ARTICLE
Auteur(s) : U Winterfeld1,2,3, J-F
Bussieres3, B Rouleau4, J
Boivin5, P Garel5, F Brion1,2, O
Bourdon1,2
1Département de pharmacie, AP-HP, hôpital
Robert-Debré, Paris, France
2Département de pharmacie clinique, Université Paris
Descartes, Paris, France
3Département de pharmacie et unité de recherche en
pratique pharmaceutique, CHU Sainte-Justine, Montréal (Québec),
Canada
4Département de pharmacie, hôpital Louis-H.-Lafontaine,
Montréal (Québec), Canada
5Département de psychiatrie, CHU Sainte-Justine,
Montréal (Québec), Canada
De façon générale, il existe moins de données sur l’efficacité
et l’innocuité des médicaments en pédiatrie que chez l’adulte. Très
peu de médicaments psychotropes ont l’AMM chez l’enfant et
l’adolescent. En France, le choix du prescripteur prend en compte
le rapport bénéfice/risque d’instaurer une thérapie médicamenteuse
et dans la plupart des cas, le traitement de première intention
chez l’enfant et l’adolescent est la psychothérapie. Cependant, en
pédopsychiatrie, on note une augmentation de l’utilisation de
plusieurs classes thérapeutiques au cours des deux dernières
décennies [1]. Aux Etats-Unis, Olfson et al. ont observé, de 1987 à
1996, une augmentation de l’utilisation de médicaments psychotropes
prescrits et utilisés de 1,4 à 3,9 % chez les enfants de
18 ans et moins [2]. Thomas et al. ont étudié le profil
d’utilisation de médicaments psychotropes chez les adolescents
américains de 14 à 18 ans et ont noté une augmentation de 3,4
à 8,3 % de visites médicales avec prescription de ces
médicaments de 1994 à 2001. Les auteurs ont souligné une
accélération de cette croissance à partir de 1999, en expliquant
ces changements par une évolution des critères diagnostiques
favorables à une cohorte élargie de patients potentiels, un plus
grand nombre de médicaments disponibles sur le marché et des
changements autorisant plus de publicité par l’industrie
pharmaceutique [3].
L’utilisation optimale des médicaments en pédopsychiatrie repose
sur un suivi approprié des problèmes potentiels et avérés reliés à
la pharmacothérapie [4]. Le pharmacien peut contribuer à ce suivi
par la démarche des soins pharmaceutiques. Nous nous sommes
intéressés à l’innocuité des antipsychotiques, des thymorégulateurs
(i.e. le lithium et divers anticonvulsivants), des antidépresseurs
et des psychostimulants. Il existe peu de données sur la fréquence
de suivi des paramètres cliniques et biochimiques pertinents au
dépistage des « problèmes liés à la pharmacothérapie »
(PRP)1. L’objectif de cet article est
de décrire les principaux effets indésirables en pédopsychiatrie et
de proposer une approche de dépistage et de prise en charge lorsque
des problèmes se manifestent.
Méthode
Le suivi de la pharmacothérapie doit tenir compte des
recommandations du dossier d’AMM et des données publiées dans la
littérature. A partir de bases de données (Drugdex®
System, Thériaque®), de livres spécialisés et d’un
complément de recherche dans PubMed® lorsque requis,
nous avons recensé les principaux effets/groupes d’effets par
médicaments/classes de médicaments utilisés en pédopsychiatrie [5,
6]. Dans cette démarche, nous avons identifié les médicaments ou
classes de médicaments concernés, les hypothèses entourant les
mécanismes impliqués dans la genèse des effets indésirables et les
manifestations cliniques associées. Afin d’aider la pratique des
cliniciens, nous avons proposé trois tableaux de prise en charge
des effets indésirables liés à l’utilisation des antipsychotiques,
des thymorégulateurs (i.e. le lithium et divers anticonvulsivants),
des antidépresseurs et des psychostimulants (tableaux 1 à 3). Ces tableaux incluent les
classes thérapeutiques impliquées par manifestation clinique (par
exemple, atteinte hépatique). Pour chaque groupe de médicaments
suspectés, nous précisons les marqueurs biologiques ou cliniques,
les valeurs normales entre parenthèses, la valeur seuil au-delà de
laquelle il faut intervenir et quelques commentaires sur la
stratégie de prise en charge. Les pratiques de prescription, les
marqueurs cliniques ou biologiques, les valeurs normales indiquées
sont celles utilisées au CHU Sainte-Justine, Montréal (Québec),
Canada. Ces valeurs de référence ont été choisies dans le contexte
de la mise en place d’un outil de suivi systématique des patients
sous psychotropes dans le service de pédopsychiatrie de l’hôpital
Sainte-Justine. Il faut noter que ces valeurs peuvent varier d’un
établissement à l’autre et donc d’un pays à l’autre. Les valeurs
données sont cohérentes avec les valeurs de l’hôpital Robert-Debré,
Paris (France), à l’exception du HDL-cholestérol et des
triglycérides. La valeur seuil au-delà de laquelle il faut
intervenir a été établie par les auteurs en tenant compte de la
documentation et de leur expérience clinique. Les dénominations
communes et les noms commerciaux, en France et au Québec, des
médicaments mentionnés dans le texte sont présentés dans le tableau 4. De façon générale, il n’existe pas
de valeur seuil absolue et le contexte clinique d’un cas donné peut
influencer la surveillance et les actions. La prise en charge de
PRP en pédopsychiatrie repose sur une approche structurée.
Lorsqu’un marqueur présente une valeur supérieure au seuil
d’alerte, il faut en identifier la cause (i.e. liée au psychotrope,
à un autre médicament ou à une cause clinique non médicamenteuse),
il faut ajuster la pharmacothérapie et procéder au suivi. Le texte
qui accompagne ce tableau permet de décrire et de comprendre la
survenue de certains de ces PRP.
Tableau 1 Prise en charge des effets indésirables
cardiovasculaires.
