Accueil > Revues > Biologie et recherche > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Biologie et recherche
Journal de Pharmacie Clinique
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable
  Version PDF

Évaluation de l’atteinte des objectifs du traitement hypolipémiant et de l’observance chez 100 patients atteints de diabète de type 2


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 26, Numéro 2, 91-100, Avril-Mai-Juin 2007, Article original

DOI : 10.1684/jpc.2007.0052

Résumé   Summary  

Auteur(s) : J Lapalu, A Lahyani, I Borget, S Christin-maitre, F Duron, J Fromigue, P Bouchard, P Tilleul , Service de pharmacie, Hôpital Saint-Antoine, Paris, Service d’endocrinologie-diabétologie, Hôpital Saint-Antoine, Paris.

Résumé : L’élévation du LDL-cholestérol (LDL-C) est une des composantes majeures du risque cardiovasculaire, cause importante de mortalité chez les diabétiques de type 2. Les statines constituent actuellement le traitement de référence des hypercholestérolémies sans hypertriglycéridémie majeure. L’objectif principal de l’étude est d’identifier l’atteinte des objectifs thérapeutiques au plan biologique par rapport aux recommandations de l’Afssaps datant de mars 2005 dans le service d’endocrinologie d’un CHU parisien lors d’une étude prospective, réalisée entre novembre 2004 et juin 2005. Les objectifs secondaires sont d’évaluer la connaissance des objectifs du traitement par le patient et de déterminer si l’observance du traitement et des règles hygiéno-diététiques est respectée par le patient. Les résultats collectés à l’aide d’un questionnaire-patient sont exprimés sous forme de moyenne, d’écart-type et de pourcentage. Sur 100 patients diabétiques type 2 inclus, le sexe ratio (H/F) est de 1,1, l’âge moyen de 63 ans. Les patients sont traités par statines dans 86 % des cas. Seuls 45 % ont atteint la valeur cible de LDL-C recommandée sachant que 87 % présentent un haut risque cardiovasculaire. Le nombre de facteurs de risque moyen est de 3,9 par patient \; 34 % des patients déclarent ne pas connaître l’intérêt d’abaisser le taux de cholestérol, 12 % ne prennent pas leur traitement régulièrement et 70 % ont peu ou pas respecté les règles hygiéno-diététiques. La prise en charge des dyslipidémies chez le diabétique reste insuffisante. Les mesures visant à diminuer le LDL-C doivent être intensifiées avec une meilleure connaissance et une plus grande compréhension des traitements par le patient. Les patients doivent être sensibilisés sur l’intérêt de l’observance. L’enseignement des règles hygiéno-diététiques au travers de l’éducation thérapeutique doit être renforcé. Le pharmacien peut jouer un rôle essentiel dans l’optimisation de l’utilisation des normolipémiants lors de l’instauration du traitement et de son renouvellement.

Mots-clés : diabète, cholestérol, recommandations Afssaps, mauvaise observance, risque

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : J Lapalu1, A Lahyani1, I Borget1, S Christin-maitre2, F Duron2, J Fromigue2, P Bouchard2, P Tilleul1

1Service de pharmacie, Hôpital Saint-Antoine, Paris
2Service d’endocrinologie-diabétologie, Hôpital Saint-Antoine, Paris

Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de décès et d’invalidité dans les pays développés. Parmi les facteurs favorisants, l’athérosclérose est un phénomène dégénératif artériel initié et entretenu par l’excès de LDL-cholestérol (LDL-C), dont les concentrations dépassent largement les besoins de l’organisme dans les pays industrialisés [1]. Elle est aggravée par des facteurs de risque non modifiables (âge, sexe masculin et hérédité) et modifiables (tabagisme, hypertension artérielle, dyslipidémie, diabète, obésité et sédentarité). Le diabète de type 2 est un facteur de risque majeur entraînant une augmentation du risque de morbi-mortalité cardiovasculaire par rapport aux non-diabétiques ; le risque relatif est de 2-3 pour les hommes et de 3-5 pour les femmes [1]. L’hyperglycémie est un facteur causal d’athérosclérose par son effet athérogène : une augmentation de 1 % de l’hémoglobine glyquée (HbA1c) s’accompagne d’une augmentation de 10 % de la mortalité cardiovasculaire sur 10 ans [2].Les actions de prévention chez les sujets à risque restent une priorité de santé publique. C’est pourquoi les autorités sanitaires proposent d’adapter les objectifs (valeurs seuils de LDL-C) à atteindre en matière d’hypercholestérolémie aux données épidémiologiques de morbi-mortalité stratifiées en fonction de ce taux de LDL-C. Cette adaptation est réalisée tant en prévention primaire qu’en prévention secondaire. De nombreuses études montrent que le contrôle intensif des facteurs de risque diminue l’incidence des évènements cardiovasculaires [3-5] (tels que le changement des habitudes de vie et de l’alimentation). Ainsi, une information ciblée sur les facteurs de risque cardiovasculaires doit être réalisée systématiquement pour modifier les comportements des patients [6, 7]. Lorsque les mesures hygièno-diététiques ne suffisent pas à maintenir le taux de LDL-C en deçà de la valeur seuil, un traitement médicamenteux doit être envisagé. Les recommandations placent au premier plan la prescription des statines, qui sont actuellement le traitement de référence des hypercholestérolémies, particulièrement chez les patients atteints d’un diabète de type 2 considérés comme patients à haut risque cardiovasculaire. En France, plus de la moitié des patients hyperlipidémiques traités en prévention secondaire n’atteignent pas les objectifs fixés par les recommandations internationales [8, 9]. Ainsi, les objectifs principaux de l’étude mise en place à l’hôpital Saint-Antoine sont d’identifier lors de la prise en charge des dyslipidémies chez les patients diabétiques de type 2, l’atteinte des objectifs thérapeutiques sur le plan biologique (valeur du LDL-C) par rapport aux recommandations de l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) de mars 2005 [9]. Le deuxième objectif de l’étude est d’analyser la connaissance qu’ont les patients de l’indication du traitement. De plus, l’étude permet d’évaluer si l’observance du traitement et des règles hygiéno-diététiques associées est comprise et respectée par le patient.

Matériel et méthodes

Méthodologie générale

Une étude prospective et observationnelle a été conduite dans le service d’endocrinologie de l’hôpital Saint-Antoine en collaboration avec le service de pharmacie entre le 1er novembre 2004 et le 1er juin 2005. Tous les patients hospitalisés, diabétiques de type 2 et traités pour une dyslipidémie sont inclus dans l’étude. Ne sont pas inclus, les patients ayant des difficultés d’expression et/ou de compréhension de la langue française et les patients refusant de donner leur consentement oral.

Collecte des données

La méthodologie de l’étude repose sur deux éléments : un recueil de données est effectué à partir du dossier médical du patient sur une fiche dédiée à cet effet ; les données déclaratives sont obtenues à partir de l’interrogatoire du patient. Les deux documents (fiche de recueil de données et questionnaire) ont été élaborés par l’étudiant en pharmacie de 5e année hospitalo-universitaire (AHU), le médecin endocrinologue référent et le pharmacien responsable. Ils ont été validés par une phase de test afin d’évaluer leur faisabilité ce qui a permis à l’étudiant 5e AHU de parfaire sa formation. Pour chaque patient inclus (diabète de type 2 traité par normolipémiant), l’étudiant 5e AHU attaché au service d’endocrinologie remplit quotidiennement la fiche de recueil de données (Annexe 1) qui comporte différents items concernant le patient et son traitement hypolipémiant. Après avoir recueilli ces premières données, l’étudiant 5e AHU interroge le patient pour compléter le questionnaire (Annexe 2) basé sur les déclarations du patient hospitalisé dans le service. Ces données déclaratives permettent d’évaluer si le patient respecte les règles hygiéno-diététiques, connaît les objectifs de son traitement, est informé des effets indésirables et a adhéré à son projet thérapeutique. Ce questionnaire permet également d’établir un historique du traitement (changement de traitement et raison de ce changement). Les questions sont ouvertes mais le questionnaire est stratifié en options de réponses. Cet interrogatoire a nécessité une mise en confiance préalable du patient vis-à-vis de l’enquêteur pour optimiser la qualité des réponses. La mise en confiance des patients est basée sur l’écoute, l’intérêt des patients de participer à une étude portant sur leur propre pathologie et l’anonymat du questionnaire.

