ARTICLE
Auteur(s) :, Sylvie
Giacchetti*, Caroline Cuvier, Hamid Hocini, Edwige
Bourstyn, Anne de Roquancourt, Marc Espié
Centre des maladies du sein, Hôpital Saint-Louis, 1 avenue
Claude-Vellefaux, Paris 75010
Le cancer du sein est une maladie systémique. Hippocrate notait
déjà que de nombreuses patientes mourraient, parfois même
rapidement, alors que la tumeur primitive avait été retirée.Le
principe de la chimiothérapie néoadjuvante repose sur cette notion
de maladie générale. Son but premier serait d’augmenter la survie
sans progression et/ou la survie globale des patientes. Le second
objectif serait d’augmenter le taux de conservation mammaire, taux
qui n’a jamais été l’objectif principal des études randomisées de
chimiothérapie néoadjuvante.Les arguments en faveur de la
chimiothérapie néoadjuvante sont divers : l’exérèse
chirurgicale de la tumeur primitive pourrait accélérer la
dissémination tumorale et la croissance de micrométastases ;
par ailleurs, l’utilisation d’une chimiothérapie première pourrait
diminuer l’émergence de clones résistants à la chimiothérapie et
permettrait d’étudier les paramètres biologiques de la réponse aux
cytotoxiques au niveau de la tumeur primitive laissée en place.Les
arguments essentiels contre la chimiothérapie première seraient,
d’une part, que l’absence de bilan initial chirurgical entraînerait
des sur ou sous-stadifications, d’autre part, qu’en cas de
chimiorésistance primaire, une évolution au niveau de la tumeur
primitive pourrait aggraver le pronostic.La chimiothérapie
néoadjuvante peut être évaluée par la réponse clinique, mais
celle-ci est souvent difficile à définir et surtout difficilement
comparable d’une étude à une autre [1]. Les résultats des examens
d’imagerie classique, mammographie et échographie mammaire,
semblent peu corrélés à la réponse histologique. L’apport de l’IRM
et du PETscan dans l’évaluation de la réponse à la chimiothérapie
néoadjuvante et la prédiction de la réponse histologique est en
cours d’évaluation. Pour cette raison, la réponse histologique,
notamment la réponse complète histologique, est dans la plupart des
études le critère principal d’évaluation, d’autant que celle-ci est
également le facteur prédictif de survie. Cependant, différents
systèmes d’évaluation de la réponse histologique existent, ce qui
rend les comparaisons parfois difficiles d’une étude à l’autre
[2-4]. Ainsi, pour certains auteurs, la persistance exclusive de
carcinome in situ est considérée comme une réponse complète. Enfin,
il faut noter que, si la plupart des études rapportent la réponse
au niveau du sein, la réponse histologique au niveau des ganglions
n’est pas toujours précisée.Nous allons, dans cette revue, faire le
point sur les résultats obtenus avec la chimiothérapie néoadjuvante
et évaluer la place des nouvelles molécules, notamment des taxanes
et du trastuzumab (Herceptin®) dans cette stratégie
thérapeutique. Nous ne rapporterons pas ici les nombreux essais de
phase 2 non randomisés utilisant des chimiothérapies à base
d’anthracyclines.
Essais randomisés de chimiothérapie néoadjuvante
Six essais randomisés [5-10], comparant chimiothérapie première
suivie de chirurgie à chirurgie première suivie de chimiothérapie
néoadjuvante, ont été publiés. Leurs critères principaux
d’évaluation étaient la survie sans progression ou la survie
globale et l’augmentation du taux de conservation mammaire. La
démarche néoadjuvante était donc comparée à la démarche adjuvante.
Les résultats de ces essais en termes de réponse clinique, de
réponse histologique, de taux de conservation mammaire, de rechute
locale, de survie sans rechute et de survie globale sont rapportés
dans les tableaux 1 et 2( Tableau 1
)( Tableau 2 ). Le taux de
conservation mammaire est plus élevé lors de l’administration d’une
chimiothérapie néoadjuvante. Cependant, la plupart des essais
randomisés avaient comme critère de jugement principal la survie et
incluaient des patientes justiciables d’emblée d’un traitement
conservateur. La survie sans récidive et la survie globale à 5 et
10 ans ne sont pas améliorées par l’utilisation d’une
chimiothérapie première.
