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Environnement, Risques & Santé

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Données épidémiologiques récentes sur les effets sanitaires des installations de traitement des déchets ménagers et assimilés Volume 7, numéro 1, Janvier-Février 2008

Auteur(s) : Marion Saint-Ouen, Jean-Philippe Camard, Sabine Host, Isabelle Gremy

Observatoire régional de santé d’Ile-de-France, 21-23, rue Miollis, 75015 Paris

Article reçu le 21 Septembre 2007, accepté le 14 Novembre 2007

La définition des déchets ménagers et assimilés (DMA) est très large. Elle regroupe non seulement les ordures ménagères (OM) qui constituent le contenu classique de la poubelle des ménages mais aussi des déchets non ménagers qui, de par leurs caractéristiques, peuvent être collectés et éliminés dans les mêmes conditions que les OM (déchets des commerçants, par exemple), ainsi que les déchets des collectivités (déchets verts, déchets de voirie, de foires et marchés…).

Il existe plusieurs modes d’élimination des DMA :

  • le recyclage (pour certains matériaux) ;
  • l’incinération, avec ou sans récupération d’énergie ;
  • le compostage (décomposition à l’air libre de la matière organique) ;
  • la méthanisation (fermentation de la matière organique en absence d’oxygène) avec valorisation énergétique du biogaz.

Le cadre législatif et réglementaire de l’élimination des DMA en France est issu de la loi du 15 juillet 1975 relative à l’élimination des déchets et à la récupération des matériaux1, de la loi du 13 juillet 1992 relative à l’élimination des déchets2 et de la loi du 19 juillet 1976 relative aux installations classées pour la protection de l’environnement3. La loi de 1992 pose les bases juridiques et les principes fondamentaux qui visent à une plus grande maîtrise des déchets en réduisant leur production, en les valorisant ou en les dirigeant vers les meilleures techniques de traitement, respectueuses de l’environnement. Elle a fixé en outre un objectif national : l’admission en centre d’enfouissement technique des seuls déchets ultimes, c’est-à-dire les déchets qui ne sont pas susceptibles d’être traités dans les conditions techniques et économiques du moment, à compter du 1er juillet 2002.

Cette loi a également contribué de manière importante à la mise en place de la collecte sélective qui dessert aujourd’hui en France plus de 9 habitants sur 10. De grands progrès ont été faits également en matière de maîtrise des traitements et de protection de l’environnement : diminution des rejets des incinérateurs, recensement et réhabilitation des décharges non autorisées, des dépôts sauvages… Enfin, elle a favorisé le développement de procédés de traitement jusque-là marginaux tels que le compostage et la méthanisation, contribuant à une meilleure valorisation des déchets organiques.

Des incidents survenus dans le passé ont révélé le fort intérêt des populations (et des médias) pour les questions d’ordre environnemental et sanitaire. Les rejets de dioxines des incinérateurs ont concentré toutes les attentions ces dernières années.

Afin de préciser l’état des connaissances épidémiologiques concernant les effets des différents modes de traitement des déchets ménagers sur la santé, cette synthèse présente une revue des principales données se rapportant à ce sujet. Cette revue s’est concentrée sur les expositions de populations riveraines des unités de traitement des déchets, en excluant donc les études concernant les situations professionnelles. Par ailleurs, cette synthèse ne traite pas des déchets dangereux ou encore de ceux issus des activités de soins ; seul le traitement des déchets ménagers et assimilés a été retenu.

Le parc actuel des installations en France

Une filière globale de gestion des déchets correspond à leur prise en charge à partir de la source de production, à leur transformation en éléments valorisables (produits recyclés, énergie, etc.) et à la gestion des résidus ultimes des traitements. Le traitement « effectif » des déchets fait intervenir, en France, trois filières principales (figure 1) :
  • le recyclage de certains matériaux (verre, papier, etc.) sélectionnés par des centres de tri ;
  • l’incinération, qui permet une valorisation énergétique sous forme d’électricité ou de chaleur ;
  • la valorisation organique par traitement biologique : compostage ou méthanisation (figure 2).

La quantité de déchets ménagers et assimilés collectés dans le cadre du service public et acheminés vers les centres de traitements autorisés était de l’ordre de 46,5 millions de tonnes en 2004 [1].

