ARTICLE
Les tissus nécessitent un flux d'O2 adapté à leurs
besoins métaboliques sinon s'installe l'hypoxie. L'état
d'oxygénation d'un patient est impossible à appréhender
depuis sa seule gazométrie sanguine artérielle. Il est nécessaire
d'y adjoindre les données de CO-oxymétrie qui mesure la
quantité d'hémoglobine totale et sa fraction oxygénée.
Il n'est plus pensable à l'heure actuelle de s'équiper d'un
analyseur de gaz du sang (GDS) qui n'intégrerait pas un CO-oxymètre
pour mesurer, simultanément aux GDS, l'hémoglobine totale
(ctHb), ses dérivés et ses différentes formes.
Hypoxémie et hypoxie : c'est différent
!
La PO2 mesure l'O2 physiquement dissous dans le sang. Dans le sang artériel
(a) normal, la PaO2 ne représente que 1,5 % de la concentration
totale en O2.
Elle ne renseigne que sur la qualité de l'échangeur pulmonaire
et sur l'éventualité d'un shunt. Elle indique aussi l'énergie
dont disposent les molécules d'O2 pour diffuser dans les tissus.
Toute PaO2 abaissée signe une hypoxémie.
Physiologiquement chez l'adulte, 65 fois plus de l'O2 artériel
se trouve chimiquement combiné à l'hémoglobine (Hb)
qui se sature au niveau des capillaires pulmonaires pour donner l'oxyhémoglobine
(O2Hb). Cet O2 lié à l'hémoglobine représente
la réserve d'O2 disponible pour les transferts capillaro-tissulaires
commandés par les besoins métaboliques.
La somme des quantités d'O2 dissous et d'O2 combiné à
l'hémoglobine est appelée contenu en oxygène (ctO2)
du sang. Le contenu artériel en O2 (ctaO2) et le débit cardiaque
(Qc) sont les deux déterminants du transport (T) de l'O2 selon
T = ctaO2 <=> Q. Physiologiquement l'apport d'O2 aux tissus est
très supérieur à l'O2 consommé pendant le
même temps pour la production d'ATP en aérobiose. En pathologie,
tout déséquilibre entre apport et demande en O2 conduit
à l'hypoxie et dévie la production énergétique
vers la voie anaérobie
Pour évaluer l'oxygénation à l'entrée des
tissus utilisateurs, il faut donc, soit mesurer directement le contenu
artériel en O2, soit le calculer en appliquant l'équation
:
ctaO2 = (PaO2 <=> 0,0031) + (ctHb <=> P.O. <=> FO2Hb)
dans laquelle :
0,0031 est le coefficient de solubilité de l'O2 dans le plasma
à 37 °C, exprimé en ml pour 100 mL de sang et pour
1 mmHg de pression partielle ;
P.O. est le pouvoir oxyphorique de l'hémoglobine. C'est la quantité
maximale d'O2 (exprimée en mL) fixable par gramme d'hémoglobine.
Dans les instruments, il est préprogrammé à 1,39
mL/g d'hémoglobine. Les Anglo-Saxons le nomment oxygen-binding
power ;
FO2Hb est la saturation fractionnelle de l'hémoglobine en O2.
C'est la seule saturation qui autorise le calcul du contenu en O2. Seul,
un CO-oxymètre à multiples (n) longueurs d'onde (n >
8) est capable de la mesurer
L'histoire de la saturation de l'hémoglobine en O2 (SO2) n'est
pas un long fleuve tranquille..