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Classes thérapeutiques ou médicaments impliqués
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- Marqueurs cliniques ou biologiques [valeurs
normales] ;
- > valeur seuil au-delà de laquelle il faut
intervenir
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Commentaire clinique
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Marqueur clinique pour dépister une hypertension
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- Psychostimulants
- Venlafaxine
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- Tension artérielle (S/D) (mmHg) [89]
- 3 à 5 ans [variable selon percentile poids/taille] ;
si > 116/76
- 6 à 9 ans [variable selon percentile poids/taille] ;
si > 122/78
- 10 à 12 ans [variable selon percentile
poids/taille] ; si ≥ 126/82
- 13 à 15 ans [variable selon percentile
poids/taille] ; si ≥ 136/86
- 16 à 18 ans [variable selon percentile
poids/taille] ; si ≥ 142/92
|
Eliminer toute autre cause pouvant expliquer une hausse de la
tension artérielle (par exemple, diète hypersodée) ; une
réduction et un ajustement progressif des doses suffisent
généralement à obtenir des valeurs adéquates de tension artérielle
[5]
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Marqueur clinique pour dépister une hypotension / hypotension
orthostatique
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- Antipsychotiques
- Antidépresseurs
- tricycliques
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- Tension artérielle (D) (mmHg) [89]
- 1 à 10 ans [variable selon percentile poids/taille] ;
si < 70 + 2 fois l’année en âge
- ≥ 10 ans [variable selon percentile poids/taille] ;
si < 90
|
Eliminer toute autre cause pouvant expliquer une baisse de la
tension artérielle (par exemple, déshydratation, interactions
médicamenteuses) ; une réduction et un ajustement progressif
des doses suffit généralement à obtenir des valeurs adéquates de
tension artérielle [5]
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Marqueur clinique pour dépister une tachycardie
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- Antipsychotiques
- Psychostimulants
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- Rythme cardiaque (battements/minute) [9]
- 1 à 10 ans [65-150] ; si > 150
- > 10 ans [60-120] ; si > 120
|
Une réduction et un ajustement progressif des doses suffisent
généralement à obtenir des valeurs adéquates de pulsation ;
une consultation en cardiologie peut être requise [5]
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Marqueur clinique pour dépister une bradycardie
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ISRS
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- Rythme cardiaque (battements/minute)
- 1 à 10 ans [65-150] ; si < 65
- > 10 ans [60-120] ; si < 60
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Idem ci-dessus
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Marqueur clinique pour dépister un allongement de l’intervalle
QTc
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Antipsychotiques
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ECG (mesure intervalle QTc) [9] ; si ≥ 440 ms
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Cet effet n’étant généralement pas relié à la dose, il faut
identifier les facteurs de risque (par exemple, bradycardie,
hypokaliémie, hypomagnésémie). Il est préférable d’utiliser un
autre agent et de consulter en cardiologie [90, 91]
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Marqueurs cliniques pour dépister la présence d’arythmies et
risques de mort subite
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- Psychostimulants
- Antipsychotiques
- Antidépresseurs tricycliques
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ECG, rythme cardiaque, TA, examen clinique
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Cet effet n’est généralement pas relié à la dose, il faut
identifier les facteurs de risque (par exemple, antécédent) et
éviter ces médicaments en présence de facteurs de risque. Il est
préférable d’utiliser un autre agent et de consulter en cardiologie
[13]
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Tableau 2 Prise en charge des effets indésirables
métaboliques.
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Classes thérapeutiques ou médicaments impliqués
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- Marqueurs cliniques ou biologiques
- [valeurs normales] ;
- > valeur seuil au-delà de laquelle il faut
intervenir
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Commentaire clinique
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Marqueurs cliniques pour dépister un retard de
croissance
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- Psychostimulants
- Atomoxétine
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- Poids, taille [1] ; si retard de croissance > 1
déviation standard
- On peut notamment utiliser les courbes du Center for Disease
Control www.cdc.gov ou les courbes de croissance du carnet de santé
français
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Un suivi régulier de la prise de poids/taille et de l’indice de
masse corporelle est important pour assurer des mesures non
pharmacologiques appropriées [1].
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Marqueurs cliniques pour dépister une prise de poids et valeurs
biologiques suggérant un syndrome métabolique
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- Antipsychotiques
- Lithium
- Acide valproïque
- Carbamazépine
- Gabapentine
- Mirtazapine
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- 0 à 18 ans [variable selon percentile poids/taille] ;
si augmentation > 5 % poids ou IMC > 95e
percentile ou IMC > 85e percentile + élément du
syndrome métabolique, soit (TA ≥ 90e percentile, CT,
HDC, LDC, TG, G)
- Glycémie mmol/L [4,1-5,9] ; si > 5,60
- Cholestérol total 2 à 18 ans mmol/L [3,20-4,40] ; si
> 5,20 [1]
- Bien qu’il existe des intervalles variables selon l’âge
(0-9 ans, 10-14 ans, 15-19 ans) et le sexe, nous
présentons les principaux intervalles applicables.
- HDL-C mmol/L ; [0,90-1,91] ; si < 1,00 (valeurs RD
[0,78-1,81])
- LDL-C mmol/L ; [1,53-3,62] ; si > 3,36
- TG mmol/L : [0,34-1,24] ; si > 1,70 (valeurs RD
[0,35-1,50])
|
Un suivi régulier de la prise de poids/taille, de l’indice de masse
corporelle et du bilan lipidique est important pour assurer des
mesures non pharmacologiques appropriées. Peut nécessiter le
recours à un autre médicament ayant un profil plus favorable sur le
bilan lipidique [1].
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Valeur biologique suggérant une hypothyroïdie
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Lithium
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TSH mU/L [0,1-6,2] ; si > valeur maximale normale
|
Une supplémentation en lévothyroxine peut être utilisée [1].
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Valeur biologique suggérant une hyperprolactinémie
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Antipsychotiques
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Prolactinémie µg/L [0-9,3] ; si hyperprolactinémie >
20 µg/L + symptômes (retard pubertaire, aménorrhée,
galactorrhée, ostéopénie, etc.) [1]
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L’évaluation clinique des symptômes est plus importante que les
valeurs de prolactinémie ; peut nécessiter un ajustement de la
dose ou un changement de médicament [1].
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Valeur biologique suggérant une hypercalcémie
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Lithium
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- Calcémie mmol/L
- [2,10-2,55] ; si > valeur maximale normale
|
Peut nécessiter un traitement de support pour augmenter
l’élimination du calcium [1].
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Valeur biologique suggérant une hypocalcémie
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Carbamazépine
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- Calcémie mmol/L
- [2,10-2,55] ; si < minimale normale
|
Une supplémentation calcique orale peut être utilisée [64].
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Tableau 3 Prise en charge des effets indésirables
hépatiques, rénaux, pancréatiques, du système nerveux et du système
sanguin.