Afin de répondre aux exigences nationales en matière de recyclage, les collectivités ont mis en place une collecte séparée des différentes fractions des déchets préalablement triées par leur(s) producteur(s) et ont réalisé un effort conséquent en matière d’équipements.

Les centres de tri se sont développés sur le territoire. On en compte aujourd’hui 300. Ce nombre comprend également les centres de tri mixtes regroupant les déchets issus de la collecte sélective et les déchets industriels banals (DIB).

Mais c’est la valorisation énergétique qui reste très largement prédominante sur les autres formes de valorisation. Le bilan du parc des installations en fonctionnement en 2004 fait état de 130 unités d’incinération traitant près de 13 millions de tonnes de déchets. L’incinération des ordures ménagères représente ainsi une production d’énergie substantielle. Elle occupe le second rang selon les chiffres 2004 provisoires, respectivement pour :

  • la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables (3 340 GWh), après l’hydraulique (65 421 GWh) ;
  • la production de chaleur à partir d’énergies renouvelables (814 ktep), après le bois énergie (8 644 ktep).

La valorisation organique se développe progressivement. Le parc des installations de compostage est très récent et compte aujourd’hui environ 680 installations traitant environ 7,5 millions de tonnes de déchets et produisant 3,5 millions de tonnes de compost. Depuis le milieu des années 1980, sont apparues en Europe les premières unités de méthanisation capables de traiter les déchets organiques solides, tels que les déchets ménagers et assimilés. L’usine d’Amiens (Somme), construite en 1988, est restée pendant plus de dix ans la plus importante unité au monde de méthanisation de déchets municipaux. Ce n’est qu’en 2002 qu’une deuxième unité française de méthanisation a été mise en route à Varennes-Jarcy (Essonne), puis une troisième en 2006 à Le Robert en Martinique. De nombreux projets sont actuellement en développement sur le territoire national (à Lille, Calais, Montpellier, Marseille…).

Enfin, les déchets ménagers et assimilés sont de moins en moins envoyés en centre de stockage (moins de la moitié aujourd’hui contre les deux tiers du tonnage en 1993).

Des installations sources de rejets physico-chimiques et biologiques

Les substances émises par les installations de traitement des déchets sont nombreuses et souvent non spécifiques aux activités des déchets. Leurs teneurs dans les rejets liquides, solides ou atmosphériques de l’installation tiennent notamment à la composition des déchets entrants, aux procédés mis en œuvre sur l’installation et à son ancienneté, ainsi qu’aux systèmes de traitement des rejets mis en place.

Les sources d’émission des agents physico-chimiques

Le tri des déchets génère une grande quantité de particules. Ces particules sont constituées essentiellement de poussières inertes mais peuvent contenir également des éléments métalliques (tri des métaux, emballages), de la silice (présence de gravats)…

Les fermentations anaérobies, qui se produisent sur les sites de stockage compactés et les plates-formes de méthanisation, génèrent quant à elles des quantités significatives de biogaz (méthane et dioxyde de carbone). D’autres composés minoritaires sont également émis : composés organiques volatils, micropolluants organiques et métalliques, émis sous forme gazeuse ou particulaire. Les liquides résiduels de ces fermentations sont susceptibles, quant à eux, de contenir des substances métalliques oxydées ou réduites, des composés organiques halogénés et des traces de solvants et de pesticides.

Les fermentations aérobies des déchets organiques mises en œuvre pour la préparation de composts émettent dans l’atmosphère des composés organiques volatils et du dioxyde de carbone. Des charges organiques et des acides humiques peuvent éventuellement être entraînés par les eaux de ruissellement.

Enfin, l’incinération des déchets émet des oxydes de carbone, d’azote et de soufre, des acides, des particules, des composés organiques volatils et des organohalogénés, en concentrations variables selon le traitement de fumées mis en œuvre. Les rejets liquides des incinérateurs sont susceptibles de contenir des résidus de métaux lourds.

Pour toutes ces installations, les opérations de collecte et de transport des déchets participent aux rejets de polluants produits par la circulation routière en général.

