ARTICLE
Auteur(s) : Dana
Hartl
Département de chirurgie cervicofaciale et ORL, Institut
Gustave-Roussy, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif
Cedex
La chirurgie par voie endoscopique au laser en cancérologie
cervicofaciale est récemment devenue une option thérapeutique et
même un traitement de référence pour certaines tumeurs [1]. Il
s’agit d’une chirurgie minimalement invasive avec des suites
opératoires plus simples que les exérèses pharyngolaryngées par
voie externe. Le contrôle carcinologique est identique à celui de
la chirurgie par voie externe pour des tumeurs sélectionnées. Cette
approche nécessite un matériel spécifique et une formation adaptée
du chirurgien, des médecins anesthésistes, des infirmiers du bloc
opératoire et des médecins anatomopathologistes.
Historique
La première description du laser par Maiman date de 1960 avec les
premières applications médicales en ophtalmologie dès 1960. La
première utilisation du laser pour le traitement du cancer du
larynx a été décrite en 1975 par Strong et Jako aux Etats-Unis [2].
Il s’agissait de l’exérèse par voie endoscopique sous
microlaryngoscopie en suspension d’une tumeur classée T1a du tiers
moyen de la corde vocale. Dans les années 1980, en Allemagne,
Steiner a pratiqué des résections de plus en plus étendues, ayant
acquis des connaissances de la micro-anatomie laryngée endoscopique
lors des interventions pour désobstruction palliative du larynx au
laser. Les techniques chirurgicales ont été par la suite
développées et affinées par les équipes de Steiner [3], Rudert [4]
et Eckel [5] en Allemagne et Pearson [6], Davis [7] et Zeitels [8]
aux Etats-Unis.
Principes
Le laser
Le terme « laser » est un acronyme de l’anglais light
amplification by stimulated emission of radiation. Il s’agit d’un
faisceau lumineux d’une longueur d’onde spécifique généré par la
stimulation lumineuse d’un cristal ou d’un autre dispositif dans
une chambre comportant des miroirs permettant de constituer une
onde. Le laser CO2 est caractérisé par une longueur
d’onde 10,6 μm. Cette énergie lumineuse est absorbée par l’eau
dans les tissus ou dans l’eau employée pour protéger le patient. Un
faisceau focalisé est utilisé pour la section des tissus et
provoque une coagulation périphérique de 0,5 mm. Un faisceau
défocalisé pour la photocoagulation ou la
« vaporisation » permet de traiter des lésions bénignes
mais n’est pas recommandé pour les cancers.
Principes chirurgicaux
C’est une technique de chirurgie de préservation d’organe fondée
sur la préservation de la fonction sphinctérienne du larynx,
fonction vitale protégeant les voies aériennes inférieures de la
pénétration d’eau et d’aliments lors de la déglutition. La
préservation d’au moins une unité crico-aryténoïdienne (cartilage
cricoïde, cartilage aryténoïde, muscles crico-aryténoïdiens, nerf
laryngé inférieur ou récurrent, nerf laryngé supérieur) est
nécessaire pour maintenir cette fonction sphinctérienne.
La voie d’abord endoscopique transorale (passant par les voies
naturelles) avec laryngoscopie ou pharyngoscopie en suspension est
combinée avec un microscope opératoire laryngé à distance focale de
40 cm connecté au laser. Le laser en mode focalisé permet
d’effectuer l’exérèse tumorale avec une hémostase simultanée des
vaisseaux de moins de 0,5 mm, une hémostase par
électrocautérisation ou clips étant nécessaire pour les vaisseaux
de diamètre supérieur. La combinaison du microscope avec le laser
fournit une précision de l’ordre 500 μm, voire moins avec les
nouveaux lasers automatisés dont le trait de section est programmé
et réalisé par la machine de manière automatique.