L’étude américaine du NSABP B18 [10] est la plus grande des
études de chimiothérapie néoadjuvante : 1523 patientes ont été
randomisées entre chirurgie première suivie de 4 cures d’AC
(doxorubicine et cyclophosphamide) et la même chimiothérapie
administrée avant la chirurgie. Trente pour cent des patientes
avaient une tumeur de 2 cm ou moins. Le taux de réponse clinique
est de 80 % avec 36 % de réponses complètes. Le taux de réponse
complète histologique est de 9 % et 4 % de réponse majeure
(carcinome in situ résiduel sans carcinome infiltrant). Le nombre
de patientes sans envahissement ganglionnaire est significativement
plus élevé dans le bras avec chimiothérapie première (41 % versus
57 %). Cependant, il n’y a pas de différence de survie à 5 ans.
Dans le bras chimiothérapie néoadjuvante, 48 % des patientes N0
cliniquement sont N+ histologiquement, 26 % des patientes N0
initialement et ayant une tumeur inférieure à 20 mm sont N+ après
la chimiothérapie. Une actualisation des données à 9 ans [11]
montre que les patientes âgées de 49 ans ou moins ont un avantage
en termes de survie sans progression (SSP) et de survie globale
(SG) avec la chimiothérapie néoadjuvante, respectivement 55 %
versus 46 % pour la SSP et 71 % versus 65 % pour la SG. En
revanche, les femmes plus âgées (> 50 ans) ont une
survie sans progression et globale diminuée quand elles reçoivent
une chimiothérapie première, respectivement 56 % versus 60 % et 67
% versus 75 %. Il est possible que le bénéfice de la chimiothérapie
première soit dépendant de l’âge.
Par ailleurs, il existe une augmentation du risque de rechute
locale chez les patientes chez qui le geste initial a été une
mammectomie mais chez qui la chimiothérapie première aurait
suffisamment fait diminuer la taille de la tumeur initiale pour
permettre un traitement conservateur. Quand on compare ces
patientes à celles pouvant bénéficier d’emblée d’un traitement
conservateur, le taux de rechute locale est de 15,9 % versus
9,9 %. Cette augmentation est surtout notée chez les patientes de
moins de 50 ans. Les auteurs tentent d’expliquer cette différence
par l’utilisation de tamoxifène après 50 ans.
Le point important de cette étude est que la réponse
histologique complète reste un facteur pronostique d’augmentation
de la survie sans progression et de la survie globale à 5 et
9 ans. Pour les patientes ayant une réponse complète
histologique, la survie globale et sans progression à 9 ans est
respectivement de 85 % et 75 %.
Ces données confirment que l’obtention d’une réponse complète
est fondamentale pour que le bénéfice en termes de réponse de la
chimiothérapie néoadjuvante se traduise par une augmentation de la
survie.
Tableau 1 Six études randomisées comparant
chimiothérapie première versus chimiothérapie adjuvante
|
Série
|
Patientes (nb)
|
Stades
|
RCC (%)
|
pCR (%)
|
Suivi (années)
|
|
Semiglazov [5]
|
137/134
|
T1-3 N0-1
|
12,4
|
29
|
5
|
|
Mauriac [6]
|
134/138
|
T2-3,N0-1
|
33
|
ND
|
10
|
|
Scholl [7]
|
191/190
|
T2-3,N0-1
|
30
|
ND
|
8,5
|
|
Powles [8]
|
105/107
|
T1-4,N0-1
|
19
|
10
|
5
|
|
Van der Hage (EORTC) [9]
|
350/348
|
T1c-T4b,N0-N1
|
6,6
|
3
|
4
|
|
Wolmark [11]
|
760/763
|
T1-T3,N0-N1
|
36
|
13
|
5
|
Tableau 2 Six études comparant chimiothérapie
première versus chimiothérapie adjuvante
|
Série
|
|
Taux de conservation (%)
|
Rechutes locales (%)
|
Survie sans rechute à 5 ans (DFS) (%)
|
Survie globale à 5 ans (%)
|
|
Semiglazov [5]
|
Néo-adjuvant
|
0
|
NR
|
81
|
86
|
|
Adjuvant
|
0
|
NR
|
72
|
78
|
|
Mauriac [6]
|
Néo-adjuvant
|
63
|
23
|
50
|
73
|
|
Adjuvant
|
0
|
11,5
|
50
|
72
|
|
Scholl [7]
|
Néo-adjuvant
|
82
|
27
|
59
|
86
|
|
Adjuvant
|
77
|
19
|
55
|
78
|
|
Powles [8]
|
Néo-adjuvant
|
89
|
2,7
|
19
|
NR
|
|
Adjuvant
|
78
|
1,9
|
10
|
NR
|
|
Van der Hage (EORTC) [9]
|
Néo-adjuvant
|
37
|
10
|
82
|
65
|
|
Adjuvant
|
21
|
9,5
|
84
|
70
|
|
Wolmark [11]
|
Néo-adjuvant
|
NR
|
NR
|
55
|
70
|
|
Adjuvant
|
|
|
53
|
69
|
Apport des taxanes
La réponse complète histologique apparaissant comme le meilleur
facteur pronostique à l’égard de la survie, les approches
thérapeutiques se sont penchées ces dernières années sur
l’utilisation des nouvelles drogues en situation néoadjuvante.