Les sources d’émission des agents biologiques

De nombreux entéropathogènes sont dénombrés dans les déchets d’origine urbaine, dus à la présence de couches souillées, de mouchoirs, de déchets alimentaires putrescibles… Des endotoxines, des mycotoxines et des glucanes, substances élaborées par certains micro-organismes, peuvent être également retrouvées dans les déchets traités. Ces micro-organismes peuvent être mis en suspension seuls ou associés à des particules, pour former un bioaérosol.

D’autres micro-organismes sont susceptibles de se développer au cours du traitement des déchets (compostage, méthanisation, stockage), principalement des bactéries mésophiles et thermophiles ainsi que des champignons…

Les effets des agents chimiques sur la santé de l’homme sont divers et relativement bien connus grâce aux nombreuses études toxicologiques et épidémiologiques qui existent sur le sujet. Concernant les agents biologiques, ces effets restent actuellement peu documentés (tableau 1).

Tableau 1 Liste non exhaustive des pathologies associées à quelques micro-organismes présents dans les ambiances des sites de traitement des déchets.Table 1. Partial list of diseases associated with some microorganisms present in the environment of waste treatment sites.

Micro-organismes

Type de réactions

Exemple

Pathologies

Virus

Infections

  • Poliovirus
  • Hépatovirus
  • Rotavirus


  • Paralysie, méningite, fièvre, poliomyélite
  • Hépatite infectieuse
  • Gastroentérite


Bactéries

Infections

  • Actynomycètes israeli
  • Bacillus anthracis
  • Enterobacter
  • Klebsiella pneumoniae
  • Pseudomonas aeruginosas
  • Salmonella spp.


  • Actinomycose
  • Charbon bactéridien
  • Infections opportunistes
  • Pneumonie
  • Suppurations, infections urinaires
  • Salmonelloses


Champignons

Immunoallergiques

  • Aspergillus fumigatus
  • Trichophyton rubrum


  • Aspergillose, infection des voies respiratoires, mycose profonde
  • Mycose superficielle


Endotoxines

Immunoallergiques et toxiniques

  • -
  • -
  • 1,3-β-d-glucanes


Symptômes grippaux , fièvre, frissons, fatigue, douleurs musculaires et articulaires, rhinite, asthme, ODTS (Organic Dust Toxic Syndrome, syndrome toxique des poussières organiques), pneumopathies d’hypersensibilité, broncho-pneumopathie chronique…

Des installations sources de nuisances

De mauvaises pratiques de gestion ou d’organisation de l’activité sur les sites sont susceptibles d’engendrer des nuisances pour les populations vivant à proximité. Les effets du bruit et/ou des nuisances olfactives sur la santé sont d’ores et déjà avérés ; les symptômes décrits sont le résultat d’interrelations complexes entre des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux.

Études sanitaires menées autour des sites de traitement

Les substances émises par les installations de traitement des déchets sont susceptibles d’atteindre l’homme de manière directe par inhalation des gaz, particules ou bioaérosols émis dans l’atmosphère ou par remise en suspension des particules déposées au sol. Elles peuvent l’atteindre de façon indirecte par ingestion d’eau, d’aliments ou de sol contaminés par des rejets liquides ou par des retombées atmosphériques. Une exposition par contact cutané est beaucoup moins envisageable pour la population générale.

L’outil épidémiologique a tout d’abord été utilisé en France et au niveau international pour évaluer les impacts sanitaires des installations de traitement des déchets. L’évaluation quantitative des risques sanitaires est apparue plus récemment afin de surmonter les limites de faisabilité et d’interprétation liées à l’approche épidémiologique (faible risque encouru, taille réduite des populations, effets non spécifiques des polluants…).

Les études menées autour des sites sont hétérogènes, tant sur les effets étudiés que sur la qualité des données. Les limites citées par les auteurs sont nombreuses. Des biais de déclaration sont reliés par exemple aux enquêtes dans lesquelles les sujets sont interrogés sur leurs pathologies sans diagnostic médical, des biais de sélection peuvent apparaître dans les études menées en milieu professionnel (effet du travailleur sain). La difficulté majeure semble concerner la caractérisation de l’exposition des sujets. Par exemple, les données techniques concernant les installations sont souvent inconnues, de même que le profil et la quantité de déchets traités sur les sites, l’environnement proche ou les données géographiques. Pour la majorité des études, notamment multisites, l’exposition des populations a ainsi été évaluée par la distance du lieu de résidence sans tenir compte de facteurs topographiques, de l’influence des vents qui peuvent être prédominants dans le cas d’une exposition à des rejets atmosphériques, de la présence éventuelle d’autres installations industrielles à proximité... La mesure de biomarqueurs d’exposition n’est utilisée que dans quelques rares études.

