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Environnement, Risques & Santé

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État de la qualité de l’air dans les logements français Volume 6, numéro 4, Juillet-Août 2007

Auteur(s) : Séverine Kirchner1, Jean-François Arenes1, Christian Cochet1, Mickael Derbez1, Cédric Duboudin2, Patrick Elias1, Anthony Gregoire1, Béatrice Jédor1, Jean-Paul Lucas1, Nathalie Pasquier1, Michèle Pigneret1, Olivier Ramalho1

1Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), 84, avenue Jean Jaurès, 77447 Champs-sur-Marne cedex 02
2Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset), 253, avenue du général Leclerc, 94700 Maisons-Alfort

Article reçu le 14 Mai 2007, accepté le 29 Mai 2007

L’impact de l’environnement sur notre santé est désormais solidement établi. Parmi les constats récents relevés par le Plan national santé-environnement (PNSE), la méconnaissance des risques liés à l’exposition aux polluants de l’air dans les bâtiments, alors que la population y séjourne environ 80 % de son temps, est perçue comme une lacune majeure.En effet, des bâtiments qui ne possèdent aucun des critères habituels « d’insalubrité », et qui accueillent de facto des populations sensibles (enfants, femmes enceintes ou personnes âgées) peuvent cependant exposer leurs occupants à des agents ou des substances potentiellement néfastes pour la santé (infectieux, allergisants, cancérogènes, reprotoxiques, etc.). La pollution de l’air intérieur est aujourd’hui suspectée de jouer un rôle significatif dans l’accroissement de diverses pathologies chroniques et des allergies respiratoires. Produits de construction et de décoration, d’ameublement, d’entretien, de bricolage, équipements de chauffage et de production d’eau chaude, présence humaine et activités associées liées aux besoins essentiels (cuisine, hygiène, lavage) ou autres (tabagisme, utilisation de bougies, d’encens), présence de plantes et d’animaux domestiques, air extérieur…, sont autant de sources et de vecteurs des pollutions observées.Pour définir un cadre d’action contre la pollution de l’air intérieur, il est indispensable de mieux connaître les risques pour la santé, en s’appuyant sur des données fiables concernant les substances toxiques pour lesquelles existe une exposition régulière de la population.C’est dans ce contexte d’évaluation et de prévention des risques sanitaires dans les bâtiments que l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI), créé et financé par les ministères en charge de la Construction, de la Santé et de l’Écologie, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), l’Agence nationale de l’habitat (Anah) et le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), a mené une campagne nationale sur la qualité de l’air dans les logements.Cette campagne nationale, menée d’octobre 2003 à décembre 2005, avait un quadruple objectif :
  • dresser un état descriptif de la qualité de l’air à l’intérieur des logements, en tenant en compte de la variabilité des situations (bâtiments et occupants) ;
  • identifier des situations à risques, en estimant l’exposition des populations occupant ces lieux de vie et en évaluant les risques sanitaires associés (quantification et hiérarchisation) ;
  • établir un premier bilan des paramètres qui influent sur la présence de cette pollution (sources, type d’habitat, ventilation, comportements, saison, situation géographique, etc.) ;
  • donner des conseils et recommandations pour l’amélioration de la qualité de l’air intérieur dans les logements (limitation des émissions des produits, réglementation technique, sensibilisation des professionnels ou des usagers…).

Matériel et méthode

Échantillonnage des logements

La campagne nationale Logements a été menée du 1er octobre 2003 au 21 décembre 2005 sur un échantillon de résidences principales tirées au sort, visant à être représentatif des 24 672 135 résidences principales de France continentale métropolitaine.

La méthode retenue a été un sondage à trois degrés assurant in fine à chaque résidence principale la même probabilité d’être tirée au sort [1]. Le premier degré a consisté à tirer au sort des communes proportionnellement à leur nombre de résidences principales (RP), les communes de plus de 100 000 résidences principales (Paris, Marseille, Lyon, Toulouse, Nice, Nantes, Strasbourg, Montpellier, Bordeaux, Rennes, Lille) étant sélectionnées avec certitude. La base de sondage utilisée a été le fichier FILOCOM (FIchier des LOgements par COMmune ; sources : taxe d’habitation, fichier foncier, impôt sur le revenu des personnes physiques, IRPP). Le deuxième degré est un tirage des sections cadastrales des communes retenues. Enfin, le dernier degré de sondage a été réalisé en tirant au sort une résidence principale par section cadastrale : maison individuelle ou immeuble collectif. Cette dernière étape a été réalisée soit en mairie à partir des plans cadastraux, soit à partir du fichier de la Direction générale des impôts.

