John Libbey Eurotext

Dermato Mag

Trois cas de folliculites ankylostomiennes en Martinique Volume 5, numéro 1, Janvier - Février - Mars 2017

Observation

Trois patientes, métropolitaines, trentenaires, sans antécédent particulier, ont consulté dans le service de dermatologie du CHU de Martinique pour une éruption papulo-pustuleuse très prurigineuse et insomniante du tronc et des fesses, survenues 24 heures après un contact avec le sable sur une des plages du sud de la Martinique (figure 1). L’examen clinique mettait par ailleurs en évidence quelques trajets serpigineux (figure 2) confirmant cliniquement une Larva Migrans, évoquant alors avec le reste du tableau une folliculite ankylostomienne. Le reste de l’examen clinique était normal.

Un traitement par ivermectine 200 µg/kg était prescrit, à renouveler dix jours après si la symptomatologie persistait. Deux des patientes ont décrit une diminution rapide de l’éruption et du prurit, mais l’une d’elles a nécessité, malgré la prise à deux reprises d’ivermectine, un traitement par albendazole 400 mg/j sur trois jours devant l’aggravation clinique avec l’apparition de pustules douloureuses sur la face antérieure du bassin, et permettant une amélioration en deux jours des lésions.

 

Discussion

La folliculite ankylostomienne est une entité décrite relativement récemment [1], assez peu connue en dehors des régions tropicales. Elle est due à la pénétration dans l’épiderme et le derme de larves d’Ankylostoma ceylanicum et braziliensis, véhiculées par les déjections sur le sol humide des chats et chiens infectés [2]. L’homme est un hôte accidentel, et la larve ne peut généralement pas faire un cycle naturel entier dans l’épiderme et le derme. Cliniquement des papulo-pustules apparaissent sur les zones de contact, habituellement dos, fesses et plantes des pieds ; extrêmement prurigineuses. Dans 10 % des cas des vésicules et bulles peuvent être présentes [2]. On peut noter des sillons serpigineux de 1 à 5 cm de long. L’évolution naturelle, sans traitement, est favorable en 1 à 2 mois. Il peut toutefois survenir des complications outre la méconnaissance diagnostique qui peut allonger la guérison spontanée, comme une impétiginisation ou une eczématisation [3]. Le traitement par une dose unique d’ivermectine 200 µg/kg permet dans 98 % des cas une guérison des lésions [4]. Dans notre série, une des patientes n’a pas répondu à l’ivermectine, nécessitant une prise d’albendazole sur trois jours.

La reconnaissance de l’entité « folliculite » de ce qui est nommé couramment « larva migrans » (probablement à tort [4]) est importante ; en effet, certaines présentations cliniques exclusivement sous forme de folliculite (figure 1C) peuvent être particulièrement trompeuses. Devant un contexte épidémiologique évocateur, il importe de bien rechercher le sillon serpigineux, qui, même unique et de petite taille (figure 1A), signe le diagnostic.

 

Conclusion

La prévention reste indispensable, en passant par le port de chaussures et l’utilisation de nattes ou matelas sur les plages, pour éviter la pénétration des larves, étant donné que les maillots de bains et les serviettes ne l’empêchent pas. Des mesures d’interdiction de fréquentation des plages par les chiens et chats errants semblent à ce jour illusoires.

 

Points à retenir

– La folliculite ankylostomienne est caractérisée par une éruption papulo-pustuleuse des zones exposées au contact avec le sol infesté de larves.

– Des sillons serpigineux peuvent être retrouvés.

– L’éruption est très prurigineuse.

– Le traitement par dose unique d’ivermectine 200 µg/j est très efficace.

 

Liens d’intérêts : les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt en rapport avec l’article.

 

Références :

1- Clyti E, Caumes E, Deligny C, Sainte-Marie D, Couppie P, Pradinaud R. Folliculite ankylostomienne en Guyane française. Ann Dermatol et Venereol 2016 ; 143 : 665-6.

2- Ezzedine K., Pistone T. Hookworm folliculitis. CMAJ 2013 ; 185.

3- Malvy D, Ezzedine K, Pistone T, Receveur MC, Longy-Boursier M. Extensive Cutaneous Larva Migrans in Travelers. J Travel Med 2006 ; 13 : 244-7.

4- Vanhaecke C, Perignon A, Monsel G, Regnier S, Bricaire F, Caumes E. The efficacy of single dose ivermectin in the treatment of hookworm related cutaneous larva migrans varies depending on the clinical presentation. J Eur Acad Dermatol Venereol 2014 ; 28 : 655-7.