Études menées autour des incinérateurs

Plusieurs études ont examiné les effets possibles d’une exposition aux rejets de l’incinération sur les fonctions respiratoires et donnent des résultats contradictoires [2, 3].

L’étude la plus conséquente, menée aux États-Unis, témoigne de toute la difficulté de caractériser l’exposition des populations en révélant des niveaux de pollutions particulaires similaires avant et après la mise en route de l’installation [4-6].

Effets sur le développement et la reproduction

Les études qui se sont penchées sur les troubles de la reproduction aux alentours des incinérateurs ne sont pas probantes. En effet, une étude de cohorte écossaise suggère un excès de naissances féminines possible au sein des populations exposées aux rejets des incinérateurs [7], tandis que trois études (deux écossaises et une suédoise) menées auprès de résidents proches d’incinérateurs de déchets ménagers et industriels donnent quant à elles des résultats différents concernant les risques de naissances multiples [8-10].

Les résultats des études semblent davantage s’accorder sur les risques de développer certaines malformations congénitales pour les enfants nés de mères exposées aux rejets des installations. Dans une étude française menée autour de 70 incinérateurs de la région Rhône-Alpes ayant fonctionné entre 1988 et 1997, des excès de risques sont ainsi observés pour certaines malformations majeures : fentes faciales, dysplasies rénales [11]. Des excès de risques sont mis en évidence pour certaines anomalies congénitales létales (spina bifida et malformations cardiaques) dans une autre étude étrangère [12]. Deux études s’intéressant à l’incidence des fentes faciales chez les enfants nés avant et après la mise en route d’installations donnent quant à elles des résultats opposés [13, 14].

Enfin, dans une étude belge récente, l’exposition a été déterminée par la mesure de marqueurs biologiques pour différents composés présents dans les rejets des installations (plomb, cadmium, dioxines…). Les résultats montraient que des adolescents vivant à proximité d’un incinérateur avaient une maturation sexuelle plus tardive que des adolescents vivant en milieu rural [15].

Effets cancérigènes

En France, des études conduites autour de l’incinérateur de déchets ménagers de Besançon révèlent des excès de risques de lymphomes non hodgkiniens (LNH) pour les populations les plus exposées aux rejets de dioxines [16, 17]. L’analyse des registres de cancers de quatre départements français (Isère, Haut-Rhin, Bas-Rhin et Tarn) confirme ces résultats. Elle indique également une augmentation significative de risque pour les cancers du foie ainsi que des excès de cancers du sein chez les femmes les plus exposées. Les auteurs soulignent les points forts de cette étude : son ampleur (2,5 millions de personnes, 135 567 cas de cancers, 16 incinérateurs), la qualité des données fournies par les registres des cancers, l’utilisation des derniers modèles disponibles pour reconstituer l’exposition et la prise en compte de facteurs possibles de confusion (densité urbaine et industrielle, niveau socio-économique, pollution liée au trafic routier entre autres) [18].

En Grande-Bretagne, une étude de grande ampleur a également été conduite auprès de résidents de 72 incinérateurs de déchets ménagers (14 millions de personnes). Elle révèle une possible association entre exposition aux rejets des installations et le développement de cancers de l’estomac, colorectal et du foie. Néanmoins, un examen incomplet des facteurs socio-économiques des populations étudiées et un défaut possible de diagnostic des cancers du foie sont avancés par les auteurs qui recommandent de réaliser des études complémentaires, notamment pour le cancer du foie [19-21].

Plusieurs études étrangères ont décrit des excès de risques significatifs de cancers du poumon ou du larynx aux alentours d’incinérateurs industriels. Elles soulignent que le risque semble diminuer très rapidement avec l’éloignement de la source [22-24]. Les résultats de ces études n’ont cependant pas été confirmés par d’autres travaux [19].

