 83 : 305-308.
83. Yanovski J.A., Cutler G.B. 1994. Pitfalls in the use of inferior
petrosal sinus sampling for the differential diagnosis of ACTH-dependant
Cushing's syndrome. The Endocrinologist 4 : 245-251.
84. Doppman J.L., Oldfield E.H., Nieman L.K. 1998. Bilateral sampling
of the internal jugular vein to distinguish between mechanisms of adrenocorticotropin
hormone-dependent Cushing's syndrome. Ann Intern Med 128 : 33-36.
85. Mamelak A.N., Dowd C.F., Tyrell J.B., Mc Donald J.F., Wilson C.B.
1996. Venous angiography is needed to interpret inferior petrosal sinus
and cavernous sinus sampling data for lateralizing adrenocorticotropin-secreting
adenomas. J Clin Endocrinol Metab 81 : 475-481.
86. Tabarin A., et al. 1995. Pseudo-tumors of the thymus after
correction of hypercortisolism in patients with ectopic ACTH-syndrome:
a report of 5 cases. Clin Endocrinol 42 : 207-214.
|