La technique requiert une connaissance des particularités de
l’anatomie chirurgicale endoscopique du larynx et du pharynx et une
exposition parfaite de la région à traiter. Elle implique l’exérèse
à la carte seulement des tissus atteints, en fonction des
extensions tumorales, laissant les tissus sains en cicatrisation
spontanée sans reconstruction. Les tumeurs sont réséquées en
monobloc ou en plusieurs fragments, selon leur taille, leur siège
et la qualité de l’exposition du larynx ou du pharynx. La
réhabilitation fonctionnelle de la voix et de la déglutition est
spontanée, souvent très rapide mais pouvant se prolonger pour les
résections étendues. La chirurgie par voie endoscopique au laser se
distingue des laryngectomies partielles par voie externe où
l’exérèse est prédéfinie selon la technique employée quelle que
soit la tumeur ; ces techniques suivent des repères
anatomiques, comportent une résection souvent importante des tissus
sains et impliquent des manœuvres de reconstruction pour la
fermeture. L’exérèse en monobloc est généralement réalisable pour
les tumeurs de taille réduite. Elle n’est cependant pas obligatoire
en chirurgie endoscopique au laser, contrairement à ce qui est
généralement admis pour la chirurgie carcinologique. Ce type de
résection ne provoque pas de dissémination tumorale, probablement
du fait du scellement des vaisseaux sanguins et lymphatiques par le
laser [6]. La résection par morcellement de la tumeur permet de
suivre les extensions tumorales en profondeur qui sont parfaitement
mises en évidence par l’aspect macroscopique de la tumeur au
contact du faisceau laser. L’exérèse par morcellement permet
d’ouvrir le champ opératoire au fur et à mesure, améliorant l’accès
aux structures anatomiques distales. Cette méthode permet également
d’éviter l’obstruction du champ visuel par la pièce opératoire, de
diminuer le saignement lié à la pièce opératoire et, surtout, le
passage de la pièce opératoire par l’endoscope, qui peut avoir un
diamètre inférieur à celui de la tumeur.
La chirurgie endoscopique au laser n’apporte souvent pas de
réduction du temps opératoire par rapport aux techniques par voie
externe, mais plutôt une réduction de la durée d’hospitalisation et
une simplification des suites opératoires. Elle nécessite une
formation et une expérience spécifiques, notamment en ce qui
concerne l’anatomie et la gestuelle chirurgicale, ainsi qu’une
connaissance du matériel de vidéochirurgie. Elle a pour
particularité de ne permettre qu’à un seul opérateur d’accéder au
champ opératoire. Les aides-opératoires doivent également être
familiarisés avec l’instrumentation et la gestuelle spécifiques.
Une collaboration étroite entre le chirurgien et le médecin
anesthésiste est également indispensable car ils partagent l’accès
aux voies aériennes. Dans la très grande majorité des cas, aucune
trachéotomie n’est nécessaire et la reprise de l’alimentation se
fait le jour même de l’intervention ou le lendemain (cf.
infra).
Principes carcinologiques
Lorsque l’exérèse est réalisée en monobloc, l’analyse de ses
limites se fait de manière habituelle après encrage, fixation et
inclusion. Les lésions périphériques de coagulation par le laser
peuvent la rendre difficile. La distance de la tumeur par rapport
aux berges de la pièce opératoire est à majorer d’au moins
500 μm du fait de cette coagulation. Comme nous venons de le
montrer, l’exérèse en monobloc n’est pas obligatoire et n’est
parfois pas techniquement réalisable. La tumeur est alors
fragmentée en plusieurs blocs qui doivent être numérotés et
identifiés de manière précise sur un schéma. La tranche de section
distale de chaque bloc doit être identifiée par encrage réalisé par
le chirurgien lui-même dès l’exérèse. Son analyse doit démontrer
que la résection se situe à distance de la tumeur. Il est aussi
possible de contrôler les limites d’exérèse par la réalisation
de résections complémentaires au pourtour du lit d’exérèse, dans le
même temps opératoire, et de réaliser éventuellement une analyse
anatomopathologique extemporanée. Il est important de garder à
l’esprit que, tout comme la chirurgie par voie externe, les limites
d’exérèse acceptables sont de l’ordre du millimètre pour les
tumeurs glottiques et de l’ordre de plusieurs millimètres pour les
tumeurs supraglottiques [9], mais sont de 2 cm au moins pour
les tumeurs pharyngées.
Le traitement des aires ganglionnaires est un principe de
la chirurgie carcinologique qui est respecté même si la tumeur est
traitée par voie endoscopique au laser. Pour les tumeurs glottiques
pures, la surveillance simple des aires ganglionnaires est
indiquée. Pour les tumeurs supraglottiques et pharyngées, un
évidement ganglionnaire cervical est pratiqué, en général 10 à
15 jours après la chirurgie endoscopique. Ce délai ne provoque
aucune modification du pronostic carcinologique. Il permet d’éviter
l’œdème laryngé pouvant conduire à une trachéotomie et une fistule
entre les voies aérodigestives et la région cervicale, notamment
pour les résections endoscopiques étendues.