Les recommandations de l’Afssaps

Les recommandations de l’Afssaps de 2000 sur la prise en charge des dyslipidémies [9] ont été modifiées en mars 2005. Les modifications concernant l’intégration de certains facteurs de risque cardiovasculaire par rapport aux recommandations de 2000 [10] portent sur la nécessité de prendre en compte les données scientifiques récentes, d’être en phase avec les recommandations internationales et enfin, d’être le plus cohérent possible avec les recommandations sur la prise en charge des autres facteurs de risque. Le changement principal porte sur le taux de LDL-C à atteindre qui passe en prévention secondaire de 1,3 g/L à 1 g/L. Les autres changements portent sur l’âge (définissant à lui seul la présence d’un facteur de risque) et sur le taux de HDL-C. La limite d’âge passe de 45 ans à ≥ 50 ans chez les hommes et de 55 ans à ≥ 60 ans chez les femmes ; le taux de HDL-C passe de < 0,35 à < 0,40 g/L. C’est pourquoi, les premiers résultats relatifs aux objectifs thérapeutiques obtenus entre novembre 2004 et février 2005 basés sur les anciennes recommandations ont été réévalués dans un second temps avec les nouvelles recommandations. Ces recommandations fixent les objectifs à atteindre en valeur de LDL-C par le traitement hypolipémiant et ceci en fonction du nombre de facteurs de risque que présente le patient (tableau 1). La prévention cardiovasculaire se conçoit à deux niveaux [5] : la prévention primaire concerne les patients sans maladie cardiovasculaire, et la prévention secondaire vise les patients qui ont une maladie cardiovasculaire et sont considérés comme des patients à haut facteur de risque (taux de LDL-C < 1 g/L). Les facteurs de risque dans les dyslipidémies sont : l’âge, les antécédents familiaux de maladie coronaire précoce, le tabagisme actuel ou arrêté depuis moins de 3 ans, l’hypertension artérielle permanente traitée ou non, le diabète de type 2 traité ou non, le taux de HDL-C < 0,40 g/L quel que soit le sexe. Néanmoins, les nouvelles recommandations de l’Afssaps considèrent les patients diabétiques de type 2 ayant au moins deux autres facteurs de risque cardiovasculaire (âge, tabac, HTA…) ou une atteinte rénale, comme des patients à haut risque cardiovasculaire dont le taux de LDL-C à atteindre doit être inférieur à 1 g/L (identique à celui de la prévention secondaire).
Tableau 1 Taux de LDL-C à atteindre (g/L) en fonction du nombre de facteurs de risque [9].

Taux de LDL-C (g/L)

Aucun facteur de risque

< 2,2

1 seul facteur de risque

< 1,9

2 facteurs de risque

< 1,6

≥ 3 facteurs de risque

< 1,3

Patient à haut facteur de risque*

< 1,0

Analyse des résultats

Les résultats sont présentés sous forme de moyennes et d’écarts-types pour les variables quantitatives, de pourcentages et d’effectifs pour les variables qualitatives.

L’indice de masse corporelle est calculé selon la formule : IMC = poids (Kg) / taille2 (m2) (le patient est considéré comme normal pour des valeurs entre 20 et 25, en surpoids entre 25 et 28 et obèse au-delà de 28).

La clairance de la créatinine (mL/min) est calculée selon la formule de Cockcroft-Gault.

Une régression logistique utilisant les données individuelles des patients a été réalisée afin d’identifier les facteurs associés à la probabilité de ne pas atteindre les objectifs de seuil de LDL-C en fonction du nombre de facteurs de risque, selon les recommandations de 2005. Cette analyse a pour objectif d’identifier si des facteurs propres au patient (âge, fonction rénale, HTA, antécédents familiaux et/ou personnels d’affections cardiovasculaires, tabac) ou liés au traitement hypolipémiant (observance, respect des règles hygiéno-diététiques, connaissance des objectifs du traitement hypolipémiant) influencent la probabilité de ne pas atteindre les objectifs thérapeutiques.

