ARTICLE
Auteur(s) : Yazid
Belkacémi1,2, Éric Lartigau1,2, Khaldoun
Kerrou3, Philippe Carpentier4, Sophie
Taïeb5, Philippe Giraud6
1CRLCC Oscar-Lambret, Département universitaire
d’oncologie-radiothérapie, 3 rue Frédéric-Combemale, 59020
Lille
2Université de Lille II, Lille
3Département de médecine nucléaire, Hôpital
Tenon-Cancer-Est, Paris
4Département de médecine nucléaire, CRLCC Oscar-Lambret,
Lille
5Département d’imagerie médicale, CRLCC Oscar-Lambret,
Lille
6Département d’oncologie-radiothérapie, Institut Curie,
Paris
Article reçu le 24 Novembre 2006, accepté le 30 Novembre
2006
La radiothérapie a connu d’importantes avancées durant la seconde
moitié du siècle dernier. Ces progrès, acquis grâce aux avancées
technologiques et au développement de l’informatique, ont largement
modifié les pratiques qui intègrent désormais la notion de
contraintes de dose au niveau du tissu sain. Le respect de ces
contraintes conditionnera (au moins en partie) le rapport
bénéfice/risque des traitements proposés aux patients. Ce rapport
doit être systématiquement en faveur du bénéfice du contrôle
locorégional de la maladie (dépendant d’un ciblage optimal de la
tumeur et de ses extensions) par rapport au risque toxique au
niveau des tissus sains avoisinants (dépendant d’une définition des
contraintes de dose délivrée dans un certain volume
tissulaire).Après l’introduction des accélérateurs linéaires dans
les années 1950 et l’utilisation depuis les années 1980 du scanner
en coupe unique puis en reconstruction volumique, le développement
récent des plates-formes informatiques de planification des
traitements associées aux collimateurs multilames a largement
révolutionné la définition des volumes. Cette évolution permet
ainsi une meilleure conformation de la dose délivrée au volume
cible, tout en limitant l’irradiation des tissus sains.
L’introduction récente de la planification inverse et de la
radiothérapie conformationnelle avec modulation d’intensité (RCMI)
permet, quant à elle, un affinement de la balistique de
l’irradiation, laissant entrevoir une amélioration des traitements
de plus en plus personnalisés. En outre, les accélérateurs
linéaires actuels sont équipés de systèmes de vérification du
positionnement des patients qui permettent de garantir une
concordance la plus parfaite possible entre la dose planifiée et la
dose effectivement délivrée.Malgré ces avancées dans le ciblage
tumoral par l’imagerie tomodensitométrique (TDM), les
oncologues-radiothérapeutes ont été vite confrontés aux limites du
scanner dans la définition des volumes tumoraux pour certains
cancers et aux incertitudes liées aux mouvements internes des
organes. Ainsi, de nombreuses recherches ont été menées durant ces
dix dernières années dans le but d’optimiser et d’adapter
l’irradiation aux mouvements des organes internes (par
asservissement respiratoire) par une meilleure définition du volume
tumoral, de ses extensions et des tissus sains environnants, par
exemple par la fusion des images multimodalités : imagerie par
résonance magnétique (IRM), spectroscopie et tomographie par
émission de positons (TEP). Ces dernières techniques d’imagerie
apportent des informations complémentaires sur l’extension spatiale
de la tumeur, ses mouvements physiologiques (du fait de la
respiration par exemple) ainsi que sur l’état fonctionnel des
tissus sains et tumoraux [1].L’imagerie moléculaire obtenue par
l’utilisation de traceurs émetteurs de positons permet actuellement
d’identifier différents phénotypes radiobiologiques définissant
ainsi une distribution spatiale tridimensionnelle de ces phénotypes
au sein des tumeurs. Associées à la RCMI, elles permettent
littéralement de « sculpter » les doses à délivrer aux
volumes, comportant par exemple des phénotypes particuliers tels
que les cellules hypoxiques ou des zones tumorales particulièrement
proliférantes. Ainsi, un nouveau concept anglo-saxon, appelé
biological conformal radio therapy (BCRT), a fait récemment son
apparition. Il repose sur l’utilisation d’un ou de plusieurs
paramètres radiobiologiques pour guider la prescription des doses
de RCMI selon une approche algorithmique de segmentation [2].Les
techniques d’imagerie anatomiques acquises par la TDM ne sont pas
capables de fournir cette information biologique. À l’inverse,
l’imagerie par IRM, la tomoscintigraphie, la TEP, la spectroscopie
IRM ou l’IRM fonctionnelle sont susceptibles d’évoluer et d’imposer
la superposition (ou recalage) d’images d’origines différentes,
tout en fournissant des images représentatives des mécanismes
biologiques intimes du tissu, voire de la cellule.Dans cet article,
nous ferons le point sur la définition du volume pour les nouvelles
techniques d’irradiation et l’apport de l’imagerie métabolique, en
particulier de la TEP, dans le ciblage multimodalité en
radiothérapie. Nous décrirons les possibilités apportées par la
fusion d’images acquises par les différentes techniques
radiologiques (particulièrement la TDM) et la TEP utilisant le
18F-fluoro-déoxyglucose (FDG) ainsi que les perspectives
d’utilisation de nouveaux isotopes.
