ARTICLE
Auteur(s) : J
Lapalu1, A Lahyani1, I
Borget1, S Christin-maitre2, F
Duron2, J Fromigue2, P Bouchard2,
P Tilleul1
1Service de pharmacie, Hôpital Saint-Antoine,
Paris
2Service d’endocrinologie-diabétologie, Hôpital
Saint-Antoine, Paris
Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de décès et
d’invalidité dans les pays développés. Parmi les facteurs
favorisants, l’athérosclérose est un phénomène dégénératif artériel
initié et entretenu par l’excès de LDL-cholestérol (LDL-C), dont
les concentrations dépassent largement les besoins de l’organisme
dans les pays industrialisés [1]. Elle est aggravée par des
facteurs de risque non modifiables (âge, sexe masculin et hérédité)
et modifiables (tabagisme, hypertension artérielle, dyslipidémie,
diabète, obésité et sédentarité). Le diabète de type 2 est un
facteur de risque majeur entraînant une augmentation du risque de
morbi-mortalité cardiovasculaire par rapport aux
non-diabétiques ; le risque relatif est de 2-3 pour les hommes
et de 3-5 pour les femmes [1]. L’hyperglycémie est un facteur
causal d’athérosclérose par son effet athérogène : une
augmentation de 1 % de l’hémoglobine glyquée (HbA1c)
s’accompagne d’une augmentation de 10 % de la mortalité
cardiovasculaire sur 10 ans [2].Les actions de prévention chez
les sujets à risque restent une priorité de santé publique. C’est
pourquoi les autorités sanitaires proposent d’adapter les objectifs
(valeurs seuils de LDL-C) à atteindre en matière
d’hypercholestérolémie aux données épidémiologiques de
morbi-mortalité stratifiées en fonction de ce taux de LDL-C. Cette
adaptation est réalisée tant en prévention primaire qu’en
prévention secondaire. De nombreuses études montrent que le
contrôle intensif des facteurs de risque diminue l’incidence des
évènements cardiovasculaires [3-5] (tels que le changement des
habitudes de vie et de l’alimentation). Ainsi, une information
ciblée sur les facteurs de risque cardiovasculaires doit être
réalisée systématiquement pour modifier les comportements des
patients [6, 7]. Lorsque les mesures hygièno-diététiques ne
suffisent pas à maintenir le taux de LDL-C en deçà de la valeur
seuil, un traitement médicamenteux doit être envisagé. Les
recommandations placent au premier plan la prescription des
statines, qui sont actuellement le traitement de référence des
hypercholestérolémies, particulièrement chez les patients atteints
d’un diabète de type 2 considérés comme patients à haut risque
cardiovasculaire. En France, plus de la moitié des patients
hyperlipidémiques traités en prévention secondaire n’atteignent pas
les objectifs fixés par les recommandations internationales [8, 9].
Ainsi, les objectifs principaux de l’étude mise en place à
l’hôpital Saint-Antoine sont d’identifier lors de la prise en
charge des dyslipidémies chez les patients diabétiques de type 2,
l’atteinte des objectifs thérapeutiques sur le plan biologique
(valeur du LDL-C) par rapport aux recommandations de l’Afssaps
(Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) de
mars 2005 [9]. Le deuxième objectif de l’étude est d’analyser
la connaissance qu’ont les patients de l’indication du traitement.
De plus, l’étude permet d’évaluer si l’observance du traitement et
des règles hygiéno-diététiques associées est comprise et respectée
par le patient.
Matériel et méthodes
Méthodologie générale
Une étude prospective et observationnelle a été conduite dans le
service d’endocrinologie de l’hôpital Saint-Antoine en
collaboration avec le service de pharmacie entre le
1er novembre 2004 et le 1er juin
2005. Tous les patients hospitalisés, diabétiques de type 2 et
traités pour une dyslipidémie sont inclus dans l’étude. Ne sont pas
inclus, les patients ayant des difficultés d’expression et/ou de
compréhension de la langue française et les patients refusant de
donner leur consentement oral.
Collecte des données
La méthodologie de l’étude repose sur deux éléments : un
recueil de données est effectué à partir du dossier médical du
patient sur une fiche dédiée à cet effet ; les données
déclaratives sont obtenues à partir de l’interrogatoire du patient.