Résultats

Description de la population et du traitement

Un total de 100 patients diabétiques type 2 ont été inclus dans l’étude. Le sexe ratio H/F est de 1,1 (53 hommes et 47 femmes) ; 52 % des patients sont des personnes d’âge supérieur à 65 ans. L’âge moyen de ces patients est de 63 ± 10 ans. Parmi les 100 patients, 7 patients sont en hospitalisation de jour (HDJ), 55 en hospitalisation de semaine (HDS) et 38 en hospitalisation de durée indéterminée. Parmi ces patients diabétiques de type 2, 72 % sont traités par insuline et 28 % sont sous antidiabétiques oraux seuls. Pour la dyslipidémie, 86 % des patients sont traités par des statines, 10 % par des fibrates seuls, 3 % par des statines associées à d’autres médicaments (Ezétrol® ou Maxepa®) et 1 % par de l’Ezétrol® seul. Par ailleurs, 6 % des patients ont nécessité un changement de traitement en cours d’hospitalisation en raison de problème d’intolérance musculaire (4 patients étaient sous statines et 2 patients sous fibrates, ces 6 patients ont bénéficié d’un autre traitement par statines).

Description des facteurs de risque

Dans cette population, le nombre de facteurs de risque moyen est de 3,9 ± 1,2 par patient (étendue : 1-7). Les patients ayant des antécédents personnels cardiovasculaires (prévention secondaire) ont significativement plus de facteurs de risque que les patients sans antécédents personnels cardiovasculaires (prévention primaire), avec respectivement 4,3 et 3,7 facteurs de risque (p = 0,02). La distribution de la cohorte en fonction du nombre de facteurs de risque est présentée sur la figure 1 : il s’agit de patients diabétiques pouvant être considérés comme compliqués (84 % des patients ont au moins 3 facteurs de risque) et difficiles à prendre en charge. L’HbA1c est de 8,5 % en moyenne par patient. Les trois facteurs de risque les plus fréquemment identifiés, hormis le diabète, justifiant la mise sous traitement hypolipémiant sont l’hypertension, l’âge et le taux de HDL-C (< 0,40 g/L) (tableau 2).

Dans cette population, 87 % des patients présentent plusieurs facteurs de risque associés (au moins deux) avec ou non des antécédents vasculaires et sont considérés comme ayant un risque cardiovasculaire élevé. Parmi eux, 27 % ont des antécédents de maladie coronaire ou vasculaire (angor, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, artériopathie périphérique) et sont traités dans le cadre de la prévention secondaire ; 60 % sont sans antécédent vasculaire mais avec une atteinte rénale associée à au moins deux autres facteurs de risque et sont traités dans le cadre de la prévention primaire. Les 13 % restants présentent au moins deux facteurs de risque sans atteinte rénale.

D’autres facteurs récemment reconnus par les recommandations de l’Afssaps de mars 2005, comme l’insuffisance rénale et la microalbuminurie, sont pris en compte par les médecins prescripteurs comme étant des facteurs de risque justifiant la mise sous traitement hypolipémiant. L’atteinte rénale concerne 25,6 % des patients pour lesquels la protéinurie est supérieure à 300 mg/24 heures et 29,7 % des patients dont la clairance de la créatinine est inférieure à 60 mL/min. La microalbuminurie est supérieure à 30 mg/24 heures chez 51,6 % des patients. Par ailleurs, le surpoids est un autre facteur à prendre en compte : 60 % des patients hospitalisés sont au sein du service considérés comme obèses avec un IMC > 28.
Tableau 2 Répartition du nombre de patients par facteur de risque.

Facteurs de risque cardiovasculaires

Effectifs (n = 100)

Homme de 50 ans ou plus

48

Femme de 60 ans ou plus

32

Antécédents familiaux de maladie coronaire précoce

16

Tabagisme actuel ou arrêté depuis moins de 3 ans

25

HTA permanente traitée ou non

82

Diabète de type 2 traité ou non

100

HDL < 0,40 g/L (1,0 mmol/L) quel que soit le sexe

41

Facteur protecteur

HDL ≥ 0,60 g/L (soustraire un risque)

5

Évaluation de l’atteinte des objectifs thérapeutiques par rapport aux recommandations de l’Afssaps

L’atteinte des objectifs thérapeutiques est définie sur le seuil de LDL-C à atteindre en fonction du nombre de facteurs de risque présentés par les patients tels qu’ils sont définis dans les recommandations de 2000 et les recommandations de 2005 (figure 2).

Les résultats en prévention primaire et secondaire montrent respectivement une atteinte des valeurs cibles de LDL-C pour 64,4 % et 74 % des patients avec les recommandations de 2000 contre 43,1 % et 48,1 % des patients avec les recommandations de l’Afssaps 2005.