Les premières méthodes de mesure de
SO2
La saturation de l'hémoglobine en oxygène, symbolisée
SO2, a été imaginée par Paul Bert [1] et utilisée
par Barcroft [2] pour établir la première courbe d'affinité
de l'hémoglobine pour l'oxygène qui figure la relation SO2
= f (PO2). Ainsi, la valeur de SaO2 indiquera l'aptitude des échanges
gazeux pulmonaires à modifier le degré de saturation en
O2 de l'hémoglobine disponible (ou fonctionnelle) pour le combiner,
indépendamment de sa quantité. SO2 est le rapport des quantités
d'O2 chimiquement liées à l'hémoglobine, du contenu
et de la capacité (CapO2) d'un sang. CapO2 est le contenu particulier
du sang préalablement saturé en O2 in vitro par une tonométrie
adéquate :
SO2 = O2 combiné à l'hémoglobine/O2 combiné
à l'hémoglobine oxygénée à son maximum,
soit
SO2 = ctO2 - (0,0031 <=> PO2)/CapO2 - (0,0031 <=> PO2 du
gaz de tonométrie)
Après libération chimique, l'O2 de CapO2 et de ctO2 était
directement mesuré d'abord selon la méthode manométrique
de Van Slyke [3] à laquelle se sont substituées plus tard
les méthodes polarographique [4] à multicathodes (EschweilerTM)
et galvanométrique (LexConTM) [5] car plus rapides et applicables
aux micro- échantillons. Ces trois techniques, très précises
mais délicates, sont toujours restées de la compétence
exclusive des laboratoires spécialisés. Elles sont devenues
historiques car toutes ont disparu de la pratique ! Elles resteraient
toutefois les seules aptes encore à déterminer SO2 en présence
d'hémoglobine anormales ou de déficits enzymatiques intra-érythrocytaires.
Notons aussi que la " qualité " du plasma est sans influence sur
les mesures
Quelle était cette première saturation ? La capacité
en O2 nécessitait la tonométrie du sang qui débutait
avec de l'oxygène pur et se poursuivait avec de l'air médical
pour éviter d'oxyder in vitro l'hémoglobine et augmenter
ainsi sa forme MetHb. Pendant l'équilibre, le CO physiologique
préfixé sur l'hémoglobine d'un sujet non fumeur était
progressivement éliminé, régénérant
ainsi de l'hémoglobine disponible pour fixer l'O2 et on aboutissait
bien à une saturation qui serait maintenant qualifiée de
fractionnelle. Mais pour des valeurs plus élevées de COHb,
la durée de la tonométrie était insuffisante pour
déplacer tout le CO de l'hémoglobine et la capacité
ne s'établissait qu'avec l'hémoglobine oxygénable
fonctionnelle. On aboutissait alors à une saturation fonctionnelle
plus élevée
La SaO2 calculée par un simple analyseur
gaz du sang est à oublier !
Si on porte en abscisse PO2 et en ordonnée SO2, on obtient la
représentation graphique de la liaison O2<->Hb appelée
courbe de dissociation ou courbe d'affinité de l'hémoglobine
pour l'O2. Si on réduit cette courbe complexe à un seul
point (!) d'ordonnée SO2 = 50 %, l'abscisse ou PO2 correspondante
est la P50. Barcroft [2] a construit le premier cette relation pour des
sangs " normaux ", tonométrés à différentes
PO2 mais toujours à 37 °C, à pH = 7,40 et à
PCO2 = 40 mmHg appelées conditions standards. Les déplacements
de cette courbe lorsque ces trois paramètres évoluent in
vitro ont été bien quantifiés [6]. Ainsi le coefficient
de Bohr (- 0,48) indique la baisse d'affinité de l'hémoglobine
dans les conditions acidosiques et hypercapniques. De tels facteurs mathématiques
sont appliqués comme facteurs de correction par les algorithmes
mémorisés dans les analyseurs GDS pour ajuster aux conditions