Matériel spécifique
Le matériel spécifique pour la chirurgie pharyngolaryngée par voie
endoscopique au laser est un des facteurs limitant la technique par
sa spécificité et son coût. Le laser et le microscope opératoire
laryngé sont indispensables, de même que les endoscopes, les
micro-instruments, les aspirateurs pour la fumée, le sang et la
salive, les pinces à électrocoagulation monopolaire et les clips
vasculaires endoscopiques. Tous ces instruments comportent un
revêtement qui absorbe l’énergie lumineuse, évitant ainsi les
dommages collatéraux pouvant être provoqués par une onde laser
réfléchie sur les surfaces non adaptées. Il est nécessaire d’avoir
à sa disposition plusieurs types d’endoscope afin d’optimiser
l’exposition du larynx en fonction de la morphologie du patient.
Les optiques rigides à 0°, 30° ou 70° sont souvent utiles pour
vérifier les extensions tumorales, notamment infraglottiques, et
pour s’assurer de la qualité de l’exérèse.
Protection du patient et du personnel
L’onde laser peut parcourir de très longues distances sans perdre
son énergie thermique. Le laser CO2 est absorbé par
l’eau, ce qui permet de protéger le patient par des champs humides.
Il est indispensable de prévoir une sonde d’intubation métallique
spécifiquement résistante à la pénétration par l’onde laser avec
les ballonnets gonflés au sérum physiologique et des cotonoïdes
imbibés de sérum pour protéger la trachée. Une protection du visage
et des yeux du patient par des champs humides et des lunettes de
protection pour le personnel du bloc opératoire sont obligatoires.
Pour éviter le feu trachéal par l’inflammation des gaz
anesthésiques, la ventilation doit se faire avec une
FiO2 de moins de 30 % [3].
Techniques chirurgicales
Les techniques décrites varient en fonction du siège de la tumeur,
la résection étant à la carte. La Société européenne de
laryngologie a classé les cordectomies pour les tumeurs du plan
glottique en cinq types [10] (figures 1 à 4, tableau 1) Au besoin, une vestibulectomie
première (ablation de la bande ventriculaire) peut être réalisée,
permettant une meilleure visualisation de la partie latérale de la
corde vocale et de l’espace paraglottique et facilitant la
résection.
La laryngectomie supraglottique par voie endoscopique au laser
se fait également à la carte de manière plus ou moins étendue en
fonction des extensions tumorales. Classiquement, l’intervention
débute par l’électrocoagulation à la pince coagulante monopolaire
du repli pharyngoépiglottique (ou la mise en place d’un clip) pour
assurer l’hémostase du pédicule vasculaire laryngé supérieur. La
section médiane de l’épiglotte peut faciliter la résection pour les
raisons citées ci-dessus. L’épiglottectomie est ensuite réalisée
généralement de haut en bas et de dehors en dedans. L’ablation de
la graisse de l’espace préépiglottique (loge hyothyroépiglottique)
en partant de l’os hyoïde jusqu’au bord supérieur du cartilage
thyroïde peut être réalisée en monobloc avec l’épiglottectomie ou,
secondairement, avec encrage de sa face de résection distale. Pour
les résections plus étendues, emportant les replis
aryépiglottiques, les bandes ventriculaires et les ventricules, une
exérèse en plusieurs pièces est généralement plus aisée (et plus
rapide). Une fois terminée l’exérèse de l’épiglotte et de la
graisse de l’espace préépiglottique, on réalise l’ablation du repli
aryépiglottique, de la bande ventriculaire, de l’espace
paraglottique et du périchondre thyroïdien interne de chaque côté,
toutes ces structures pouvant être réséquées en monobloc ou en
plusieurs blocs au besoin, en prenant soin de bien noter les
limites distales par rapport à la tumeur. Au besoin, on peut
réaliser des biopsies larges en périphérie pour examen histologique
extemporané. Au niveau du larynx, les limites d’exérèse proches de
quelques millimètres sont admises [9, 11]. L’exérèse tumorale
oropharyngée ou hypopharyngée suit le même principe d’une résection
à la carte, mais avec les limites en muqueuse saine de 2 cm au
minimum.
Tableau 1 Types de cordectomie par voie
endoscopique au laser, selon la Société européenne de
laryngologie10
|
Type de cordectomie
|
Description
|
|
I
|
Sous-muqueuse, extraligamentaire
|
|
II
|
Sous-ligamentaire
|
|
III
|
Résection partielle du muscle vocal (thyro-aryténoïdien)
|
|
IV
|
Résection complète du muscle vocal ± périchondre thyroïdien
interne
|
|
V
|
a
|
Type IV étendu à la commissure antérieure
|
|
b
|
Type IV étendu au cartilage aryténoïde
|
|
c
|
Type IV étendu à la bande ventriculaire
|
|
d
|
Type IV étendu à la sous-glotte
|
Suites opératoires
Pour les cordectomies, la durée d’hospitalisation est généralement
de 24 heures (1 à 3 jours). Aucune trachéotomie ou sonde
d’alimentation entérale n’est nécessaire et cette chirurgie
entraîne peu de douleurs. La reprise de la déglutition et de la
vocalisation se fait spontanément à J0 ou J1. Une dysphagie
transitoire avec des fausses routes peut être observée dans les
suites des cordectomies de type Vb avec résection de l’aryténoïde.