Évaluation de l’observance du traitement et des règles hygiénodiététiques

À la question « À quoi sert votre traitement ? », 27 % des patients ne le savent pas. De plus, il est intéressant de constater que 34 % des patients ne connaissent pas l’intérêt d’abaisser le taux de cholestérol. Les résultats d’observance du traitement médicamenteux sont obtenus à partir des données déclaratives et montrent que 46 % des patients avouent avoir déjà oublié de prendre leur traitement hypolipémiant occasionnellement (au moins 1 fois/an) et 12 % ne prennent pas leur traitement régulièrement (au moins 1 fois/mois). Parmi ces derniers, 38 % évoquent l’oubli à cause de l’horaire de prise du soir. De même, pour l’observance des règles hygiénodiététiques (alimentation et exercice physique), 72 % des patients estiment les avoir peu (55 %) ou pas du tout (17 %) appliquées, 18 % déclarent les avoir respectées en pratique courante et 10 % se déclarent irréprochables (figure 3). De plus, 100 % des patients relatent avoir fait un bilan lipidique datant de moins d’un an. Trente pour cent des patients déclarent que leur pathologie a nécessité des changements de traitement en raison de contre-indication, de mauvaise tolérance ou d’effets indésirables, d’échec thérapeutique d’une classe ou d’une molécule. Parmi ces derniers, 36,7 % atteignent les valeurs cibles de LDL-C recommandées par l’Afssaps malgré les diverses adaptations de leurs traitements hypolipémiants. Par rapport au niveau d’études des patients, 54 % des patients hospitalisés ont un niveau inférieur au bac. Parmi ceux qui ne connaissent pas l’intérêt d’abaisser le taux de cholestérol dans le sang, 71 % n’ont pas fait d’études. Parmi ceux qui n’atteignent pas les valeurs cibles de LDL-C recommandées par l’Afssaps, 49 % n’ont pas fait d’études.

Les résultats de la régression logistique montrent qu’aucun des facteurs liés au patient (âge, fonction rénale, HTA, antécédents familiaux et/ou personnels d’affections cardiovasculaires, tabac) ou à leur traitement hypolipémiant (observance, respect des règles hygiéno-diététiques, connaissance des objectifs de traitement par hypolipémiant) n’a d’incidence significative sur les taux de LDL-C.

Discussion

Notre étude décrit une cohorte de 100 patients, tous diabétiques de type 2 et présentant une dyslipidémie, qui ont été hospitalisés dans le service d’endocrinologie de l’hôpital Saint-Antoine entre le 1er novembre 2004 et le 1er juin 2005.

Les patients ont un âge moyen de 63 ± 10 ans et constituent une population à haut facteur de risque cardiovasculaire (87 %). En effet, le nombre de facteurs de risque par patient est en moyenne de 3,9 ± 1,2. Cette étude vise à déterminer si la prise en charge des dyslipidémies permet d’atteindre les objectifs recommandés par l’Afssaps ; c’est ainsi qu’elle met en évidence que seuls 43,8 % des patients atteignent les valeurs cibles de LDL-C fixées par les nouvelles recommandations françaises en prévention primaire et 48,1 % en prévention secondaire, alors qu’ils étaient 64,4 % en prévention primaire et 74 % en prévention secondaire à les atteindre lorsque l’on se réfère aux anciennes recommandations de 2000. Ainsi, une inversion des résultats est constatée sur l’atteinte ou non des objectifs thérapeutiques entre les nouvelles et les anciennes recommandations en prévention primaire ou secondaire. Cette évolution des recommandations implique une baisse de l’atteinte des objectifs de près de 20 % en prévention primaire et de 26 % en prévention secondaire. Les résultats montrent un nombre relativement important de patients (25 %) présentant un taux de LDL-C compris entre 1 et 1,3 g/L. S’il est impossible d’agir sur les facteurs de risque non modifiables comme l’âge, le sexe ou l’hérédité, il est par contre intéressant de lutter contre certains facteurs de risque tels que le tabagisme, l’obésité, l’hypertension artérielle, le diabète par la mise en place de consultations anti-tabagique et diététique, la pratique d’un exercice physique quotidien, ainsi qu’une meilleure éducation pour le contrôle de la tension artérielle et de la glycémie [11, 12]. Concernant les stratégies thérapeutiques, les statines constituent la presque totalité des traitements hypolipémiants mis en œuvre (86 %). Elles sont prescrites conformément aux recommandations de l’Afssaps en association avec un régime diététique, après échec de ce dernier sur les 3 mois précédents. Les autres traitements pharmacologiques restent marginaux et peu de patients sont traités par des fibrates (10 %). Ainsi, la stratégie thérapeutique majoritaire dans la prise en charge des dyslipidémies chez le diabétique de type 2 apparaît clairement basée sur la prescription de statines.

