John Libbey Eurotext

Dermato Mag

Rapports Coût/efficacité – Bénéfice/risque Volume 5, numéro 1, Janvier - Février - Mars 2017

Quelle thérapeutique choisir pour mon patient ? Celle qui a le meilleur rapport coût/efficacité ou le meilleur rapport bénéfice/risque ? Le choix semble difficile... En lisant la littérature scientifique, on a parfois l’impression que ce serait au praticien de choisir, devant son patient. Bien heureusement, cette situation est rare.

Pour schématiser, soit la pathologie est suffisamment fréquente et/ou coûteuse pour avoir justifié la publication de recommandations, et dans ce cas-là, il est nécessaire de les suivre, en les adaptant bien sûr au cas particulier du patient. Point besoin de se lancer dans une lecture d’articles princeps jugeant de l’efficacité, du ratio coût/efficacité et du rapport bénéfice/risque. Soit il n’existe pas de recommandation, mais simplement de la littérature scientifique, et dans ce cas-là, c’est bien sûr le rapport bénéfice/risque qui doit l’emporter. Les études coût/efficacité sont bien destinées aux groupes d’experts chargés d’émettre des recommandations nationales ou internationales, ou aux décideurs à l’échelle d’une organisation de soins (établissement de santé, territoire de santé...), et en principe pas au praticien devant son patient.

Mais il est important de s’intéresser aux évaluations médico-économiques en raison de la nécessité de fournir les meilleurs soins dans un contexte de rationalisation des dépenses de santé (que ce soit le secteur ambulatoire ou hospitalier). Pour un décideur, l’évaluation médico-économique (EME) permet de choisir entre plusieurs interventions celle qui permettra de maximiser l’état de santé d’une population pour une ressource financière donnée. Elle repose sur l’estimation des coûts et des résultats moyens des interventions comparées, ce qui permet de calculer le ratio d’efficience (coût moyen différentiel pour un gain d’efficacité donné en comparant l’intervention évaluée avec l’intervention de référence). Restons vigilants sur ces estimations, qui conditionnent, via les recommandations et les AMM, nos pratiques. Et pour cela, soyons compétents en médico-économie. Nous vous proposerons dans un prochain numéro une petite mise au point sur le sujet.

Mais c’est bien le rapport bénéfice/risque qui doit l’emporter, quand la décision est à l’échelle du praticien. Et le rapport bénéfice/risque est sans doute plus difficile à approcher que le ratio d’efficience ; car les désagréments cliniques d’un traitement ne se mesurent pas couramment sur la même échelle que l’objectif thérapeutique, notamment quand le traitement a un objectif sur la survie, alors que ses effets secondaires ont surtout un impact sur la qualité de vie... On ne relie pas encore couramment quantité et qualité de vie (via les QALY...).

Ces thématiques évaluatives sont en plein essor. Les praticiens cliniciens doivent absolument s’en approprier la logique et les compétences afin que les médecins cliniciens soient suffisamment représentés dans les organes de décision... Quelques références bibliographiques ci-dessous [1, 2]. Bonnes lectures.

Références :

1- Derumeaux-Burel H, Derancourt C, Rambhojan C, Branchard O, Hayes N, Bénard A et le groupe accompagnement de l’innovation et de l’évaluation médico-économique du Groupement Interrégional de Recherche Clinique et d’Innovation (GIRCI SOOM). Principes de l’évaluation médico-économique à l’usage des soignants. Presse Med 2017 (sous presse).

2- Durand-Zaleski I. Études coût/efficacité : idées fausses et éléments de méthode. Arch Cardio Vasc Dis 2016 ; 8 (Suppl.) : 157-60