Ciblage en radiothérapie conformationnelle 3D (RTC 3D)
L’amélioration spectaculaire de la balistique de l’irradiation a
progressivement révélé les difficultés et les limites de la
délimitation des volumes cibles. Le volume cible tumoral (gross
tumor volume ou GTV) est généralement délimité sur la base d’images
obtenues à partir d’une TDM et/ou, pour certaines localisations
comme les tumeurs cérébrales et prostatiques, de l’IRM. Dans le
cancer bronchique, la TEP au FDG est utilisée à visée diagnostique
pour la caractérisation des nodules parenchymateux ou la recherche
de métastases à distance, ainsi que pour la stadification de
l’atteinte ganglionnaire médiastinale. Dans la méta-analyse de
Toloza et al. [3], la sensibilité et la spécificité de la TEP au
FDG pour la stadification médiastinale étaient respectivement de 84
et 89 % contre 57 et 84 % avec la TDM. Durant ces
dernières années, la TEP au FDG a été évaluée dans la définition
des volumes pour la radiothérapie de nombreux cancers.
Définition des volumes et terminologie
La radiothérapie de conformation apparaît comme l’aboutissement
d’une démarche ancienne d’amélioration de la précision et de la
qualité des traitements par radiations ionisantes rendue possible
par l’apparition de nouveaux outils issus du progrès technologique.
Une nouvelle réflexion sur les volumes cibles de l’irradiation
est un des apports les plus stimulants de la démarche
conformationnelle. L’amplitude des marges de sécurité conditionne
étroitement la précision du traitement. La surestimation de ces
marges entraîne une exposition accrue des tissus sains avec
augmentation du risque de complications, d’où l’intérêt de réduire
les causes d’erreur de positionnement.
L’International Commission on Radiation Units and measurements
(ICRU) [4] a défini dans son rapport n° 50, puis dans le
rapport n° 62, les différentes marges de sécurité qui doivent
être spécifiées lors d’une radiothérapie conformationnelle. Le
premier volume est le volume tumoral macroscopique (VTM), ou gross
tumor volume (GTV) selon la terminologie anglo-saxonne, qui
comprend les zones tumorales palpables ou visibles en imagerie.
Autour du GTV, le volume cible anatomoclinique (VCAC), ou clinical
tumor volume (CTV), prend en compte les zones susceptibles d’être
envahies (maladie infraclinique). Le volume cible prévisionnel
(VCP), ou planning target volume (PTV), ajoute au volume cible
anatomoclinique les incertitudes liées aux mouvements des organes
et du patient. Il est scindé en deux volumes distincts selon les
causes d’incertitudes : le volume cible interne qui prend en
compte les mouvements internes (VCI), ou internal target
volume (ITV), et un second volume défini par l’addition d’une marge
de mise en place (set-up margin) autour du volume cible interne qui
prend en compte les incertitudes de positionnement pendant le
traitement.
Volume tumoral macroscopique
La définition du GTV est une des étapes les plus critiques de la
RTC 3D. Une erreur, même minime, dans la délinéation du tissu
tumoral est amplifiée par les extensions volumiques suivantes,
notamment avec l’utilisation des algorithmes de calcul des
expansions 3D qui prennent en compte chaque point du contour pour
calculer le volume d’expansion.
La délinéation manuelle des volumes d’intérêt (volumes cibles
tumoraux et organes sains à risque) fait suite à la collecte des
données anatomiques et représente la deuxième étape critique de la
procédure conformationnelle. Les études de comparaison de contours
entre plusieurs médecins sont peu fréquentes. Classiquement, la
délinéation des différentes structures anatomiques sur les images
TDM est réalisé par l’oncologue-radiothérapeute sur des critères de
connaissances bibliographiques et d’expérience personnelle. Or le
rapport ICRU n° 62 donne une définition très précise du
GTV : il doit correspondre stricto sensu au volume tumoral
anatomique sans marge de sécurité supplémentaire. L’absence de
protocole de délinéation rigoureux et la méconnaissance de
l’anatomie et/ou de la radioanatomie scanographique représentent
une cause d’erreur fréquente.
