John Libbey Eurotext

Environnement, Risques & Santé

Perception de la qualité de l’air intérieur, du confort et de la santé dans les espaces de bureaux, et relations avec les caractéristiques techniques des bâtiments. Volet français du projet OFFICAIR, Partie 1 Volume 16, numéro 6, Novembre-Décembre 2017

Illustrations

  • Figure 1
  • Figure 2
  • Figure 3
  • Figure 4

Tableaux

La qualité environnementale des espaces de travail constitue un élément fondamental du bien-être, de la santé et de la performance [1, 2]. Au cours des dernières décennies, des études ont documenté le confort et la santé dans les bâtiments de bureaux dans différents pays, États-Unis [3], Royaume-Uni [4], Pays-Bas [5], Danemark [6], et lors d’études européennes multicentriques [7, 8]. Cependant les bâtiments de bureaux ont évolué, tant d’un point de vue constructif (bâtiment de grande hauteur, généralisation des systèmes mécaniques de ventilation et de climatisation, etc.) qu’organisationnel (postes de travail mobiles au sein d’un bâtiment, interdiction du tabagisme, etc.). Constatant l’absence de données relatives au confort et à la qualité de l’environnement intérieur dans ces « nouveaux » bâtiments, la Direction générale en charge de la recherche de la Commission européenne a initié le projet OFFICAIR (www.officair-project.eu) qui visait à acquérir des connaissances sur la qualité de l’environnement intérieur, la santé et le confort dans les bâtiments de bureaux neufs ou réhabilités depuis moins de dix ans. Mené entre 2010 et 2014, le projet OFFICAIR a impliqué treize partenaires de huit pays européens : Espagne, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Italie, Pays-Bas et Portugal. Le projet OFFICAIR s’est appuyé sur des enquêtes de terrain à différentes échelles : audit d’un large panel de bâtiments avec questionnaires (phase 1), mesures approfondies de la qualité de l’air intérieur (QAI) à deux saisons contrastées dans un nombre plus restreint de bâtiments (phase 2 – voir article p. 565-74) et étude d’intervention dans un bâtiment par pays (phase 3). Bluyssen et al. ont exploité les données de la phase 1 pour l’ensemble des 167 bâtiments et 7 441 répondants [9], et ont montré que les principaux motifs d’insatisfaction vis-à-vis du confort global étaient le bruit des sources intérieures autres que les systèmes (i.e., le bruit des autres occupants), l’air sec et la température trop variable. Les principaux symptômes survenus au cours des quatre dernières semaines et attribués par les occupants à leur bâtiment étaient les yeux secs et les maux de tête. Certaines caractéristiques des bâtiments ont été associées à la perception du confort et aux événements de santé. Afin d’étudier plus spécifiquement la situation française et examiner si les mêmes conclusions s’appliquent, les données relatives aux 21 bâtiments de bureaux français ayant participé à la phase 1 ont été traitées et sont présentées dans le présent article. Après une description des bâtiments et des répondants, la perception du confort et les symptômes sanitaires attribués au bâtiment par les occupants sont décrits. Puis, les déterminants du confort et de la santé perçus sont recherchés afin d’identifier des leviers d’action pour l’amélioration du confort et de la santé des occupants des bâtiments de bureaux en France.

Matériel et méthodes

Recrutement des bâtiments de bureaux

Vingt-et-un bâtiments de bureaux situés dans les villes et agglomérations de Paris, Lille, Angers, Strasbourg, Nancy, Lyon, Grenoble et Saint-Étienne, ont été recrutés sur la base du volontariat. Les bâtiments devaient avoir été construits ou entièrement rénovés depuis moins de 10 ans, être dans leur configuration actuelle depuis au moins un an et ne pas avoir prévu de rénovation pendant la durée de l’étude. Afin de garantir suffisamment de participants, au moins 50 personnes devaient travailler dans le bâtiment. Le recrutement était également fait de façon à couvrir des zones variées, rurales et urbaines, et à représenter différents secteurs d’activités, publics et privés. Enfin, les bâtiments ne devaient pas présenter un historique connu de plaintes des occupants.