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Classes thérapeutiques ou médicaments impliqués
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- Marqueurs cliniques ou biologiques [valeurs
normales] ;
- > valeur seuil au-delà de laquelle il faut
intervenir
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Commentaire clinique
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Valeurs biologiques suggérant une atteinte hépatique
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- Antipsychotiques
- Acide valproïque
- Carbamazépine
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- ALT UI/L [5-25] ; si > 3 × valeur maximale ou si
symptômes (nausées, vomissements, anorexie, douleur abdominale,
léthargie, ictère, œdème, état fébrile)
- AST UI/L [11-43] ; si > 3 × valeur maximale ou si
symptômes
- GGT UI/L [3-43] ; si > 3 × valeur maximale ou si
symptômes
- Bilirubine totale µmol/L [5-21] ; si > valeur maximale
normale
- Bilirubine conjuguée µmol/L [0-4] ; si > valeur
maximale normale
|
De nombreux facteurs peuvent contribuer à une variation des enzymes
hépatiques (par exemple, prise d’alcool) ; une fenêtre
thérapeutique peut être tentée avec ajustement de la dose ;
peut nécessiter le passage à un autre médicament
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Valeurs biologiques suggérant un diabète insipide
néphrogénique/atteinte rénale
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Lithium
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Créatinine sérique µmol/L [80-115] ; si > valeur maximale
normale
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Peut nécessiter l’arrêt du traitement et le recours à un autre
thymorégulateur ou l’ajustement de la dose pour obtenir une
lithémie adéquate [89]
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Valeur biologique suggérant un syndrome néphrotique
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Lithium
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Protéinurie [absence de protéine dans l’analyse d’urine] ; si
1+
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Peut nécessiter l’arrêt du traitement et le recours à un autre
thymorégulateur
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Valeur biologique suggérant un syndrome de sécrétion
inappropriée d’hormone antidiurétique
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- Carbamazépine
- Oxcarbazépine
- ISRS
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Natrémie mmol/L [133-143] ; si < minimale normale
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Peut nécessiter l’arrêt du traitement et le recours à un autre
thymorégulateur
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Valeur biologique suggérant une pancréatite
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Acide valproïque
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Amylase UI/L [25-125] ; si > 5 × la valeur maximale ou
symptômes de pancréatite (vomissements, somnolence, ataxie,
dyspnée, douleurs abdominales, sudation, tachycardie)
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Les hausses sont variables et peuvent être transitoires ;
nécessite généralement recours à un autre médicament avec
surveillance étroite de la fonction pancréatique
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Valeur biologique suggérant une encéphalopathie
hyperammoniémique
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Acide valproïque
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Ammoniémie μmol/L [14-38] ; si > valeur maximale normale ou
si symptômes (i.e. confusion etc.)
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La hausse est généralement peu importante et sans conséquence
clinique ; le recours à la carnitine demeure controversé
[74]
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Valeurs biologiques suggérant une aplasie médullaire
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Carbamazépine
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- Leucocytes [4,5-11,0 × 109/L] ; si ≤ 3,5 ×
109/L
- Plaquettes [140-440 × 109/L] ; si ≤ 55 ×
109/L
- Hémoglobine [130-160 g/L] ; si ≤ 100 g/L
|
Généralement non relié à la dose ; nécessite généralement le
passage à un autre médicament avec surveillance étroite de la
fonction hématologique
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Valeurs biologiques suggérant une neutropénie ou une
agranulocytose
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- Antipsychotique
- Carbamazépine
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Neutrophiles [1,8-7,0 × 109/L] ; si ≤ 0.5 ×
109/L ou si symptômes (i.e. fièvre élevée ou d’autres
signes infectieux sévères)
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Généralement non relié à la dose ; nécessite généralement le
passage à un autre médicament avec surveillance des neutrophiles
[76-80]
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Valeurs biologiques suggérant une thrombopénie/anomalies des
fonctions plaquettaires
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- Antipsychotique
- Carbamazépine
- Acide valproïque
- Psychostimulants
- ISRS
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Plaquettes [140-440 × 109/L] ; si ≤ 150 ×
109/L ou si symptômes (i.e. hémorragies)
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Généralement non relié à la dose; nécessite généralement le passage
à un autre médicament avec surveillance étroite de la fonction
plaquettaire
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Valeurs biologiques suggérant une leucocytose
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Lithium
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Leucocytes [4,5-11,0 × 109/L] ; si ≥ 11,0 ×
109/L
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La hausse est généralement peu importante ; il importe surtout
de documenter périodiquement la leucocytose pour éviter de
confondre avec un phénomène infectieux
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Tableau 4 Dénomination commune internationale et noms
commerciaux en France et au Canada des médicaments psychotropes.
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DCI
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France
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Canada
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Antipsychotiques
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Aripiprazole
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Abilify®
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NC
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Chlorpromazine
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Largactil®
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Largactil® ou autre
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Clozapine
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Leponex® ou autre
|
Clozaril® ou autre
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Dropéridol
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Droleptan®
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NC
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Halopéridol
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Haldol® ou autre
|
Haldol® ou autre
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Olanzapine
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Zyprexa®
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Zyprexa® ou autre
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Palipéridone
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NC
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Invega®
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Pimozide
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Orap®
|
Orap® ou autre
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Quétiapine
|
Seroquel®
|
Seroquel®
|
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Rispéridone
|
Risperdal® ou autre
|
Risperdal® ou autre
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Ziprasidone
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Zeldox®
|
Zeldox®
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Anticonvulsivants
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Divalproate de sodium
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Depakote®
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Epival®
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Carbamazépine
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Tegretol® ou autre
|
Tegretol® ou autre
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Gabapentine
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Neurontin® ou autre
|
Neurontin® ou autre
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Oxcarbazépine
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Trileptal® ou autre
|
Trileptal® ou autre
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Topiramate
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Epitomax®
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Topamax® ou autre
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Thymorégulateur
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Lithium
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Teralithe® ou autre
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Carbolith® ou autre
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Résultats
Les principaux effets indésirables des médicaments psychotropes
sont présentés par type de toxicité, notamment cardiovasculaire,
métabolique, hépatique, rénale et hématologique. Les tableaux 1 à 3 présentent une synthèse des effets
indésirables liés aux médicaments utilisés en pédopsychiatrie. De
plus, pour chaque effet indésirable, nous discutons des classes
thérapeutiques impliquées, des mécanismes suggérés, des symptômes
et de la conduite clinique à tenir.
Effets indésirables cardiovasculaires
Certains antipsychotiques peuvent induire des effets
cardiovasculaires, tant chez l’enfant et l’adolescent que chez
l’adulte [5]. Les principes actifs dotés de propriétés
anti-adrénergiques alpha-1 (tels les antipsychotiques classiques
sédatifs (chlorpromazine, halopéridol, etc.) et les
antipsychotiques de seconde génération (quétiapine, clozapine,
etc.) peuvent entraîner de l’hypotension orthostatique, des
vertiges, des étourdissements et de la tachycardie réflexe. Ces
effets se produisent généralement au Tmax et une tolérance peut se
développer. Au niveau des troubles du rythme cardiaque induits par
les antipsychotiques, le phénomène le plus courant demeure
l’allongement de l’intervalle QT (QTc = intervalle QT corrigé pour
la fréquence cardiaque). Les molécules à haut risque de provoquer
un allongement significatif de l’intervalle QTc sont le pimozide et
le dropéridol. Toutefois, tous les antipsychotiques peuvent
entraîner un tel effet pharmacologique. Des études récentes [7]
démontrent que cette manifestation cardiaque, susceptible d’évoluer
vers des torsades de pointes, un type de tachyarythmie
ventriculaire potentiellement fatale [8], n’est pas nécessairement
liée à la dose ou à la concentration plasmatique du médicament
incriminé. Il s’agirait peut-être même d’un effet idiosyncrasique.