Les ménages ont ainsi été recrutés sur la base de 6 268 adresses tirées au sort. Sur les 4 165 ménages contactés, 811 ont donné leur accord de participation (soit un taux d’acceptation de 19,5 %) et 567 ont participé à la campagne nationale (soit un taux de participation de 13,6 %). Ces taux sont directement liés aux caractéristiques de l’enquête (échantillonnage aléatoire des ménages et demande d’implication forte de leur part sur la semaine d’enquête). L’échantillon final est constitué de 567 logements enquêtés entre le 1er octobre 2003 et le 21 décembre 2005 répartis dans 74 communes, 55 départements et 19 régions (figures 1 et 2).

Afin que l’échantillon final soit représentatif de l’ensemble des résidences principales de France métropolitaine continentale, un redressement a été effectué. Il a consisté à rétablir, sur l’échantillon, les distributions de variables connues sur la totalité des résidences principales par un jeu de pondération (en nombre de résidences principales). Sept variables ont été prises en compte : type de logement, période de construction, statut d’occupation du logement, région d’échantillonnage des communes, tranche de taille d’unité urbaine, zone climatique d’hiver et zone de confort d’été.

Données collectées

Les polluants mesurés dans le cadre de cette campagne ont été choisis sur la base d’une classification des polluants de l’air intérieur élaborée par l’OQAI et fondée sur des critères de toxicité à court et long termes, ainsi que sur les fréquences d’apparition des polluants dans les logements [2]. Une trentaine de polluants chimiques, physiques et microbiologiques de l’air ont ainsi fait l’objet de mesurage (tableau 1) : monoxyde de carbone (CO), composés organiques volatils (COV), particules, radon, allergènes de chien, de chat, d’acariens, moisissures, rayonnement gamma. Pour la plupart, ce sont des paramètres différents de ceux retenus habituellement pour caractériser la qualité de l’air extérieur, car ils sont le reflet de la présence de multiples sources de pollution intérieure : matériaux, équipements, mobilier, produits ménagers, activité humaine, environnement extérieur, etc.

L’ensemble des données a été recueilli dans les 567 résidences principales tirées au sort (1 612 individus enquêtés), pendant une semaine pour la plupart, selon une stratégie d’échantillonnage spécifique (matériels, protocoles de pose, de prélèvement et d’analyse) résumée dans le tableau 2 [3]. Les prélèvements, actifs ou passifs, ont été effectués en continu pendant cette semaine. Certains paramètres comme les allergènes ou le rayonnement gamma ont été examinés de manière ponctuelle. Le badge dédié au radon est, quant à lui, resté en place durant au moins deux mois. Enfin, en complément des mesurages dans l’air, le taux de CO dans l’air exhalé a été mesuré.

Les polluants ont été mesurés à l’intérieur des logements, dans les garages attenants et communicants lorsqu’ils existaient (COV hors aldéhydes), et à l’extérieur des logements (CO, COV).

Exploitées ultérieurement, d’autres données ont également été collectées au cours de cette campagne et ne seront pas présentées dans cet article. Il s’agit des paramètres de confort/confinement (dioxyde de carbone, température, humidité relative) et des données descriptives détaillées sur les caractéristiques constructives des logements et leur environnement ainsi que sur les ménages et leurs activités (y compris budget espace-temps-activités) [4, 5].
Tableau 1 Paramètres mesurés dans la campagne nationale Logements.Table 1. Indicators measured during the nationwide Homes campaign.

Paramètres mesurés lors de la campagne nationale Logements

  • Allergènes d’animaux : allergènes de chat (Feld 1) et de chien (Can f1) dans l’air
  • Allergènes d’acariens (Derp1, Derf 1) : dans les poussières de matelas
  • Monoxyde de carbone (CO) : dans l’environnement et dans l’air expiré (pour les occupants âgés d’au moins 6 ans)
  • Composés organiques volatils (COV) :


Hydrocarbures aromatiques :

benzène, toluène, m/p xylène, o-xylène, 1,2,4- triméthylbenzène, éthylbenzène, styrène

Hydrocarbures aliphatiques (n-C6 à n-16) :

n-décane, n-undécane

Hydrocarbures halogénés :

trichloroéthylène, tétrachloroéthylène, 1,4-dichlorobenzène

Éthers de glycol :

2PG1ME (1-métoxy 2-propanol) et son acétate, EGBE (2 butoxyéthanols) et son acétate

Aldéhydes :

formaldéhyde, acétaldéhyde, hexaldéhyde, acroléine

  • Particules inertes : PM10, PM 2,5
  • Radon
  • Rayonnement gamma



Tableau 2 Synthèse des protocoles de prélèvement et d’analyse des polluants de la campagne nationale LogementsTable 2. Synthesis of the protocols for sampling and analysing pollutants for the nationwide Homes campaign.