Audit technique des bâtiments

Chaque bâtiment a fait l’objet d’un audit technique d’une demi-journée au moyen d’une grille préalablement établie. Les informations collectées portaient sur les caractéristiques générales du bâtiment (date de construction, date de rénovation, nombre d’occupants, superficie, etc.), l’environnement extérieur (sources de bruit, proximité d’axes routiers, etc.), les systèmes de chauffage et de ventilation, les équipements bureautiques (imprimantes, photocopieurs, etc.), la maintenance, l’entretien et le nettoyage des locaux, et les problèmes d’humidité et autres incidents ou dégâts des eaux récents.

Questionnaire individuel

La collecte des informations auprès des occupants a été réalisée par le biais d’une interface web sécurisée et confidentielle. Après avoir été informés des objectifs de l’étude au moyen d’un courrier électronique envoyé une semaine avant le démarrage, les occupants disposaient d’un accès au questionnaire pendant une période de deux semaines (d’un lundi au vendredi de la semaine suivante). Le questionnaire visait à documenter le confort thermique, acoustique, visuel et global perçu par les occupants au cours des quatre dernières semaines, ainsi que les symptômes sanitaires attribués par les répondants à la fréquentation du bâtiment durant cette même période : maux de tête, irritations des yeux, des voies respiratoires, fatigue, etc. Les antécédents de santé et les traitements médicaux actuels et antérieurs étaient également documentés. L’environnement physique du poste de travail (bruit, luminosité, décoration, possibilités de contrôle de la température, de l’éclairage, de la ventilation, etc.) était renseigné par les participants. Le questionnaire incluait également des informations sociodémographiques (sexe, âge, niveau d’éducation, statut familial, etc.) et des questions sur le mode de vie (tabagisme, consommation d’alcool, de café, etc.), l’emploi (contrat de travail, type d’emploi, ancienneté dans l’entreprise, temps de trajet hebdomadaire) et les facteurs psycho-sociaux (stress, état émotionnel, événements personnels récents). Un jeu de questions relatives aux efforts fournis et à la reconnaissance reçue permettait de calculer l’ERI, Effort/Reward Imbalance, un indicateur standardisé de stress au travail [10]. Lorsqu’il est supérieur à 1, il indique un déséquilibre vers un sentiment d’efforts non reconnus. L’ensemble des questions étaient issues de questionnaires standardisés, déjà utilisés lors de précédentes études [9]. Dans les 21 bâtiments, les audits techniques et les questionnaires individuels ont été complétés pendant la période allant de début janvier à mi-avril 2012.

Analyse statistique

Les informations collectées ont été stockées dans une base de données MySQL. Des contrôles de cohérence pour supprimer ou corriger les données incorrectes ou incohérentes de l’audit technique ont été réalisés. Pour le questionnaire individuel, certaines variables ont été recodées, et de nouvelles créées. La plupart des questions exprimant la satisfaction étaient en effet notées sur une échelle à 7 niveaux (de 1 : insatisfait, à 7 : satisfait). Un répondant était considéré comme insatisfait pour une note de 1 à 3, et satisfait pour une note de 4 à 7, ce qui a permis d’exprimer un pourcentage d’occupants insatisfaits vis-à-vis d’un paramètre à l’échelle de chaque bâtiment. D’autres questions disposaient d’une échelle bipolaire. La température perçue, par exemple, était renseignée sur une échelle allant de 1 (trop froide) à 7 (trop chaude). Dans ce cas, les occupants étaient considérés insatisfaits par le froid s’ils répondaient 1 ou 2, ou insatisfaits par le chaud s’ils répondaient 6 ou 7. Les symptômes attribués par chaque occupant à son bâtiment ont été comptabilisés en combinant les questions suivantes, selon la méthode de Raw et al.[11] :

  • « Au cours des quatre dernières semaines, combien de jours avez-vous ressenti un des symptômes suivants lorsque vous étiez au travail (y compris aujourd’hui) ? (aucun ; 1 à 3 jours ; 1 à 3 jours par semaine ; tous les jours ou presque) » ;
  • « Vous sentiez-vous mieux les jours non travaillés (week-ends, congés) ? (oui / non) ».