Des valeurs de LDL-C non atteintes de l’ordre de 58 % sont aussi retrouvées dans l’étude de Kirk [13]. Nos résultats s’expliquent par les recommandations plus drastiques en 2005 par rapport à celles de 2000 sur des objectifs stricts d’abaissement du LDL-C dans la prise en charge des patients à haut risque cardiovasculaire. De plus, il est important de noter que ces recommandations de mars 2005 restent toujours en décalage par rapport aux recommandations américaines du National cholesterol education program (NCEP) plus contraignantes encore [14]. Les résultats de notre étude peuvent ne pas être le reflet de la population générale puisqu’ils concernent une population de patients diabétiques, hospitalisés pour des perturbations biologiques et cliniques majeures. Le déséquilibre de nos patients diabétiques (8,5 % d’HbA1c en moyenne par patient) majore le taux de cholestérol. L’étude de Ferrières [15] montre qu’un tiers des patients (préventions primaire et secondaire confondues) n’a pas atteint les objectifs fixés par les recommandations de 2000, de même pour la cohorte de 650 patients de l’étude de Kennedy [16] où 50,6 % des patients n’atteignent pas les valeurs cibles de LDL-C. Selon l’application du NCEP [16], seuls 29,4 % des patients à très haut risque présentent un taux de LDL-C < 0,70 g/L. Le problème d’observance et de non respect des règles hygiéno-diététiques mis en évidence dans notre analyse sont à relier avec les résultats obtenus, avec 46 % des patients qui déclarent avoir oublié au moins une fois le traitement hypolipémiant et 72 % qui avouent avoir très peu ou pas du tout respecté les règles hygiéno-diététiques prescrites. Des résultats similaires sont retrouvés dans la méta-analyse de Peterson [17] où 51 % des patients ne prennent pas ou prennent irrégulièrement leur traitement. Il est intéressant de noter que nos résultats s’appuyant sur des données déclaratives conduisent à une probable majoration de l’observance par rapport à la réalité puisque certains patients peuvent surestimer leur réponse. Cette mauvaise observance et ce non respect des règles hygiéno-diététiques sont à relier pour un quart des patients à la méconnaissance de l’objectif de leur traitement et de l’intérêt d’abaisser le taux de cholestérol pour un tiers des patients. L’observance reste un paramètre difficile à évaluer ; dans la littérature, différents outils ont été proposés pour mesurer cette observance [18] : le calcul du nombre de comprimés pris par le patient [12, 19], l’analyse d’un journal de prise tenu par les patients [20, 21], le dossier pharmaceutique du patient [18, 22] ou encore le suivi thérapeutique par des dosages plasmatiques des médicaments. Les résultats trouvés dans chacune de ces études sont assez différents les uns des autres (taux d’observance variant de 40 à 85 %). En ce qui concerne la mauvaise observance due à la prise du soir des statines, relevée chez 38 % des patients qui ne prennent pas le traitement régulièrement, il serait peut-être plus judicieux de changer les plans de prise et proposer une prise le matin pour améliorer l’observance chez les patients réfractaires à la prise du soir.

D’autres hypothèses peuvent expliquer cet échec de la prise en charge thérapeutique des dyslipidémies chez le diabétique de type 2. La majorité des patients présentant plusieurs facteurs de risque sont polymédicamentés et ne comprennent pas toujours les intérêts respectifs de chacune des thérapeutiques qui leur sont prescrites. Il faudrait probablement dans l’application des objectifs de traitement reconsidérer l’importance du traitement hypolipémiant par rapport au diabète. Souvent, ces patients prennent leur insuline et saisissent l’importance de son bon usage, mais sont moins informés et moins adhérents au traitement de leur dyslipidémie. Différentes études américaines montrent qu’il existe un lien pour le patient entre le fait de disposer d’une bonne qualité d’information sur sa maladie [23, 24] et l’adhésion à son projet thérapeutique.