Paramètres

Prélèvement et analyse

Lieu de prélèvement

Durée du prélèvement

COV

  • • COV : Prélèvement sur tube passif de (Carbograph 4) analyse par chromatographie en phase gazeuse, spectrométrie de masse et ionisation de flamme
  • • aldéhydes : prélèvement sur cartouches imprégnées de dinitrophénylhydrazine DNPH (Radiello®), analyse par chromatographie en phase liquide


Chambre, extérieur, garage attenant (sauf aldéhydes)

Intégré sur la semaine

CO dans l’environnement

Appareil enregistreur (Dräger PAC III)

Séjour, extérieur et toute pièce avec appareil à combustion

Toutes les 5 minutes pendant une semaine

CO dans l’air alvéolaire

  • Mesurage instantané
  • (CO-TESTER)


Tous les occupants de plus de 6 ans volontaires lors des visites

Ponctuel (quelques secondes), à la première et à la seconde visite du logement

Radon

Prélèvement sur badge (dosimètres Kodalpha) et analyse en laboratoire

Chambre et séjour

Intégré sur 2 mois

Rayonnement gamma

Mesurage instantané (radiamètre de type Geiger-Müller Saphymo 6150 AD6)

Séjour

Ponctuel (minimum 45 minutes)

Allergènes (d’acarien, de chat et de chien)

Aspiration d’air (allergènes de chat et de chien) ou de poussière de matelas (acariens) sur filtres en fibre de verre, extraction, puis analyse immunoenzymatique ELISA

  • Séjour : air - chat et chien
  • Chambre : acariens dans les poussières du matelas de la chambre


Ponctuel (5 à 10 min pour les acariens, 1h pour les allergènes de chat et de chien)

Particules inertes (PM2,5 et PM10)

Aspiration d’air « filtrage et impaction » (Minipartisol) puis analyse par pesée

Séjour

De 17h à 8h les jours de semaine et pendant 24h le week-end

Analyses statistiques descriptives

L’exploitation des données a été effectuée dans un premier temps sur la base de statistiques descriptives afin de présenter, pour chaque polluant, la répartition des logements en fonction des concentrations ou niveaux mesurés.

Des analyses statistiques multidimensionnelles ont également été menées sur les données d’une partie des polluants chimiques (18 composés organiques volatils, soit tous les composés mesurés (tableau 1) exceptés le 1-méthoxy-2-propyl acétate et le 2-butoxy éthyl acétate, dont les concentrations sont inférieures aux limites de détection dans plus de 90 % des logements) mesurés dans 532 logements enquêtés. Leur objectif était de rechercher des groupes de logements dans lesquels les concentrations étaient plus élevées pour plusieurs polluants simultanément. L’approche a été la suivante : utilisation de cartes auto-organisatrices de Kohonen [6], qui a permis un premier regroupement de logements dont les niveaux de concentrations sont proches, voire très homogènes, en prenant en compte les 18 polluants chimiques simultanément, classification hiérarchique ascendante réalisée à partir de ces premiers sous-groupes, puis pondération des résultats pour une estimation des résultats à l’échelle nationale.

Qualité de l’air dans les logements français

Les caractéristiques des répartitions des concentrations de chacun des polluants (pourcentage de données inférieures à la limite de détection, médiane, percentile 95 et, pour les COV, ratio des concentrations intérieures sur les concentrations extérieures) sont présentées dans le tableau 3. Elles font l’objet d’une présentation détaillée dans le rapport de l’OQAI disponible sur Internet [5].

De manière générale, les polluants visés dans la campagne nationale sont présents à des niveaux quantifiables dans la majorité des logements, reflétant ainsi la présence des multiples sources de pollution intérieure dont ils sont issus et des conditions de ventilation. La répartition de la pollution n’est cependant pas homogène dans le parc. Les répartitions des logements en fonction des concentrations de polluants sont le plus souvent très dissymétriques, avec des logements présentant des valeurs nettement plus élevées que les concentrations médianes observées dans le parc (voir par exemple le cas du 1,4-dichlorobenzène présenté dans la figure 3).