Les deux documents (fiche de recueil de données et questionnaire)
ont été élaborés par l’étudiant en pharmacie de 5e année
hospitalo-universitaire (AHU), le médecin endocrinologue référent
et le pharmacien responsable. Ils ont été validés par une phase de
test afin d’évaluer leur faisabilité ce qui a permis à l’étudiant
5e AHU de parfaire sa formation. Pour chaque patient
inclus (diabète de type 2 traité par normolipémiant), l’étudiant
5e AHU attaché au service d’endocrinologie remplit
quotidiennement la fiche de recueil de données (Annexe 1) qui
comporte différents items concernant le patient et son traitement
hypolipémiant. Après avoir recueilli ces premières données,
l’étudiant 5e AHU interroge le patient pour compléter le
questionnaire (Annexe 2) basé sur
les déclarations du patient hospitalisé dans le service. Ces
données déclaratives permettent d’évaluer si le patient respecte
les règles hygiéno-diététiques, connaît les objectifs de son
traitement, est informé des effets indésirables et a adhéré à son
projet thérapeutique. Ce questionnaire permet également d’établir
un historique du traitement (changement de traitement et raison de
ce changement). Les questions sont ouvertes mais le questionnaire
est stratifié en options de réponses. Cet interrogatoire a
nécessité une mise en confiance préalable du patient vis-à-vis de
l’enquêteur pour optimiser la qualité des réponses. La mise en
confiance des patients est basée sur l’écoute, l’intérêt des
patients de participer à une étude portant sur leur propre
pathologie et l’anonymat du questionnaire.
Les recommandations de l’Afssaps
Les recommandations de l’Afssaps de 2000 sur la prise en charge des
dyslipidémies [9] ont été modifiées en mars 2005. Les
modifications concernant l’intégration de certains facteurs de
risque cardiovasculaire par rapport aux recommandations de 2000
[10] portent sur la nécessité de prendre en compte les données
scientifiques récentes, d’être en phase avec les recommandations
internationales et enfin, d’être le plus cohérent possible avec les
recommandations sur la prise en charge des autres facteurs de
risque. Le changement principal porte sur le taux de LDL-C à
atteindre qui passe en prévention secondaire de 1,3 g/L à
1 g/L. Les autres changements portent sur l’âge (définissant à
lui seul la présence d’un facteur de risque) et sur le taux de
HDL-C. La limite d’âge passe de 45 ans à ≥ 50 ans chez
les hommes et de 55 ans à ≥ 60 ans chez les femmes ;
le taux de HDL-C passe de < 0,35 à < 0,40 g/L. C’est
pourquoi, les premiers résultats relatifs aux objectifs
thérapeutiques obtenus entre novembre 2004 et
février 2005 basés sur les anciennes recommandations ont été
réévalués dans un second temps avec les nouvelles recommandations.
Ces recommandations fixent les objectifs à atteindre en valeur de
LDL-C par le traitement hypolipémiant et ceci en fonction du nombre
de facteurs de risque que présente le patient (tableau 1). La prévention cardiovasculaire se
conçoit à deux niveaux [5] : la prévention primaire concerne
les patients sans maladie cardiovasculaire, et la prévention
secondaire vise les patients qui ont une maladie cardiovasculaire
et sont considérés comme des patients à haut facteur de risque
(taux de LDL-C < 1 g/L). Les facteurs de risque dans les
dyslipidémies sont : l’âge, les antécédents familiaux de
maladie coronaire précoce, le tabagisme actuel ou arrêté depuis
moins de 3 ans, l’hypertension artérielle permanente traitée
ou non, le diabète de type 2 traité ou non, le taux de HDL-C <
0,40 g/L quel que soit le sexe. Néanmoins, les nouvelles
recommandations de l’Afssaps considèrent les patients diabétiques
de type 2 ayant au moins deux autres facteurs de risque
cardiovasculaire (âge, tabac, HTA…) ou une atteinte rénale, comme
des patients à haut risque cardiovasculaire dont le taux de LDL-C à
atteindre doit être inférieur à 1 g/L (identique à celui de la
prévention secondaire).
Tableau 1 Taux de LDL-C à atteindre (g/L) en fonction
du nombre de facteurs de risque [9].
|
Taux de LDL-C (g/L)
|
|
Aucun facteur de risque
|
< 2,2
|
|
1 seul facteur de risque
|
< 1,9
|
|
2 facteurs de risque
|
< 1,6
|
|
≥ 3 facteurs de risque
|
< 1,3
|
|
Patient à haut facteur de risque*
|
< 1,0
|
Analyse des résultats
Les résultats sont présentés sous forme de moyennes et
d’écarts-types pour les variables quantitatives, de pourcentages et
d’effectifs pour les variables qualitatives.