L’étude de Yamada [25] a démontré l’importance des interventions pharmaceutiques sur le suivi des patients à haut risque (diabétiques ou non) avec une réduction des taux de LDL-C obtenus chez les patients ayant bénéficié de ces interventions. Le pharmacien, qu’il soit hospitalier ou officinal, peut donc jouer un rôle important dans l’optimisation de l’utilisation des statines lors de l’instauration et du renouvellement des traitements. La prise de conscience des patients par rapport à leur pathologie doit être stimulée par une démarche de l’ensemble des acteurs de santé. La mise en place de programme d’éducation et d’information multidisciplinaire est indispensable pour avoir un réel impact sur l’adhérence du patient au traitement et permettre de diminuer les facteurs de risque cardiovasculaires chez les diabétiques de type 2 [26]. Ces programmes pourraient être ciblés sur une explication adaptée des conséquences cardiovasculaires de la dyslipidémie, sans expression sémiologique, mais à fort impact sur la morbi-mortalité. Il est important de mettre à profit l’hospitalisation du patient pour tenter de diminuer ces facteurs de risque en lui proposant des consultations diététiques et anti-tabagiques. De plus, cet entretien avec le pharmacien paraît indispensable pour réaliser un bilan global de l’observance du traitement (réticences, horaires de prise, traitement associé).

Conclusion

Cette étude montre que la prise en charge des dyslipidémies chez le diabétique reste insuffisante et que les mesures visant à diminuer le taux de LDL-C en fonction du risque cardiovasculaire global doivent être intensifiées. L’étude souligne la méconnaissance des patients sur les objectifs des traitements hypolipémiants. Pour optimiser l’atteinte des objectifs, les patients doivent être sensibilisés et comprendre l’objectif thérapeutique du traitement, l’intérêt de l’observance et l’importance du respect des règles hygiéno-diététiques. Le pharmacien peut alors potentiellement jouer un rôle majeur en écho du message du prescripteur dans l’optimisation de l’utilisation des statines lors de l’instauration des traitements et de leur suivi. La mise en place de consultations d’observance pour les populations à risque peut permettre d’instaurer un dialogue avec les patients et leur faire comprendre l’intérêt d’une bonne observance aussi bien médicamenteuse que non médicamenteuse. Ces consultations peuvent apporter une aide aux équipes médicales pour la prise en charge globale du patient. Le dossier pharmaceutique du patient pourrait être également un moyen de permettre le relais de la prise en charge du patient à l’officine. Ainsi les informations concernant les problèmes spécifiques de ces thérapeutiques (effets indésirables, allergie, associations médicamenteuses…) pourraient être collectées et archivées dans un dossier informatisé afin que le pharmacien personnalise son échange avec le patient lors de la dispensation.

 

 

Références

1 Afssaps. Argumentaire. Prise en charge thérapeutique du patient dyslipidémique. Mars 2005. http ://agmed.sante.gouv.fr/.

2 Turner RC, Millns H, Neil HA, Stratton IM, Manley SE, Matthews DR, et al. Risk factors for coronary artery disease in non-insulin dependent diabetes mellitus : United Kingdom Prospective Diabetes Study (UKPDS : 23). BMJ 1998 ; 316 : 823-8.

3 EUROASPIRE II Study Group. Lifestyle and risk factor management and use of drug therapies in coronary patients from 15 countries ; principal results from EUROASPIRE II Euro Heart Survey Programme. Eur Heart J 2001 ; 22 : 554-72.

4 The Scandinavian Simvastatin Survival Study (4S). Randomised trial of cholesterol lowering in 4444 patients with coronary heart disease. Lancet 1994 ; 344 : 1383-9.

5 Shepherd J, Cobbe SM, Ford I, Isles CG, Lorimer AR, MacFarlane PW, et al. Prevention of coronary heart disease with pravastatin in men with hypercholesterolemia. West of Scotland Coronary Prevention Study Group. N Engl J Med 1995 ; 333 : 1301-7.

6 Avis NE, McKinlay JB, Smith KW. Is cardiovascular risk factor knowledge sufficient to influence behavior ? Am J Prev 1990 ; 6 : 137-44.