Enfin, une étude menée en Grande-Bretagne révèle une possible augmentation des cas de leucémies chez les enfants ayant emménagé à proximité d’un incinérateur de déchets ménagers ou de déchets hospitaliers durant leur enfance [25].

Étant donné le temps d’apparition de certaines pathologies, les études épidémiologiques ont porté en majorité sur les effets d’installations répondant aux normes d’exploitation passées. Quelques études d’évaluation des risques sanitaires se sont cependant penchées sur les effets sanitaires au sein des populations situées à proximité d’incinérateurs répondant aux nouvelles normes d’émissions. Toutes concluent, qu’au regard des connaissances disponibles, la modernisation des installations et le respect des valeurs réglementaires de rejets doivent permettre de garantir des niveaux de risques faibles du point de vue de la population. L’impact prépondérant reste attribué aux émissions de dioxines et, dans une moindre mesure, aux émissions de certains métaux lourds (cadmium, mercure, plomb) ainsi qu’aux particules [26, 27].

Études menées autour des centres de stockage

Les études menées concernent essentiellement des sites de stockage de déchets dangereux seuls ou en mélange avec des déchets ménagers.

À notre connaissance, une seule étude épidémiologique, concernant un site d’enfouissement dédié aux déchets ménagers et assimilés, a été menée en France. Il s’agit de la décharge d’ordures ménagères au lieu-dit La Bistade (région Nord–Pas-de-Calais).

Cette décharge dont l’activité a débuté en 1977 est proche de deux communes comportant plusieurs groupes d’habitations, une à 1 kilomètre sous le vent de la décharge, et l’autre, au vent, à 400 mètres. Le hameau de La Bistade est situé à proximité immédiate du site. Suite à de nombreuses plaintes des riverains et pour répondre à l’inquiétude des populations, la Direction des Affaires sanitaires et sociales du Pas-de-Calais a sollicité l’Institut de veille sanitaire (InVS) pour évaluer les risques sanitaires encourus par la population vivant à proximité de la décharge d’ordures ménagères, après une exposition prolongée aux polluants émanant de cette décharge4.

L’enquête menée a montré la présence de dérivés benzéniques, à des concentrations inférieures de 4 à 10 000 fois les valeurs d’exposition maximales lors d’une activité professionnelle. Les concentrations en composés susceptibles d’être à l’origine des mauvaises odeurs sont faibles et souvent en dessous des limites de détection quantitative. Les valeurs n’ont jamais dépassé les valeurs toxicologiques de référence, avec toutefois quelques pics supérieurs à la limite de détection humaine en limonènes (caractéristiques des odeurs de déchets frais) et en paracymènes (caractéristiques des odeurs du biogaz) sans jamais dépasser 30 μg/m3 (le seuil de perception olfactif pour le limonène, par exemple, varie de 10 à 3 000 μg/m3 en fonction de la plus ou moins grande sensibilité des individus).

L’étude sanitaire montre des symptômes, pour la population la plus proche de la décharge (La Bistade), significativement plus sévères que ceux enregistrés dans les communes alentour, en ce qui concerne les troubles irritatifs respiratoires (toux, expectoration), la pathologie oto-rhino-laryngologique (ORL), l’irritation oculaire, les nausées, les difficultés d’endormissement et l’irritabilité.

Études menées autour des plateformes de compostage

Les études épidémiologiques autour des sites de compostage ont concerné principalement l’exposition professionnelle aux bioaérosols et ont été réalisées sur des petits groupes de populations (moins de 30 salariés).

La plupart d’entre elles rapportent des excès de symptômes respiratoires, ORL, digestifs et cutanés chez les salariés du compostage par rapport à ceux d’autres secteurs du déchet ou de groupes de référence non exposés [28-31]. Pour quelques études, les symptômes rapportés ont été couplés à un diagnostic médical sans que soit mise en évidence une variation intrajournalière des paramètres respiratoires étudiés [32, 33].