L’indice de masse corporelle est calculé selon la formule :
IMC = poids (Kg) / taille2 (m2) (le patient
est considéré comme normal pour des valeurs entre 20 et 25, en
surpoids entre 25 et 28 et obèse au-delà de 28).
La clairance de la créatinine (mL/min) est calculée selon la
formule de Cockcroft-Gault.
Une régression logistique utilisant les données individuelles
des patients a été réalisée afin d’identifier les facteurs associés
à la probabilité de ne pas atteindre les objectifs de seuil de
LDL-C en fonction du nombre de facteurs de risque, selon les
recommandations de 2005. Cette analyse a pour objectif d’identifier
si des facteurs propres au patient (âge, fonction rénale, HTA,
antécédents familiaux et/ou personnels d’affections
cardiovasculaires, tabac) ou liés au traitement hypolipémiant
(observance, respect des règles hygiéno-diététiques, connaissance
des objectifs du traitement hypolipémiant) influencent la
probabilité de ne pas atteindre les objectifs thérapeutiques.
Résultats
Description de la population et du traitement
Un total de 100 patients diabétiques type 2 ont été inclus dans
l’étude. Le sexe ratio H/F est de 1,1 (53 hommes et 47
femmes) ; 52 % des patients sont des personnes d’âge
supérieur à 65 ans. L’âge moyen de ces patients est de 63 ±
10 ans. Parmi les 100 patients, 7 patients sont en
hospitalisation de jour (HDJ), 55 en hospitalisation de semaine
(HDS) et 38 en hospitalisation de durée indéterminée. Parmi ces
patients diabétiques de type 2, 72 % sont traités par insuline
et 28 % sont sous antidiabétiques oraux seuls. Pour la
dyslipidémie, 86 % des patients sont traités par des statines,
10 % par des fibrates seuls, 3 % par des statines
associées à d’autres médicaments (Ezétrol® ou
Maxepa®) et 1 % par de l’Ezétrol® seul.
Par ailleurs, 6 % des patients ont nécessité un changement de
traitement en cours d’hospitalisation en raison de problème
d’intolérance musculaire (4 patients étaient sous statines et 2
patients sous fibrates, ces 6 patients ont bénéficié d’un autre
traitement par statines).
Description des facteurs de risque
Dans cette population, le nombre de facteurs de risque moyen est de
3,9 ± 1,2 par patient (étendue : 1-7). Les patients ayant des
antécédents personnels cardiovasculaires (prévention secondaire)
ont significativement plus de facteurs de risque que les patients
sans antécédents personnels cardiovasculaires (prévention
primaire), avec respectivement 4,3 et 3,7 facteurs de risque (p =
0,02). La distribution de la cohorte en fonction du nombre de
facteurs de risque est présentée sur la figure 1 : il
s’agit de patients diabétiques pouvant être considérés comme
compliqués (84 % des patients ont au moins 3 facteurs de
risque) et difficiles à prendre en charge. L’HbA1c est de
8,5 % en moyenne par patient. Les trois facteurs de risque les
plus fréquemment identifiés, hormis le diabète, justifiant la mise
sous traitement hypolipémiant sont l’hypertension, l’âge et le
taux de HDL-C (< 0,40 g/L) (tableau
2).
Dans cette population, 87 % des patients présentent
plusieurs facteurs de risque associés (au moins deux) avec ou non
des antécédents vasculaires et sont considérés comme ayant un
risque cardiovasculaire élevé. Parmi eux, 27 % ont des
antécédents de maladie coronaire ou vasculaire (angor, infarctus du
myocarde, accident vasculaire cérébral, artériopathie périphérique)
et sont traités dans le cadre de la prévention secondaire ;
60 % sont sans antécédent vasculaire mais avec une atteinte
rénale associée à au moins deux autres facteurs de risque et sont
traités dans le cadre de la prévention primaire. Les 13 %
restants présentent au moins deux facteurs de risque sans atteinte
rénale.
D’autres facteurs récemment reconnus par les recommandations de
l’Afssaps de mars 2005, comme l’insuffisance rénale et la
microalbuminurie, sont pris en compte par les médecins
prescripteurs comme étant des facteurs de risque justifiant la mise
sous traitement hypolipémiant. L’atteinte rénale concerne
25,6 % des patients pour lesquels la protéinurie est
supérieure à 300 mg/24 heures et 29,7 % des patients
dont la clairance de la créatinine est inférieure à 60 mL/min.
