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Le traitement de la leucémie myéloïde chronique en 2007


Bulletin du Cancer. Volume 94, Numéro 10, 863-9, Octobre 2007, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2007.0473

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Hélène Labussière, Sandrine Hayette, Isabelle Tigaud, Mauricette Michallet, Franck-Emmanuel Nicolini , Hématologie clinique, Pavillon E, Hôpital Edouard-Herriot, 5, place d’Arsonval, 69437 Lyon, Laboratoire de cytogénétique et de biologie moléculaire, Centre hospitalier Lyon Sud, chemin du Grand Revoyet, 69495 Pierre-Bénite Cedex.

Résumé : Le traitement de la leucémie myéloïde chronique (LMC) a été radicalement modifié depuis l’introduction de l’imatinib mésylate dans l’arsenal thérapeutique de cette maladie. Les résultats actualisés de l’étude Iris après 5 ans ont confirmé la place de l’imatinib en première intention pour les LMC en phase chronique avec une survie globale proche de 90 %. Les réponses s’améliorent au cours du temps, avec des taux de réponse cytogénétique complète et moléculaire majeure atteignant respectivement 87 et 70 % à 5 ans. Néanmoins, de nouveaux problèmes apparaissent, telles que les réponses suboptimales, les résistances à l’imatinib avec mutations de la protéine cible BCR-ABL et la détermination de leur impact sur le type de résistance induite, avec les conséquences thérapeutiques qui en découlent : augmentation de la posologie d’imatinib, changement vers un inhibiteur de tyrosine kinase (ITK) de seconde génération (dasatinib, nilotinib) ou orientation vers la greffe allogénique. La prise en charge des LMC en phase accélérée ou blastique repose actuellement sur l’imatinib ± chimiothérapie conventionnelle suivi d’une éventuelle allogreffe, car les nouveaux ITK sont en cours d’évaluation dans ces indications. Enfin, les résistances par mutation BCR-ABL T315I représentent un nouveau défi thérapeutique car aucun des ITK n’est actif sur ce type de maladie.

Mots-clés : leucémie myéloïde chronique, imatinib mésylate, BCR-ABL, résistance

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Hélène Labussière1, Sandrine Hayette2, Isabelle Tigaud2, Mauricette Michallet1, Franck-Emmanuel Nicolini1

1Hématologie clinique, Pavillon E, Hôpital Edouard-Herriot, 5, place d’Arsonval, 69437 Lyon
2Laboratoire de cytogénétique et de biologie moléculaire, Centre hospitalier Lyon Sud, chemin du Grand Revoyet, 69495 Pierre-Bénite Cedex

Article reçu le 20 Mai 2007, accepté le 28 Août 2007

La leucémie myéloïde chronique (LMC), identifiée depuis le XIXe siècle [1], est caractérisée par une translocation réciproque entre les bras longs des chromosomes 9 et 22 [t(9;22)(q34;q11)], le chromosome Philadelphie [2], dont l’expression conduit à une activité tyrosine kinase constitutionnelle (protéine BCR-ABL) responsable d’une prolifération cellulaire clonale, d’une dérégulation de l’apoptose et d’une modification des propriétés d’adhésion des cellules myéloïdes. Elle représente 15 % des leucémies de l’adulte et environ 600 nouveaux cas par an en France. L’histoire naturelle de la maladie est caractérisée par une évolution en trois phases : chronique, accélérée puis blastique, conduisant, en l’absence de traitement efficace, au décès en quelques années dans tous les cas.Depuis 30 ans, le seul traitement curatif reconnu est l’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques [3], mais il ne reste possible que pour un nombre restreint de patients. Depuis les années 1980, la grande majorité des patients recevait de l’interféron α, source d’effets indésirables importants et d’une efficacité souvent modérée [4]. L’arrivée d’un traitement ciblé, l’imatinib mésylate, inhibiteur de plusieurs tyrosines kinases dont BCR-ABL, a constitué une révolution thérapeutique dans la prise en charge du cancer en général, et de cette pathologie en particulier – comme cela a déjà été évoqué dans cette revue en 2005 [5] − et a restreint les indications de l’allogreffe de façon majeure [6]. En parallèle, de nouveaux critères de réponse ont pu être définis, notamment sur le plan moléculaire [7], cependant qu’apparaissent déjà de nouveaux enjeux thérapeutiques avec l’identification de mutations de la protéine BCR-ABL sources de résistance, et l’utilisation d’inhibiteurs de tyrosine kinase (ITK) de seconde génération.Face à ces bouleversements successifs, il a été nécessaire de redéfinir les stratégies thérapeutiques adaptées en fonction de la phase de la maladie, et nous avons maintenant à disposition les outils biologiques indispensables à l’évaluation correcte et répétée de la réponse au traitement par imatinib. D’autres questions demeurent en suspens, telles que l’arrêt éventuel de l’imatinib, la place exacte des ITK de seconde génération et de l’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques.