Quelques études se sont penchées sur la recherche de marqueurs immunologiques de contamination en évaluant la concentration en anticorps dirigés contre certains champignons, actinomycètes ou endotoxines [31, 34-39]. Les concentrations parfois élevées mesurées n’ont pu être reliées à l’exposition ainsi qu’aux symptômes retrouvés chez les sujets exposés [31, 39].

Enfin, les études menées sur la recherche de signes d’inflammation semblent indiquer une augmentation de l’inflammation des voies respiratoires supérieures au cours de la journée de travail chez les salariés du compostage et traduire le caractère chronique ou subchronique de cet état ou bien un effet différé de l’exposition [31, 40].

Dans la majorité des études, les auteurs soulignent l’éventualité d’un biais d’interprétation lié au tabagisme.

Au niveau des riverains des installations, l’étude la plus importante a été menée en Allemagne. Après ajustement sur divers facteurs (dont la sensibilité aux nuisances olfactives et la présence d’une autre source de bioaérosols domestiques), cette étude donne des résultats en faveur d’une augmentation de la prévalence de certains symptômes décrits plus haut avec des concentrations en micro-organismes de l’ordre de 105 UFC5/m3. Un lien statistiquement significatif entre la durée de résidence dans la zone la plus proche du site et l’existence d’épisodes de bronchites au cours de l’année est également mis en évidence [41].

Études menées autour des centres de tri

Les études épidémiologiques autour des centres de tri ont concerné principalement l’exposition professionnelle aux composés organiques volatils et aux bioaérosols ; elles présentent globalement les mêmes limites que celles menées sur les centres de compostage.

Comme pour les travailleurs des centres de compostage, la plupart d’entre elles indiquent des excès de risques de symptômes musculaires, pulmonaires et digestifs, des irritations oculaires et cutanées chez les salariés. Pour la majorité d’entre elles, il n’est pas fait état du type de déchets triés [42-44]. Ces mêmes symptômes sont retrouvés chez des travailleurs traitant les collectes sélectives ou manipulant des papiers et cartons contaminés par des déchets ménagers humides [32, 44].

Conclusions

La littérature concernant les effets éventuels des installations de traitement des déchets ménagers est hétérogène tant sur les effets étudiés que sur les modes d’évaluation de ces effets ou de l’exposition, ainsi que sur la qualité des études dont beaucoup émanent des pays d’Europe et d’Amérique du Nord.

Des spécificités dans les domaines du travail et de l’environnement

Les effets sur la santé de riverains d’incinérateurs sont amplement décrits dans la littérature. En revanche, pour les autres installations de traitement des DMA, les données concernent essentiellement ou exclusivement des expositions professionnelles qui sont différentes de celles rencontrées dans l’environnement. Par exemple, pour un même polluant, la principale voie d’exposition des salariés est aérienne avec l’inhalation de gaz ou de particules alors que, pour la population générale, elle est davantage liée au dépôt des polluants sur les sols et les végétaux autour des sites. La voie d’exposition principale est donc l’ingestion d’aliments produits sur place. Par ailleurs, en milieu professionnel, les concentrations de polluants sont généralement plus fortes que dans l’environnement.

De nombreux biais possibles nécessitant une interprétation prudente des résultats

Nombre d’auteurs soulignent les limites des différentes études épidémiologiques menées autour des sites. Ces limites sont liées à des biais de déclaration, de sélection et d’exposition des populations, ou encore d’interprétation des résultats.

Les biais de déclaration peuvent apparaître lorsque les personnes sont interrogées sur leurs pathologies pour retracer leur historique médical. Leur état psychologique au moment de l’enquête, des souvenirs manquants ou déformés peuvent influencer leurs réponses (« oubli » ou « invention » de pathologies), et conduire à une sous- ou surestimation des risques calculés. Un diagnostic médical peut permettre de réduire ce biais dans le cas d’enquêtes prospectives qui, cependant, nécessitent un coût supplémentaire.

Les études peuvent être sujettes également aux biais de sélection, principalement les études transversales. En milieu professionnel, les salariés sont a priori en meilleure santé du fait d’une sélection possible à l’embauche, ce qui peut induire une sous-estimation du risque. Par ailleurs, il ne peut être exclu que certains travailleurs quittent leur emploi à cause de prédispositions particulières pour certaines pathologies (asthme ou allergies, par exemple).