Chaque symptôme pour lequel l’occupant répondait positivement à la seconde question était considéré comme attribué au bâtiment. Parmi les symptômes étudiés et attribués au bâtiment, cinq sont communément retenus pour décrire le syndrome des bâtiments malsains, ou Sick Building Syndrome[11] : yeux secs, nez bouché, gorge irritée, mal de tête et fatigue. Pour chaque occupant, le nombre de symptômes parmi ces cinq, ressentis au cours des quatre dernières semaines et attribués au bâtiment, définit son PSI-5 (Personal Symptom Index). Le PSI-5 varie ainsi de 0 (aucun symptôme présent et attribué au bâtiment parmi les cinq) à 5 (tous les symptômes présents et attribués au bâtiment par l’occupant). Pour chaque bâtiment, la moyenne des PSI-5 des répondants fournit le BSI-5 (Building Syndrome Index).

Les analyses effectuées étaient des statistiques descriptives (moyenne, écart-type, médiane, minimum, maximum et tableau de fréquence) et des régressions linéaires généralisées multiniveaux à l’échelle de l’occupant. Ces régressions ont été utilisées pour établir les liens entre les caractéristiques des bâtiments et des occupants, d’une part, et la perception de la QAI, du confort global et le PSI-5, d’autre part, tenant compte de la structure hiérarchique des données. En effet, les données ne sont pas indépendantes, mais structurées en deux niveaux ce qui transgresse l’hypothèse d’indépendance des observations des modèles linéaires classiques. Le premier niveau correspondait aux occupants (1 190 répondants) et le second aux bâtiments (21). Certains répondants pouvaient partager le même bureau. Néanmoins, il n’a pas été possible d’introduire le niveau supplémentaire « bureau » car l’information n’était pas disponible du fait de l’anonymat des participants. Les variables continues ont été centrées et non log-transformées. Les modèles ont été estimés par le maximum de vraisemblance restreint avec l’algorithme de Newton-Raphson. La structure de covariance utilisée était σ2I. La construction du modèle a été réalisée en plusieurs étapes.

  • Un modèle vide, c’est-à-dire sans variable explicative, a été estimé.
  • Chaque variable a été introduite individuellement dans le modèle. Puis, les variables avec une p-value inférieure à 0,20 ont été introduites simultanément dans le modèle complet, après avoir analysé les corrélations et les dépendances.
  • Une recherche pas à pas descendante a été effectuée afin d’obtenir le meilleur modèle selon les critères d’information d’Akaike (AIC) et bayésien (BIC). Le meilleur modèle est celui qui minimise ces deux critères. La qualité du modèle a également été évaluée par le pseudo R2 de Snijders [12].
  • Une analyse de sensibilité a été effectuée en retirant de l’échantillon les bâtiments avec moins de 30 répondants. Les modèles ne sont pas apparus sensibles à la différence de répondants par bâtiment (résultats non présentés).

Les analyses ont été réalisées avec le logiciel SAS version 9.4, avec la PROC MIXED pour les régressions linéaires généralisées multiniveaux. Le niveau de significativité des tests a été fixé à 5 %.

Résultats

Caractéristiques des bâtiments et des répondants

Les tableaux 1 et 2 présentent respectivement les caractéristiques des 21 bâtiments et celles des 1 190 répondants. Dix bâtiments sont neufs, construits entre 2000 et 2009, tandis que les onze autres, construits entre 1930 et 2001, ont été entièrement rénovés entre 2002 et 2012. La surface des bâtiments varie de 800 à 31 000 m2. Tous sont équipés d’une ventilation mécanique contrôlée (VMC) : 19 en double flux et 2 en simple flux. Seize sont climatisés.