Traitement des LMC en phase chronique

LMC phase chronique naïves de tout traitement

Depuis les résultats de l’étude Iris, le traitement de la LMC en phase chronique en première ligne est l’imatinib mésylate (STI571, Glivec®, Novartis) à la dose de 400 mg/j, à instaurer dès la certitude diagnostique. Après son introduction, l’évaluation de son efficacité repose sur des critères hématologiques, cytogénétiques et moléculaires qui doivent être évalués à des moments clés par rapport à son instauration. Le tableau 1 résume les critères des réponses hématologique, cytogénétique et moléculaire.

L’étude Iris [8, 9] de phase III randomisée, contrôlée multicentrique, a comparé l’imatinib (400 mg/j) à l’association interféron (5 MU/m2/j) + aracytine (20 mg/m2/j) 10 jours par mois (553 patients dans chaque bras, entre juin 2000 et janvier 2001) dans les LMC en phase chronique. Ses premiers résultats publiés en 2003 [8] démontraient la supériorité de l’imatinib : après un suivi médian de 18 mois, le taux de réponse hématologique complète (RHC) était de 95,3 % dans le bras imatinib versus 55,5 % pour l’association (p < 0,001), le taux de réponse cytogénétique majeure (RCM) était de 85,2 % (dont 73,8 % de réponses complètes) contre respectivement 22,1 et 8,5 % pour l’association (p < 0,001). La survie sans progression à 12 mois était significativement meilleure dans le bras imatinib (96,6 versus 79,9 %, p < 0,001).

L’actualisation des résultats après 5 ans de traitement [9] a confirmé et renforcé ces résultats, comme le montre le tableau 2. Ainsi, au cours du temps, les taux de réponses cytogénétique et moléculaire augmentent et deviennent des facteurs pronostiques de survie. Il est également intéressant de noter que le taux de progression vers une phase accélérée ou blastique diminue avec les années de traitement par imatinib [9].

Malgré ces résultats inégalés, la facilité de l’instauration de l’imatinib ne doit pas faire diminuer la vigilance dans le suivi du traitement, tant sur le plan de son efficacité que sur celui de sa tolérance. Ainsi, les recommandations actuelles sont d’effectuer un examen clinique après 1, 3, 6, 9 et 12 mois de traitement, un bilan biologique (hémogramme, ionogramme, fonction rénale et bilan hépatique) de façon hebdomadaire pendant le premier mois puis tous les 3 mois, une analyse cytogénétique à 6 puis à 12 mois puis une fois par an et, enfin, une analyse moléculaire (PCR quantitative BCR-ABL sur sang) tous les 3 mois qui est indispensable. Un exemple de suivi moléculaire de patient répondeur optimal est mentionné à la figure 1A.

Par ailleurs, en raison de la tératogénicité de l’imatinib chez certaines espèces animales et controversé dans l’espèce humaine [10, 11], il est recommandé pour les femmes en âge de procréer une contraception efficace. En cas de grossesse sous imatinib, on propose une interruption thérapeutique avec reprise de l’imatinib ensuite mais, en cas de refus de la part de la patiente, l’imatinib est interrompu et le relais est pris par l’interféron alpha, non tératogène, jusqu’à l’accouchement.