Chez l’enfant, un allongement significatif de l’intervalle QTc est
défini comme un QTc supérieur ou égal à 440 ms [9]. Certaines
atteintes génétiques, telles des anomalies au niveau de certains
canaux potassiques cardiaques ou la présence de syndrome du QT
allongé congénital peuvent prédisposer au développement d’un
allongement du QTc. Certaines conditions cliniques peuvent
favoriser cet état pathologique : maladie cardiovasculaire
sous-jacente, bradycardie, hypothyroïdie, diabète, antécédents
personnel ou familial de syncope, hypokaliémie et hypomagnésémie
[10, 11].
Les psychostimulants peuvent entraîner des palpitations, des
arythmies, des tachycardies et des augmentations de la tension
artérielle. La littérature suggère que le risque de subir des
effets cardiovasculaires sérieux avec cette classe de médicaments
ne diffère pas d’un principe actif à un autre (amphétamines ou
méthylphénidate) [12].
Chez l’enfant, les facteurs de risque éventuels de mort subite
ou de décès liés à des troubles cardiaques comprennent, entre
autres, des anomalies cardiaques structurelles, des antécédents
familiaux de mort subite à un jeune âge ou des arythmies
ventriculaires [13]. Avant la mise en place d’un traitement par
psychostimulant, il est recommandé de rechercher une atteinte
cardiaque chez le patient et sa famille et d’obtenir l’historique
médicamenteux du patient. De plus, il est recommandé de réaliser un
ECG avant la mise en place du traitement [13].
Parmi les antidépresseurs, les inhibiteurs sélectifs de la
recapture de la sérotonine (ISRS ; fluoxétine par exemple)
peuvent induire de la bradycardie. Les antidépresseurs
tricycliques, via, entre autres, des effets anti-adrénergiques
alpha-1 et un blocage des canaux sodiques, possèdent des effets
variés : hypotension orthostatique, allongement de
l’intervalle QTc [14].
Retard de croissance
Les modifications de la croissance induites par les
psychostimulants sont souvent évoquées [15]. Cependant, ce retard
pourrait être un retard transitoire avec un rebond de croissance à
l’arrêt du traitement [16]. Le retard de croissance serait lié,
entre autres, à une diminution de l’appétit induit par les
psychostimulants [15, 17-19]. Cet effet survient le plus souvent
lors d’un traitement prolongé, et des fenêtres thérapeutiques
pendant les vacances scolaires ou les fins de semaine peuvent être
recommandées selon l’état clinique du patient. L’atomoxétine, un
inhibiteur sélectif de la recapture de la noradrénaline utilisé
dans le traitement du trouble déficit de l’attention/hyperactivité
(TDAH), aurait peu d’effet sur la stature et la croissance absolue
des enfants, et ce, même si une diminution du rythme de croissance
peut être observée chez certains patients [20]. Il convient de
surveiller la courbe d’évolution staturopondérale des enfants et
adolescents sous traitement psychostimulant et de demander un avis
pédiatrique spécialisé en cas de troubles de la croissance [1].
Prise de poids et syndrome métabolique
La prise de poids secondaire à un traitement par antipsychotique
est fréquemment observée et les enfants et adolescents seraient
particulièrement exposés à ce risque d’effet indésirable [21]. Le
suivi de la prise de poids est assuré par le calcul de l’indice de
masse corporelle (IMC) et peut aller de la surcharge pondérale à
l’obésité. L’IMC est défini par le rapport entre le poids (kg) et
le carré de la taille (m). Chez l’enfant, les valeurs de référence
de l’IMC varient en fonction de l’âge et du sexe. Ainsi, il n’est
pas possible de se reporter, comme chez l’adulte, à une référence
unique de l’IMC. Des courbes de référence, représentant pour chaque
sexe les valeurs d’IMC en fonction de l’âge, permettent de suivre
l’évolution de la corpulence au cours de la croissance.
Sur les courbes établies par le Center for Disease Control and
Prevention aux Etats-Unis, on parle de surpoids pour un IMC
supérieur ou égal au 95e percentile de la distribution
pour un âge donné et d’embonpoint pour un IMC entre le
85e et le 94,9e percentile [22]. En France,
on parle d’obésité pour un IMC supérieur ou égal au 97e
percentile de la distribution pour un âge donné et de surpoids pour
un IMC entre le 90e et le 96,9e
percentile.
La prise de poids induite par les antipsychotiques pourrait être
secondaire à l’action anti-H1 et anti-5HT2C de ceux-ci. Des études
complémentaires sont nécessaires pour préciser le risque de prise
de poids à long terme des enfants et adolescents traités par
antipsychotiques atypiques. Des études menées chez l’adulte et chez
l’enfant suggèrent que la clozapine et l’olanzapine entraînent la
prise de poids la plus importante, la ziprasidone et l’aripiprazole
auraient un effet neutre, et quant à eux, la quétiapine et la
rispéridone auraient un effet intermédiaire [21, 23].
Il n’y aurait pas de corrélation entre la prise de poids induite
par les antipsychotiques et la dose utilisée.
Le surpoids est un facteur de risque important qui expose à de
nombreuses complications notamment métaboliques (i.e. intolérance
au glucose, diabète, dyslipidémie, syndrome métabolique),
respiratoires et ostéoarticulaires. De plus, l’importante prise de
poids peut mener à un isolement psychologique et social. Outre la
prise de poids, la survenue d’un syndrome métabolique est
préoccupante. Chez l’enfant et l’adolescent, les critères d’un
syndrome métabolique sont définis par l’association chez un même
individu d’au moins trois anomalies métaboliques parmi les
suivantes [1] :
- – surpoids, hypertension artérielle (≥ 90e
percentile), dyslipidémie (hypertriglycéridémie :
triglycérides à jeun ≥ 2,8 mmol/L ;
- – hypo-HDL-cholestérolémie : HDL-cholestérol à jeun
< 1,0 mmol/L) ;
- – intolérance au glucose (glycémie à jeun ≥
6,1 mmol/L).