Rôle du ciblage multimodal dans la définition du volume
anatomobiologique
L’approche de la RTC 3D repose sur un repérage précis de la
forme et de la position anatomique du volume cible tumoral à partir
d’informations fournies par un scanner réalisé en position de
traitement. Un système de planimétrie permet alors de conformer les
faisceaux d’irradiation à la forme irrégulière et asymétrique du
volume cible. La radiothérapie réalisée en modulation d’intensité
représente un progrès supplémentaire. La RCMI représente un progrès
supplémentaire. Elle consiste à ajouter à la technique précédente
une modulation des faisceaux d’irradiation pour mieux conformer la
distribution de la dose à la forme du volume cible, permettant
notamment d’incurver les isodoses autour de volumes ou de
structures concaves.
Récemment, un domaine nouveau s’est ouvert, celui de l’imagerie
multimodalité. Cette technique consiste à fusionner les images
numériques obtenues par deux examens d’imagerie distincts pour
augmenter la précision des informations fournies par chacun de ces
examens réalisés séparément. Typiquement, elle s’applique à la
fusion des images obtenues par un examen explorant l’anatomie d’un
organe avec celles provenant d’un examen explorant sa fonction
métabolique. La fusion des examens IRM ou TEP avec le scanner
réalisé lors de la préparation à la radiothérapie permet à la
fois :
- – de disposer des informations concernant l’extension
tumorale apportées par l’IRM ou le TEP lors de la délimitation du
volume cible et des organes critiques ;
- – de conserver l’imagerie TDM comme support de base afin
que le logiciel de planimétrie puisse prendre en compte
l’hétérogénéité tissulaire.
Sur le plan technique, le recalage des images est complexe. Les
examens à fusionner étant réalisés sur des sites géographiques et à
des moments différents, les conditions de réalisation ne peuvent
pas être totalement identiques. La position du patient n’étant pas
strictement reproductible, les coupes anatomiques ne sont pas
réalisées aux mêmes niveaux. De plus, les organes pleins bougent et
la réplétion des organes creux varie. Enfin, les performances des
appareils d’imagerie eux-mêmes sont très différentes (matrice,
résolution spatiale, profondeur de codage, etc.). Du fait de ces
différences, il est souvent nécessaire de déformer au moins
partiellement un ou les deux examens pour qu’ils puissent se
superposer strictement.
Avant d’atteindre l’étape de la fusion des images acquises par
les différentes techniques d’imagerie, de nombreuses questions
restent en suspens. Dans un éditorial récent, Paulino et Johnstone
[5] ont très justement illustré ces incertitudes. Ils posent au
moins trois questions clés :
- – Quel est le volume optimal de la TEP pour la
radiothérapie ?
- – Qui doit contourer le volume vu en TEP :
l’oncologue-radiothérapeute ou le médecin nucléaire ?
- – La définition du volume par la TEP aura-t-elle un
impact sur la survie des patients ?
Pour l’étape fusion des images, quelle que soit la technique
utilisée, il est préférable que les deux examens à fusionner soient
réalisés dans des positions les plus voisines possibles. Plusieurs
techniques de fusion sont actuellement employées. On en
distingue au moins deux grandes catégories :
- – La fusion rigide : le recalage est réalisé
à partir de transformations homothétiques (mise à l’échelle,
translation, rotation) des données anatomiques, soit manuellement,
soit par triangulation à partir de repères externes. Cette méthode
est principalement utilisée pour fusionner des examens ne déformant
pas les structures ou lorsque les informations contenues dans les
images ne sont pas suffisantes pour réaliser une fusion élastique
fiable.
- – La fusion élastique : il existe un très
grand nombre de méthodes de recalage élastique adaptées aux
différents examens à fusionner. Il est possible d’autoriser toutes
les déformations mais la majorité des systèmes imposent un certain
niveau de contraintes choisies par l’utilisateur de façon à éviter
des aberrations anatomiques. La principale difficulté de ces
méthodes est l’évaluation de la précision du recalage.
La grande hétérogénéité des plateaux techniques et le fait qu’il
existe plusieurs techniques de fusion d’images font que chaque
institution a une configuration propre et donc des problèmes
spécifiques en matière d’imagerie multimodalité. Ce qui est commun
à toutes ces institutions, c’est la nécessité de disposer d’un
outil d’évaluation des distorsions anatomiques induites par leur
système de fusion d’images. Cette évaluation est indispensable
avant d’envisager l’utilisation des images fusionnées en
radiothérapie.