Concernant les occupants, 3 780 personnes ont été sollicitées par courrier électronique pour répondre au questionnaire et 1 190 ont répondu. Le taux de réponse varie de 16 à 84 % selon les bâtiments, soit un taux de réponse moyen de 37 % pour la France (41 % à l’échelle européenne). En moyenne, les personnes ayant répondu travaillent dans le bâtiment depuis six ans et à ce poste de travail depuis cinq ans. La majorité des répondants sont des femmes (54 %) et 53 % ont un bac +5 ou plus. L’indicateur individuel standardisé d’équilibre entre l’effort fourni et la reconnaissance, l’ERI, est en moyenne égal à 0,89 (écart-type : 0,30), indiquant un équilibre favorable. Moins d’un tiers des répondants travaillent dans un bureau paysager (open space). Pour 17 % des répondants, la ou les fenêtres du bureau ne sont pas ouvrables. Enfin, 38 % des répondants ont une photocopieuse et/ou une imprimante dans leur bureau.

Dans 16 bâtiments, il existe un système de recueil des plaintes vis-à-vis de l’environnement intérieur. Pour 49 % des répondants, il n’y a pas de tel dispositif ou bien aucune suite n’est donnée en cas de plainte ; pour 13 % une réponse satisfaisante est apportée et pour 37 % la réponse apportée n’est pas satisfaisante (réponse manquante pour 1 % des répondants).

Perception de l’environnement intérieur et effets sanitaires attribués au bâtiment

Confort perçu

La figure 1 rapporte les pourcentages de répondants insatisfaits dans les 21 bâtiments pour les différents aspects du confort. Le bruit est le principal motif d’insatisfaction (43 %), suivi de la QAI (38 %) et du confort thermique (36 %). Ces résultats sont similaires à ceux obtenus dans l’échantillon européen (167 bâtiments de bureaux, 7 441 répondants) [9].

Les pourcentages de répondants insatisfaits vis-à-vis des composantes plus détaillées de l’environnement intérieur sont rapportés en figures 2 et 3. L’insatisfaction relative au confort thermique est principalement liée à la température trop variable au cours de la journée (25 % d’insatisfaits). Concernant la QAI, 48 % des répondants estiment que l’air est trop sec et 46 % que l’air est trop confiné. L’insatisfaction liée à la lumière est principalement due à l’éblouissement (39 %). Enfin, s’agissant du confort acoustique, l’insatisfaction la plus fréquente concerne le bruit des autres occupants (54 %). Ces motifs d’insatisfaction sont globalement similaires entre les échantillons français et européen [9].

Effets sanitaires rapportés par les occupants et attribués au bâtiment

La prévalence des symptômes que les répondants attribuent au bâtiment est présentée sur la figure 4. Les symptômes les plus fréquents sont le mal de tête (31 %), les yeux secs (27 %), les yeux larmoyants ou irrités (21 %) et la gorge sèche ou irritée (21 %). À l’instar du confort perçu, les symptômes attribués au bâtiment et leurs prévalences sont globalement similaires entre les échantillons français et européen [9]. Le PSI-5 des 1 190 répondants français varie de 0 à 5 avec une moyenne à 0,90 (écart-type : 1,2).

Déterminants de la qualité de l’air intérieur perçue, du confort global perçu et du PSI-5

Les résultats de la recherche des facteurs explicatifs de la QAI perçue, du confort perçu et du PSI-5 sont présentés dans les tableaux 3, 4 et 5. Toutes les variables descriptives des bâtiments et des répondants décrites précédemment ont été introduites dans l’analyse multiniveaux, excepté le type de système de ventilation, ainsi que le préchauffage et l’humidification de l’air soufflé car certaines modalités sont trop peu représentées (< 3). La perception de la propreté et du contrôle de la température ont été ajoutées. La perception du contrôle sur le bruit n’a pas été introduite car cette variable est trop fortement corrélée à celle du contrôle de la température.