7 Bruckert E, Thomas D, Emmerich J, Blin P, Bichon, Amelineau E. Influence d’une campagne d’information sur les facteurs de risque cardio-vasculaire, Epernon ville d’étude, résultats à 5 ans. Press Med 1999 ; 28 : 517-22.

8 EUROASPIRE I and II Group. Clinical reality of coronary prevention guidelines : a comparaison of EUROASPIRE I and II in nine countries. Lancet 2001 ; 357 : 995-1001.

9 Afssaps. Recommandations. Prise en charge thérapeutique du patient dyslipidémique. Mars 2005. http ://agmed.sante.gouv.fr/.

10 Afssaps. Recommandations. Prise en charge des dyslipidémies. Septembre 2000. http ://agmed.sante.gouv.fr/.

11 Van Wijk BL, Klungel OH, Heerdink ER, De Boer A. Effectiveness of interventions by community pharmacists to improve patient adherence to chronic medication : a systematic review. Ann Pharmacother 2005 ; 39 : 319-28.

12 Berringer R, Shibley MC, Cary CC, Pugh CB, Powers PA, Rafi JA. Outcomes of a community pharmacy-based diabetes monitoring program. J Am Pharm Assoc 1999 ; 39 : 791-7.

13 Kirk JK, Poirier JE, Mattox MG, Thomas PM, Michielutte R. Compliance with national guidelines in patients with diabetes in a family practice clinic. Pharmacotherapy 2002 ; 22 : 1541-6.

14 Executive summary of the third report of the National Cholesterol Educative Program (NCEP). Expert panel on detection, evaluation, and treatment of high blood cholesterol in adults (Adult treatment Panel III). JAMA 2001 ; 285 : 2486-97.

15 Ferrières J, Elbaz M, Maupas E, Carrié D, Puel J. Insuffisance de la prise en charge des patients dyslipidémiques en France. Etude Odyssée. Arch Mal Coeur Vaiss 2004 ; 97 : 187-93.

16 Kennedy AG, MacLean CD, Littenberg B, Ades PA, Pinckney RG. The challenge of achieving national cholesterol goals in patients with diabetes. Diabetes Care 2005 ; 28 : 1029-34.

17 Peterson AM, Takiya L, Finley R. Meta-analysis of interventions to improve drug adherence in patients with hyperlipidemia. Pharmacotherapy 2003 ; 23 : 80-7.

18 Ali F, Laurin MY, Larivière C, Tremblay D, Cloutier D. The effect of pharmacist intervention and patient education on lipid-lowering medication compliance and plasma cholesterol levels. Can J Clin Pharmacol 2003 ; 10 : 101-6.

19 Barnett CW, Nykamp D, Ellington AM. Patient-Guided Counseling in the community pharmacy setting. J Am Pharm Assoc 2000 ; 40 : 765-72.

20 Weinberger M, Murray MD, Marrero DG, Brewer N, Lykens M, Harris LE, et al. Effectiveness of pharmacist care for patients with reactive airways disease : a randomized controlled trial. JAMA 2002 ; 288 : 1594-602.

21 Grant RW, Devita NG, Singer DE, Meigs JB. Improving adherence and reducing medication discrepancies in patients with diabetes. Ann Pharmacother 2003 ; 37 : 962-9.

22 McDonough RP, Doucette WR. Drug therapy management : an empirical report of drug therapy problem, pharmacist’ interventions, and result of pharmacist’ actions. J Am Pharm Assoc 2003 ; 43 : 511-8.

23 Rickheim PL, Weaver TW, Flader JL, Kendall DM. Assessment of group versus individual diabetes education. Diabetes Care 2002 ; 25 : 269-74.

24 Raji A, Gomes H, Beard JO, Mac Donald P, Conlin PR. A randomized trial comparing intensive and passive education with diabetes mellitus. Arch Intern Med 2002 ; 162 : 1301-4.

25 Yamada C, Johnson JA, Robertson P, Pearson G, Tsuyuki RT. Long-term impact of a community pharmacist intervention on cholesterol levels in patients at high risk for cardiovascular events : extended follow-up of the second study of cardiovascular risk intervention by pharmacists (SCRIP-plus). Pharmacotherapy 2005 ; 25 : 110-5.

26 Clifford RM, Batty KT, Davis WA, Davis TME. Effect of a pharmaceutical care program on vascular risk factors in type 2 diabetes. Diabetes Care 2005 ; 28 : 771-6.


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]