Enfin, la place de l’arrêt de l’imatinib est une question soulevée périodiquement par les patients et par certains prescripteurs. Actuellement, il n’est pas recommandé, en dehors d’un essai clinique d’interrompre le traitement par imatinib. Une étude est actuellement en cours, proposant l’arrêt de l’imatinib chez les patients en réponse moléculaire complète avec maladie résiduelle indétectable depuis au moins 2 ans. Les résultats préliminaires publiés chez 12 patients attestent d’une rechute moléculaire pour la moitié d’entre eux, survenue dans les six premiers mois suivant l’arrêt, secondairement rattrapée par la reprise de l’imatinib [12]. En revanche, les six autres patients ont maintenu leur réponse moléculaire complète avec un suivi médian de 18 mois.
Tableau 1 Définition des types de réponse à l’imatinib

Réponse hématologique (RH)

Réponse cytogénétique (RC) (% de cellules Ph1+ médullaires)

Réponse moléculaire (RM) (ratio BCR-ABL/ABL)

  • Complète (RHC) :
  • plaquettes < 450G/L
  • GB < 10G/L
  • basophiles < 5 %
  • pas de myélémie
  • pas de splénomégalie


  • Complète (RCC) : Ph1+ : 0 %
  • Partielle (RCP) : Ph1+ : 1-35 %
  • Majeure (RCM) : Ph1+ : 0,35 %
  • Mineure : Ph1 + : 36-65 %
  • Minimale : Ph1 + : 66-95 %
  • Pas de réponse : Ph1 + > 95 %


  • Complète (RMC) : transcrit non quantifiable et indétectable
  • Majeure (RMM) : ≤ 0,10 %



Tableau 2 Résultats comparatifs de l’étude Iris à 12 et à 60 mois pour les patients atteints de LMC en phase chronique, dans la branche imatinib mésylate 400 mg/j, d’emblée

Mois 12

Mois 60

RHC (%)

96

98

RCM (%)

85

92

RCC (%)

69

87

RMM (%)

40

70

Survie globale (%)

-

89,4

Survie sans progression (%)

96,6

93

Survie sans événement (%)

-

83

LMC phase chronique en réponse suboptimale

Actuellement, les objectifs thérapeutiques sont définis par l’obtention d’une RHC à 3 mois, d’une RCP à 6 mois, d’une RCC à 12 mois et d’une RMM (diminution de la maladie résiduelle d’au mois 3 log ou ratio BCR-ABL/ABL ≤ 0,1 %) à 18 mois : on parle alors de réponse optimale, car ces réponses s’accompagnent de survie sans progression de quasi 100 % à 5 ans [7, 9]. Les définitions de la réponse suboptimale et de l’échec figurent dans le tableau 3.

En cas de réponse suboptimale, plusieurs options s’offrent. En premier lieu, l’augmentation de la posologie d’imatinib à 600 ou 800 mg/j [13] (à condition de n’avoir pas rencontré de problème de tolérance à 400 mg/j), de façon à récupérer un état de RMM. L’utilisation d’autres stratégies, et notamment des ITK de deuxième génération, est en cours d’évaluation au sein d’essais thérapeutiques internationaux. Il existe différents paramètres à prendre en compte pour guider la décision thérapeutique : type et moment de la réponse suboptimale, cinétique de la réponse moléculaire, autres facteurs pronostiques associés (score de Sokal, anomalies cytogénétiques additionnelles d’emblée, délétion 9q…).
Tableau 3 Définitions des réponses optimales, sub-optimales, et des échecs à l’imatinib. D’après Baccarani et al. [7]

Temps

Réponse optimale

Réponse suboptimale

Echec

Clignotants d’alarme

Diagnostic (D)

-

-

-

  • Del 9q+
  • Anomalies cytogénétiques additionnelles dans les cellules Ph1+


D + 3 mois

RHC obtenue

RHC non atteinte

Pas de RH

-

D + 6 mois

RCP non atteinte

  • RHC non atteinte
  • pas de RC


-

D + 12 mois

RCC obtenue

RCC non atteinte

RCP non atteinte

RMM non atteinte

D + 18 mois

RMM obtenue

RMM non atteinte

RCC non atteinte

-

A tout moment

  • Anomalies cytogénétiques additionnelles dans les cellules Ph1+
  • Perte de RMM, mutations