Composés organiques volatils

Excepté deux éthers de glycol (EGBEA et 2PG1MEA), tous les composés organiques volatils mesurés sont présents dans 80 à 100 % des logements, les composés les plus ubiquitaires étant le formaldéhyde, l’acétaldéhyde, l’hexaldéhyde, le toluène et les m/p-xylènes.

La recherche de groupes de logements multipollués en composés organiques volatils montre que 10 % des logements environ présentent simultanément 3 à 8 composés à de très fortes concentrations (les valeurs médianes des mesures de ces composés pour ces logements sont de 2 à 20 fois supérieures à celles de l’échantillon global), que 15 % sont associés à de fortes à très fortes concentrations pour 1 ou 2 composés seulement (de 5 à 400 fois supérieures), que 30 % montrent des concentrations un peu supérieures aux valeurs médianes de l’échantillon global pour 4 à 7 composés (de l’ordre de 2 fois supérieures), et que 45 % présentent des niveaux de concentration significativement inférieurs aux valeurs médianes de l’échantillon global pour pratiquement l’ensemble des composés.

Par ailleurs, il existe une spécificité de la qualité de l’air à l’intérieur des logements par rapport à l’extérieur comme l’illustre la figure 4 qui montre la répartition des médianes (en μg/m3) des 20 composés organiques volatils mesurés à l’intérieur et à l’extérieur des logements. On observe que les concentrations médianes sont nettement plus importantes à l’intérieur qu’à l’extérieur pour la majorité des composés (18 composés sur les 20). Pour quelques composés (trichloroéthylène, acroléine, tétrachloroéthylène, 2-butoxyéthanol, 1-méthoxy-2-propanol, benzène), les médianes des concentrations extérieures sont même inférieures à la limite de détection. Le pourcentage de logements français ayant des teneurs en composés organiques volatils (hors éthers de glycol) plus élevées à l’intérieur du logement qu’à l’extérieur varie entre 68 (trichloroéthylène) et 100 % (formaldéhyde et hexaldéhyde).

On observe dans les garages attenants et communiquant avec les logements, des valeurs médianes de concentration de plusieurs composés organiques volatils supérieures à celles mesurées dans les logements (figure 5).

Monoxyde de carbone

En grande majorité, les niveaux de monoxyde de carbone sont voisins de zéro dans les différentes pièces des logements, quelle que soit la durée de la mesure (15 min, 30 min, 1h, 8h). Des valeurs plus élevées sont cependant ponctuellement observées. Selon les pièces considérées, les maxima observés vont de 130 à 233 ppm sur 15 min, 90 à 174 ppm sur 30 min, 53 à 120 ppm sur 1h, 31 à 36 ppm sur 8h, les pièces de service (cuisines, salles de bains, W-C) présentant les maxima les plus élevés sur 15 min, 30 min et 1h.
Tableau 3 Caractéristiques des répartitions des concentrations des polluants à l’intérieur et à l’extérieur des logements français.Table 3. Characteristics of the distributions of pollutant concentrations inside and outside French homes.

A) Composés organiques volatils (COV)

Lieu

Données pondérées < limite de détection (%)

  • Médianea
  • (μg/m3)


  • P95b
  • (μg/m3)


  • % ratios Cint/Cextc
  • ≥ 1


Acétaldéhyde

Intérieur

0,0

11,6 [10,8-12,3]

30,0 [26,7-35,1]

99,6

Extérieur

1,1

1,3 [1,2-1,3]

3,0 [2,6-3,1]

Acroléine

Intérieur

0,6

1,1 [1,0-1,2]

3,4 [2,9-3,8]

98,1

Extérieur

18,1

< LQ (= 0,3)

0,5 [0,4-0,6]

Formaldéhyde

Intérieur

0,0

19,6 [18,4-21,0]

46,6 [40,8-55,1]

100,0

Extérieur

0,5

1,9 [1,8-2,0]

3,6 [3,4-4,2]

Hexaldéhyde

Intérieur

0,0

13,6 [12,6-14,7]

50,1 [37,6-55,4]

100,0

Extérieur

18,6

0,5 [0,4-0,5]

1,4 [1,1-1,7]

Benzène

Intérieur

1,4

2,1 [1,9-2,2]

7,2 [6,3-9,4]

90,9

Extérieur

6,5

< LQ (= 1,1)

2,9 [2,5-3,4]

Garage

0,8

4,4 [3,5-6,4]

18,6 [12,6-21,6]

1,4-dichlorobenzène

Intérieur

1,9

4,2 [3,7-4,8]

150,0 [96,5-341,0]

95,6

Extérieur

5,7

1,8 [1,6-1,9]

4,3 [3,5-5,5]