Apport de la TEP au ciblage multimodalité en radiothérapie
Apport de la TEP selon les tissus
La TEP a connu un essor remarquable au cours de la dernière
décennie grâce à la reconnaissance et à l’approbation du FDG comme
agent radiopharmaceutique d’intérêt clinique, au développement de
réseaux de distribution de ce radiotraceur et au remboursement par
les caisses d’assurance-maladie des examens réalisés dans plusieurs
indications en cancérologie [6, 7]. L’imagerie conventionnelle
permet une évaluation des modifications morphologiques anatomiques
liées à une tumeur primitive ou à des métastases ; en
revanche, la TEP au FDG offre la possibilité de caractériser au
niveau moléculaire les dérèglements métaboliques et fonctionnels au
sein des tissus tumoraux et des tissus sains. La fusion des deux
types d’images permettra l’optimisation de la radiothérapie ( (figure 1) ).
L’administration du FDG, analogue du glucose, permet d’évaluer
l’activité glycolytique des tissus tumoraux. Le fluor 18 est
considéré comme un isotope idéal du fait de son énergie basse (0,64
MeV) et de sa demi-vie physique de 110 minutes [8]. Le FDG est
de loin le radiotraceur le plus utilisé à visée diagnostique (de la
tumeur primitive, d’une rechute locale et de la recherche de
métastases à distance) ou dans le cadre de l’amélioration de la
définition des volumes cibles et critiques en radiothérapie externe
[9]. L’accumulation du traceur constitue un reflet fidèle de
l’activité glycolytique qui peut être utilisée comme un marqueur du
taux de prolifération des cellules tumorales, un indicateur de la
différenciation cellulaire ou un indice de survie des cellules
après traitement cytotoxique.
L’hypothèse de base sous-tendant l’intérêt de l’utilisation de
la TEP au FDG pour une meilleure définition des volumes est
l’accroissement du métabolisme glucidique dans les cellules
tumorales par rapport aux cellules normales. La valeur de la TEP au
FDG a été démontrée pour le diagnostic, la stadification et
l’évaluation de la réponse thérapeutique dans un certain nombre de
localisations tumorales [10].
Cancers bronchiques
En 2001, Gambhir et al. [11] ont évalué 53 études publiées
entre 1993 et 2000 sur 4 005 patients atteints de
cancers bronchiques. La sensibilité et la spécificité diagnostiques
de la TEP au FDG étaient de 83 et 91 %, alors que, pour la
TDM, ces valeurs étaient de 64 et 74 % respectivement. La
modification de la stratégie thérapeutique induite par la pratique
de la TEP était estimée à 37 % sur les 1 565 patients évalués.
Ces données diagnostiques ont logiquement imposé la TEP pour
réaliser une meilleure définition des volumes en radiothérapie des
cancers bronchiques [12]. Dans le tableau 1( Tableau 1 ), sont présentés quelques résultats
de la littérature où la fusion des images TEP-TDM ou l’utilisation
des machines hybrides a permis de modifier les volumes cibles ou
les PTV délimités sur la TDM.
Dès les premières études publiées au début des années 2000, la
TEP au FDG a montré son intérêt, notamment pour différencier la
tumeur et l’atélectasie dans le cancer bronchique non à petites
cellules (CBNPC). Dans une étude portant sur 34 patients, Nestle et
al. [13] ont rapporté 12 cas pour lesquels la délimitation du
volume traité a été modifiée par la TEP. En cas d’atélectasie, 8
volumes sur 17 ont été modifiés, comparés à 3 sur 17 en l’absence
d’atélectasie. L’étude de Vanuytsel et al. [14] a concerné 105
patients dont la tumeur a été réséquée. En période préopératoire,
un scanner thoracique et une TEP avaient été réalisés, permettant
une comparaison de la performance de ces deux techniques pour
l’identification des adénopathies tumorales, avant identification
« définitive » histopathologique sur la pièce d’exérèse
chirurgicale. La concordance entre la TDM et la TEP n’a été
observée que chez 28 patients (27 %). Cette étude a
également montré que la fusion aide à mieux distinguer
l’atélectasie pulmonaire rétro-obstructive de la masse tumorale, ce
qui permet de diminuer substantiellement le volume de parenchyme
sain irradié [14]. Dans une autre étude, Giraud et al. [15] ont
montré l’intérêt de la fusion d’images acquises en TEP au FDG et à
la TDM, pour une meilleure stadification ganglionnaire du CBNPC. La
( figure 2
) représente un exemple de l’apport de la TEP au FDG dans la
délinéation du volume tumoral par rapport à l’atélectasie.
