John Libbey Eurotext

Hématologie

Lymphomes folliculaires de haut risque et rechute précoce après immunochimiothérapie : apport de l’idélalisib Volume 23, numéro 4, Juillet-Août 2017

Le lymphome folliculaire est le lymphome non hodgkinien (LNH) indolent le plus fréquent (environ 22 % des LNH) [1]. Une sous-population de patients atteints de lymphome folliculaire, dit de haut risque, dont la progression intervient dans les vingt-quatre mois du traitement inaugural par immunochimiothérapie, a une moins bonne survie [2].

L’idélalisib, un inhibiteur hautement sélectif de l’isoforme δ de la phosphoinositide 3-kinase (PI3K), possède une indication en monothérapie dans le lymphome folliculaire réfractaire à deux lignes de traitement [3]. L’étude de phase II menée par Gopal et al.[4], portant sur 125 patients atteints de LNH indolents en rechute et réfractaires après des traitements par rituximab et des agents alkylants, révélait une efficacité intéressante et une tolérance satisfaisante de l’idelalisib. Avec une durée moyenne de traitement de 6,6 mois, 90 % des patients présentaient une réduction de la somme des diamètres ganglionnaires tumoraux. Le taux de réponse globale atteignait 57 % des 125 patients, avec sept réponses complètes (6 %) et soixante-trois réponses partielles (50 %), avec une durée de réponse moyenne de 12,5 mois et une survie sans progression (SSP) de onze mois.

Afin d’évaluer l’efficacité de l’idélalisib sur les lymphomes folliculaires de haut risque, les auteurs [5] ont réalisé une analyse rétrospective post-hoc sur les seules données des patients présentant une progression précoce d’un lymphome folliculaire après immunochimiothérapie. Parmi les soixante-douze patients atteints de lymphome folliculaire, seulement quarante-six avaient reçu une immunochimiothérapie en première ligne de traitement : neuf avaient progressé après vingt-quatre mois tandis que trente-sept avaient progressé dans les vingt-quatre mois suivant l’initiation de l’immunochimiothérapie. Sur ces trente-sept lymphomes folliculaires de haut risque, dix-neuf étaient des hommes et dix-huit des femmes (respectivement 51 et 49 %) avec des grades histologiques très majoritairement à 1 ou 2 (89 %). Le délai moyen entre le début de l’immunochimiothérapie initiale et l’initiation de l’idélalisib était de 30,3 mois (8,9-94,7).

Après une durée moyenne de traitement par idélalisib de 8,2 mois (0,6-29,0), vingt-deux patients (59 %) présentaient une réduction d’au moins 50 % de la somme des diamètres ganglionnaires tumoraux. Le taux de réponse globale était de 57 % (21/37), dont cinq réponses complètes (13 %) et seize réponses partielles (43 %). La durée moyenne de réponse était de 11,8 mois (3,8-NA) et la SSP de 11,1 mois (5,5-19,3). La probabilité de survie à soixante mois après la progression initiale était de 79 % (± 8 %) et la probabilité de survie à vingt-quatre mois après initiation de l’idélalisib de 79 % (± 7 %). La médiane de survie globale n’est pas atteinte.

En termes de tolérance, trente-quatre (92 %) et dix-neuf (51 %) des patients recevaient la dose optimale d’idélalisib (150 mg × 2/j) après respectivement deux et six mois de traitement. Vingt patients ont réduit les posologies (100 mg × 2/j chez treize patients et 75 mg × 2/j chez sept patients) en lien avec des élévations des transaminases, de la diarrhée ou une neutropénie. Les principaux effets indésirables étaient de la diarrhée (51 %), de la toux (40 %), de la fièvre (35 %), des nausées (32 %) ou une neutropénie (24 %). Dix-neuf patients (51 %) ont présenté des effets indésirables graves à type de fièvre (19 %), de diarrhée (11 %) ou de pneumopathie (11 %). Deux décès sont survenus, une pneumopathie et un infarctus splénique, possiblement en lien avec le traitement par idélalisib.

Cette étude apporte donc les premières données sur l’efficacité de l’idélalisib en traitement de la rechute précoce des patients atteints de lymphome folliculaire de haut risque. Le profil de tolérance dans cette indication est comparable aux données de la littérature. L’idélalisib pourrait donc représenter une alternative thérapeutique dans la prise en charge des patients atteints de lymphome folliculaire, y compris de haut risque, réfractaires à l’immunochimiothérapie. Des études cliniques supplémentaires sont nécessaires pour conforter ces données.