Chez l’adulte, la présence d’un syndrome métabolique augmente le
risque de survenue d’un accident cardiovasculaire. Chez l’enfant,
la quantification de ce risque est à ce jour difficile en raison de
l’absence d’études épidémiologiques sur la survenue d’événements
cardiovasculaires majeurs. Cependant, il existe une relation
établie entre l’obésité dans l’enfance et le risque
cardiovasculaire à l’âge adulte, indépendamment de l’évolution
pondérale. De plus, de récentes études ont montré qu’il existait
déjà chez l’enfant obèse des troubles de la mécanique artérielle et
de la fonction endothéliale qui pourraient être les premières
manifestations d’une maladie vasculaire qui s’exprimera à l’âge
adulte [24]. Ces anomalies artérielles sont corrélées avec les
marqueurs du syndrome métabolique et inversement corrélées au
HDL-cholestérol [24]. Ces données montrent que, dès l’enfance, la
présence des composants du syndrome métabolique pourrait déterminer
en grande partie le risque vasculaire lié à l’obésité.
Certains anticonvulsivants (gabapentine, carbamazépine, acide
valproïque), le lithium et la mirtazapine peuvent également
entraîner un gain pondéral significatif [25].
L’hyperglycémie induite par les antipsychotiques atypiques peut
survenir chez des patients ne démontrant aucun antécédent
d’altérations du métabolisme du glucose. Ces dysglycémies peuvent
s’avérer irréversibles [26-28].
La prévalence d’effets métaboliques et endocriniens
(hyperprolactinémie, gain de poids, altération du profil lipidique)
serait plus importante chez des enfants recevant des
antipsychotiques au long cours (prise > 12 mois versus <
1 mois) [29].
Les valeurs seuils au-delà desquelles il faut mettre en place
une prise en charge de la prise de poids et des symptômes liés au
syndrome métabolique sont les suivantes [1] : une prise de
poids supérieure à 5 % au cours des trois premiers mois du
traitement ou la présence d’un surpoids ou l’embonpoint associé à
un élément de syndrome métabolique (tension artérielle ≥
90e percentile ; cholestérol total à jeun ≥
5,20 mmol/L) ; HDL-cholestérol à jeun <
1,0 mmol/L ; triglycérides ≥ 1,7 mmol/L ;
glycémie à jeun ≥ 5,6 mmol/L).
La prise de poids associée au traitement par antipsychotique est
difficile à maîtriser et devrait être prévenue. La conduite à tenir
comporte plusieurs mesures. Le monitoring des patients sous
antipsychotiques comprend la mesure périodique du poids, de la
taille et le calcul de l’IMC avant et au cours du traitement (par
exemple à chaque consultation).
La tension artérielle doit être mesurée avant l’instauration du
traitement et à chaque consultation. Un bilan glycémique et
lipidique chez les patients sous antipsychotique initial, après
6 mois, puis annuel est également nécessaire.
La conduite à tenir comporte plusieurs mesures [1]. Des conseils
hygiénodiététiques et le recours à un éventuel régime, combiné à
une activité physique régulière, peuvent être proposés. Le
changement de thérapeutique pour un médicament à potentiel moindre
d’augmentation de l’appétit peut s’avérer nécessaire quand le poids
reste élevé ou continue à augmenter malgré les efforts du patient.
Il est par ailleurs nécessaire de tenir compte des coprescriptions
qui majorent le risque de prise de poids pharmaco-induite (par
exemple, thymorégulateurs comme le lithium, l’acide valproïque, la
carbamazépine ou d’autres médicaments ayant un effet non souhaité
sur la prise de poids, etc.). La prise en charge dans le cadre d’un
programme d’éducation nutritionnelle peut participer au maintien
d’une perte de poids à long terme. De plus, quelques études
réalisées chez l’enfant et l’adolescent proposent le recours à
certains médicaments pour aider au contrôle ou à la perte de
poids : la metformine [30] (500 mg p.o., 3 fois par jour
ou 850 mg p.o., 1 fois par jour), le topiramate [31]
(100 mg p.o., 1 fois par jour ou 1-3 mg/kg par jour
p.o.), l’amantadine [32] (100 mg, 2 ou 3 fois par jour) et
l’orlistat [33] (120 mg p.o., 1 fois par jour). Le recours à
ces traitements comporte des risques et demeure controversé chez
des patients polymédicamentés.
Hypothyroïdie
Parmi les effets indésirables observés chez l’adulte lors d’un
traitement au lithium figure l’hypothyroïdie. Cet effet indésirable
a également été décrit chez l’enfant [34, 35]. Le lithium
entraînerait une diminution de la captation de l’iode par la
thyroïde, altérerait son intégration sous forme d’iodotyrosines et
interférerait avec la libération des hormones thyroïdiennes dans la
circulation [36]. Un traitement hormonal substitutif pourrait être
nécessaire, en contrôlant régulièrement la TSH et le taux
plasmatique de T4 libre. Cette hypothyroïdie peut être transitoire
[1].
Hyperprolactinémie
Une hyperprolactinémie soutenue peut être observée avec les
antipsychotiques de première génération et certains
antipsychotiques atypiques (rispéridone et palipéridone). Notons
que tout antagoniste des récepteurs D2 postsynaptiques a la
capacité de causer une hyperprolactinémie, laquelle peut toutefois
être transitoire (cas de la quétiapine, de la clozapine, de
l’olanzapine et de la ziprasidone, entre autres) [37]. Ainsi, pour
éviter la détection d’une « pseudo-hyperprolactinémie »,
le dosage de prolactine chez un patient recevant un antipsychotique
atypique (autre que la rispéridone et la palipéridone) devrait être
réalisé au moins 12 heures après l’administration [37].
L’hyperprolactinémie se définit par une élévation de la
concentration plasmatique de la prolactine au-delà de la limite
supérieure du dosage, variant selon la méthode utilisée le plus
souvent de 15 à 25 ng/mL. Les hyperprolactinémies provoquent
un hypogonadisme par altération de la sécrétion pulsatile de GnRH,
entraînant un défaut de stimulation de la production d’hormones
gonadotropes (LH et FSH) [38].
Une hyperprolactinémie survenant à l’âge pédiatrique chez le
garçon se manifeste par un retard ou un arrêt du développement
pubertaire. Chez les filles, on observe une aménorrhée primaire et,
selon l’âge d’apparition de l’excès de prolactine, une absence ou
un arrêt du développement pubertaire. Notons qu’il n’existe pas de
corrélation absolue entre les symptômes d’hyperprolactinémie et la
valeur de prolactinémie. En cas de prise d’antipsychotiques, les
concentrations de prolactine peuvent occasionnellement s’élever
au-delà de dix fois la limite supérieure de la normale. Lorsque
l’arrêt du médicament hyperprolactinémiant a été jugé non
souhaitable, la réalisation d’une IRM hypophysaire sera le seul
moyen de dépister une pathologie tumorale pouvant être la cause de
l’hyperprolactinémie [1, 38]. Devant une hyperprolactinémie
chronique, un traitement estrogénique ou estroprogestatif pourrait
être instauré pour corriger l’hypo-estrogénie associée [38]. Un
supplément de calcium pourrait également être nécessaire [1].