Garage

6,9

2,2 [1,8-2,5]

18,1 [8,0-40,0]

Ethylbenzène

Intérieur

0,3

2,3 [2,1-2,5]

15,0 [9,2-18,2]

95,5

Extérieur

6,2

1,0 [1,0-1,1]

2,6 [2,3-3,0]

Garage

1,2

18,0 [13,9-26,4]

137,0 [109,0-155,0]

n-Décane

Intérieur

0,7

5,3 [4,8-6,2]

53,0 [38,6-83,9]

94,4

Extérieur

4,1

1,9 [1,8-2,1]

6,4 [5,3-9,8]

Garage

0,0

10,8 [7,3-14,0]

213,0 [88,3-257,0]

n-Undécane

Intérieur

0,6

6,2 [5-7,1]

72,4 [45,2-93,2]

94,1

Extérieur

12,5

1,8 [1,6-2,0]

7,0 [5,5-9,5]

Garage

1,0

8,6 [5-11]

106,0 [65,7-115,0]

Styrène

Intérieur

1,9

1,0 [0,9-1,0]

2,7 [2,2-3,1]

95,2

Extérieur

8,6

0,4 [0,3-0,4]

0,7 [0,7-0,8]

Garage

2,8

1,2 [0,9-1,6]

9,3 [4,6-11,4]

Tétrachloro éthylène

Intérieur

15,7

1,4 [1,2-1,6]

7,3 [6,0-11,5]

77,1

Extérieur

21,4

< LQ (= 1,2)

3,9 [2,7-4,3]

Garage

41,0

< LQ (= 1,2)

2,5 [1,5-4,9]

Toluène

Intérieur

0,0

12,2 [11,4-13,7]

82,9 [57,7-115,0]

96,2

Extérieur

0,5

3,5 [3,3-3,8]

12,9 [10,8-14,8]

Garage

0,0

110,4 [67,6-157,0]

677,0 [426,0-789,0]

Trichloroéthylène

Intérieur

17,1

1,0 [< LQ-1,1]

7,3 [5,1-16,1]

68,4

Extérieur

23,0

< LQ (= 1,0)

2,3 [1,8-2,8]

Garage

38,8

< LQ (= 1,0)

12,8 [1,7-29,3]

1,2,4-triméthylbenzène

Intérieur

0,5

4,1 [3,7-4,4]

21,2 [15,7-25,7]

95,9

Extérieur

1,9

1,4 [1,3-1,4]

4,1 [3,6-5,3]

Garage

0,0

18,7 [13,2-29,2]

149,0 [110,0-164,0]

m/p-Xylène

Intérieur

0,0

5,6 [5,1-6,0]

39,7 [27,1-56,4]

92,5

Extérieur

3,7

2,4 [2,3-2,7]

7,1 [6,1-8,3]

Garage

1,2

58,9 [38,5-81,2]

454,0 [321,0-530,0]

o-Xylène

Intérieur

0,1

2,3 [2,1-2,5]

14,6 [10,5-19,5]

92,1

Extérieur

4,6

1,1 [1,0-1,2]

2,7 [2,4-3,2]

Garage

1,2

20,8 [14,2-27,9]

166,0 [121,0-188,0]

2-butoxyéthanol

Intérieur

17,0

1,6 [< LQ-1,8]

10,3 [7,0-12,7]

82,6

Extérieur

91,3

< LD (= 0,4)

< LQ (=1,5)

Garage

58,2

< LD (= 0,4)

2,7 [2,0-4,5]

2-butoxy-éthylacétate

Intérieur

97,7

< LD (= 0,3)

< LD (= 0,3)

2,5

Extérieur

97,9

< LD (= 0,3)

< LD (= 0,3)

Garage

98,3

< LD (= 0,3)

< LD (=0,3)

1-méthoxy-2-propanol

Intérieur

15,1

1,9 [< LQ-2,3]

17,5 [13,1-20,4]

84,4

Extérieur

94,3

< LD (= 0,5)

< LQ (= 1,8)

Garage

51,2

< LD (= 0,5)

9,1 [2,4-13,0]

1-méthoxy-2-propylacétate

Intérieur

77,3

< LD (= 0,7)

2,3 [< LQ-2,8]

22,1

Extérieur

97,0

< LD (= 0,7)

< LD (= 0,7)

Garage

90,6

< LD (= 0,7)

< LQ (= 2,2)


   

B) Monoxyde de carbone

Lieu

Médiane (ppm)

P95 (ppm)

  • Moyenne glissante
  • sur 15 minutes


Pièce principale

2,9 [1,9-2,9]

