ARTICLE
pnv.2011.0257
Auteur(s) : LUC LANTHIER1
Luc.Lanthier@USherbrooke.ca,
MATTHIEU TOUCHETTE1, PHILIPPE
BOURGET1, CATHERINE ST-GEORGES1, CAROLINE WALKER1, DANIEL M TESSIER2
1 Université de Sherbrooke,
Faculté de médecine et des sciences de la santé, Département de
médecine,
(Québec), Canada
2 Centre de santé et des services sociaux-Institut
universitaire de gériatrie de Sherbrooke (CSSS-IUGS), Centre de
recherche sur le vieillissement, Sherbrooke, Canada
Tirés à part : L. LANTHIER
La présence d’hypotension orthostatique est un facteur de risque
significatif de mortalité identifié depuis plus d’une décennie [1].
L’hypotension orthostatique est fréquente chez la personne âgée,
soit environ 30 % de la population gériatrique ambulatoire
[2]. Elle peut être isolée ou associée à un groupe de maladies
hétérogènes altérant le système de régulation autonomique de la
tension artérielle, incluant le diabète [3]. L’hypotension
orthostatique se manifeste par une symptomatologie subjective et
non spécifique, telle que la sensation de tête légère ou de la
faiblesse [3, 4]. Un profil tensionnel anormal y est
fréquemment associé, incluant la coexistence d’hypertension de
décubitus isolée et d’hypotension orthostatique [4]. L’hypotension
orthostatique systolique et diastolique, l’hypotension
postprandiale et l’inversion du patron circadien [4, 5] sont
des facteurs pouvant expliquer la hausse de la mortalité observée.
L’inversion du patron circadien est caractérisée par une absence de
la baisse nocturne normale de la pression artérielle, aussi appelée
non-dipping.
La présence de non-dipping, définie pour la première fois
en 1988 [6], est également associée au vieillissement [7], au
diabète [7, 8] et à sa durée d’évolution [9], à l’utilisation
de glucocorticoïdes [10], à la présence de maladies rénales [10], à
une mauvaise qualité de sommeil [10], à l’apnée du sommeil
obstructive [11], à un haut niveau d’activité durant le jour [10]
et à la race noire [12], et ce indépendamment de la pression
artérielle moyenne diurne. Ce profil est associé à une atteinte
plus grande des organes cibles, démontrée par une augmentation de
la mortalité cardiovasculaire, des événements cardiovasculaires
[7, 13, 14], des accidents cérébrovasculaires [15] ainsi
qu’au développement et à la progression de la néphropathie [16-18].
Le lien de causalité demeure toutefois incertain [19].
Depuis maintenant trois décennies, le monitorage ambulatoire de
la pression artérielle (MAPA) est un outil intéressant dans
l’évaluation de problèmes tensionnels, entre autre l’hypotension
orthostatique [20]. Le septième rapport du Joint National
Committee on Prevention, Detection, Evaluation, and Treatment of
High Blood Pressure recommande de procéder au MAPA chez les
patients atteints d’hypotension orthostatique [21].
Paradoxalement, il y a peu de données dans la littérature à
propos des anomalies retrouvées au MAPA en association avec
l’hypotension orthostatique. Dans une série rétrospective de
100 patients consécutifs avec hypotension orthostatique,
l’absence de baisse nocturne de la tension artérielle et
l’hypotension postprandiale étaient présents chez 93 % et
100 % de cette population respectivement [3]. Une autre étude
chez des personnes âgées hypertendues a démontré un lien étroit
entre les changements tensionnels posturaux et les profils
tensionnels nocturnes, soit une association entre hypotension
orthostatique et le profil non-dipping et entre
l’hypertension orthostatique et le profil d’extreme-dipping,
défini comme une baisse tensionnelle nocturne supérieure à
30 % [22]. Toutefois, les patients diabétiques n’étaient peu
ou pas représentés dans ces études. L’hypertension artérielle est
fréquente dans la population âgée diabétique. Il est connu que le
profil non-dipping est présent chez 30 à 73 % de cette
population, les taux les plus élevés ayant été obtenus chez des
populations diabétiques dont la dysglycémie évolue en moyenne
depuis plus d’une décennie [23-26]. Ce profil a également été
associé à une hausse des glycémies postprandiales et de la
protéinurie, ainsi qu’à une baisse du ratio de la fréquence
cardiaque jour/nuit [23].
