John Libbey Eurotext

Hématologie

Relecture anatomopathologique nationale des diagnostics de lymphome Volume 23, numéro 4, Juillet-Août 2017

Illustrations

  • Figure 1

La classification 2008 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) décrit plus de quatre-vingts lymphomes différents dont le diagnostic histologique n’est pas toujours aisé pour un anatomopathologiste n’étant pas expert en hématopathologie [1]. De précédentes études ont montré des différences de diagnostic très variables entre anatomopathologistes non experts et experts, avec un impact parfois important sur la prise en charge thérapeutique des patients [2-4]. Ces études sont souvent rétrospectives et monocentriques ; elles incluent généralement un faible nombre de patients et la plupart ont été publiées avant la parution de la classification OMS 2008.

Le réseau français Lymphopath, créé en 2010, vient de publier dans le Journal of Clinical Oncology une évaluation prospective de l’impact d’une relecture par des anatomopathologistes experts en hématopathologie sur la prise en charge des patients ayant une suspicion de lymphome, avant que ceux-ci ne soient traités [5].

Les diagnostics initiaux (établis par les anatomopathologistes non experts) et finaux (ceux établis par les anatomopathologistes experts) ont été comparés, avec comme référence la classification OMS 2008. Parmi les diagnostics initiaux, on distinguait les diagnostics formels des diagnostics provisoires. Afin d’évaluer l’impact de cette expertise sur la prise en charge du patient, les changements de diagnostic étaient analysés a posteriori par un hématologue et classés en changements majeurs ou mineurs.

De janvier 2010 à décembre 2013, les échantillons de 42 145 patients ont été transmis au réseau Lymphopath pour suspicion de lymphome, parmi lesquels 36 920 avaient un lymphome à cellules matures. Parmi ces 36 920 patients, 4 352 avaient un lymphome cutané et 32 568 un lymphome non cutané. La distribution des types histologiques de ces 32 568 lymphomes à cellules matures non cutanés, après relecture par un expert, est présentée en figure 1 : 78,29 % avaient un lymphome non hodgkinien de type B (LNH-B), 14,47 % une maladie de Hodgkin et 6,29 % un LNH-T. Parmi les LNH-B, les entités les plus fréquentes étaient les lymphomes B diffus à grandes cellules (39 %), les lymphomes folliculaires (19,61 % pour les grades 1, 2 et 3A réunis) et les MALT (7,46 %). Parmi les LNH-T non cutanés, les lymphomes T angio-immunoblastiques étaient les plus fréquents (36,07 %), suivis des lymphomes T périphériques sans spécificités (26,89 %) et des lymphomes anaplasiques à grandes cellules (16,45 % Alk+ et Alk- réunis). Concernant les lymphomes de Hodgkin, la grande majorité étaient de forme classique (89,8 %), dont la plupart de type scléronodulaire. Une différence entre le diagnostic initial et le diagnostic final était observée dans 19,7 % des cas : le changement était considéré comme majeur (c’est-à-dire avec un impact important sur la prise en charge du patient) dans 17,4 % des cas, mineur dans 2,3 % des cas (principalement des différences dans le grading des lymphomes folliculaires et dans la classification des sous-types de lymphomes B diffus à grandes cellules). Ces différences entre diagnostics initial et final étaient plus importantes dans les cas où l’échantillon était envoyé à l’expert avec un diagnostic provisoire que dans ceux où il était envoyé avec un diagnostic formel.

 

Nous pouvons également souligner que cette étude met en avant un taux de concordance plus élevé entre les experts (99,05 %) que dans les précédentes études. Pour les aider dans leurs diagnostics, les experts ont notamment utilisé des techniques innovantes comme l’hybridation in situ en fluorescence (FISH) ou la biologie moléculaire. À noter que pour 200 patients ayant un diagnostic initial de pathologie bénigne, l’expertise a finalement permis le diagnostic de lymphome, ce qui constitue un impact considérable sur le traitement et le pronostic de ces patients. Cependant, cette étude, qui est nationale, ne reflète pas l’épidémiologie des lymphomes à l’échelle mondiale, du fait des variations ethniques et géographiques de ces pathologies.

Cette étude prospective est la plus importante jamais réalisée dans la relecture des diagnostics de lymphomes à un échelon national. Elle permet d’établir, de manière précise, l’épidémiologie des différents types histologiques de lymphomes en France, et surtout de montrer l’impact considérable d’une revue des échantillons par des anatomopathologistes experts sur la prise en charge des patients.