Les taxanes sont apparues dans les années 1990 et ont montré une
activité importante en situation métastatique [12-15], même chez
des patientes ayant une maladie résistante aux anthracyclines. La
démonstration de cette efficacité en situation métastatique a
rapidement conduit à les tester en situation adjuvante et
néoadjuvante.
Leur emploi dans les protocoles de chimiothérapie première
a-t-il modifié les données obtenues avec les protocoles reposant
essentiellement sur les anthracyclines ?
Leur utilisation en situation néoadjuvante a été évaluée dans de
nombreux essais de phase II. Nous présenterons les principaux, avec
le paclitaxel (Taxol®) et le docétaxel
(Taxotère®) en monothérapie et en association, puis les
essais de phase III ayant comparé les taxanes à un traitement
« standard ». Enfin nous aborderons les études de
séquence de traitement avec utilisation des taxanes de façon
concomitante ou séquentielle.
Essais de phase II avec le paclitaxel
En monothérapie
Plusieurs études de phase II évaluant l’efficacité du paclitaxel
ont été rapportées. Les réponses cliniques complètes varient de 9 à
27 % avec des réponses complètes pathologiques allant de 5 à 29,4 %
[16-19].
En association
Avec l’association de paclitaxel et doxorubicine, des taux de
réponses cliniques allant de 9 % à 34 % ont été rapportés avec des
taux de réponses histologiques allant de 5 à 27,5 % [20, 21].
L’analyse des études ne montre pas de raisons évidentes à une telle
disparité des résultats en ce qui concerne tant les
caractéristiques des patientes que les modalités de traitement et
les doses administrées. Ces résultats ne montrent pas d’avantage à
l’utilisation d’une association par rapport à une monothérapie.
L’épirubicine a également été associée au paclitaxel avec des
réponses histologiques variant de 6,8 % à 19 %. Les taux de
réponses cliniques et histologiques ne sont pas différents de ceux
obtenus avec l’association doxorubicine-paclitaxel. L’association
de paclitaxel et d’autres agents, notamment le cisplatine, a été
testée en situation néoadjuvante : des réponses allant de 16 à 20 %
ont été rapportées [21-23].
Essais de phase II avec le docétaxel
En monothérapie
Peu d’études ont utilisé le docétaxel en monothérapie. Leurs
résultats sont très disparates avec des réponses complètes
histologiques allant de 3 % [24] à 20 %, voire 35 % selon les
classifications utilisées [25].
En association
En association, le docétaxel a été largement étudié. Une étude de
phase II randomisée [26] compare l’association de docétaxel et de
doxorubicine (ADOC) toutes les 2 semaines pendant 4 cycles à un
schéma séquentiel AC-DOC (adriamycine-cyclophosphamide suivi de
docétaxel). Le schéma AC-DOC donne plus de réponses histologiques
complètes que le schéma ADOC (22,4 % versus 11,5 %) et un nombre
moins important d’envahissements ganglionnaires (60,7 % versus 55,4
%). Dans une autre étude de la même équipe, l’apport du tamoxifène
à l’association doxorubicine-docétaxel a été testé [27].
L’association de docétaxel et de doxorubicine entraîne des taux de
réponses complètes histologiques identiques (9 à 10 %), que le
tamoxifène lui soit associé ou non. L’association de docétaxel à
l’épirubicine donne des résultats équivalents avec des taux de
réponse cliniques de 22 % et de pCR de 16 % [28, 29]. L’association
à d’autres agents, notamment le cisplatine, permet des taux de
réponses cliniques de 52 % et histologiques de 20 % [30, 31].
