John Libbey Eurotext

Dermato Mag

Un tissu mammaire aberrant Volume 5, numéro 1, Janvier - Février - Mars 2017

Madame X, 29 ans, consulte pour un simple dépistage cutané ; à l’examen vous êtes surpris par la présence d’une masse axillaire droite assez ferme, indolore, adhérente à la peau mais mobile par rapport au plan profond. Celle-ci est ancienne et la patiente vous explique qu’elle augmente parfois de volume et notamment qu’elle avait une taille plus importante lors de sa grossesse.

 

 

Quel diagnostic évoquez-vous ?

Il s’agit d’un sein aberrant axillaire.

Le diagnostic était d’autant plus aisé, que la patiente nous apprenait qu’elle avait initialement deux masses axillaires bilatérales, et qu’à l’adolescence, l’une d’entre elles, la gauche avait été retirée à visée diagnostique. L’histologie avait montré finalement la présence d’une glande mammaire ectopique.

La présence d’un tissu mammaire ectopique est retrouvée chez 0,4 à 6 % des femmes [1]. Cette situation correspond en réalité à deux entités distinctes : le tissu mammaire surnuméraire et le tissu mammaire aberrant [2].

Dans le premier cas, le « sein surnuméraire » correspond lors de l’embryogenèse à un défaut de régression des bourgeons épithéliaux transitoires situés sur la crête mammaire. Ces seins vestigiaux peuvent comporter un mamelon, une aréole ou les deux, parfois associés à une glande mammaire ; celle-ci est alors dotée d’un réseau canalaire plus ou moins bien différencié. Ces seins surnuméraires sont fréquemment situés au niveau de la ligne lactéale qui s’étend de la région axillaire à la région inguinale, mais ont parfois aussi été retrouvés au niveau des joues, du cou, des épaules, des cuisses ou encore dans une localisation fessière.

Le « sein aberrant » ou « sein accessoire » correspondrait, quant à lui, à un diverticule de la glande mammaire ayant perdu toute connexion avec le sein ipsilatéral pendant la période fœtale. À la différence du sein surnuméraire, il ne présente pas de structure sécrétoire organisée, et prend l’aspect d’une masse sous-cutanée sans aréole, ni mamelon. La localisation axillaire est la plus fréquente, plus rarement ont été décrits des seins accessoires sous-claviculaires, en regard de l’omoplate, dans la région épigastrique et encore au niveau vulvaire.

Le sein axillaire se présente ainsi, le plus souvent comme une tuméfaction isolée. Le diagnostic est plus évident lorsque l’atteinte est bilatérale et symétrique, ou lorsque l’on observe une augmentation transitoire de volume pendant la puberté, la grossesse ou la lactation. Cliniquement, ce sont des masses indolores, molles et dépressibles, adhérentes à la peau mais mobiles par rapport au plan profond. Le diagnostic différentiel peut faire discuter un lipome, une adénopathie, un kyste épidermique ou toute autre tumeur bénigne ou maligne [3, 4]. L’imagerie est d’un grand recours. L’échographie peut être en faveur d’une structure mammaire, mais fait parfois défaut du fait de la prédominance d’un tissu adipeux souvent important dans ces « seins axillaires ». L’IRM est alors plus performante. La biopsie avec un examen histologique confirmera de manière certaine le diagnostic.

Au-delà du problème esthétique que posent les glandes mammaires axillaires ; il existe un risque de tumeur bénigne ou maligne [5-7]. Une exérèse chirurgicale peut être envisagée ; à défaut une surveillance rigoureuse identique à la surveillance sénologique sera préconisée.

 

Liens d’intérêts : l’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt en rapport avec l’article.

 

Références

1- Abita T, Lachachi F, Durand-Fontanier S, Maisonnette F, Valleix D, Descottes B. à propos d’un cas de seins surnuméraires axillaires bilatéraux. Morphol 2004 ; 88 : 39-40.

2- Husain M, Khan S, Bhat A, Hajini F. Accessory breast tissue mimicking pedunculated lipoma. BMJ 2014. Doi : 10.1136/2014-204990.

3- Bhave M. Axillary breast: Navigating uncharted terrain. Indian
J Plast Surg
2015 ; 48 : 283-7.

4- Khoummane N, Yousfi M. Bilateral axillary supernumerary breasts. Pan Afr Med J 2014 ; 17 : 45.

5- Abdennadher F, Zaouali A, Belouhane J, Sriha B, Ghariabi N, Denguezli M. Polymastie : risque de dégénérescence néoplasique. P327 ; http//dx.doi.org/10.1016/j.annder.2013.01.432

6- Vignal P. Cancer du sein développé dans une glande mammaire accessoire : aspect échographique. Imagerie de la femme 2007 ; 17 : 49-50.

7- Amsler E, Sigal-Zafrani B, Marinho E, Aractingi S. Carcinome mammaire ectopique primitif axillaire. Ann Dermatol Venereol 2002 ; 12 : 1389-91.