La qualité vocale s’améliore lentement dans la période
postopératoire (sur 6 à 12 mois, voire plus), d’autant plus
lentement que la résection était étendue. Un examen clinique
postopératoire répété permet de mettre en évidence l’apparition
d’une néocorde vocale dans la région de l’exérèse.
Après laryngectomie supraglottique, les suites sont variables en
fonction de l’étendue et du siège de la résection (notamment dans
la région de l’aryténoïde). Aucune trachéotomie n’est réalisée. Une
sonde d’alimentation entérale sera mise en place si besoin en
fonction de la reprise spontanée de la déglutition à J1. Les suites
et la durée d’hospitalisation dépendent de l’étendue et du siège de
la résection, de l’âge du patient et d’un antécédent éventuel de
radiothérapie [12-14]. L’hospitalisation moyenne est de 3,5 à
15 jours avec une alimentation entérale de 5 à 10 jours
[4, 7, 12]. Même si une sonde d’alimentation est nécessaire, il a
été démontré que la durée de l’alimentation entérale après
laryngectomie supraglottique au laser est plus courte qu’après
laryngectomie supraglottique par voie externe : 9,53 ±
8,62 jours versus 16,95 ± 4,91 jours (p = 0,002)
[15].
Avantages
Cette chirurgie minimalement invasive a pour avantages l’absence de
trachéotomie et une réhabilitation de la déglutition et de la voix
plus rapide et plus facile qu’après une chirurgie par voie externe.
L’exérèse au laser peut être répétée en cas de récidive ou de
cancer métachrone ; tous les traitements restent possibles en
cas d’échec local ou de localisation métachrone : nouvelle
exérèse au laser, radiothérapie ou radiochimiothérapie,
laryngectomie partielle. La chirurgie a également l’avantage
d’éviter les séquelles tardives de la radiothérapie et de préserver
la radiothérapie pour un éventuel cancer métachrone cervicofacial.
Risques opératoires
Une hémorragie postopératoire peut être précoce (J0 ou J1) ou
tardive par chute d’escarre (entre J8 et J15). Elle est
exceptionnellement abondante et se traite dans la majorité des cas
par électrocoagulation par voie endoscopique après intubation
orotrachéale [16]. Les autres risques sont les traumatismes
dentaires (émail, fracture, avulsion), les brûlures
laryngotrachéales, cutanées ou oculaires par défaut de protection
du patient.
Indications
Cancers glottiques
- – T1a [17]
- – T1b bicordale
- – T1b commissure antérieure à mobilité laryngée
préservée, limité au plan glottique
- – T2 superficiels
- – surveillance ganglionnaire pour les T1, discuter un
évidement ganglionnaire prophylactique pour les tumeurs T2N0.
Cancers supraglottiques
- – T1T2T3 à extension minime et centrale dans l’espace
préépiglottique.
- – évidement ganglionnaire bilatéral systématique, y
compris pour les tumeurs classées N0 (sauf tumeurs limitées de la
margelle latérale ou postérieure).
Cancers du pharynx et de la cavité orale
- – T1 T2 superficiels de l’oropharynx et de la cavité
orale
- – T1 T2 superficiels de l’hypopharynx (mais se pose le
problème des séries limitées dans la littérature).
Contre-indications
- – tumeurs supraglottiques T3 avec extension dans la
corne latérale de l’espace préépiglottique
- – tumeurs supraglottiques T3 avec immobilité
aryténoïdienne et cordale
- – tumeurs glottiques T3 avec fixité de la corde vocale
et du cartilage aryténoïde.
Résultats oncologiques
Ces techniques permettent un taux élevé de contrôle local et de
préservation laryngée. Le contrôle local rapporté dans la
littérature pour les tumeurs T1a glottiques est de 89 à 100 %
[5, 11, 18, 19] et de 83 à 100 % pour les tumeurs T2 à point
de départ glottique [6, 8]. Le taux de préservation laryngée pour
les tumeurs glottiques T1 est situé entre 90 et 100 % [20, 21]
et entre 82 et 100 % pour les T2 [22].