Essais de phase III avec les taxanes
Six essais de phase III publiés ont comparé un traitement
néoadjuvant avec taxanes à une chimiothérapie sans taxanes. Les
associations et les modalités de traitement sont très
hétérogènes ; 3 essais utilisent le paclitaxel, 3 le docétaxel
[32]. Dans les 6 essais, les taxanes sont administés toutes les 3
semaines, le paclitaxel étant perfusé soit sur 3 heures [20, 33],
soit sur 24 heures [18]. Le nombre de cures de chimiothérapie varie
de 3 à 8.
Avec le paclitaxel
L’équipe du MD Anderson [18] a comparé chez 174 patientes 4 cures
de paclitaxel seul en perfusion de 24 heures à 4 cures de type FAC
(5-fluoro-uracile, adriamycine, cyclophosphamide). Toutes les
patientes recevaient 4 cures de FAC après la chirurgie. Le taux de
réponse clinique est le même dans les deux bras (80 % pour le
paclitaxel, 79 % pour le FAC). Le taux de réponse complète
histologique (absence de tumeur résiduelle) est de 1 % dans le bras
paclitaxel et de 12 % dans le bras FAC. La réponse est de 8 % (bras
paclitaxel) versus 17 % (bras FAC) quand la persistance in situ est
prise en compte dans les réponses complètes. Cette différence n’est
pas statistiquement significative. Une actualisation des données en
mai 2000 avec un suivi de 36 mois a rapporté 38 rechutes dans le
bras FAC contre 28 dans le bras paclitaxel. Il n’y a pas de
différence en termes de survie sans rechute et de survie globale
[34].
Pouillard et al. [20] ont comparé dans une étude randomisée
l’association doxorubicine-cyclophosphamide (AC) à la même dose de
doxorubicine associée au paclitaxel en perfusion de 3 heures (AT).
Le taux de réponses complètes histologiques est de 10 % dans le
bras AC et de 16 % dans le bras AT. Ce résultat indique que la
substitution de paclitaxel n’augmente pas de façon significative le
taux de réponses complètes histologiques.
Un petite étude de 35 patientes atteintes de cancers du sein
localement avancés [33] a comparé un traitement par 3 cycles
de paclitaxel-épirubicine préopératoires puis les 3 mêmes
cycles postopératoires à 6 cycles de FEC (3 préopératoires et 3
postopératoires). Le taux de réponses complètes cliniques est plus
élevé dans le bras paclitaxel (87 % versus 50 %) ainsi que la
réponse complète histologique (25 % versus 0 %), la valeur du p
n’est pas rapportée et il n’y a pas de données de survie.
Avec le docétaxel
Deux grands essais multicentriques randomisés ont été menés avec le
docétaxel.
L’essai d’Aberdeen [35] est le premier qui évalue l’efficacité
de l’administration séquentielle d’anthracyclines puis de
docétaxel. Cent soixante-deux patientes présentant des tumeurs du
sein opérables non accessibles à un traitement conservateur
d’emblée (T2, T3, T4) ont reçu dans un premier temps 4 cycles de
CVAP (cyclophosphamide, vincristine, doxorubicine, prednisone). Les
patientes répondeuses cliniquement étaient randomisées entre 4
cures supplémentaires de CVAP ou 4 cycles de docétaxel. Les
non-répondeuses recevaient 4 cycles de docétaxel et ne sont pas
incluses dans l’analyse. Cent quatre patientes ont répondu au CVAP
et ont été randomisées. Le suivi médian est de 65 mois. Le taux de
réponses cliniques a été significativement supérieur dans le bras
docétaxel, 85 % contre 64 % avec le CVAP. Il y a également plus de
réponses histologiques complètes chez les patientes recevant du
docétaxel : 31 % contre 15 % chez celles qui n’en recevaient
pas. La survie sans rechute à 5 ans est plus élevée chez les
patientes recevant du docétaxel (90 % versus 72 %, p = 0,04). Chez
les patientes non répondeuses au CVAP, le traitement par docétaxel
entraîne un taux de réponse clinique de 11 % et une patiente a eu
une réponse histologique complète [36].