Au total, dans le CBNPC, la fusion des images TEP au FDG
permet une réduction de la variabilité interobservateur de la
délinéation du volume cible, une meilleure couverture du volume
tumoral, l’épargne des tissus sains (pour l’atélectasie et les
territoires ganglionnaires sains) ou, au contraire, l’inclusion
dans le volume d’irradiation des ganglions envahis non visibles sur
les images TDM. La fusion peut permettre ainsi une réduction de la
toxicité et la possibilité d’une escalade de dose [16-18].
Tableau 1 Apport de la TEP au FDG dans la
définition du planning target volume (PTV)
|
Nb
|
Technique
|
- Augmentation
- des volumes
- ou du PTV
|
- Diminution
- des volumes
- ou du PTV
|
Conclusion
|
|
Nestle et al. [13]
|
34
|
Visualisation du FDG Intensité de captation
|
9 (26 %)
|
3 (9 %)
|
Apport pour l‘atélectasie
|
|
Munley et al [65]
|
35
|
|
12/35 (34 %)
|
12/35 (34 %)
|
TEP est complémentaire
|
|
Mah et al. [66]
|
30
|
TEP-TDM. Intensité de captation du FDG
|
PTV variable de 30 % à 76 %
|
PTV variable de 24 % à 70 %
|
Diminution de la variation inter-obs.
|
|
Erdi et al. [67]
|
11
|
TEP-TDM. Intensité de captation du FDG
|
|
|
TEP améliore la définition du PTV
|
|
Ashamalla et al. [68]
|
19
|
TEP-CT : machine hybride
|
PTV variable 8/19 (42 %)
|
PTV variable 4/19 (21 %)
|
Variation inter-obs. élevée 84 %
|
|
Deniaud-Alexandre et al. [69, 70]
|
101
|
- Fusion TEP-TDM
- Manuelle et repères externes
|
- PTV variable 43/101 (43 %)
- (GTV : 21 %)/(GTV : 23 %)
|
Apport du TEP-TDM au traitement
|
|
De Ruyssher et al. [71]
|
21
|
TEP-CT : machine hybride comparée au simulateur TDM
|
14/21 (66 %)
|
12/21 (57 %)
|
Réduction du risque de toxicité calculé
|
Autres cancers
Dans les cancers de l’œsophage et surtout les lymphomes, la TEP
peut également permettre d’inclure dans le volume d’irradiation les
adénopathies fixant le FDG et non visibles en TDM. Ainsi, dans les
études prospectives de la maladie de Hodgkin, il est actuellement
recommandé de pratiquer une TEP avant le début de la
chimiothérapie. Les images dites de référence acquises seront
confrontées aux images post-chimiothérapie (après 2 ou
3 cycles) pour apprécier la réponse et seront utilisées lors
de la fusion d’images avec le TDM pour définir les volumes à
irradier exclusivement limités aux territoires initialement envahis
[19].
Dans les tumeurs de la sphère cervico-maxillo-faciale, il a été
démontré que les volumes cibles étaient beaucoup mieux appréhendés,
tant qualitativement que quantitativement, par l’imagerie
métabolique par la TEP au FDG que par l’imagerie anatomique par TDM
ou IRM [20-23]. Ces différences dans la détermination des volumes
cibles se traduisaient par une différence dans la distribution des
doses, réduisant significativement l’irradiation des tissus
normaux, en particulier des glandes salivaires [24].
Dans les tumeurs cérébrales, la TEP au FDG apporte peu, mais
d’autres traceurs plus spécifiques en cours d’évaluation montrent
des résultats préliminaires prometteurs [25, 26]. Enfin, dans la
grande majorité des autres tumeurs solides, il n’y a pas encore
assez de données pour conclure sur le rôle exact de la TEP dans la
planification de la radiothérapie [17].
Ciblage et réalité biologique tumorale
Le concept de GTV tel qu’il est actuellement utilisé, bien que très
opérationnel, est une simplification de la réalité qui ne tient pas
compte de la complexité biologique tumorale. Ce concept est en
effet fondé d’une part sur l’hypothèse que la tumeur est une entité
homogène requérant la délivrance d’une dose uniforme et, d’autre
part, sur l’hypothèse que la tumeur est un volume statique
n’évoluant pas au cours d’une radiothérapie étalée sur plusieurs
semaines. De plus en plus d’évidences biologiques remettent en
question ces deux hypothèses. De sérieuses données biologiques
indiquent que les tumeurs sont hautement hétérogènes et dynamiques
par rapport à une série de paramètres d’importance pour la réponse
aux traitements. Si on considère l’exemple de l’hypoxie, un facteur
de radiorésistance bien connu, il a été documenté que, au sein
d’une même tumeur, des zones hypoxiques pouvaient côtoyer des zones
normalement oxygénées [27]. En outre, on sait que l’hypoxie peut,
entre autres, résulter d’une diminution transitoire – et donc
fluctuante – de la vascularisation tumorale [28]. Enfin, après
irradiation unique, des modifications de l’oxygénation tumorale ont
été rapportées dans différents modèles tumoraux [29-31]. Le sens et
l’amplitude de ces modifications dépendent cependant du modèle
tumoral étudié.