Le contrôle local et la préservation laryngée pour les tumeurs
supraglottiques sont également très élevés, étant tous les deux de
97 à 100 % pour les tumeurs classées T1 et de 83 à 100 %
pour les tumeurs T2-T34 [12, 23, 24]. À titre comparatif, le taux
de contrôle local pour les cancers supraglottiques traités par
laryngectomie partielle par voie externe est de 90 à 100 %
pour les tumeurs T1 et de 80 à 97 % pour les tumeurs T2
[25-27]. Le taux de contrôle local pour ces tumeurs traitées par
radiothérapie est de 77 à 100 % pour les T1 et de 62 à
83 % pour les T2 [28-30].
Le laser peut être employé, comme le bistouri électrique, pour
la résection des tumeurs classées T1-T2 de la cavité orale et de
l’oropharynx, avec les mêmes résultats en termes de contrôle local
et de survie (à condition de réaliser le traitement adapté des
aires ganglionnaires) [31, 32]. Les tumeurs superficielles de
l’hypopharynx T1-T2 sont également accessibles à la résection par
voie endoscopique au laser CO2 [3, 33]. Cette technique
n’est pas recommandée pour les tumeurs infiltrantes de la paroi
latérale ou de l’angle antérieur de l’hypopharynx du fait de la
proximité de l’axe jugulocarotidien au muscle constricteur
inférieur du pharynx [3] ; pour ces tumeurs infiltrantes, une
voie d’abord cervicale semble comporter moins de risque
hémorragique. La résection par voie endoscopique au laser est
adaptée aux tumeurs T1-T2 de la paroi médiale du sinus piriforme à
condition qu’elles soient accessibles à une pharyngolaryngectomie
partielle selon les critères classiques. Les résultats
carcinologiques sont comparables à ceux des pharyngectomies
partielles par voie externe, le contrôle carcinologique étant
corrélé au degré d’envahissement ganglionnaire [33].
Les controverses
La commissure antérieure
Certains auteurs ont noté que l’envahissement de la commissure
antérieure était un facteur de risque de récidive locale après
chirurgie par voie endoscopique au laser avec un taux de contrôle
local de 75 à 100 % [34-37]. En effet, l’envahissement de la
commissure antérieure comporte un risque d’envahissement du
cartilage thyroïde dans la mesure où il s’agit d’une zone de
faiblesse, sans périchondre interne, avec une calcification précoce
du cartilage thyroïde et souvent une rupture du ligament de Broyles
(le tendon de la commissure antérieure). Néanmoins, l’envahissement
du cartilage thyroïde à travers la commissure antérieure est plus
fréquent si la tumeur s’étend vers le pied de l’épiglotte ou vers
la sous-glotte et moins fréquent si elle est limitée au plan
glottique avec une mobilité cordale parfaitement conservée. Pour
les tumeurs limitées au plan glottique, une cordectomie de type Va
est indiquée, avec résection du pied de l’épiglotte et du ligament
de Broyles, au contact du cartilage thyroïde, avec ou sans une
résection d’une bandelette de cartilage en regard de la commissure
antérieure. Pour les tumeurs plus infiltrantes, une résection plus
large du cartilage thyroïde s’impose toujours et le risque de
récidive par cette voie chirurgicale est plus important ; on
peut dans ce cas discuter la réalisation d’une laryngectomie
partielle par voie externe au lieu de l’exérèse au laser.
Évaluation des limites d’exérèse
L’évaluation de la qualité de l’exérèse implique une collaboration
étroite entre le chirurgien et l’équipe des médecins
anatomopathologistes. Elle impose l’étiquetage rigoureux des pièces
opératoires, l’encrage des limites distales (en prévenant
l’anatomopathologiste) et la réalisation d’un schéma détaillé.
Une étude récente a démontré l’absence de corrélation entre les
limites d’exérèse et le risque de récidive pour les cas où
l’exérèse était considérée par le chirurgien comme étant
macroscopiquement complète. En cas de limites d’exérèse dites
proches, douteuses ou positives par l’anatomopathologiste, il
existe trois possibilités thérapeutiques : la surveillance
clinique simple mais rapprochée [37, 38], la reprise pour
complément d’exérèse par voie endoscopique [6] au laser ou la
radiothérapie externe adjuvante. La qualité de l’exérèse évaluée
par le chirurgien en peropératoire est cependant une question
d’expérience avec une courbe d’apprentissage.
Conclusion
La résection tumorale par voie endoscopique au laser CO2
est une technique minimalement invasive pour certaines tumeurs
sélectionnées du larynx et du pharynx, avec des suites opératoires
plus simples et une hospitalisation plus courte que la chirurgie
par voie externe. Les taux de contrôle local et de préservation
laryngée sont comparables à ceux des techniques par voie externe
pour ces tumeurs sélectionnées traitées par une équipe spécialisée.
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