L’essai du NSABP B27 [37] est le plus important des essais
néoadjuvants et le seul ayant le pouvoir statistique de détecter un
bénéfice en termes de survie. Entre 1995 et 2001, 2411 patientes
ayant un cancer du sein opérable (diamètre moyen de la tumeur 45
mm) ont été randomisées entre 4 cycles
d’adriamycine-cyclophosphamide (AC) suivis de chirurgie (804
patientes), 4 cycles d’AC suivis de 4 cycles de docétaxel puis
chirurgie (805 patientes), 4 cycles d’AC puis chirurgie suivie de 4
cures de docétaxel (802). L’objectif principal de l’essai était de
déterminer si l’addition de 4 cures de docétaxel augmente la survie
sans maladie et la survie globale. Le taux de réponses cliniques
complètes est de 40 % dans le bras AC, 65 % dans le bras AC suivi
de docétaxel préopératoire. Le taux de réponses complètes
histologiques est de 14 % (10 % absence de tumeur, 4 % persistance
de carcinome in situ) dans le bras AC seul (1492 patientes) contre
26 % dans le groupe avec docétaxel (19 % absence de tumeur, 7 %
carcinome in situ, p < 0,001). Il faut noter que la
significativité n’est pas donnée quand les carcinomes in situ sont
exclus et que seule l’absence de toute lésion carcinomateuse est
prise en compte (10 % versus 19 %). Moins de patientes ont un
envahissement ganglionnaire dans le groupe docétaxel (40 % versus
48 %, p < 0,001). Le taux de conservation mammaire est le même
dans les deux groupes (64 versus 62 %, p = 0.3). Les données
de survie globale et survie sans rechute ne sont pas encore
publiées. Les résultats sont résumés dans le tableau 3( Tableau 3 ).
Les données de ces études suggèrent que l’addition de docétaxel
après chimiothérapie par anthracycline augmente le taux de réponses
cliniques et histologiques complètes.
L’étude ACCOG [38] est un essai de phase III comparant
l’association adriamycine et docétaxel (AD) à l’association
adriamycine-cyclophosphamide (AC) dans les tumeurs du sein de plus
de 3 cm, localement avancées ou inflammatoires chez 363 patientes.
La réponse clinique est plus importante avec l’association AD (72 %
versus 62 %, p = 0,07) ; il n’ y a pas de différence
significative pour le taux de réponse histologique, le statut
ganglionnaire et la toxicité.
Tableau 3 Résultats du protocole NSABP-B27
|
Réponse (%)
|
AC
|
AC-docétaxel
|
p
|
|
Objective
|
85,7
|
91,1
|
|
|
Complète
|
40,4
|
64,8
|
< 0,001
|
|
Mastectomie
|
38,4
|
36,8
|
0,70
|
|
Histologique complète (persistance de carcinome in situ)
|
13,7
|
25,6
|
< 0,001
|
|
N0
|
50,7
|
58,1
|
0,0004
|
Traitement séquentiel par rapport aux associations
La comparaison d’une chimiothérapie par doxorubicine-docétaxel soit
en association concomitante, soit en traitement séquentiel a été
publiée [39]. Les patientes ayant un cancer du sein de stade II ou
III ont été traitées soit par 3 cures d’adriamycine 75
mg/m2 toutes les 2 semaines suivies de 3 cures de
docétaxel 100 mg/m2, soit par une association de
docétaxel (75 mg/m2) et adriamycine (56
mg/m2) toutes les 3 semaines pendant 4 cures. Dans
les deux bras, les doses de doxorubicine et de docétaxel,
l’efficacité clinique et la réponse histologique complète étaient
les mêmes. Les patientes qui ont reçu la chimiothérapie
séquentielle ont moins de ganglions axillaires envahis.
L’étude Gepar-Duo [40] citée plus haut confirme ces données de
supériorité du traitement séquentiel. Dans une autre étude de la
même équipe, 913 patientes ayant des tumeurs T2-3 N0-2 ont été
randomisées entre 4 cures d’une association de
doxorubicine-docétaxel tous les 14 jours ou un traitement
séquentiel de 4 cures de cyclophosphamide et adriamycine toutes les
3 semaines suivies de 4 cures de docétaxel (AC-DOC). La durée de
traitement était de 8 semaines dans le premier bras et de 24
semaines dans le bras AC-DOC. Les patientes recevant le traitement
séquentiel ont plus de réponses histologiques complètes (22,4 %
versus 11,5 %) et moins d’envahissements ganglionnaires.