Facteurs expliquant la perception de la qualité de l’air intérieur

Le tableau 3 présente les résultats de la régression linéaire multiniveaux pour la perception de la QAI. Les résultats montrent qu’aucune caractéristique du bâtiment ni de l’espace de travail n’est significativement associée à la perception de la QAI ; en revanche, les caractéristiques individuelles le sont significativement. Plus précisément, les individus qui estiment mieux contrôler la température dans leur bureau ont une meilleure perception de la QAI. De même, les individus qui ont une meilleure perception de la propreté de leur bureau perçoivent plus positivement la QAI en moyenne. À l’inverse, les individus qui suivent un traitement médical ont en moyenne une plus mauvaise perception de la QAI. Les femmes ont une plus mauvaise perception de la QAI que les hommes. Enfin, les personnes ayant une réponse insatisfaisante (lente et/ou inefficace) à une demande d’amélioration de l’environnement intérieur ont une plus mauvaise perception de la QAI que les personnes qui n’ont effectué aucune demande.

Facteurs expliquant la perception du confort

Le tableau 4 présente les résultats de la régression linéaire multiniveaux pour la perception du confort. Deux caractéristiques propres au bâtiment et à l’espace de travail sont associées au confort perçu. D’une part, les individus travaillant dans des bureaux paysagers (open space) ont des scores de satisfaction du confort plus faibles que ceux travaillant dans des bureaux individuels. D’autre part, les individus dans des bâtiments avec un système de refroidissement au niveau de la centrale de traitement d’air ont des scores de satisfaction du confort global plus élevés que les répondants dans les bâtiments non équipés d’un tel système. Par ailleurs, les individus qui estiment avoir un meilleur contrôle de la température et/ou ont une meilleure perception de la propreté de leur bureau ont des scores de satisfaction du confort plus élevés. À l’inverse, les personnes suivant un traitement médical sont plus insatisfaites de leur confort global que celles ne suivant pas de traitement. Enfin, les individus ayant obtenu une réponse insatisfaisante à leur demande d’amélioration de l’environnement intérieur sont plus insatisfaits que ceux n’ayant pas fait de demande.

Facteurs expliquant le PSI-5

Le tableau 5 présente les résultats de la régression linéaire multiniveaux pour le PSI-5. Aucune caractéristique du bâtiment ni de l’espace de travail n’est associée significativement au PSI-5. En revanche, les individus qui ont une meilleure perception du contrôle de la température et de la propreté dans leur bureau ont un PSI-5 plus faible. A contrario, les individus qui suivent un traitement médical ont un PSI-5 significativement plus élevé que les individus ne suivant pas de traitement. Les femmes ont un PSI-5 significativement plus élevé que les hommes. Enfin, les personnes qui ont obtenu une réponse insatisfaisante (lente et/ou inefficace) à une demande d’amélioration de l’environnement intérieur ont un PSI-5 plus élevé que les personnes qui n’ont effectué aucune demande.

Les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) calculés pour chaque modèle varient de 3 à 7 %. Ces chiffres indiquent que la perception de la QAI, du confort global et le PSI-5 sont très faiblement corrélés entre les occupants d’un même bâtiment. Ceci est cohérent avec le fait que les régressions montrent que ces paramètres sont principalement liés à des caractéristiques individuelles et moins à des facteurs propres au bâtiment ou à l’espace de travail.