Atteinte hépatique
De nombreux médicaments peuvent perturber la fonction hépatique,
atteintes qui sont habituellement décrites comme étant de type
nécrotique, cholestatique ou mixte. L’acide valproïque et la
carbamazépine présentent un risque très faible d’induire une
toxicité hépatique. L’hépatotoxicité imputable à l’acide valproïque
peut aller de l’augmentation asymptomatique et transitoire des
enzymes hépatiques à l’atteinte hépatique idiosyncrasique mortelle.
Cette dernière est plus particulièrement décrite chez les enfants
de moins de deux ans avec épilepsie réfractaire et retard
mental sous polythérapie anticonvulsivante inductrice [39, 40].
Les atteintes hépatiques d’évolution sévère, voire mortelle,
sont très rares. Les signes généraux non spécifiques, évocateurs
d’une atteinte hépatique, peuvent précéder l’ictère (asthénie,
anorexie, somnolence parfois accompagnées de vomissements répétés
et de douleurs abdominales). Ils apparaissent souvent
brutalement.
Chez les patients traités par la carbamazépine, une augmentation
isolée de la gammaglutamyltranspeptidase (liée au caractère
inducteur enzymatique hépatique de cette molécule) survient
fréquemment au cours du traitement, et elle est en général sans
signification clinique [41]. Il a été suggéré que le métabolite
époxyde de la carbamazépine puisse être responsable de
l’hépatotoxicité de la carbamazépine. Le risque d’hépatotoxicité
est quasiment nul avec l’oxcarbazépine, un dérivé de la
carbamazépine n’entraînant pas la formation de ce dérivé [41].
Les atteintes hépatiques induites par la carbamazépine sont
rares [42], mais des cas d’atteinte sévères ont été rapportés chez
l’enfant [43-46]. L’atteinte hépatique survient généralement au
début du traitement.
Les cas d’atteinte hépatique liés à un traitement par
antipsychotique sont rares. Des hépatites cholestatiques sont
possibles, en particulier, avec la chlorpromazine et la clozapine
[47, 48]. Par ailleurs, de rares cas d’hépatite avec dégénérescence
graisseuse ont été rapportés avec la rispéridone. Ces hépatites
avec dégénérescence graisseuse, réversible à l’arrêt du traitement,
surviendraient essentiellement lors des traitements au long cours.
Elles seraient plus fréquentes chez les garçons que chez les filles
et seraient corrélées à la prise de poids [49].
La surveillance biologique et clinique des patients traités par
l’acide valproïque et par la carbamazépine est essentielle. Malgré
le caractère bénin et réversible observé dans la plupart des cas,
une surveillance biologique et clinique s’impose, en particulier
chez les patients à risque (posologie élevée, surdosage
médicamenteux, obésité, pratique addictive, comédication
hépatotoxique et antécédent de troubles hépatiques). Une élévation
des enzymes hépatiques supérieure à trois fois le niveau de base
nécessite, de façon générale, une diminution de la dose de l’agent
causal ou une interruption du traitement.
Diabète insipide néphrogénique (DIN), atteinte rénale
Le DIN, défini par l’existence d’une polyurie hypotonique, survient
fréquemment au cours d’un traitement chronique par le lithium [50].
A dose thérapeutique, la prise prolongée de lithium peut provoquer
une diminution du pouvoir de concentration de l’urine. Le lithium
inhibe l’expression de la protéine effectrice des récepteurs de
l’hormone antidiurétique sur les tubes collecteurs rénaux
perturbant ainsi la capacité du rein à concentrer les urines [51,
52]. Cette impossibilité à concentrer les urines est à l’origine de
la polyurie. Le DIN est le plus souvent sans complications
cliniques parce que la polyurie est compensée par l’apport adéquat
de liquide. Cependant, les patients affectés sont exposés au risque
de déshydratation avec hypernatrémie et hyperosmolarité plasmatique
en cas de restriction de boissons ou de toute autre cause de pertes
hydriques. Cet effet indésirable peut persister plusieurs semaines
ou mois après l’arrêt du traitement [53].
La réhydratation des accidents aigus du DIN du lithium nécessite
un apport suffisamment important de solutés hypotoniques. La
réduction de la polyurie fait souvent appel à l’amiloride
[53-55].
Les troubles tubulaires du lithium ont comme base anatomique des
lésions de néphrite interstitielle chronique. Celles-ci sont peu
spécifiques, associant fibrose interstitielle focale, atrophie
tubulaire avec tubules microkystiques et sclérose glomérulaire. La
néphrite interstitielle du lithium peut se compliquer d’une
diminution progressive du débit de filtration glomérulaire.
Rarement, le lithium peut être à l’origine d’une néphropathie
glomérulaire avec syndrome néphrotique [56]. Le mécanisme de
l’atteinte glomérulaire est inconnu. La protéinurie régresse après
l’arrêt du traitement.
L’intoxication aiguë par le lithium, avec lithiémie >
2 mmol/L, comporte des manifestations diverses, principalement
neurologiques avec hypotonie musculaire, perturbations de
l’électroencéphalogramme, perturbations de l’électrocardiogramme,
hypotension et coma hyperreflexique. Un DIN aigu peut également
survenir. Une insuffisance rénale aiguë, de mécanisme incertain,
peut être présente. Elle peut être fonctionnelle par déshydratation
due à la polyurie non compensée, parenchymateuse par nécrose
tubulaire à la néphrotoxicité aiguë propre du lithium ou à une
rhabdomyolyse aiguë. L’hémodialyse est une méthode efficace
d’élimination du lithium, qui peut être indiquée dans les
intoxications aiguës les plus sévères, même en l’absence
d’insuffisance rénale [57].
Le traitement par le lithium peut être à l’origine de divers
désordres rénaux. L’évaluation de la fonction rénale avant et au
cours du traitement est nécessaire.
Syndrome de sécrétion inappropriée d’hormone antidiurétique
(SIADH)
La carbamazépine peut induire un syndrome SIADH et ainsi conduire à
des troubles hydroélectrolytiques de type hyponatrémie avec
hémodilution. Cet effet indésirable peut induire une
encéphalopathie hyponatrémique avec maux de têtes, vision trouble,
faiblesse musculaire, tremblements, crampes, nausées, vomissements,
diarrhées, hypersialorrhée et confusion [58]. Quand elle est aiguë,
elle peut induire des convulsions, voire un coma pouvant entraîner
la mort. La surveillance de la natrémie chez les patients traités
par la carbamazépine est recommandée afin de dépister cet effet
indésirable. L’oxcarbazépine et les ISRS peuvent également être
responsables d’un tel tableau clinique. Rappelons que la correction
d’une hyponatrémie doit se faire de façon progressive, permettant
ainsi d’éviter le phénomène de démyélinisation cérébrale [59].