Un autre exemple est la prolifération tumorale qui représente
aussi un paramètre physiologique influent sur la réponse aux
radiations ionisantes. L’index de prolifération avant traitement
est hautement variable au sein d’une même tumeur, et une
augmentation progressive de la prolifération a été rapportée pour
certains types de tumeurs, comme les épithéliomas épidermoïdes [32,
33].
Les observations ci-dessus suggèrent que la prise en compte de
l’hétérogénéité biologique des tumeurs (et de leur évolution au
cours d’un traitement) pourrait apporter de précieuses informations
pour la délimitation du volume cible. Grâce à l’imagerie
fonctionnelle, on pourrait envisager de segmenter le volume cible
en plusieurs sous-volumes ou volumes cibles biologiques
représentant la fraction d’une tumeur exprimant un facteur de
mauvais pronostic pour le contrôle tumoral local, et ensuite
sculpter la distribution de dose en délivrant, par exemple, une
dose plus élevée à ces sous-volumes [34]. Une étude préliminaire a
été rapportée avec un traceur de l’hypoxie (60Cu-ATSM)
imagé par TEP qui a permis de guider une RCMI dans des tumeurs de
la sphère cervico-maxillo-faciale [35]. Une autre expérience a
introduit la spectroscopie par résonance magnétique (magnetic
resonance spectroscopy, MRS) pour distinguer le volume tumoral de
l’ensemble de la glande prostatique [36]. Utilisant la RCMI, une
dose plus élevée a pu être délivrée sur le volume tumoral sans
augmenter la dose aux tissus sains avoisinants. Dans ces deux
études, aucune adaptation de la distribution de la dose sur une
éventuelle modification du volume cible en cours de radiothérapie
n’a été réalisée.
Le prérequis pour la délimitation de ces volumes cibles
biologiques est de disposer de méthodes d’analyse précises et
sensibles des images TEP. Ces méthodes devraient permettre d’une
part une segmentation (contourage) automatique des images, d’autre
part, la prise en compte des mouvements physiologiques des organes
imagés en cours d’acquisition. Ce dernier aspect est
particulièrement important pour l’imagerie thoracique, possiblement
handicapée par les mouvements respiratoires au cours des 20 à
30 minutes que dure l’acquisition des images TEP thoraciques.
Une méthode élégante serait de synchroniser l’acquisition ou la
reconstruction des images au cycle respiratoire. Des résultats
préliminaires encourageants ont déjà été rapportés dans ce cadre
[37, 38].
Perspectives
De nombreuses perspectives sont envisageables dans un futur proche.
Le premier axe de développement concerne l’amélioration des
techniques d’acquisition et d’analyse des images TEP. Cette étape
est cruciale pour la définition des volumes au moment de la fusion
avant RTC 3D ou RCMI. La seconde perspective est l’utilisation de
nouveaux traceurs évaluant le métabolisme, l’hypoxie, la
prolifération, la vascularisation et l’angiogenèse dans la
planification de la RTC 3D et la RCMI dans divers cancers.
Développement de protocoles d’acquisition et d’analyse des
images TEP
Les développements techniques récents, avec les machines hybrides
associant TDM et TEP dans une même machine, permettent la
définition de volumes anatomométaboliques ou anatomobiologiques
« prêts à l’emploi » pour la RTC 3D et la RCMI [39-43].
De plus, ces machines hybrides peuvent permettre de réaliser une
très forte concordance des volumes délimités par différents
intervenants en vue d’une radiothérapie de haute précision,
notamment dans les cancers bronchiques [44].
Un des apports potentiels en cours d’évaluation et la mise en
place en routine clinique est celui de la synchronisation
respiratoire de la radiothérapie des cancers bronchiques fondée sur
l’association de machines hybrides TEP-TDM comportant des TDM à
plusieurs barrettes (16 à 64) avec des TEP à cristaux rapides
permettant des acquisitions de l’ordre de 1 à 2 minutes par pas de
15 à 20 cm [45]. Ces avancées doivent se poursuivre pour
atteindre des niveaux d’optimisation des traitements plus
importants qui dépendent :
- – des performances de l’acquisition d’images en tenant
compte des mouvements respiratoires : gating lors de
l’acquisition et/ou post-processing selon les phases du cycle
respiratoire,
- – de la comparaison par rapport aux images TDM
hélicoïdales,
- – du développement des méthodes automatiques de
segmentation.