Aucune étude ne s’est intéressée à l’impact de l’hypotension
orthostatique sur les profils tensionnels au MAPA d’une population
âgée diabétique. Par cette étude, nous avons donc voulu comparer le
profil tensionnel au MAPA de patients âgés diabétiques selon qu’il
y a présence d’hypotension orthostatique ou non.
Méthodologie
Le protocole a été approuvé par le Comité d’éthique du Centre de
recherche sur le vieillissement de l’Institut universitaire de
gériatrie de l’Université de Sherbrooke (CSSS-IUGS). Les sujets
étudiés ont été identifiés à partir d’une liste de patients de la
Régie de l’Assurance maladie du Québec. Les sujets potentiels ont
été invités à participer s’ils avaient plus de 65 ans et
avaient reçu un remboursement pour un antihyperglycémiant oral
(sécrétagogues de l’insuline, metformine, thiazolidinediones) ou de
l’insuline pour au moins trois mois. Les patients traités avec
l’équivalent de ≥ 10 mg/j de prednisone ou hémodialysés, ainsi que
les patients avec néoplasie ou une hypertension rénovasculaire
étaient exclus. Après consentement, les investigateurs ont procédé
à une histoire médicale et un examen physique complet, puis on a
mesuré la tension artérielle en position assise, couchée et debout
ainsi que la fréquence cardiaque selon la technique recommandée. Un
sphygmomanomètre avec une colonne de mercure a été utilisé chez
tous les sujets. Chaque patient a eu un monitorage de la pression
artérielle pour une période de 24 heures à l’aide d’un
moniteur de type oscillométrique Spacelab 90207® avec
prise de tension aux 30 minutes. Les sujets dont 70 % ou
moins des lectures tensionnelles étaient jugées fiables furent
exclus de l’analyse. Les données ont été catégorisées
prospectivement entre le jour (6-22 h) et la nuit (22-6 h). Une
seconde valeur de la tension artérielle couchée, assise et debout
était obtenue le lendemain matin après le retrait du MAPA.
Les patients ont été divisés en deux groupes. Le
groupe 1 incluait les patients avec de l’hypotension
orthostatique et le groupe 2 correspondait aux patients sans
hypotension orthostatique. L’hypotension orthostatique était
définie comme une baisse de la pression artérielle systolique
supérieure ou égale à 20 mmHg ou une baisse de la pression
artérielle diastolique supérieure ou égale à 10 mmHg en passant de
la position couchée à debout [27]. Les patients étaient inclus dans
le groupe avec hypotension orthostatique lorsqu’ils correspondaient
à ces critères à au moins une des deux visites.
Les moyennes diurne, nocturne et des 24 heures ont été
étudiées pour les variables suivantes : tension systolique,
tension diastolique et fréquence cardiaque. Le pourcentage de la
diminution nocturne de la tension artérielle systolique a été
calculé pour chaque patient. Les données ont été regroupées selon
le degré de réduction de la tension artérielle systolique
nocturne : dippers si ≥ 10 % et nondippers
avec < 10 % de réduction. Le ratio de la fréquence
cardiaque jour/nuit a également été analysé.
Les variables catégoriques ont été analysées avec le test
Chi2 de Pearson. Le test exact de Fisher était
utilisé pour les variables avec moins de cinq patients. Les
résultats étaient notés en pourcentage. Les variables continues
étaient comparées avec le test t de Student et les résultats
présentés sous forme de moyenne ± écart type. Des analyses
univariées et multivariées ont été faites pour vérifier l’impact
des autres variables (caractéristiques, comorbidités, médication,
données de laboratoires) sur l’absence de diminution tensionnelle
nocturne (non-dipping). Les analyses statistiques ont été
faites avec le logiciel SPSS version 15.
Résultats
Des 198 répondants, cinq ont été exclus car 70 % ou
moins de leurs lectures tensionnelles au MAPA étaient fiables. Les
193 patients restants ont été inclus et divisés en deux
groupes (figure 1).
Le groupe 1 incluait 131 patients qui présentaient de
l’hypotension orthostatique telle que définie dans la méthode. Le
groupe 2 comptait 62 patients qui ne présentaient pas
d’hypotension orthostatique.