acidobasiques standards toute affinité. La saturation calculée,
symbolisée aussi SO2, peut ainsi être obtenue à partir
des seules mesures de PO2, pH et PCO2 d'un sang. Dès l'avènement
des instruments GDS semi-automatiques, elle s'inscrivait automatiquement
avec les résultats de GDS mais sans préciser qu'elle était
déduite par calculs
Les laboratoires spécialisés qui ont toujours couplé
mesures de GDS et mesure de SO2 par un oxymètre, ont très
vite dénoncé les discordances observées entre les
SO2 mesurée et calculée. Pour des sangs franchement hypoxémiques,
les différences pouvaient s'expliquer par la forme de la courbe
d'affinité en S allongé, abrupte entre 10 et 60 mmHg de
PO2 : 1 mmHg de PO2 sur l'échelle des X correspond alors à
plus de 2 % de SO2 en Y ! Mais de telles différences pouvaient
s'observer aussi sur le plateau de la courbe alors que SO2 varie peu avec
PO2. En effet, de très nombreuses circonstances pathologiques autres
que celles prises en compte par la standardisation induisent des variations
d'affinité de l'hémoglobine. Toute situation d'anémie
ou d'hypoxémie (altitude, insuffisance respiratoire, cardiopathie
cyanogène) déplace bien in vivo la courbe d'affinité,
mais de façon adaptée à une libération optimale
de l'O2. La bioénergétique érythrocytaire en est
régulatrice par l'ATP et le 2,3-DPG issus de la glycolyse aérobie
et les coefficients de correction proposés par les calculateurs
d'instruments GDS deviennent inapplicables. L'illustration en est donnée
par la figure 1 qui montre les
courbes d'affinité de deux sangs artériels prélevés
chez un même patient, insuffisant rénal, d'abord en situation
d'acidose chronique (courbe la plus à droite), puis en situation
d'alcalose aiguë (courbe la plus à gauche) induite par un
test d'alcalinisation lors d'explorations fonctionnelles rénales.
Elles ont été enregistrées en continu [7] en respectant
pour chacune d'elles l'équilibre acidobasique qui s'était
établi in vivo. Si on leur applique la standardisation mathématique,
on devrait obtenir une courbe unique standardisée puisqu'il s'agit
d'une seule et même hémoglobine. C'est loin d'être
le cas car l'effet Bohr qui s'est développé in vivo pendant
l'épreuve est presque le double de celui quantifié in vitro
et appliqué par l'algorithme
Parce qu'ils retentissent sur les concentrations et les répartitions
des organophosphorés érythrocytaires, les déficits
congénitaux en enzymes glycolytiques modifient le morphotype [8]
de la courbe d'affinité (figure
2). Il en est de même lors d'anomalies structurales de l'hémoglobine
qui modifient l'interaction hème-hème
En conséquence, il ne faut jamais calculer un contenu en O2 à
partir d'une SO2 ainsi calculée
L'oxymétrie in vivo comme la CO-oxymétrie
in vitro mesurent la saturation de l'Hb en O2 par spectrophotométrie
Co-oxymétrie in vitro
Seule la CO-oxymétrie in vitro peut distinguer et quantifier
les différentes formes de l'HbA d'un sang pour y mesurer le pourcentage
d'O2Hb (ou FO2Hb) puis déduire par calcul le contenu en O2
Les premières méthodes oxymétriques à deux
longueurs d'onde reposaient sur le fait que les coefficients d'absorption
optique de l'hémoglobine oxygénée (O2Hb) et de l'hémoglobine
déoxygénée (HHb) diffèrent dans la région
rouge du spectre (600 à 700 nanomètres) alors qu'ils sont
égaux pour certains points dits isobestiques (505 par exemple).