Hypercalcémie
Chez l’adulte, l’atteinte des parathyroïdes avec hypercalcémie est
une complication reconnue du traitement par le lithium [1]. A ce
jour, cet effet indésirable n’a pas été rapporté en pédiatrie.
L’hypothèse pathophysiologique la plus souvent retenue est celle
d’un « dérèglement du rétrocontrôle » de la calcémie sur
la sécrétion de parathormone [60-62]. L’hypercalcémie est en règle
générale modérée. Elle peut cependant avoir des conséquences
cliniques importantes en aggravant la polyurie du lithium,
l’élévation de la calcémie étant elle-même responsable d’un déficit
du pouvoir de concentration de l’urine par diminution de
l’expression rénale de l’aquaporine 2 [63]. Il est conseillé de
surveiller la calcémie après la mise en place d’un traitement par
lithium [1].
Hypocalcémie
Les patients recevant des inducteurs enzymatiques, telle la
carbamazépine, sont à risque de développer une déficience en
vitamine D, laquelle pourrait favoriser l’apparition d’une
hypocalcémie, d’un hyperparathyroïdisme secondaire et
d’ostéomalacie [64].
Effets sur la thermorégulation
Par leurs effets au niveau dopaminergique, les antipsychotiques
(via un blocage des récepteurs D2 postsynaptiques) ont la capacité
d’entraîner une altération de la thermorégulation. Les molécules
dotées de propriétés anticholinergiques, par un effet
« antisudation », peuvent également contribuer à produire
un tableau d’hyperthermie [65]. Le topiramate peut induire un état
d’hypohydrose ou d’oligohydrose avec hyperthermie associée [66].
Syndrome malin des neuroleptiques (SMN)
Le SMN est une complication rare mais grave du traitement par les
antipsychotiques. Le SMN serait, entre autres, lié au blocage des
récepteurs dopaminergiques des antipsychotiques. Des cas de SMN ont
été rapportés chez l’enfant et l’adolescent, aussi bien avec les
antipsychotiques de première génération qu’avec les
antipsychotiques atypiques [67]. Les symptômes suivants sont
associés à un SMN : une hyperthermie avec sueurs, des troubles
du tonus avec rigidité extrapyramidale, des signes de
déshydratation avec hypotension et tachycardie, et, sur le plan
biologique, une élévation de la créatine kinase. La prise en charge
de cet effet indésirable comporte l’arrêt du traitement en cours,
la prise en charge symptomatique et un traitement médicamenteux
faisant le plus souvent appel au dantrolène [5, 67].
Syndrome sérotoninergique
Le syndrome sérotoninergique est caractérisé par un excès de
sérotonine dans le système nerveux central, lié à la prise de
certains antidépresseurs, notamment les ISRS.
C’est un effet indésirable rare, mais potentiellement mortel,
justifiant l’arrêt immédiat du traitement [68]. Son mécanisme
serait lié à une stimulation des récepteurs 5-HT1A et 5-HT2A
postsynaptiques. Le syndrome sérotoninergique peut apparaître dans
les jours qui suivent l’introduction du traitement ou lors de
surdosages, notamment en association avec d’autres médicaments
sérotoninergiques. Les symptômes observés sont : une
confusion, une agitation, une tachycardie, une hypo- ou une
hypertension artérielle, une hyperthermie, des myoclonies, des
tremblements, une rigidité, une incoordination motrice, une
hyperreflexie et une diarrhée. Délire, coma et crise d’épilepsie
sont plus rares mais potentiellement fatals. La prise en charge est
symptomatique. Le traitement d’un syndrome sérotoninergique sévère
peut faire appel à la cyproheptadine [69, 70].
Réactions cutanées
Les anticonvulsivants sont l’une des classes de médicaments le plus
souvent associées au développement de réactions cutanées,
lesquelles peuvent aller du simple rash au développement du
syndrome de Stevens-Johnson. Les réactions cutanées
« graves » (tels le syndrome de Stevens-Johnson et la
nécrolyse épidermique toxique) demeurent rares.
La réaction cutanée peut se produire seule ou en association
avec d’autres manifestations telles : coagulopathies,
lymphadénopathie, hépatomégalie, fièvre, splénomégalie, etc.
L’ensemble de ces symptômes est connu sous le nom de
« syndrome d’hypersensibilité aux anticonvulsivants ».
Toutefois, la plupart des médicaments peuvent induire des réactions
cutanées.
Pancréatite aiguë
Chez l’enfant, la pancréatite aiguë est une complication rare, mais
grave, du traitement par l’acide valproïque. La physiopathologie de
cet effet indésirable reste discutée. Le métabolisme hépatique des
médicaments induisant des pancréatites serait impliqué dans la
survenue des pancréatites médicamenteuses [71]. Le système
microsomal d’oxydation du foie dépendant des cytochromes P450
pourrait entraîner, dans certaines conditions, une production
exagérée de métabolites chimiquement réactifs. Une partie de ces
métabolites toxiques étant éliminée dans la bile, un reflux
biliopancréatique pourrait exposer les canaux pancréatiques à
l’action de ces métabolites [71]. Ce mécanisme hypothétique de
pancréatite médicamenteuse reste à confirmer. Les principales
manifestations sont des douleurs abdominales, de l’anorexie, des
vomissements, de la fièvre, une occlusion intestinale
fonctionnelle, de l’ascite et un état de choc. Chez tout patient
recevant un traitement par l’acide valproïque, la survenue de
douleurs abdominales aiguës et/ou de vomissements doit faire
évoquer une pancréatite aiguë, imposant l’arrêt du traitement.
Celle-ci est à confirmer par le dosage sanguin de l’amylase.
Encéphalopathie hyperammoniémique
L’acide valproïque est un traitement habituellement bien toléré
mais qui peut être à l’origine d’effets indésirables neurologiques.
L’encéphalopathie hyperammoniémique induite par l’acide valproïque
(EHV) est caractérisée par l’association de troubles de la
vigilance d’installation aiguë, d’ondes triphasiques à
l’électroencéphalogramme et d’hyperammoniémie sans atteinte
hépatique franche [72].
La physiopathologie de l’augmentation de l’ammoniémie est
complexe et plusieurs mécanismes pourraient être impliqués. Une
inhibition du cycle de l’urée par l’acide valproïque, cycle
permettant la transformation de l’ammoniac en urée, serait
impliquée [73]. L’acide valproïque induit un déficit en carnitine,
ce qui peut entraîner une hyperammoniémie [74]. L’acide valproïque
favoriserait également la réabsorption de la glutamine au niveau du
rein. L’accumulation de glutamine activerait alors la glutaminase,
qui permettrait la libération d’ammonium. Le risque d’EHV semble
être plus important chez les enfants et chez les patients traités
par une association de plusieurs antiépileptiques comprenant de
l’acide valproïque. L’encéphalopathie survient le plus souvent à
l’introduction du traitement par l’acide valproïque ou après une
augmentation de la posologie [75]. La survenue d’une EHV impose une
diminution de dose ou l’arrêt du traitement. Le lactulose ou un
supplément de carnitine peuvent également être tentés pour contrer
ce phénomène.