Les patients des deux groupes avaient des caractéristiques de
bases semblables (tableau
1). Il s’agissait de patients en moyenne de
75 ans, hypertendus, avec un surplus de poids, et un diabète
évoluant depuis plusieurs années. La présence de maladie cardiaque
athérosclérotique (MCAS) et de maladie vasculaire athérosclérotique
(MVAS) était semblable dans les deux groupes. La fréquence de
neuropathie, de néphropathie et de rétinopathie ne différait pas
d’un groupe à l’autre. Il n’y avait pas de différence significative
entre les deux groupes quant à la mesure de l’hémoglobine
glycosylée et de la créatinine. Le type d’antihyperglycémiants
oraux et la prise d’insuline étaient eux aussi semblables entre les
deux groupes (tableau 1).
Une majorité prenait du metformine ou du glyburide et près du quart
était sous insuline. Le type d’antihypertenseur ne différait pas
non plus entre les deux groupes et plus de la moitié des patients
requéraient plus de deux antihypertenseurs.
Tableau 1 Caractéristiques de la population à l’étude.
Characteristics of the study population.
|
| Patients avec HTOn = 131 |
Patients sans HTOn = 62 |
p |
| Caractéristiques de base |
| Âge (années) |
75,4 ± 4,9 |
75,0 ± 5,2 |
0,67 |
| Hommes |
59 (45,0 %) |
36 (58,0 %) |
0,09 |
| IMC (kg/m2) |
29,8 ± 5,3 |
29,5 ± 4,6 |
0,65 |
| Tour de taille (cm) |
103,6 ± 13,4 |
103,5 ± 12,0 |
0,99 |
| HTA |
109 (83,2 %) |
51 (82,3 %) |
0,87 |
| Années depuis HTA |
11,51 ± 11,2 |
10,8 ± 11,7 |
0,72 |
| Années depuis diabète |
11,1 ± 9,2 |
12,4 ± 8,4 |
0,32 |
| MCAS |
48 (36,6 %) |
17 (27,4 %) |
0,21 |
| PAC |
17 (13,0 %) |
7 (11,3 %) |
0,74 |
| MVAS |
13 (9,9 %) |
5 (8,1 %) |
0,68 |
| Claudication |
12 (9,2 %) |
4 (6,5 %) |
0,52 |
| Revascularisation |
1 (0,1 %) |
1 (1,6 %) |
0,54 |
| Rétinopathie |
16 (12,2 % |
6 (9,7 %) |
0,61 |
| Néphropathie |
5 (3,8 %) |
5 (8,10 %) |
0,30 |
| Neuropathie |
56 (45,9 %)(n = 122) |
31 (55,4 %)(n = 56) |
0,24 |
| ROT diminué/absent |
26 (20,8 %)(n = 125) |
16 (27,5 %)(n = 58) |
0,31 |
| Absence monofilament |
34 (27,6 %)(n = 123) |
20 (36,4 %)(n = 55) |
0,24 |
| Médication |
| Antihypertenseur |
113 (86,3 %) |
54 (87,1 %) |
0,97 |
| IECA |
73 (55,7 %) |
35 (56,5 %) |
0,92 |
| ARA |
25 (19,1 %) |
14 (22,6 %) |
0,57 |
| BCC |
46 (35,1 %) |
26 (41,9 %) |
0,36 |
| Bêtabloqueurs |
32 (24,4 %) |
17 (27,4 %) |
0,65 |
| Diurétiques |
42 (32,1 %) |
21 (33,9 %) |
0,80 |
| Plus de 2 antihypertenseurs |
26 (19,8 %) |
23 (37,1 %) |
0,01 |
| Hypoglycémiants oraux |
| Acarbose |
1 (0,8 %) |
1 (1,6 %) |
0,54 |
| Metformine |
84 (64,1 %) |
37 (59,7 %) |
0,55 |
| Glyburide |
79 (60,3 %) |
35 (56,5 %) |
0,61 |
| Glycazide |
5 (3,8 %) |
3 (4,8 %) |
0,71 |
| Rosiglitazone |
8 (6,1 %) |
4 (6,5 %) |
1,00 |
| Pioglitazone |
5 (3,8 %) |
1 (1,6 %) |
0,67 |
| Insuline |
25 (19,1 %) |
16 (25,8 %) |
0,29 |
| ASA |
67 (51,1 %) |
34 (54,8 %) |
0,63 |
| Statine |
60 (45,8 %) |
29 (46,8 %) |
0,90 |
| Fibrate |
9 (6,9 %) |
5 (8,1 %) |
0,77 |
| Laboratoire |
| HbA1c (%) |
7,6 ± 1,0 (n = 130) |
7,4 ± 0,9 (n = 60) |
1,00 |
| Créatinine (μmol/L) |
87,4 ± 25,1 |
95,3 ± 34,3 |
0,07 |
Les données sont présentées sous forme de moyennes ± écart types
ou n (%). ARA : antagonistes des récepteurs de
l’angiotensine ; ASA : acide acéthylsalicylique ;
HbA1c : hémoglobine glycosylée ; HTA : hypertension
artérielle ; HTO : hypotension orthostatique ;
IECA : inhibiteur de l’enzyme de conversion de
l’angiotensine ; IMC : indice de masse corporelle ;
MCAS : maladie cardiaque athérosclérotique ; MVAS :
maladie vasculaire athérosclérotique ; ROT : réflexe
ostéotendineux.