  • Perte de RHC
  • Perte de RCC
  • Mutations résistantes à l’imatinib


  • Elévation du taux de transcrit
  • Anomalies cytogénétiques additionnelles


LMC phase chronique résistantes à l’imatinib

On distingue deux types de résistance. D’une part, les résistances primaires à l’imatinib, rares, correspondent à une maladie réfractaire d’emblée et se définissent par une absence de RH après 3 mois de traitement, une absence de réponse cytogénétique à 6 mois, une absence de RCM à 12 mois, une absence de RCC à 18 mois (tableau 3) [7] ; d’autre part, les résistances secondaires, beaucoup plus fréquentes, avec la phase de progression de la maladie (figure 2), correspondent à un échappement : perte de la RH, perte de la RCC, acquisition d’anomalies caryotypiques additionnelles dans le clone Philadelphie positif, augmentation du taux de transcrit BCR-ABL de plus de 0,5 log à 1 mois d’intervalle (tableau 3) [7].

On distingue différents mécanismes de résistance (figure 3) [14-16]. Certains sont liés à l’augmentation de l’activité tyrosine kinase :

  • - Les mutations du domaine kinase de BCR-ABL représentent entre 50 et 90 % des résistances secondaires. Plus de 40 mutations différentes sont identifiées actuellement [16] et peuvent intéresser toutes les régions de la kinase BCR-ABL, mais 4 régions fonctionnelles (ou hotspots) sont à distinguer : boucle P (site de fixation de l’ATP), thréonine 315 (rôle pour la fixation de l’imatinib), méthionine 351 (maintien de la conformation inactive) et boucle A (déterminant la conformation active ou non de la tyrosine kinase et donc sa liaison à l’imatinib, seulement possible en conformation inactive). La recherche de ces mutations est fondamentale car le phénotype mutationnel identifié va orienter la conduite thérapeutique et représente un facteur pronostique essentiel [17-19]. Ainsi, une mutation intéressant la thréonine 315 ou la boucle P ne pourra être rattrapée par une augmentation de la dose d’imatinib.
  • - L’amplification de BCR-ABL par amplification génique ou duplication du chromosome Philadelphie représente environ 10 % des résistances [20].
  • - D’autres mécanismes sont indépendants de l’activité tyrosine kinase : a) augmentation de l’efflux (dépendant du gène MDR1/ABCG1) [21, 22] ou diminution de l’influx dans la cellule (inhibition de la pompe hOCT1 [23] ; b) taux plasmatique insuffisant, par inobservance ou interactions médicamenteuses, ce qui souligne l’intérêt du dosage de l’imatinib, désormais disponible [24] ; c) autres : voies de signalisation indépendantes de BCR-ABL (SRC kinases [25]), instabilité génomique (par exemple télomérase). Il est important de noter que ces mécanismes de résistance ne sont pas mutuellement exclusifs et que plusieurs mécanismes peuvent être intriqués à la fois dans une même cellule leucémique résistante à l’imatinib.

Devant l’apparition d’une résistance à l’imatinib, après avoir déterminé son ou ses mécanismes à l’aide de l’interrogatoire (recherche d’une inobservance, autres prises médicamenteuses), de la recherche de mutation BCR-ABL et/ou du dosage plasmatique de l’imatinib, différentes stratégies sont possibles :

  • 1) L’augmentation de posologie (600 ou 400 mg x 2/j), à condition de ne pas être confronté à des problèmes de tolérance à 400 mg/j et de pas être face à une mutation intéressant la boucle P ou la thréonine 315, est la première attitude recommandée [7]. Un exemple de patient muté et sensible à l’augmentation de dose est montré en figure 1B. En effet, il existe une relation entre dose d’imatinib et réponse au traitement [13]. Des études randomisées sont en cours pour les LMC en phase chronique en première ligne thérapeutique pour déterminer l’intérêt d’une augmentation de dose d’emblée (protocoles Tops et Spirit).
  • 2) Le recours aux antityrosine kinases de seconde génération : dasatinib (Sprycel®, Bristol-Myers Squibb, ayant l’AMM pour les patients résistants ou intolérants à l’imatinib quelle que soit la phase de la maladie, à la posologie de 70 mg x 2/j) et nilotinib (AMN107, Novartis, actuellement en essai de phase II élargi, pour les patients résistants ou intolérants à l’imatinib, à la dose de 400 mg x 2/j) en dehors du cas d’une mutation T315I. La qualité de la réponse semble être influencée par le phénotype mutationnel (études en cours). Les principaux résultats publiés [26, 27] sont colligés dans le tableau 4. Ces deux molécules n’ont pas été comparées au sein d’un essai randomisé, et le choix varie en fonction de la phase de la maladie et de la tolérance du médicament et des pathologies associées.
  • 3) L’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques a perdu sa place en première intention, mais garde toute sa valeur en cas de progression de la maladie (phases accélérées ou blastiques mutées ou non) après obtention d’une réponse par les ITK de deuxième génération. L’option de l’allogreffe conventionnelle ou de la mini-allogreffe est discutée en fonction de l’âge et des pathologies associées.