Ciblage biologique par la TEP utilisant les nouveaux
traceurs
L’hétérogénéité compartimentale des tumeurs (en termes de
vascularisation, d’oxygénation de nombre de cellules
clonogènes, etc.) et le nombre important de facteurs
radiobiologiques conditionnant la réponse tissulaire individuelle à
une irradiation (radiosensibilité intrinsèque, capacité de
réparation des lésions) sont à la base d’une radiorésistance
tumorale plus ou moins importante. Cette dernière peut être
constitutionnelle ou acquise en cours de traitement [46-48].
Pendant ces quinze dernières années, de nombreuses équipes ont
exploité la TEP pour l’évaluation de la réponse tumorale aux
traitements cytotoxiques avec, comme objectif idéal à terme, une
adaptation individuelle de ces traitements aux tumeurs [49-51].
Certains isotopes détectés par la TEP sont capables d’évaluer non
seulement le ou les métabolismes tissulaires, la prolifération
cellulaire, la mortalité par apoptose, l’expression génique, le
flux sanguin et l’hypoxie tissulaire, la résistance aux drogues, le
statut des récepteurs hormonaux mais aussi la pharmacocinétique de
drogues injectées dans un organisme [52-54]. Seuls certains de ces
paramètres pourraient être envisagés dans le but d’un ciblage
multimodalité en radiothérapie.
Le FDG est de loin le radiotraceur le plus utilisé comme
marqueur du taux de prolifération des cellules tumorales, comme
indicateur de la différenciation cellulaire ou comme indice de
survie des cellules après traitement cytotoxique. Les amino-acides
radiomarqués, comme la méthionine et la tyrosine, se sont imposés
du fait de leur facilité de synthèse et du nombre limité de
métabolites après injection intraveineuse chez l’homme. La
méthionine marquée au carbone 11 (11C-méthyl-méthionine
ou 11C-MET) permet l’évaluation de la consommation
tissulaire d’acides animés. En raison de son implication dans la
synthèse protéique, elle est considérée comme un indicateur plus
sensible que le FDG pour le dénombrement des cellules en phase de
prolifération. Son intérêt a été rapporté en clinique chez des
patients atteints de tumeurs bronchiques et cérébrales [55]. La
tyrosine marquée au 11carbone ou au 18fluor
est un autre agent radiopharmaceutique de plus en plus utilisé du
fait d’une cinétique se prêtant mieux à la modélisation de la
synthèse des protéines.
Parmi les nucléosides marqués, la 18F-fluorothymidine
(18F-FLT) est le radiotraceur le plus prometteur en
cours de développement chez l’homme [56]. Il entre directement dans
la voie de synthèse de l’ADN. Tout comme le FDG, il demeure piégé
dans la cellule après phosphorylation par la thymidine kinase, ce
qui permet une mesure directe de la prolifération cellulaire. La (
figure 3 )
représente un exemple d’évaluation de la réponse à la
chimiothérapie par le 18F-FLT et le FDG. Il n’y a pas de
données sur l’intérêt du 18F-FLT dans le ciblage en RTC
3D.
La thymidine peut être marquée par le 11C en position
méthyl-5 (méthyl-11C-thymidine) ou en position méthyl-2
(11C-thymidine). Après injection, les deux traceurs sont
rapidement métabolisés [57]. En préclinique chez la souris, la
11C-thymidine est préférentiellement captée par les
tissus en prolifération active indépendamment du flux sanguin. Chez
l’homme, la méthyl-11C-thymidine est captée par de très
nombreux tissus (lymphomes, sarcomes, tumeurs cérébrales,
carcinomes ORL et du rein).
