John Libbey Eurotext

Innovations & Thérapeutiques en Oncologie

La recherche fondamentale, mère des progrès thérapeutiques Volume 3, numéro 2, Mars-Avril 2017

Nous assistons depuis quelques années à une accélération considérable de l’innovation thérapeutique en oncologie : en 2016, ce ne sont pas moins de 40 nouveaux médicaments qui ont obtenu une autorisation de mise sur le marché… Pour ceux de la vieille génération, qui n’attendaient de l’innovation thérapeutique, en 1995, qu’un nouveau taxane et une nouvelle camptothécine et ont vu naître et grandir le concept de thérapie ciblée ; pour ceux qui, comme la plupart de nos lecteurs, ont découvert tout récemment que l’on pouvait réactiver efficacement la surveillance immunologique des cancers, les progrès sont inespérés, prodigieux, extraordinaires … mais ils ne tiennent pas du miracle ! Si miracle il y a, c’est celui de la recherche fondamentale qui a permis leur essor. Si les voies de signalisation n’avaient pas été décortiquées, dans leur variété et leur complexité ; si les mécanismes de régulation de l’activation des lymphocytes T n’avaient pas été décryptés avec patience et rigueur, nous n’en serions pas là. Il faut poursuivre et soutenir, inlassablement, la recherche biologique. Les outils dont elle dispose, dans l’ère post-génomique, sont considérables et les techniques disponibles pour comprendre le vivant sont d’une inégalable performance. Je vois avec émerveillement les jeunes thésards de mon unité de recherche jongler avec les approches les plus diverses ; les vieilles distinctions entre les sciences biologiques (histologie, physiologie, biologie cellulaire, biochimie, biophysique, etc.) n’ont plus raison d’être : il s’agit de résoudre des problèmes, non d’utiliser un éventail restreint de techniques disponibles dans sa discipline.

Les fruits de cette recherche, nous les voyons en thérapeutique. Bien sûr, pour aller de la découverte fondamentale au médicament, il reste un travail considérable à accomplir et c’est un domaine où l’imagination du chercheur peut être mise en œuvre : anticorps simples, anticorps bispécifiques, thérapies cellulaires de l’immunité, remaniements génétiques ex vivo, etc. La diversité des approches possibles autour de chaque antigène tumoral, qu’il participe à l’oncogenèse ou non, est importante. L’hématologie est souvent la première à bénéficier des approches nouvelles en cancérologie et nous lui faisons une large part dans ce numéro. Audrey Le Gouellec, Bertrand Toussaint et Sophie Park (p. 73-78) nous apportent une revue générale de synthèse sur le ciblage des mécanismes immunosuppresseurs : ciblage des points de contrôle que l’on commence maintenant à bien identifier (CTLA-4, PD1/PD-L1) mais aussi ciblage des enzymes immunosuppressives, moins populaires auprès de la communauté oncologique mais qui gagnent à être connues. Aurélie Cabannes-Hamy et Nicolas Boissel (p. 63-71) font le tour des nouvelles thérapeutiques « immunologiques » des leucémies aiguës lymphoblastiques, un domaine où les progrès sont constants et les approches nombreuses.

Les tumeurs solides, qui représentent, rappelons-le, l’immense majorité des cancers, ne sont pas oubliées dans ce numéro : nos rédacteurs en chef nous apportent des nouvelles de l’ASCO (p. 79-98) dans leurs domaines de prédilection. Plutôt que de faire une liste fastidieuse des communications et conférences marquantes, ils ont sélectionné quelques points qu’ils ont jugé essentiels : citons ici, par exemple, la place importante que prend l’abiratérone dans les cancers de la prostate ; le maintien du standard de six mois de traitement adjuvant des cancers du côlon ; l’apport du double ciblage du récepteur HER2 dans les cancers du sein et quelques autres.

Enfin, notre nouvelle rubrique de style « magazine » prend son essor dans ce numéro (p. 53-61). Bruno Echinard a sélectionné quelques-unes des publications marquantes, encore sous presse le plus souvent, qui nous font entrevoir des changements importants dans notre conception de l’oncogenèse et dans les pratiques thérapeutiques, sans oublier quelques points d’épidémiologie. Sans doute certaines de ces « brèves » pourront servir de point de départ à des articles de synthèse dans un des prochains numéros d’ITO, si l’« essai » présenté ici, pour parler le langage du sport, est « transformé » en une complète réussite.

Nous vous souhaitons à toutes et tous une excellente lecture et une prise de conscience des innovations recensées dans ce numéro… que nous aurions voulu vous faire connaître plus tôt si les exigences de nos relecteurs n’en avaient pas retardé la sortie…

Liens d’intérêts

les auteurs déclarent ne pas avoir de lien d’intérêt.

Remerciements et autres mentions

Financement : aucun.