Tableau 4 Comparaison des résultats des ITK2 pour les LMC toutes phases confondues et les LAL Philadelphie positives de novo, résistantes ou intolérantes à l’imatinib. Ces deux études ne sont pas comparatives, elles ont des critères d’inclusion sensiblement différents et des durées de suivi différentes. D’après Kantarjian et al. [27], et Talpaz et al. [26]

Phases

Nilotinib*

Dasatinib**

RHC / RHG (%)

RCM / RCC (%)

RHC / RHG (%)

RCM / RCC (%)

Phase chronique

92 / NA

35 / 35

92 / NA

45 / 35

Phase accélérée

51 / 74

27 / 14

45 / 82

27 / 18

Crise blastique myéloïde

8 / 42

21 / 4

35 / 61

35 / 26

Crise blastique lymphoïde ou LAL Ph1+

0 / 33

11 / 11

70 / 80

80 / 30

Traitement des LMC en phase accélérée

Les critères de définition des phases accélérées sont multiples et difficiles à standardiser du fait de l’impact de la maladie et des traitements sur les critères d’évaluation. Il existe au moins quatre classifications internationales dont la plus utilisée est celle du MD Anderson (1990).

En phase accélérée d’emblée, l’imatinib, en première ligne à la posologie de 600 mg/j, est recommandée par l’AMM. La comparaison d’une série de 176 patients en phase accélérée traités par imatinib avec une série de 213 témoins prétraités par interféron ou autre a montré la supériorité de l’imatinib [28] : 82 versus 50 % au mieux de RHC et 43 versus 0 à 6 % de RCC. La survie à 4 ans était estimée à 53 % avec l’imatinib contre 42 % pour l’interféron et moins de 21 % pour les autres traitements [8]. Ces patients sont particulièrement à risque de mutation et leur suivi doit être rapproché et rigoureux. Au moindre signe de résistance, une mutation BCR-ABL doit être recherchée et, en l’absence d’une mutation T315I, le patient doit être orienté vers un ITK de deuxième génération. Ainsi, une étude ouverte, bras unique, multicentrique a été menée avec le dasatinib pour 107 patients en phase accélérée intolérants ou résistants à l’imatinib. Après une durée médiane de 8,3 mois de traitement, les taux de RHC et de RCM étaient respectivement de 39 et 33 % (étude Start A) [29]. Les résultats pour le nilotinib sont en cours de publication et un recul plus important est nécessaire pour valider la place de ces nouveaux traitements à ce stade de la maladie. La recherche d’un donneur HLA compatible familial ou non est requis du fait du risque d’échappement de la maladie aux ITK de deuxième génération.