Les données tensionnelles en clinique étaient comparables entre
les groupes. Les moyennes diurne, nocturne et de 24 heures
pour les tensions systoliques et diastoliques recueillies au MAPA
étaient également semblables entre les groupes (tableau 2). Une majorité de patients dans
les deux groupes (75,6 dans le groupe 1 versus
74,0 % dans le groupe 2) (p = 0,84) présentait une
absence de baisse nocturne de la tension artérielle, soit le profil
non-dipping. Il n’y avait pas de différence entre les
groupes quant au degré de réduction de la tension artérielle
nocturne. Le contrôle tensionnel au bureau
(TA < 130/80 mmHg) était atteint chez 76,3 % des
patients du groupe 1 et chez 75,8 % des patients du
groupe 2 (p = 0,94), alors que le contrôle tensionnel de
24 heures au MAPA (TA < 130/80 mmHg) était retrouvé chez
38,9 % et 38,7 % (p = 0,98) des patients avec et
sans hypotension orthostatique respectivement (tableau 2). Le ratio de la fréquence
cardiaque moyenne entre le jour et la nuit était, lui aussi,
superposable entre les groupes.
Tableau 2 Données sur les mesures de pression artérielle.
Blood pressure measurement data.
|
| Patients avec HTOn = 131 |
Patients sans HTOn = 62 |
p |
| TA systolique en mmHg |
| Bureau (assis) |
135,7 ± 16,0 |
131,3 ± 16,5 |
0,07 |
| Moyenne 24 h (MAPA) |
134,9 ± 13,3 |
132,5 ± 11,0 |
0,21 |
| Moyenne diurne (MAPA) |
136,1 ± 13,4 |
134,0 ± 11,4 |
0,30 |
| Moyenne nocturne (MAPA) |
130,3 ± 15,8 |
126,5 ± 12,9 |
0,10 |
| TA diastolique en
mmHg |
| Bureau (assis) |
73,1 ± 9,6 |
72,6 ± 11,3 |
0,72 |
| Moyenne 24 h (MAPA) |
68,4 ± 7,2 |
69,7 ± 8,2 |
0,27 |
| Moyenne diurne (MAPA) |
69,5 ± 7,3 |
71,0 ± 8,4 |
0,20 |
| Moyenne nocturne (MAPA) |
63,8 ± 8,4 |
64,4 ± 9,6 |
0,64 |
| Fréquence cardiaque
bpm |
| Moyenne 24 h (MAPA) |
71,9 ± 9,7 |
71,4 ± 10,8 |
0,78 |
| Moyenne diurne (MAPA) |
73,4 ± 10,3 |
72,5 ± 11,0 |
0,61 |
| Moyenne nocturne (MAPA) |
65,9 ± 9,3 |
66,9 ± 11,8 |
0,52 |
| Contrôle tensionnel au
bureau |
| < 130/80 mmHg |
100 (76,3 %) |
47 (75,8 %) |
0,94 |
| < 140/90 mmHg |
122 (93,1 %) |
60 (96,8 %) |
0,51 |
| Contrôle tensionnel 24 h MAPA |
|
| |
| < 130/80 mmHg |
51 (38,9 %) |
24 (38,7 %) |
0,98 |
| Non-dipping |
99 (75,6 %) |
46 (74,2 %) |
0,84 |
| Dipping |
32 (24,4 %) |
16 (25,8 %) |
0,84 |
| Ratio fréquence cardiaque jour/nuit |
1,1 ± 0,1 |
1,1 ± 0,1 |
0,13 |
Les données sont des moyennes ± écart type et n (%).
bpm : battements par minutes ; HTO : hypotension
orthostatique ; MAPA : monitorage ambulatoire de la
pression artérielle.
