John Libbey Eurotext

Dermato Mag

Gale hyperkératosique : l’apport de la dermoscopie Volume 5, numéro 2, Avril - Mai - Juin 2017

La gale commune est une maladie fréquente, la prévalence est estimée entre 200 millions à 300 millions nouveaux cas par an dans le monde [1, 2]. Elle est due à un acarien, Sarcoptes scabiei var hominis. Le parasitisme est obligatoirement humain [3]. Elle est en recrudescence dans les pays développés notamment en France [4]. La gale hyperkératosique ou gale norvégienne est une entité plus rare et plus trompeuse. Nous rapportons l’observation d’un patient atteint de gale hyperkératosique avec retard diagnostique et pour qui l’examen dermoscopique a permis de poser le diagnostic.

 

Observation

Nous rapportons le cas d’un homme de 60 ans présentant un prurit évoluant depuis un an avec des lésions cutanées associées. Le patient n’avait pas consulté de dermatologue et était traité par anti histaminique et émollient jusqu’à une hospitalisation en pneumologie dans le Lot pour une pneumopathie bilatérale. Un avis dermatologique était demandé devant une éruption erythémato-squameuse diffuse prurigineuse. À l’interrogatoire, les lésions évoluaient depuis environ un an et un prurit familial était évoqué sans conviction. On observait à l’examen clinique, une éruption érythémateuse et squameuse du corps, quasiment érythrodermique (environ 70 à 80 % de la surface cutanée atteinte), avec un renforcement de l’hyperkératose en interdigital, sur les pieds et un casque squameux du cuir chevelu (figures 1, 2 et 3). En regardant de plus près, on observait des sillons diffus sur les flancs, les épaules, les chevilles et en interdigital (figure 4). À l’examen dermoscopique, le signe du delta (ou accent circonflexe) caractérisant la tête et les 4 pattes avant d’un sarcopte femelle était mis en évidence à l’extrémité de nombreux sillons (figures 5 et 6). Le diagnostic de gale hyperkératosique était donc retenu devant un tableau clinique typique et caractéristique. Le bilan d’immunodépression était négatif. Le traitement proposé a été l’association d’un traitement oral répété, ivermectine 200 mg à dose adaptée au poids du patient (5 comprimés dans le cas précis) avec un renouvellement à J3, J5, J8, J14 associé à un traitement local : badigeon de crème permethrine 5 % sur tout le corps, opération renouvelée 8 jours ensuite.

Les cas contacts ont été identifiés et traités par deux doses d’ivermectine adaptées aux poids de chacun espacées de 8 jours.

L’environnement a été traité conformément aux recommandations et, étant donné l’hospitalisation en cours du patient, une stratégie de prise en charge du personnel soignant et des autres malades a été mise en place.

Le patient était revu à un mois et était guéri.

 

 

Discussion

La gale hyperkératosique est une entité rare, de prévalence inconnue, très contagieuse. Elle est favorisée par l’immunodépression notamment les malades sous traitement immunosuppresseurs ou les patients VIH, le diabète, l’éthylisme chronique et un contexte socio-économique défavorable. Le traitement n’est pas réellement codifié et peu d’études comparatives sont disponibles. Un traitement répété par ivermectine associé à un traitement local plus ou moins un traitement kératolytique est privilégié [5-7]. La dermoscopie est une aide utile au diagnostic de gale [8, 9], mais également des gales hyperkératosiques en particulier devant une éruption diffuse et kératosique de diagnostic incertain [10].

 

Liens d’intérêts : l’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt en rapport avec l’article.

 

Références :

1- Orkin M. Scabies : what’s new? Curr Probl Dermatol 1995 ; 22 : 105-11.

2- Hengge UR, Currie BJ, Jager G, Lupi O, Schwartz RA. Scabies: a ubiquitous neglected skin disease. Lancet Infect Dis 2006 ; 6 :769-79.

3- Chosidow O. Scabies and pediculosis: neglected diseases to highlight. Clinical Microbiology and Infection. 2012.

4- Bitar D, et al. Is scabies increasing in France? Results from regional and national reports (Cire 2005-2009). Ann Dermatol Venereol 2012.

5- O Chosidow. Scabies and pediculosis. The Lancet 2000 ; 355 : 819-26.

6- Roberts LJ, Huffam SE, Walton SF, Currie BJ. Crusted scabies: clinical and immunological findings in seventy-eight patients and a review of the literature. J Infect 2005 ; 50 : 375-81.

7- S.E. Huffam, B.J. Currie. Ivermectin for Sarcoptes scabiei hyperinfestation. Int J Infect Dis 1998 ; 2 : 152-4.

8- Errichetti E, Stinco G. Dermoscopy in general dermatology: A practical overview. Dermatol Ther (Heidelb) 2016 ; 6 : 471-507.

9- Bernigaud C, Monsel G, Delaunay P, et al. Main parasitic skin disorders. Rev Med Interne 2017 ; 38 : 17-27.

10- Bollea Garlatti LA, Torre AC, Bollea Garlatti ML, Galimberti RL, Argenziano G. Dermoscopy aids the diagnosis of crusted scabies in an erythrodermic patient. J Am Acad Dermatol 2015 ; 73: 93-5.

 

Points clés :

Erythrodermie hyperkératosique prurigineuse : pensez à la gale.

Intérêt de l’examen dermoscopique.

Bilan d’immunodépression à réaliser.

Traitement non codifié mais reposant sur doses répétées d’ivermectine associé à traitement local plus ou moins kératolytique.