Effets indésirables hématologiques
Aplasie médullaire
Un des effets indésirables de la carbamazépine rare mais grave est
l’aplasie médullaire. L’aplasie médullaire est une insuffisance
médullaire quantitative, secondaire à la disparition complète ou
partielle du tissu hématopoïétique sans prolifération cellulaire
normale. Le diagnostic d’aplasie médullaire peut être posé par la
présence d’au moins deux des critères suivants : leucocytes ≤
3 500/mm3, plaquettes ≤ 55 000/mm3,
hémoglobine ≤ 10,0 g/dL ou réticulocytes ≤
30 000/mm3. On retrouve trois types de signes
cliniques, plus ou moins prononcés, en rapport avec l’importance de
l’insuffisance médullaire sur les trois lignées. Il s’agit des
signes d’anémie, d’infection et d’hémorragie.
L’hémogramme doit être réalisé avant le début du traitement et
régulièrement au cours du traitement. L’administration de la
carbamazépine doit être interrompue en cas de modification franche
de l’hémogramme faisant craindre l’apparition d’une aplasie
médullaire.
Neutropénie, agranulocytose
Une neutropénie est la diminution du taux sanguin des
polynucléaires neutrophiles (PN). Une agranulocytose correspond à
la disparition complète des PN dans le sang. Chez l’enfant, on
parle de neutropénie légère lorsque les neutrophiles se situent
entre 1,0 et 1,5 × 109/L, de neutropénie modérée
lorsqu’ils sont entre 0,5 et 1,0 × 109/L et de
neutropénie grave lorsqu’ils descendent sous le seuil de 0,5 ×
109/L [9]. Le risque d’infection bactérienne est élevé
en cas de neutropénie grave.
Concernant les antipsychotiques, une agranulocytose peut
survenir, essentiellement avec les phénothiazines (chlorpromazine
par exemple) et la clozapine. Les effets indésirables
hématologiques de la clozapine ont fait l’objet de nombreuses
études permettant de déterminer la prévalence des agranulocytoses
induites par le traitement, estimée à 0,8 % durant la première
année, et d’établir un consensus concernant les modalités de
surveillance hématologique du traitement [76, 77]. Certains auteurs
ont tenté d’éclaircir les mécanismes de l’agranulocytose induite,
laquelle ne dépend pas de la dose administrée, incriminant certains
métabolites de la clozapine par un phénomène de toxicité
probablement médiée par les radicaux libres [78]. La carbamazépine
est également susceptible d’induire une agranulocytose et celle-ci
apparaît généralement dans les trois premiers mois de traitement
[79, 80]. La neutropénie est dose dépendante. Elle peut parfois
s’associer à une baisse des plaquettes [80]. Cet effet indésirable
serait lié à une action toxique et dose dépendante de la
carbamazépine par blocage de la maturation des cellules précurseurs
des trois lignées hématopoïétiques [81].
Les manifestations cliniques qui doivent faire suspecter une
agranulocytose sont : une survenue brutale d’un tableau
infectieux avec fièvre élevée et frissons ou d’autres signes
infectieux sévères. L’agranulocytose médicamenteuse peut engager le
pronostic vital. La surveillance régulière de l’hémogramme au cours
du traitement est donc indispensable. La survenue d’une
agranulocytose impose l’arrêt du médicament mis en cause.
Thrombopénies/anomalies des fonctions plaquettaires
Une thrombopénie, habituellement discrète, peut s’observer aussi
bien avec les antipsychotiques de première génération qu’avec les
antipsychotiques atypiques. Une thrombopénie a également été
rapportée avec les thymorégulateurs anticonvulsivants
(carbamazépine, acide valproïque) et les psychostimulants. Une
thrombopénie est définie par un chiffre de plaquettes inférieur à
150 × 109/L. Des hémorragies spontanées ne surviennent
que lorsque les plaquettes descendent sous le seuil de 20 à 30 ×
109/L [9]. Le mécanisme de la thrombopénie serait
immunoallergique.
Des cas de thrombopénies et d’anomalies des fonctions
plaquettaires ont été notés avec l’acide valproïque [82]. Le
mécanisme de survenue n’est pas clairement défini. Les hypothèses
suivantes ont été émises : une toxicité directe sur la moelle
osseuse avec une atteinte de la thrombocytogenèse [83] ; la
formation d’autoanticorps antiplaquettaires [84] ; une lésion
de la membrane plaquettaire par l’acide valproïque [85]. Afin de
réduire le risque hémorragique des patients sous acide valproïque,
il est recommandé de réaliser un bilan d’hémostase avant, au cours
du traitement et avant une intervention chirurgicale ou en cas
d’hématomes ou de saignements.
Les ISRS, par leurs effets au niveau de la pompe de recapture
localisée sur les plaquettes, sont dotés de propriétés
antiplaquettaires.
Conclusion
Le fait d’instaurer une pharmacothérapie chez des enfants
n’équivaut pas à initier une thérapie chez de « petits
adultes ». Plusieurs corrélaires neurobiologiques diffèrent
grandement selon l’âge : par exemple, alors que la dépression
majeure est associée à une hypersécrétion basale de cortisol chez
l’adulte, ce phénomène ne semble pas se produire chez l’enfant ou
l’adolescent [86]. De même, la pharmacocinétique de certaines
molécules, telle la carbamazépine, peut grandement différer selon
l’âge.
Il est encourageant d’assister, au cours des dernières années, à
la publication d’études de grande envergure chez la population
pédopsychiatrique.
Un médicament peut être associé à un éventail d’effets
indésirables : certains sont prévisibles et dose-dépendants,
d’autres se manifestent de façon idiosyncrasique. Par exemple,
quoique rare, l’acide valproïque peut entraîner des hypothyroïdies
[87, 88].
Notons aussi que certains médicaments « non
psychotropes » tels les bêtabloqueurs, qui peuvent être
utilisés pour contrer l’agressivité, l’akathisie ou des
tremblements, ont la capacité d’entraîner une altération du
métabolisme glucidique et lipidique.
Cet article décrit les principaux effets indésirables en
pédopsychiatrie et propose une approche de dépistage et de prise en
charge, lorsque des problèmes se manifestent.
Remerciements
Nous tenons à remercier le Réseau mère-enfant de la francophonie
pour le soutien financier.
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1 PRP = problèmes reliés à la
pharmacothérapie.
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