L’hypotension orthostatique était associée de façon
significative à un plus faible volume urinaire sur 24 heures
(1,6 versus 1,9 L, p = 0,003) et à un nombre
plus faible de patients avec plus de deux médicaments
antihypertenseurs (19,8 versus 37,1 %,
p = 0,01). Aucune association n’a été mise en évidence entre
l’hypotension orthostatique et la durée d’évolution du diabète et
ses complications, les comorbidités, le contrôle tensionnel, les
bilans paracliniques et la médication.
L’analyse univariée des différentes variables ayant un lien
potentiel avec le profil non-dipping a été effectuée
(tableau 3). L’analyse
multivariée des différentes variables sur le profil
non-dipping a démontré un lien significatif avec l’IMC (OR
1,09 [IC 95 % 1,01-1,18]), l’utilisation de bloquants des
canaux calciques (OR 2,43 [IC 95 % 1,13-5,22]), de diurétiques
(OR 0,48 [IC 95 % 0,23-0,98]) et d’insuline (OR 2,97 [IC
95 % 1,06-8,34]) (tableau
4). Aucune association n’a toutefois pu être
démontrée entre le profil non-dipping et l’âge, la durée
d’évolution du diabète, la néphropathie et autres complications du
diabète.
Tableau 3 Résultats de l’analyse univariée de l’effet des
différentes variables sur le profil non-dipping.
Univariate analysis results of variables with impact on
non-dipping pattern.
| Variable |
OR (95 % IC) |
| Caractéristiques de
base |
| Âge |
1,02 (0,96-1,10) |
| Genre masculin |
1,83 (0,94-3,55) |
| IMC |
1,09 (1,01-1,17) |
| Tour de taille |
1,02 (0,99-1,05) |
| HTA |
1,66 (0,74-3,74) |
| Durée HTA |
0,99 (0,96-1,02) |
| Durée diabète |
1,02 (0,98-1,06) |
| MCAS |
1,02 (0,51-2,04) |
| MVAS |
0,63 (0,22-1,78) |
| Rétinopathie |
1,14 (0,40-3,28) |
| Néphropathie |
1,34 (0,28-6,55) |
| Neuropathie |
0,94 (0,48-1,84) |
| Antihypertenseur |
| IECA |
1,38 (0,72-2,65) |
| ARA |
0,95 (0,43-2,13) |
| BCC |
2,12 (1,02-4,40) |
| BB |
1,97 (0,85-4,57) |
| Diurétique |
0,59 (0,30-1,16) |
| Plus de 2 antihypertenseurs |
1,17 (0,60-2,25) |
|
Antihyperglycémiant |
| Acarbose |
0,33 (0,02-5,32) |
| Metformine |
0,70 (0,35-1,41) |
| Glyburide |
0,65 (0,33-1,29) |
| Glicazide |
0,99 (0,19-5,09) |
| Rosiglitazone |
0,99 (0,25-3,83) |
| Pioglitazone |
0,65 (0,12-3,68) |
| Insuline |
2,84 (1,05-7,72) |
| Autres
médicaments |
| ASA |
1,42 (0,74-2,72) |
| Statine |
1,02 (0,53-1,95) |
| Fibrate |
1,23 (0,33-4,61) |
| Laboratoire |
| HbA1c |
1,25 (0,87-1,78) |
| Créatinine |
1,00 (0,99-1,01) |
ARA : antagonistes des récepteurs de l’angiotensine ;
ASA : acide acéthylsalicylique ; BB :
bêtabloquants ; BCC : bloquants des canaux
calciques ; HbA1c : hémoglobine glycosylée ;
HTA : hypertension artérielle ; IECA : inhibiteur de
l’enzyme de conversion de l’angiotensine ; IMC : indice
de masse corporelle ; MCAS : maladie cardiaque
athérosclérotique ; MVAS : maladie vasculaire
athérosclérotique.
Tableau 4 Résultats de l’analyse multivariée des différentes
variables sur le profil non-dipping.
Multivariate analysis results of variables with impact on
non-dipping pattern.
| Variables |
OR ajusté (95 % IC) |
| IMC |
1,09 (1,01-1,18) |
| BCC |
2,43 (1,13-5,22) |
| Diurétique |
0,48 (0,23-0,98) |
| Insuline |
2,97 (1,06-8,34) |
BCC : bloquants des canaux calciques ; IC :
intervalle de confiance ; IMC : indice de masse
corporelle ; OR : odds ratio.