Le second paramètre de radiorésistance est l’hypoxie. Le
marquage de l’hypoxie tumorale pourrait permettre une adjonction de
molécules radiosensibilisantes à la radiothérapie ou un meilleur
ciblage tumoral en vue d’une augmentation de la dose. Le
fluoromisonidazole (F-MISO) est capable de s’accumuler dans les
tissus hypoxiques de manière inversement proportionnelle à
l’oxygénation des tissus et de délimiter ainsi in vivo les régions
hypoxiques [58]. Le F-MISO est le composé le plus étudié, il est
considéré comme le traceur de référence pour l’exploration de
l’hypoxie tissulaire. Chez l’homme, sa cinétique dans le tissu
cérébral normal et tumoral ainsi que la perfusion en oxygène ont
été évaluées chez 10 patients porteurs de glioblastomes. Les images
acquises entre 150 et 170 minutes après injection ont montré une
augmentation de captation du F-MISO par le tissu tumoral hypoxique
par rapport au tissu normal, suggérant que ces images tardives de
captation du F-MISO peuvent permettre une description spatiale de
l’hypoxie des tumeurs cérébrales potentiellement exploitable pour
un ciblage précis des lésions radiorésistantes [59, 60]. Des
possibilités de prédiction de la réponse à l‘irradiation par la TEP
à la FMISO détectant la présence de résidu hypoxique sont en cours
d’évaluation dans certains cancers comme le cancer bronchique. Une
excellente revue de la littérature sur le sujet pourra être
consultée dans l’article de Rajendran et al. publié récemment
[61].
Pour l’apoptose, le test généralement utilisé est le marquage
des cellules apoptotiques par l’annexine V. Ce test rapide a
montré son intérêt dans la prédiction de la réponse à la
radiothérapie des lymphomes malins [62] et chez les patients ayant
reçu une curiethérapie pour cancer de la prostate localisé [63].
Son intérêt dans le ciblage multimodalité en radiothérapie n’a pas
été étudié.
La néoangiogenèse intratumorale est un autre facteur déterminant
dans la croissance et le potentiel métastatique d’une tumeur. Elle
peut, de ce fait, conditionner en partie la survie à long terme des
patients. La TEP a suscité un grand intérêt dans le domaine de
l’évaluation quantitative du flux sanguin intratumoral, mais aussi
de la réponse pharmacodynamique à l’administration de molécules
anti-angiogéniques. Anderson et al. [64] ont montré dans les
tumeurs solides une réduction dose-dépendante de la perfusion
tumorale de la molécule anti-angiogénique, en fonction du délai
d’observation après perfusion.
Les données disponibles dans la littérature sur l’utilisation de
ces nouveaux isotopes pour la prédiction de la réponse ou le suivi
des traitements ont été détaillées récemment dans une revue
générale [54]. Certains de ces isotopes ont évidemment un potentiel
pour une utilisation plus large, en particulier dans le ciblage
biologique de la radiothérapie conformationnelle correspondant au
BCRT des Anglo-Saxons.
Conclusion
En radiothérapie, la numérisation des images a permis l’émergence
de techniques nouvelles telles que la RTC 3D et la RCMI. Ces
nouvelles techniques reposent sur un repérage précis de la forme et
de la position anatomique du volume cible tumoral à partir
d’informations fournies par un scanner réalisé en position de
traitement. Un système de planimétrie permet alors de conformer les
faisceaux d’irradiation à la forme irrégulière et asymétrique du
volume cible. Il est ainsi possible d’augmenter de 15 à 25 %
la dose délivrée au volume tumoral sans augmenter les risques de
complications au niveau des organes critiques.
Au cours des deux dernières décennies, l’imagerie diagnostique a
également fait des progrès considérables du fait du développement
de la numérisation des images. Récemment, un nouveau domaine s’est
ouvert, celui de l’imagerie multimodalité. Cette technique consiste
à fusionner les images numériques obtenues par deux examens
d’imagerie distincts pour augmenter la précision des informations
fournies par chacun de ces examens réalisés séparément.
Typiquement, cette technique s’applique à la fusion des images
obtenues séparément par un examen explorant l’anatomie d’un organe
avec celles provenant d’un examen explorant la fonction de cet
organe. C’est par exemple le cas des images anatomiques obtenues
par scanner ou IRM et celles fonctionnelles obtenues par TEP ou
spectro-IRM.
Les incertitudes sur le positionnement des patients et celui du
recalage des images seront probablement réglées par la nouvelle
génération des machines hybrides TEP-TDM. Dans le domaine de la
TEP, l’apport diagnostique de la fusion avec les images TDM est
telle qu’elle a conduit les constructeurs à développer des machines
intégrant les deux équipements pour fournir en un seul examen ces
images fusionnées.
L’intégration future des nouveaux isotopes, explorant intimement
les modifications fonctionnelles tissulaires, permettra un ciblage
encore plus précis de zones tumorales à l’origine de la
radiorésistance, nécessitant une augmentation de la dose
d’irradiation ou une adjonction d’une thérapie à visée
sensibilisatrice.
En France, en attendant le développement des machines hybrides
et l’installation de cyclotrons, plusieurs projets, comme le projet
structurant de cancéropôle Nord-Ouest financé par l’Institut
national du cancer, sont en cours pour évaluer ces nouvelles
modalités (gating, segmentation, nouveaux isotopes).
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