La microalbuminurie est supérieure à 30 mg/24 heures chez
51,6 % des patients. Par ailleurs, le surpoids est un autre
facteur à prendre en compte : 60 % des patients
hospitalisés sont au sein du service considérés comme obèses avec
un IMC > 28.
Tableau 2 Répartition du nombre de patients par facteur
de risque.
|
Facteurs de risque cardiovasculaires
|
Effectifs (n = 100)
|
|
Homme de 50 ans ou plus
|
48
|
|
Femme de 60 ans ou plus
|
32
|
|
Antécédents familiaux de maladie coronaire précoce
|
16
|
|
Tabagisme actuel ou arrêté depuis moins de 3 ans
|
25
|
|
HTA permanente traitée ou non
|
82
|
|
Diabète de type 2 traité ou non
|
100
|
|
HDL < 0,40 g/L (1,0 mmol/L) quel que soit le sexe
|
41
|
|
Facteur protecteur
|
|
|
HDL ≥ 0,60 g/L (soustraire un risque)
|
5
|
Évaluation de l’atteinte des objectifs thérapeutiques par
rapport aux recommandations de l’Afssaps
L’atteinte des objectifs thérapeutiques est définie sur le seuil de
LDL-C à atteindre en fonction du nombre de facteurs de risque
présentés par les patients tels qu’ils sont définis dans les
recommandations de 2000 et les recommandations de 2005 (figure 2).
Les résultats en prévention primaire et secondaire montrent
respectivement une atteinte des valeurs cibles de LDL-C pour
64,4 % et 74 % des patients avec les recommandations de
2000 contre 43,1 % et 48,1 % des patients avec les
recommandations de l’Afssaps 2005.
Évaluation de l’observance du traitement et des règles
hygiénodiététiques
À la question « À quoi sert votre traitement ? »,
27 % des patients ne le savent pas. De plus, il est
intéressant de constater que 34 % des patients ne connaissent
pas l’intérêt d’abaisser le taux de cholestérol. Les résultats
d’observance du traitement médicamenteux sont obtenus à partir des
données déclaratives et montrent que 46 % des patients avouent
avoir déjà oublié de prendre leur traitement hypolipémiant
occasionnellement (au moins 1 fois/an) et 12 % ne prennent pas
leur traitement régulièrement (au moins 1 fois/mois). Parmi ces
derniers, 38 % évoquent l’oubli à cause de l’horaire de prise
du soir. De même, pour l’observance des règles hygiénodiététiques
(alimentation et exercice physique), 72 % des patients
estiment les avoir peu (55 %) ou pas du tout (17 %)
appliquées, 18 % déclarent les avoir respectées en pratique
courante et 10 % se déclarent irréprochables (figure 3). De plus,
100 % des patients relatent avoir fait un bilan lipidique
datant de moins d’un an. Trente pour cent des patients déclarent
que leur pathologie a nécessité des changements de traitement en
raison de contre-indication, de mauvaise tolérance ou d’effets
indésirables, d’échec thérapeutique d’une classe ou d’une molécule.
Parmi ces derniers, 36,7 % atteignent les valeurs cibles de
LDL-C recommandées par l’Afssaps malgré les diverses adaptations de
leurs traitements hypolipémiants. Par rapport au niveau d’études
des patients, 54 % des patients hospitalisés ont un niveau
inférieur au bac. Parmi ceux qui ne connaissent pas l’intérêt
d’abaisser le taux de cholestérol dans le sang, 71 % n’ont pas
fait d’études. Parmi ceux qui n’atteignent pas les valeurs cibles
de LDL-C recommandées par l’Afssaps, 49 % n’ont pas fait
d’études.
Les résultats de la régression logistique montrent qu’aucun des
facteurs liés au patient (âge, fonction rénale, HTA, antécédents
familiaux et/ou personnels d’affections cardiovasculaires, tabac)
ou à leur traitement hypolipémiant (observance, respect des règles
hygiéno-diététiques, connaissance des objectifs de traitement par
hypolipémiant) n’a d’incidence significative sur les taux de
LDL-C.
Discussion
Notre étude décrit une cohorte de 100 patients, tous diabétiques de
type 2 et présentant une dyslipidémie, qui ont été hospitalisés
dans le service d’endocrinologie de l’hôpital Saint-Antoine entre
le 1er novembre 2004 et le 1er juin
2005.