Les différentes études (NSABP, Aberdeen, Gepar-Duo) sont en
faveur d’un traitement séquentiel plutôt que combiné en termes de
réponses histologiques complètes. Ces données montrent également
que, chez les patientes qui répondent à un traitement initial par
anthracyclines, l’adjonction de docétaxel est une approche plus
performante que la poursuite des anthracyclines.
Traitement par trastuzumab : données de la
littérature
Les données sont encore peu nombreuses et les publications finales
sont en attente. Le trastuzumab prolonge la survie des patientes
atteintes de cancer du sein métastatique ayant une surexpression de
HER2 [41, 42].
Une étude de phase 2 incluant 33 patientes ayant un cancer du
sein localement avancé HER+++ et traitées par une association de
docétaxel, cisplatine et trastuzumab a rapporté des taux de
réponses complètes histologiques de 23 % au niveau du sein et de 17
% au niveau du sein et des ganglions [43, 44].
Une étude de phase II [45] a étudié l’association de paclitaxel
et trastuzumab (11 injections) chez 40 patientes ayant un cancer du
sein de stade II ou III HER2++ ou +++ en préopératoire. En
postopératoire, les patientes recevaient 4 cures d’adriamycine et
de cyclosphosphamide. Le taux de réponses cliniques préopératoire
est de 75 % (84 % chez les patientes HER2+++, 38 % chez les
patientes HER2++) avec un taux de réponses complètes histologiques
de 18 %.
Des études de phase III sont en cours dans cette indication.
Au congrès de l’Asco 2004, l’équipe du MD Anderson [36] a
rapporté des taux de réponses très impressionnants. Cent
soixante-quatre patientes ayant un cancer du sein localement avancé
surexprimant HER2 étaient randomisées entre 4 cures de paclitaxel
suivies de 4 cures de FEC, avec ou sans trastuzumab. L’essai a été
arrêté précocement par le comité de surveillance après l’inclusion
de 42 patientes. Le taux de réponses complètes histologiques était
de 25 % dans le bras chimiothérapie seule contre 67 % dans le bras
trastuzumab. Les patientes n’ayant pas d’envahissement
ganglionnaire ont été également plus nombreuses dans le bras
trastuzumab (75 % versus 89 %). Le trastuzumab était donné en
même temps que les anthracyclines et la toxicité cardiaque n’a pas
été majorée. La publication finale est attendue ainsi que la
confirmation de ces résultats dans de plus larges essais.
Conclusion
Le rôle de la chimiothérapie néoadjuvante a beaucoup évolué ces
vingt dernières années, depuis l’époque où elle était réservée aux
tumeurs du sein localement évoluées inopérables. Elle est
maintenant utilisée dans des tumeurs opérables mais non accessibles
à un traitement conservateur. Les essais randomisés avant taxanes
n’ont pas montré d’avantage en termes de survie sans progression et
de survie globale à une approche néoadjuvante. La chimiothérapie
néoadjuvante pourrait permettre un traitement conservateur en cas
de réponse à la chimiothérapie initiale. Cependant, aucun essai de
phase III n’a posé la question directement en prenant comme
objectif principal le taux de conservation mammaire. De plus, dans
une étude (NSABP B18), les femmes plus jeunes (< 50 ans)
semblent exposées à un risque accru de rechutes locales quand une
chirurgie conservatrice est pratiquée après chimiothérapie alors
qu’une mammectomie initiale était prévue. Les grandes études
évaluant l’apport de la chimiothérapie néoadjuvante ont confirmé
que la réponse histologique complète est un excellent facteur
prédictif de la survie sans rechute et de la survie globale.
Les taxanes sont des molécules actives dans le cancer du sein.
Deux études utilisant le docétaxel après anthracyclines ont montré
une augmentation du taux de réponse complète histologique et de la
survie dans un essai. Des questions restent ouvertes quant à
l’utilisation optimale de ces molécules : association ou
traitement séquentiel avec les anthracyclines ; en cas de
traitement séquentiel, utilisation première d’anthracyclines ou de
taxanes, chimothérapie hebdomadaire ou toutes les 3 semaines
notamment pour le paclitaxel. Enfin, la place du trastuzumab dans
l’approche néoadjuvante est en cours d’évaluation. En 2004, les
études de chimiothérapie néoadjuvante devraient intégrer des essais
sur les marqueurs biologiques de réponse à la chimiothérapie.
Références
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