15,3 [12,4-22,0]

Autre pièce

6,0 [4,8-7,0]

37,2 [22,3-54,4]

Annexe

3,8 [1,7-5,3]

53,1 [28,2-94,4]

  • Moyenne glissante
  • sur 30 minutes


Pièce principale

2,7 [2,1-3,0]

14,3 [11,4-19,1]

Autre pièce

4,9 [3,9-5,9]

27,4 [18,3-49,2]

Annexe

3,3 [1,5-4,9]

36,2 [21,7-78,0]

  • Moyenne glissante
  • sur 1 heure


Pièce principale

2,0 [1,6-15,2]

13,1 [9,5-15,2]

Autre pièce

3,9 [3,0-4,7]

21,1 [14,4-36,3]

Annexe

3,0 [0,9-3,8]

30,2 [18,0-67,4]

  • Moyenne glissante
  • sur 8 heures


Pièce principale

0,5 [0,4-0,9]

6,3 [4,8-8,1]

Autre pièce

1,3 [0,9-1,9]

9,5 [5,0-19,2]

Annexe

0,7 [0,1-1,3]

10,5 [5,2-13,9]


   

C) Composés biologiques

Limite de quantification (LQ)

Lieu

% données pondérées < LQ

Médiane

P95

Allergènes de chats Fel d 1

0,18 ng/m3

Séjour

74,6

< LQ

  • 2,7 ng/m3
  • [1,3–5,8]


Allergènes de chiens Can f 1

1,02 ng/m3

Séjour

90,7

< LQ

  • 1,6 ng/m3
  • [1,1-2,5]


Allergènes d’acariens Der f 1

0,01 μg/g

Matelas

3,1

  • 2,2 μg/g
  • [1,3-3,7]


  • 83,6 μg/g
  • [46,4-103,0]


Allergènes d’acariens Der p 1

0,02 μg/g

Matelas

7,9

  • 1,6 μg/g
  • [1,2-2,1]


  • 36,2 μg/g
  • [23,1-41,5]



   

D) Paramètres physiques

Unité

Lieu

Médiane

P95

PM10

μg/m3

Séjour

31,3 [28,2-34,4]

182,0 [119,0-214,0]

PM2,5

μg/m3

Séjour

19,1 [17,2-20,7]

132,0 [88,3-174,0]

Radon

Bq/m3

Pièce de sommeil

  • 31,0
  • (avec et sans correction saisonnière)


  • 220 avec correction saisonnière
  • (225 sans correction)


Autre pièce

  • 33,0
  • (avec et sans correction saisonnière)


  • 194 avec correction saisonnière
  • (214 sans correction)


Gamma

μSv/h

Séjour

0,062 [0,058-0,064]

0,122 [0,109-0,125]

a50% des logements ont des teneurs inférieures ou supérieures à cette valeur. 50% of homes had concentrations less than or greater than this value.

b95% des logements ont des teneurs inférieures à cette valeur. 95% of homes had concentrations less than this value.

cRatio Cint/Cext = rapport de la concentration intérieure sur la concentration extérieure. Ratio Cint/Cext = ratio of the indoor concentration to the outdoor concentration.

Polluants biologiques

Allergènes de chien et de chat

Les allergènes de chien et de chat ne sont pas très fréquents dans l’air des logements (quantification dans respectivement 9 et 25 % des logements, sachant que 54 % des logements déclaraient avoir ou garder des animaux domestiques). Les concentrations médianes sont inférieures à la limite de quantification. Cinq pour cent des logements présentent des concentrations supérieures à 2,7 ng/m3 pour les allergènes de chat (Fel d 1) et supérieures à 1,6 ng/m3 pour les allergènes de chien (Can f 1).

Allergènes d’acariens

Les allergènes d’acariens sont observés dans les poussières de matelas de plus de 90 % des logements avec des teneurs dépassant 83,6 μg/g pour Der f 1 et 36,2 μg/g pour Der p 1 dans 5 % des logements (valeurs médianes de concentrations de 1,6 et 2,2 μg/g respectivement pour Der p 1 et Der f 1).

Polluants physiques

Cinquante pour cent des logements ont des teneurs en particules supérieures à 19,1 μg/m3 pour les particules de diamètre inférieur à 2,5 μm (PM2,5) et à 31,3 μg/m3 pour les particules de diamètre inférieur à 10 μm (PM10). Cinq pour cent des logements ont des concentrations supérieures à 133 μg/m3 (PM2,5) et à 182 μg/m3 (PM10).