Les patients ont un âge moyen de 63 ± 10 ans et constituent
une population à haut facteur de risque cardiovasculaire
(87 %). En effet, le nombre de facteurs de risque par patient
est en moyenne de 3,9 ± 1,2. Cette étude vise à déterminer si la
prise en charge des dyslipidémies permet d’atteindre les objectifs
recommandés par l’Afssaps ; c’est ainsi qu’elle met en
évidence que seuls 43,8 % des patients atteignent les valeurs
cibles de LDL-C fixées par les nouvelles recommandations françaises
en prévention primaire et 48,1 % en prévention secondaire,
alors qu’ils étaient 64,4 % en prévention primaire et
74 % en prévention secondaire à les atteindre lorsque l’on se
réfère aux anciennes recommandations de 2000. Ainsi, une inversion
des résultats est constatée sur l’atteinte ou non des objectifs
thérapeutiques entre les nouvelles et les anciennes recommandations
en prévention primaire ou secondaire. Cette évolution des
recommandations implique une baisse de l’atteinte des objectifs de
près de 20 % en prévention primaire et de 26 % en
prévention secondaire. Les résultats montrent un nombre
relativement important de patients (25 %) présentant un taux
de LDL-C compris entre 1 et 1,3 g/L. S’il est impossible
d’agir sur les facteurs de risque non modifiables comme l’âge, le
sexe ou l’hérédité, il est par contre intéressant de lutter contre
certains facteurs de risque tels que le tabagisme, l’obésité,
l’hypertension artérielle, le diabète par la mise en place de
consultations anti-tabagique et diététique, la pratique d’un
exercice physique quotidien, ainsi qu’une meilleure éducation pour
le contrôle de la tension artérielle et de la glycémie [11, 12].
Concernant les stratégies thérapeutiques, les statines constituent
la presque totalité des traitements hypolipémiants mis en œuvre
(86 %). Elles sont prescrites conformément aux recommandations
de l’Afssaps en association avec un régime diététique, après échec
de ce dernier sur les 3 mois précédents. Les autres
traitements pharmacologiques restent marginaux et peu de patients
sont traités par des fibrates (10 %). Ainsi, la stratégie
thérapeutique majoritaire dans la prise en charge des dyslipidémies
chez le diabétique de type 2 apparaît clairement basée sur la
prescription de statines.
Des valeurs de LDL-C non atteintes de l’ordre de 58 % sont
aussi retrouvées dans l’étude de Kirk [13]. Nos résultats
s’expliquent par les recommandations plus drastiques en 2005 par
rapport à celles de 2000 sur des objectifs stricts d’abaissement du
LDL-C dans la prise en charge des patients à haut risque
cardiovasculaire. De plus, il est important de noter que ces
recommandations de mars 2005 restent toujours en décalage par
rapport aux recommandations américaines du National cholesterol
education program (NCEP) plus contraignantes encore [14]. Les
résultats de notre étude peuvent ne pas être le reflet de la
population générale puisqu’ils concernent une population de
patients diabétiques, hospitalisés pour des perturbations
biologiques et cliniques majeures. Le déséquilibre de nos patients
diabétiques (8,5 % d’HbA1c en moyenne par patient) majore le
taux de cholestérol. L’étude de Ferrières [15] montre qu’un tiers
des patients (préventions primaire et secondaire confondues) n’a
pas atteint les objectifs fixés par les recommandations de 2000, de
même pour la cohorte de 650 patients de l’étude de Kennedy [16] où
50,6 % des patients n’atteignent pas les valeurs cibles de
LDL-C. Selon l’application du NCEP [16], seuls 29,4 % des
patients à très haut risque présentent un taux de LDL-C <
0,70 g/L. Le problème d’observance et de non respect des
règles hygiéno-diététiques mis en évidence dans notre analyse sont
à relier avec les résultats obtenus, avec 46 % des patients
qui déclarent avoir oublié au moins une fois le traitement
hypolipémiant et 72 % qui avouent avoir très peu ou pas du
tout respecté les règles hygiéno-diététiques prescrites. Des
résultats similaires sont retrouvés dans la méta-analyse de
Peterson [17] où 51 % des patients ne prennent pas ou prennent
irrégulièrement leur traitement. Il est intéressant de noter que
nos résultats s’appuyant sur des données déclaratives conduisent à
une probable majoration de l’observance par rapport à la réalité
puisque certains patients peuvent surestimer leur réponse. Cette
mauvaise observance et ce non respect des règles
hygiéno-diététiques sont à relier pour un quart des patients à la
méconnaissance de l’objectif de leur traitement et de l’intérêt
d’abaisser le taux de cholestérol pour un tiers des patients.