En population générale, ce biais peut être lié à une surreprésentation de personnes particulièrement sensibles à une problématique, ou à l’absence d’une catégorie particulière de personnes au sein de l’échantillon au moment de l’enquête (les enfants seront moins présents par exemple en période de vacances scolaires).

De plus, des biais d’interprétation peuvent apparaître, liés à la non-prise en compte de facteurs sociodémographiques ou de facteurs de confusion possibles pour une pathologie donnée (tabagisme pour les maladies respiratoires par exemple, état nutritionnel de la mère pour le risque de faible poids à la naissance des nourrissons, historique de pollution du lieu de résidence…). Ces facteurs sont d’autant plus difficiles à contrôler que l’échantillon de population étudiée est grand. La localisation d’une installation influencera également les résultats de l’étude. Pour une installation située en zone urbaine, en présence d’autres sources de pollution, il sera ainsi difficile d’attribuer la part stricte liée à l’installation étudiée.

Enfin, et c’est sûrement là la difficulté majeure pour l’ensemble des études réalisées ici, l’exposition des sujets étudiés, voire leur imprégnation, est souvent mal caractérisée (biais d’exposition).

Dans cette optique, une enquête nationale sur l’imprégnation par les dioxines a été lancée dès 2004 par l’InVS et par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Plus de 1 000 participants ont été retenus pour cette étude. Les résultats ne mettent pas en évidence de différence d’imprégnation par les dioxines et les polychlorobiphényles (PCB) entre les riverains d’usines d’incinération d’ordures ménagères (UIOM) et les résidents non soumis à une source connue de dioxines. Cependant, pour les autoconsommateurs de produits locaux, l’imprégnation est influencée par la consommation de produits tels que les produits laitiers, les œufs et les lipides animaux.

En France, les décharges brutes (sites non autorisés) ont fait l’objet d’un recensement, suivi d’une identification de l’impact potentiel, d’un traitement du milieu si nécessaire et d’une réhabilitation du site en cas de nuisance importante. Un réseau de surveillance environnementale a été mis en place le plus souvent alors que la mise en place d’une surveillance sanitaire n’a pas été jugée nécessaire dans la majorité des cas.

Pour les installations de tri des déchets et de compostage/méthanisation, les études se sont penchées principalement sur l’exposition professionnelle aux poussières et agents biologiques pouvant être émis lors de la manipulation des déchets. Les concentrations retrouvées sur les sites peuvent être importantes et supérieures aux valeurs recommandées dans d’autres pays ou dans d’autres branches de métier pour certains agents. Les données concernant l’exposition des populations riveraines sont peu nombreuses. Les rares études menées autour des sites de compostage indiquent qu’au-delà de 200 mètres, les concentrations seraient de l’ordre des niveaux de fond dans l’environnement ; néanmoins, à la lecture des études épidémiologiques, il semble possible que des effets sanitaires puissent être détectés chez des personnes hypersensibles au-delà de cette distance. Pour les centres de tri, le risque ne semble pas concerner la population générale.

Les préoccupations émergentes concernent les nuisances (olfactives et sonores) pour lesquelles il n’existe peu ou pas de moyens d’évaluer l’impact sanitaire sur les populations riveraines des installations.

Concernant les nuisances olfactives, les traitements neutralisants se sont développés sur les sites. Outre le fait que le choix de ces produits doit être réalisé en tenant compte de leur toxicité éventuelle, il conviendrait de s’assurer de leur efficacité par des mesures métrologiques sous différentes conditions climatiques. En tout état de cause, une meilleure prise en compte des plaintes des riverains devrait être envisagée.

Par ailleurs, le recensement des « usages sensibles » autour des installations devrait être poursuivi. L’identification des groupes de populations caractérisés par un fort taux d’autoconsommation autour des incinérateurs pourrait, par exemple, être envisagée (réalisation d’une enquête alimentaire). Enfin, à l’image de ce qui est en cours pour les dioxines, il serait envisageable de mettre en place des réseaux de surveillance sanitaire afin d’estimer l’exposition individuelle francilienne à certains polluants, et ce principalement sur les sites où les populations sont soumises aux rejets de nombreuses installations industrielles (caractérisation des multiexpositions).