Discussion

Les facteurs associés à la perception de la QAI, du confort global et au nombre de symptômes sanitaires attribués au bâtiment sont relativement similaires. Peu voire pas de caractéristiques techniques des bâtiments et des espaces de travail ressortent. Le travail en open space et l’existence d’un prérefroidissement de l’air neuf (en présence d’une VMC double flux) sont les deux variables influençant significativement le confort perçu, respectivement négativement et positivement. Les impacts du travail en open space ont déjà largement été observés [13, 14]. Parallèlement, les caractéristiques propres aux occupants ressortent de façon prépondérante. Le sexe a une influence sur la perception de la QAI et le PSI-5, ce qui avait déjà été souligné dans des revues de la littérature sur le syndrome des bâtiments malsains [15]. En revanche, la prise d’un traitement médical est mise en avant pour la première fois. Les autres variables propres aux occupants ne sont pas complètement indépendantes du bâtiment puisqu’il s’agit de la perception de la capacité à contrôler l’environnement intérieur, la perception de la propreté de l’espace de travail et une réponse jugée satisfaisante à une demande d’amélioration consécutive à une plainte. L’effet bénéfique du contrôle par l’occupant de la température, la ventilation, l’éclairage, etc., de son espace de travail a été mis en exergue récemment [16]. De même, l’existence d’une procédure de collecte des plaintes vis-à-vis de l’environnement intérieur et la réactivité de l’entreprise à donner suite joue un rôle indéniable. Si le gestionnaire du bâtiment répond efficacement et rapidement aux demandes des occupants, la satisfaction globale vis-à-vis du confort et de l’air intérieur augmente, tandis que les symptômes perçus et attribués au bâtiment diminuent. Ce résultat est en accord avec ceux de Leaman et Bordass [17]. D’autres facteurs non identifiés entrent néanmoins en jeu pour expliquer le PSI-5 puisque seules 10 % des variations du PSI-5 sont expliquées alors que la majorité des variations de la perception de la QAI et du confort le sont (73 % pour les deux variables), comme l’indique la qualité d’ajustement du modèle définie par le pseudo R2.

À l’échelle des 167 immeubles européens du projet OFFICAIR, Bluyssen et al. ont mis en évidence des caractéristiques propres aux bâtiments qui ne sont apparues lors de l’analyse des données françaises [9]. Ainsi, ces auteurs ont montré que la présence de moisissures visibles (β = -0,61 ; p-value = 0,014) et la réalisation du nettoyage des locaux le soir (versus le matin ; β = -0,28 ; p-value = 0,021) avaient une influence significativement négative sur la perception du confort global, tandis que la mise en œuvre de solutions visant à réduire le bruit (β = 0,22 ; p-value = 0,042) avait une influence significativement positive. Concernant les effets sanitaires perçus et attribués au bâtiment, Bluyssen et al. ont montré que le BSI-5 (moyenne des PSI-5 par bâtiment) augmentait significativement avec le nombre d’occupants dans le bâtiment (β = 0,05 ; p-value = 0,002), l’impossibilité d’ouvrir les fenêtres (β = 0,37 ; p-value = 0,001), la présence de moquette comme revêtement majoritaire des sols (β = 0,18 ; p-value = 0,014) et la réalisation du nettoyage le soir (versus le matin ; β = 0,23 ; p-value = 0,003). Ces résultats différents peuvent s’expliquer par la puissance statistique réduite du traitement des données françaises. Les paramètres relatifs à la ventilation et à la climatisation, mis en avant dans certaines études anciennes relatives au syndrome des bâtiments malsains [18-22], ne sont pas apparus comme liés à la perception de la QAI et du confort ou aux effets sanitaires perçus.