L’observance reste un paramètre difficile à évaluer ; dans la
littérature, différents outils ont été proposés pour mesurer cette
observance [18] : le calcul du nombre de comprimés pris par le
patient [12, 19], l’analyse d’un journal de prise tenu par les
patients [20, 21], le dossier pharmaceutique du patient [18, 22] ou
encore le suivi thérapeutique par des dosages plasmatiques des
médicaments. Les résultats trouvés dans chacune de ces études sont
assez différents les uns des autres (taux d’observance variant de
40 à 85 %). En ce qui concerne la mauvaise observance due à la
prise du soir des statines, relevée chez 38 % des patients qui
ne prennent pas le traitement régulièrement, il serait peut-être
plus judicieux de changer les plans de prise et proposer une prise
le matin pour améliorer l’observance chez les patients réfractaires
à la prise du soir.
D’autres hypothèses peuvent expliquer cet échec de la prise en
charge thérapeutique des dyslipidémies chez le diabétique de type
2. La majorité des patients présentant plusieurs facteurs de risque
sont polymédicamentés et ne comprennent pas toujours les intérêts
respectifs de chacune des thérapeutiques qui leur sont prescrites.
Il faudrait probablement dans l’application des objectifs de
traitement reconsidérer l’importance du traitement hypolipémiant
par rapport au diabète. Souvent, ces patients prennent leur
insuline et saisissent l’importance de son bon usage, mais sont
moins informés et moins adhérents au traitement de leur
dyslipidémie. Différentes études américaines montrent qu’il existe
un lien pour le patient entre le fait de disposer d’une bonne
qualité d’information sur sa maladie [23, 24] et l’adhésion à son
projet thérapeutique.
L’étude de Yamada [25] a démontré l’importance des interventions
pharmaceutiques sur le suivi des patients à haut risque
(diabétiques ou non) avec une réduction des taux de LDL-C obtenus
chez les patients ayant bénéficié de ces interventions. Le
pharmacien, qu’il soit hospitalier ou officinal, peut donc jouer un
rôle important dans l’optimisation de l’utilisation des statines
lors de l’instauration et du renouvellement des traitements. La
prise de conscience des patients par rapport à leur pathologie doit
être stimulée par une démarche de l’ensemble des acteurs de santé.
La mise en place de programme d’éducation et d’information
multidisciplinaire est indispensable pour avoir un réel impact sur
l’adhérence du patient au traitement et permettre de diminuer les
facteurs de risque cardiovasculaires chez les diabétiques de type 2
[26]. Ces programmes pourraient être ciblés sur une explication
adaptée des conséquences cardiovasculaires de la dyslipidémie, sans
expression sémiologique, mais à fort impact sur la morbi-mortalité.
Il est important de mettre à profit l’hospitalisation du patient
pour tenter de diminuer ces facteurs de risque en lui proposant des
consultations diététiques et anti-tabagiques. De plus, cet
entretien avec le pharmacien paraît indispensable pour réaliser un
bilan global de l’observance du traitement (réticences, horaires de
prise, traitement associé).
Conclusion
Cette étude montre que la prise en charge des dyslipidémies chez le
diabétique reste insuffisante et que les mesures visant à diminuer
le taux de LDL-C en fonction du risque cardiovasculaire global
doivent être intensifiées. L’étude souligne la méconnaissance des
patients sur les objectifs des traitements hypolipémiants. Pour
optimiser l’atteinte des objectifs, les patients doivent être
sensibilisés et comprendre l’objectif thérapeutique du traitement,
l’intérêt de l’observance et l’importance du respect des règles
hygiéno-diététiques. Le pharmacien peut alors potentiellement jouer
un rôle majeur en écho du message du prescripteur dans
l’optimisation de l’utilisation des statines lors de l’instauration
des traitements et de leur suivi. La mise en place de consultations
d’observance pour les populations à risque peut permettre
d’instaurer un dialogue avec les patients et leur faire comprendre
l’intérêt d’une bonne observance aussi bien médicamenteuse que non
médicamenteuse. Ces consultations peuvent apporter une aide aux
équipes médicales pour la prise en charge globale du patient. Le
dossier pharmaceutique du patient pourrait être également un moyen
de permettre le relais de la prise en charge du patient à
l’officine. Ainsi les informations concernant les problèmes
spécifiques de ces thérapeutiques (effets indésirables, allergie,
associations médicamenteuses…) pourraient être collectées et
archivées dans un dossier informatisé afin que le pharmacien
personnalise son échange avec le patient lors de la dispensation.
Références
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