John Libbey Eurotext

Dermato Mag

Une curieuse éruption vésiculeuse Volume 5, numéro 1, Janvier - Février - Mars 2017

Un garçon de 4 ans d’origine africaine, né en France, est adressé en urgence à la consultation en octobre 2016 pour une éruption prurigineuse évoluant depuis quelques jours. Il n’avait pas d’antécédent médical personnel ou familial, notamment pas de notion d’atopie personnelle ou familiale.

En reprenant l’interrogatoire, il avait présenté une varicelle banale dans les jours précédant l’éruption. Il avait été traité uniquement par du paracétamol mais n’avait reçu aucun traitement topique. Le pédiatre posait la question d’une autre dermatose virale dans les suites immédiates de cette varicelle.

 

Cette éruption était localisée au visage, au cou et sur le haut du tronc. Cliniquement, on observait une éruption très profuse composée d’éléments vésiculeux monomorphes. Le phototype rendait difficile l’appréciation d’un éventuel érythème associé. Le début avait été assez brutal sans extension visible depuis 48 heures. Le reste du tégument était normal en dehors de cicatrices récentes dépigmentées de la varicelle. Il n’était noté aucune lésion muqueuse ni phanérienne.

Le reste de l’examen était sans particularité avec un enfant en bon état général, apyrétique sans adénopathie palpable.

Le diagnostic de miliaire sudorale était posé sur la notion d’un épisode fébrile et surtout de l’habitude de l’enfant qui ne peut s’endormir que s’il se couvre la tête avec une petite couverture en laine… et se réveille systématiquement si ses parents essaient de lui enlever pendant son sommeil ! L’éruption a disparu en quelques jours sans récidive avec des consignes simples de toilette au savon surgras et d’application quotidienne de chlorhexidine aqueuse à 0,5 % sur les zones atteintes.

La miliaire sudorale a de nombreux synonymes : gale bédouine, lichen tropicus, prurigo simplex, impétigo miliaire ou sudamina inflammatoire. Elle est très courante en milieu tropico-équatorial. Elle correspond à une extravasation de la sueur dans l’épiderme ou le derme lors d’une forte stimulation sudorale avec gène à l’excrétion par obstruction des canaux sudoraux eccrines. La macération épidermique est un facteur de fragilité de l’épiderme du canal sudoral dont la rupture induit cette extravasation.

Il existe 2 formes principales superficielles : la forme cristalline constituée de vésicules transparentes monomorphes de 1 à 2 mm et la miliaire rouge avec des lésions à base inflammatoire. Les miliaires pustuleuses et profondes sont plus rares. La miliaire cristalline apparaît fréquemment chez le nouveau-né en raison de l’immaturité du canal sudoral pendant les premiers jours de vie, les formes congénitales sont très rares.

En pays tempéré, le plus souvent, elle survient chez l’enfant lors d’un épisode de fièvre élevée au cours d’une hospitalisation avec des alèses plastifiées ou si l’enfant est couvert de façon excessive par des vêtements ou des couvertures. La localisation principale, compte tenu du mécanisme physiopathologique, est le tronc, la nuque, le front et les plis. Plus rarement, la miliaire sudorale survient lors d’efforts physiques intenses avec des vêtements imperméables gênant l’évaporation de la sueur.

L’évolution est rapidement favorable sous nos climats lors du retour à l’apyrexie avec une desquamation furfuracée. Il peut survenir une surinfection locale et parfois une hypohidrose secondaire pendant 1 à 2 semaines.

La conduite à tenir thérapeutique consiste d’abord à ôter le surcroît vestimentaire et les alèses plastifiées. On conseille une toilette avec un syndet ou un savon surgras et des applications de chlorhexidine afin d’éviter une éventuelle surinfection. On peut aussi prescrire un savon antiseptique. Il est parfois proposé l’application de lotions asséchantes à base de calamine ou de talc.

 

Liens d’intérêts : l’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt en rapport avec l’article.

 

Références :

1- Elloudi S, et al. Miliaire cristalline généralisée. The Pan African Medical Journal 2016 ; 25 : 163.

2- Ghosh S. Neonatal pustular dermatosis: an overview. Indian J Dermatol 2015 ; 60 : 211.

3- Hambrick GW Jr, Blank H. The microanatomy of miliaria crystallina. J Invest Dermatol 1956 ; 26 : 327-36.