Discussion
L’objectif de cette étude était de clarifier la relation entre
l’hypotension orthostatique et les profils tensionnels anormaux
dans une population âgée diabétique. Une forte prévalence
d’hypotension orthostatique a été observée (68 % de
l’échantillon) comparativement au 30 % attendu dans une
population gériatrique ambulatoire. Ce résultat surpasse également
le taux de 55 % obtenu dans une clinique gériatrique générale
[28]. Les comorbidités plus importantes dans cette population sont
probablement responsables de cette disparité. La présence de MCAS,
de MVAS, de rétinopathie, de neuropathie et de néphropathie était
similaire entre les deux groupes et compatible avec ce qu’on
retrouve habituellement dans une population âgée diabétique. Le
contrôle du diabète par la mesure de l’hémoglobine glycosylée était
sous-optimal selon les recommandations actuelles dans les groupes
avec et sans hypotension orthostatique. Un fort taux de
non-dipping (75 % de l’échantillon) a également été
noté. Ce résultat est toutefois comparable à celui obtenu par
Pistrosch et al. [23] où on avait noté une prévalence de
73 % chez 107 patients diabétiques et hypertendus. La
durée d’évolution du diabète était comparable à cette étude,
contrairement à l’âge moyen qui était de 60 ans (75 ans
dans notre échantillon). L’âge avancé, le diabète et sa longue
évolution sont des facteurs qui augmentent le risque de
non-dipping dans cette population. Le taux de filtration
glomérulaire n’ayant pas été calculé, il est impossible de
déterminer si une proportion significative des sujets avait une
altération de la fonction rénale pouvant contribuer à cette forte
prévalence de profil nocturne anormal. Compte tenu de la haute
prévalence du profil non-dipping, aucune différence n’a pu
être mise en évidence entre le groupe présentant de l’hypotension
orthostatique ou non et la présence de non-dipping. La
tension artérielle moyenne à la clinique respectait quant à elle
les recommandations [21, 29-31], c’est-à-dire inférieure à
130/80 mmHg, chez plus de 75 % des patients et ce,
répartie également entre les deux groupes. Toutefois, une minorité
seulement des patients avec et sans hypotension orthostatique avait
une moyenne tensionnelle de 24 heures inférieure à 130/80. Cette
différence notable montre l’importance du MAPA dans la prise en
charge de problèmes tensionnels.
L’hypotension orthostatique, plus présente chez les patients
avec un nombre moindre de médicaments antihypertenseurs, est
possiblement secondaire à l’arrêt de ceux-ci en raison de
symptômes. Le plus faible volume urinaire mis en évidence chez les
sujets avec hypotension orthostatique est possiblement relié à un
plus faible volume circulant. L’association du profil
non-dipping et de l’IMC s’explique probablement par une
incidence plus élevée de syndrome d’apnées-hypopnées du sommeil
dans ce groupe [32]. Enfin, le lien entre ce profil et
l’utilisation d’insuline, souvent utilisé en dernière ligne en
raison de la complexité d’utilisation chez une population âgée, est
possiblement secondaire à une plus forte prévalence de
dysautonomie. Quant aux liens avec l’utilisation de bloquants des
canaux calciques et de diurétiques, l’effet du hasard ne peut être
éliminé.
Cette étude comporte certaines limites. La taille de notre
échantillon n’était peut-être pas assez imposante pour mettre en
évidence une différence entre les deux groupes. La haute prévalence
de profil non-dipping a aussi rendu la comparaison entre les
deux groupes plus difficile.
Conclusion
L’absence de diminution nocturne de la tension artérielle,
non-dipping, dans une population âgée diabétique est très
prévalente. Contrairement à d’autres travaux où la population
diabétique était faiblement représentée [3, 22], nous n’avons
pu démontrer de corrélation entre la présence d’hypotension
orthostatique et l’absence de variabilité tensionnelle nocturne.
D’autres études devraient être réalisées pour déterminer si une
association existe également dans une population âgée diabétique
entre l’hypotension orthostatique et l’inversement du patron
circadien.
Points clés
- • L’hypotension orthostatique est associée à une hausse
significative de la mortalité et semble associée à des profils
anormaux au monitorage ambulatoire de la pression artérielle.
- • L’hypotension orthostatique et les profils anormaux au
monitorage ambulatoire de la pression artérielle sont très
fréquents dans une population âgée diabétique.
- • Aucune association n’a été identifiée entre l’hypotension
orthostatique et les profils anormaux au monitorage ambulatoire de
la pression artérielle dans une population âgée diabétique.
Conflits d’intérêts: aucun.
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