OFFICAIR est la première étude à avoir recueilli des données sur l’air intérieur, la santé et le confort dans les bâtiments de bureaux neufs ou récemment rénovés en France et à large échelle en Europe. Une limite de l’étude réside dans le fait que les données de confort et de santé ont été recueillies par un questionnaire auto-administré. La pertinence de l’utilisation d’un tel questionnaire pour estimer la prévalence des symptômes, du type syndrome des bâtiments malsains, a néanmoins été préalablement démontrée par plusieurs auteurs. Franck et Skov [23] ont constaté que les réponses subjectives sur l’irritation des yeux issues des questionnaires dans les études transversales sont significativement corrélées avec les mesures cliniques objectives de la sécheresse oculaire. Burge et al.[24] ont également montré un bon accord entre les données collectées par questionnaire auto-administré et celles recueillies par des examens médicaux. Une autre limite de l’étude est liée au taux de réponse. En effet, le taux de réponse moyen est de 37 %. Il peut être considéré comme faible par rapport à ceux d’autres études de référence telles que l’étude américaine BASE (86 %) [3] et le projet européen IAQ-AUDIT (79 %) [7]. La différence peut s’expliquer par le fait que le projet OFFICAIR a utilisé un questionnaire en ligne, tandis que BASE et IAQ-AUDIT ont utilisé des questionnaires papier distribués puis collectés par les enquêteurs. Le taux de réponse d’une étude danoise d’évaluation de la qualité de l’environnement intérieur dans les logements basée sur un questionnaire en ligne était de 26 %, donc du même ordre de grandeur que dans le cas présent [25]. Le plus en plus grand nombre de sollicitations à des enquêtes peut aussi expliquer le manque de motivation pour y répondre. Par ailleurs, la longueur du questionnaire OFFICAIR, comptant 155 questions permettant de renseigner l’environnement physique, mais également le contexte psycho-social, peut avoir joué un rôle ; le temps moyen nécessaire aux 7 441 répondants pour compléter le questionnaire était de 28 minutes (écart-type : 14 min). Enfin, les caractéristiques des non-répondants n’ayant pas été recueillies, leur profil ne peut pas être identifié et, par conséquent, les résultats ne peuvent pas être considérés comme représentatifs de la perception des occupants des bâtiments de bureaux neufs ou rénovés en raison du potentiel biais de sélection. Malgré le taux de réponse jugé faible et l’éventuel défaut de représentativité, la base de données constitue un jeu unique à ce jour, qui permet d’analyser les facteurs influençant le confort et la santé perçus en incluant les aspects personnels et psycho-sociaux, souvent écartés dans les précédentes études sur le confort perçu.

Conclusion

Le bruit des occupants, ainsi qu’un air intérieur sec et confiné sont les principaux motifs d’insatisfaction des occupants des bâtiments de bureaux neufs ou récemment rénovés étudiés en France dans le cadre du projet OFFICAIR. Ces motifs d’insatisfaction sont communément rapportés dans les bâtiments de bureaux en Europe et aucune spécificité liée au caractère récent de la construction ou de la rénovation n’est soulignée. Les effets sur la santé les plus fréquents, perçus dans le bâtiment et attribués à ce dernier, sont le mal de tête, les yeux secs, larmoyants ou irrités et la gorge sèche ou irritée, ce qui est cohérent avec la perception d’un air trop sec. Si ces symptômes sont également ceux rapportés, dans un ordre équivalent, lors de précédentes études, leur prévalence est cependant plus faible, ce qui peut s’expliquer par l’interdiction du tabagisme dans les lieux de travail dans les années 2000 (en 2007 en France). S’agissant des facteurs expliquant le confort et la santé perçus, l’étude a confirmé l’importance des variables individuelles. Mais elle a également souligné deux facteurs qu’il semble indispensable de prendre en compte lors de la construction, l’aménagement et la gestion d’un bâtiment de bureaux, qui sont la possibilité offerte à l’occupant de contrôler l’ambiance intérieure (température, éclairage, aération) et l’existence et l’efficience d’une procédure de gestion des plaintes associées à l’environnement intérieur.

Remerciements et autres mentions

Les auteurs remercient Stefano Fossati pour la mise en place du questionnaire en ligne et la gestion des données collectées. Ils remercient vivement les gestionnaires des bâtiments de bureaux qui ont accepté de participer et ont fourni toutes les informations utiles, ainsi que tous les occupants qui ont donné de leur temps pour répondre au questionnaire en ligne.

Financement : cette étude a été réalisée dans le cadre du projet OFFICAIR (FP7-ENV-2010, Contrat n̊265267). Elle a été réalisée grâce au soutien du programme Carnot du CSTB (Convention 2010) pour l’accueil d’Atze Boerstra au CSTB ; liens d’intérêts : les auteurs déclarent ne pas avoir de lien d’intérêt.