Les concentrations médianes de radon sont de 31 Bq/m3 dans les pièces de sommeil et de 33 Bq/m3 dans les autres pièces. Les maxima (1 215 Bq/m3 dans la pièce de sommeil et 2 161 Bq/m3 dans l’autre pièce) ont été mesurés dans le même logement. Ces données sont légèrement inférieures à celles mesurées par la direction générale de la santé (DGS) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) en France entre 1982 et 2000 sur près de 13 000 points de mesure (médiane à 50 Bq/m3) [7] Cet écart est certainement lié à la différence d’échantillonnage des logements entre les deux campagnes. Basée sur le volontariat avec un nombre de mesures disponibles selon les régions ne correspondant pas à la densité des bâtiments résidentiels, la campagne DGS-IRSN a privilégié les bâtiments résidentiels non collectifs et les configurations et périodes a priori « à risque » (bâtiment résidentiel individuel, rez-de-chaussée, mesures en hiver).

Le rayonnement gamma est inférieur à 0,062 μSv/h dans 50 % des logements français et dépasse 0,1 μSv/h dans 5 % des logements.

Comparaison des niveaux de pollution avec les valeurs de recommandation disponibles

Hormis pour le radon et l’amiante, il n’existe pas encore en France de valeurs guides permettant de positionner les valeurs mesurées et de quantifier le nombre de logements dépassant des niveaux de concentration pouvant entraîner des effets sanitaires indésirables.
  • Radon : en France, pour les établissements recevant du public, des valeurs de radon comprises entre 400 et 1 000 Bq/m3 impliquent des actions correctives simples [13]. Pour des valeurs supérieures à 1 000 Bq/m3, des actions correctives et impératives doivent être engagées. La comparaison entre des concentrations corrigées des variations saisonnières avec ces valeurs de référence montre que deux mesures réalisées dans les pièces de sommeil (sur 457 observations) et quatre mesures réalisées dans les autres pièces (sur 449 observations) sont comprises entre 400 et 1 000 Bq/m3. Une mesure dans chaque groupe de pièces dépasse 1 000 Bq/m3. Au niveau national, l’estimation de l’intervalle de confiance à 95 % du nombre de pièces dépassant 400 Bq/m3 est de 0,1-1,5 % (pièce de sommeil) et 0,4-2,6 % (autre pièce). La valeur de 1 000 Bq/m3 est quant à elle dépassée pour au plus 0,9 % des pièces de sommeil et 1 % des autres pièces.La comparaison des niveaux rencontrés dans le parc de logements avec les rares recommandations comparables sur le même pas de temps de mesurage, disponibles dans d’autres pays, montre qu’un nombre plus ou moins important de logements dépasse ces valeurs selon les composés.
  • Formaldéhyde : de quelques pour cent à près d’un quart des logements dépassent les valeurs guides disponibles à l’étranger sur des pas de temps d’exposition comparables (50 μg/m3 sur 8h (Canada) ou sur le long terme (Texas) [8, 9], et 30 μg/m3 sur le long terme (projet européen Index, Finlande) [10, 11]). La comparaison avec la fourchette basse proposée par le projet européen Index (valeur aussi basse que raisonnablement possible (principe ALARA1) montre qu’un pourcentage plus important pourrait être concerné.
  • Styrène : parmi les 541 observations, la valeur de référence pour le styrène de 30 μg/m3 sur 7 jours d’exposition (Allemagne) a été dépassée dans un seul logement, ce qui représente au plus 1,2 % du parc national (intervalle de confiance à 95 %).
  • Toluène : la valeur de référence, fixée à 260 μg/m3 sur une semaine d’exposition par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) [12], a été dépassée dans un logement lors de la campagne nationale (soit une estimation d’au plus 0,8 % des logements du parc).
  • Monoxyde de carbone : la mise en perspective des valeurs guides de l’OMS avec les niveaux de monoxyde de carbone montre que 0,7 à 9,4 % des logements en France dépassent les valeurs guides sur 15 min (87 ppm), 30 min (52 ppm), 1h (26 ppm) et 8h (9 ppm) (tableau 4). Les dépassements concernent majoritairement les pièces de service (cuisines, salles de bains, W-C, etc.) et les pièces annexes (caves, greniers, garages, etc.).
  • Allergènes d’acariens : la moitié des logements dépasse la valeur seuil de sensibilisation de 2 μg/g de poussière à partir de laquelle il a été montré un risque pour certaines personnes de produire des anticorps de l’allergie [14]. La littérature scientifique montre toutefois que l’exposition aux allergènes d’acariens ne pose aucun problème de santé pour les personnes non sensibilisées, soit près de 80 % de la population.