Traitement des LMC en phase blastique

L’imatinib mésylate est recommandé à la posologie de 600 mg/j en transformation aiguë [31]. Que la transformation aiguë soit lymphoïde ou myéloïde, les résultats de l’imatinib en monothérapie sont décevants avec 4,9 et 6,8 mois de médiane de survie [32]. La combinaison de l’imatinib 600 mg/j à la chimiothérapie a permis d’améliorer sensiblement les résultats avec 9,8 mois de survie médiane pour les phases aiguës myéloïdes [B. Deau et al. soumis] et une augmentation des taux de RCC pour les transformations lymphoïdes aiguës [30]. Si la rémission complète est obtenue, l’indication d’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques reste donc formelle dans ce contexte et la recherche d’un donneur de cellules souches hématopoïétiques (apparenté ou non) doit être active dès le diagnostic de transformation aiguë établi. Les ITK de seconde génération représentent une avancée significative avec, en phase blastique myéloïde, pour des patients intolérants ou résistants à l’imatinib et pour une durée médiane de traitement de 3,5 mois, des taux respectifs de RHC et de RCM de 34 et 31 % avec le dasatinib [33] ; en phase blastique lymphoïde, sur 42 patients en phase blastique lymphoïde résistants ou intolérants à l’imatinib secondairement traités par dasatinib, une RHC est obtenue chez 31 % des patients et une RCM chez 50 %, la durée médiane de traitement étant de 2,8 mois [33]. Dès la meilleure réponse obtenue, l’intensification doit être de règle (idéalement allogreffe conventionnelle) chez les patients âgés de moins 65 ans ; en effet, ces patients sont à risque élevé d’apparition de mutations BCR-ABL, notamment de T315I, ce qui effacerait tout bénéfice des ITK de deuxième génération.

Mutations BCR-ABLT315I

Cette mutation se situe dans le domaine kinase de BCR-ABL, elle porte sur un résidu clé pour l’accessiblité de la poche ATP aux inhibiteurs de tyrosine kinase tels que l’imatinib, le dasatinib et le nilotinib. La substitution de la thréonine par l’isoleucine empêche la formation d’une liaison hydrogène avec les ITK, ce qui confère alors une grande résistance à ces agents. Cette mutation est la plus fréquente chez les patients ayant échappé au traitement par imatinib [18]. Le pronostic est le plus mauvais : le taux de progression vers la phase accélérée ou la phase blastique est alors de 100 % [34]. Jusqu’alors, la seule solution thérapeutique était donc l’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques à condition d’avoir un donneur compatible. Actuellement, l’homo-harringtonine représente certainement un atout thérapeutique additionnel dans les leucémies myéloïdes chroniques mais peu efficace dans les leucémies aiguës lymphoblastiques Philadelphie positives de novo [35]. De nouvelles molécules (ITK de troisième génération) sont en cours de développement, avec notamment le MK0457 (ou VX680), inhibiteur des kinases aurora, impliquées dans le contrôle du cycle cellulaire, ayant une forte affinité pour BCR-ABL, notamment en cas de mutation T315I [36]. Un essai de phase II a débuté en France en 2007. D’autres inhibiteurs de la mutation T315I, notamment oraux, sont également en cours de développement.

Allogreffe de cellules souches hématopoïétiques

L’allogreffe, conventionnelle ou à conditionnement atténué, reste toujours en 2007 le seul traitement susceptible d’éradiquer définitivement la maladie. Cependant, malgré les progrès qui ont permis de réduire la toxicité et la mortalité reliées à la greffe, elle s’accompagne toujours d’un taux de mortalité non négligeable qui limite ses indications. Il existe un consensus général pour éviter l’allogreffe en première ligne dans les phases chroniques naïves de tout traitement, sauf pour les patients très jeunes à score de risque à la greffe (score de Gratwohl) bas. En phase avancée par contre, l’allogreffe conserve toute sa place en cas de non-réponse ou d’échappement à l’imatinib ou de mutation BCR-ABLT315I notamment.

Conclusion

L’introduction de l’imatinib dans l’arsenal thérapeutique de la LMC a permis d’améliorer de manière spectaculaire la survie sans progression des patients atteints de LMC en phase chronique au moyen de traitements peu astreignants et très bien tolérés le plus souvent (figure 4). Ces progrès récents ont généré en parallèle de nouvelles interrogations : prise en charge des mutations, intérêt des associations thérapeutiques, place d’une augmentation de dose d’emblée. Actuellement, les enjeux thérapeutiques pour ces patients restent multiples. Quelle est la place exacte des inhibiteurs de tyrosine kinase de seconde génération ? Quelle doit être la prise en charge des mutations responsables de résistances franches à l’imatinib et aux autres ITK ? Comment éradiquer sans allogreffe la maladie résiduelle qui persiste de manière indéfinie chez la plupart des patients et qui représente certainement l’ultime défi chez les patients répondeurs ?

Références

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