Tableau 4 Proportion (et intervalle de confiance à 95 %) des logements dont les concentrations en monoxyde de carbone dépassent les valeurs guides de l’OMS.Table 4. Proportion (and 95% confidence interval) of homes in which the carbon monoxide concentrations exceed WHO guidelines.

Durée d’exposition

Valeur guide

Proportions (%)

15 minutes

87 ppm

0,7-3,7

30 minutes

52 ppm

1,1-4,2

1 heure

26 ppm

2,2-5,8

8 heures

9 ppm

4,4-9,4

Conclusions et perspectives

La première campagne nationale, menée par l’OQAI dans les logements français, a permis de faire un état de la qualité de l’air pour une trentaine de polluants chimiques, physiques et microbiologiques. Ce dernier sera complété, en 2007, par les niveaux de contamination fongique et la présence d’humidité dans les logements.

Il existe une spécificité de la pollution à l’intérieur des logements par rapport à l’extérieur, qui s’exprime en particulier par la présence de certaines substances non observées à l’extérieur ou par des concentrations nettement plus importantes à l’intérieur. Les polluants visés sont présents à des niveaux quantifiables dans la majorité des logements. La répartition de la pollution chimique organique n’est cependant pas homogène dans le parc. Seule une minorité de logement (10 % environ) présente des concentrations très élevées pour plusieurs polluants simultanément ; à l’inverse, 45 % des logements présentent des niveaux de concentration très faibles pour l’ensemble des polluants mesurés. Par ailleurs, les répartitions des logements en fonction des concentrations en polluants sont le plus souvent très dissymétriques, avec des logements présentant des valeurs nettement plus élevées que les concentrations médianes observées dans le parc.

Hormis pour le radon et l’amiante (non mesurée dans cette étude), il n’existe pas encore de valeurs guides établies en France auxquelles comparer les concentrations mesurées dans les logements. Des proportions variables de logements dépassent les rares recommandations comparables sur le même pas de temps de mesurage, disponibles dans d’autres pays et à l’échelon international : quelques pour cent pour le monoxyde de carbone, de quelques pour cent à près d’un quart pour le formaldéhyde, selon les valeurs guides considérées, la moitié pour les allergènes d’acariens.

Cette étude qui constitue la première référence disponible sur la qualité de l’air intérieur du parc de logements en France est sans précédent. Elle montre néanmoins des niveaux similaires à ceux déjà mis en évidence par des études ponctuelles en France et dans des enquêtes internationales de grande envergure. Les données sont actuellement exploitées par les agences sanitaires pour mieux évaluer les risques sur la santé des populations. C’est le cas notamment des données d’exposition au formaldéhyde, composé classé depuis juin 2004 en catégorie 1 (cancérogène certain pour l’homme) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Ces valeurs sont cruciales pour situer des mesurages établis à la suite de plaintes ou de situations de crise dans lesquelles la qualité de l’air intérieur est mise en cause. Cet état de la pollution a également conduit les pouvoirs publics à préconiser un affichage de l’information relative aux substances chimiques émises par tout type de produits (produits d’entretien, produits de construction, mobiliers…). Cette photographie de la pollution à l’échelle du parc de logements fait aujourd’hui référence pour la mise en perspective des politiques de prévention et de réduction des risques sanitaires. À ce titre, les données sont utilisées dans le cadre des travaux en cours à l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) pour l’élaboration de valeurs guides pour la qualité de l’air intérieur.

Les informations détaillées, collectées parallèlement sur les caractéristiques constructives des logements et leur environnement ainsi que sur les ménages, leurs activités et le temps passé dans le logement sont en cours d’exploitation. L’objectif est de dresser à terme un profil type des logements les plus pollués et de rechercher les facteurs en cause afin de définir les éventuelles mesures à prendre pour la protection de la population. Des traceurs et des indicateurs de pollution sont également en cours de construction dans le but de fournir aux différents acteurs du bâtiment des outils utiles pour la gestion et la communication sur la pollution de l’air intérieur.

Remerciements

Ce travail a été effectué grâce au réseau de partenaires de l’OQAI rassemblant une centaine d’experts (50 organismes) pour l’élaboration des protocoles d’enquête et l’organisation de la campagne, dix-huit équipes de techniciens enquêteurs réparties sur 12 secteurs géographiques mobilisées pour la mise en œuvre des enquêtes et cinq laboratoires situés en France et à l’étranger pour l’analyse des échantillons.