La loi de Beer-Lambert, DO = K.c.e, s'applique au sang, avec DO = log
I incidente / log I transmise, K = coefficient d'absorption molaire spécifique
de l' O2Hb et d'HHb à la longueur d'onde concernée, c =
concentration de chaque forme d'hémoglobine dans la solution, e
= épaisseur de la solution. Par définition, % SO2 = (O2Hb).100/(HHb
+ O2Hb). Le système de deux équations à deux inconnues
est alors résolu :
DO505 = Kisobestique.cHHb + O2Hb.e DO600 = (KHHb.cHHb.e) + (KO2Hb.c
O2Hb.e) Cette saturation ainsi mesurée est appelée maintenant
SO2 fonctionnelle car ici, toute l'hémoglobine non oxygénée
est supposée oxygénable. De plus, à 600 nanomètres,
COHb est en majeure partie mesuré comme de l'O2Hb, leurs spectres
d'absorption étant alors très voisins. Notons que chez le
sujet sain non fumeur, la différence (+ 1,3 %) observée
entre cette SO2 fonctionnelle et la SO2 historique de référence
[9] est bien la valeur moyenne de COHb établie plus tard pour le
citadin [10]
Chez le fumeur ou en toxicologie, cette différence très
accrue devenait inacceptable. Pour l'éliminer, il fallait évaluer
COHb dans un deuxième temps, en répétant la mesure
sur le sang complètement déoxygéné par du
dithionite de Na. En introduisant les valeurs de SO2 (de la première
mesure) et de COHb (de la deuxième mesure) dans une formule préétablie,
on accédait à la SO2 fractionnelle, appelée à
l'époque saturation vraie ou réelle. Geyssant et al. [11]
ont plus tard modifié l'équation pour prendre en compte
la MetHb en supplément de COHb et augmenter l'exactitude de la
détermination oxymétrique de la saturation. En effet, même
chez le sujet sain non fumeur, la pollution, le catabolisme de l'hémoglobine,
les processus oxydatifs résidus des activités des MetHb-réductases
génèrent des dyshémoglobines qui ne peuvent pas fixer
l'oxygène. En situation physiologique, les dyshémoglobines
représentent environ 2,1% de ctHb [10] car COHb = 1,5 %, MetHb
= 0,5 % et SulfHb = 0,1%. Il faut donc écrire :
100 % de ctHb = % O2Hb + % HHb + % COHb + % MetHb + % SulfHb
Selon la courbe d'affinité physiologique, les 98 % de ctHb restant
oxygénables sont au mieux oxygénés à 98 %
(= SaO2 fonctionnelle) à la PaO2 physiologique. C'est donc 96 %
seulement de ctHb qui aura fixé l'O2 au niveau pulmonaire. Cette
valeur représente la saturation fractionnelle, symbolisée
% O2Hb selon :
% O2Hb = [O2Hb] <=> 100/([HHb] + [O2Hb] + [COHb] + [MetHb] + [SulfHb])
C'est aussi la concentration fractionnelle d'oxyhémoglobine symbolisée
FO2Hb obtenue selon :
FO2Hb = [O2Hb]/([HHb] + [O2Hb] + [COHb] + [MetHb] + [SulfHb])
En pathologie, les dyshémoglobines peuvent être très
accrues. Elles expliquent que des valeurs normales de PO2 artérielle
puissent être associées à des contenus artériels
en O2 très différents. Ces dyshémoglobines sont identifiables
et mesurables en CO-oxymétrie à multiples longueurs d'onde.
Tout paramétrage d'appareil GDS avec CO-oxymètre intégré
doit afficher le % O2Hb car c'est la seule saturation qui autorise le
calcul du contenu en O2
La figure 3 illustre les conséquences
dramatiques potentielles qui peuvent découler de l'utilisation
de la saturation fonctionnelle SO2 à la place de la fractionnelle
O2Hb :
dans le cas (B) d'un sujet " bon fumeur " (2 paquets de cigarettes par
jour) à PaO2 dans les limites normales, si COHb sature 11,5 % de
l'hémoglobine totale, on aura : % O2Hb = 100% - 2,7 % (HHb) - 11,5
% (COHb) - 0,5 % (MetHb) = 85,3 %, alors que % SaO2, à 96,9 %,
restera normal selon 85,3 %/(85,3% + 2,7%)
pire, dans le cas (C) d'une coma toxique où % COHb = 40,8 %,
% O2Hb s'effondre à 56 %, alors que là encore % SaO2 restera
quasinormal à 95,4 %
La raison de craindre une hypoxie en présence de ces dyshémoglobines
est double. Alors que le contenu artériel en O2 est déjà
amputé en proportions, la présence de COHb ou de MetHb augmente
l'affinité de l'hémoglobine en déplaçant vers
la gauche la courbe sigmoïde et moins d'O2 sera alors cédé
aux tissus pour un même gradient de pressions partielles. La courbe
d'affinité de l'hémoglobine de tels sangs n'est plus standardisable
quoique les automates GDS l'exécutent ! L'effet désastreux
d'un excès de CO sur l'oxygénation cellulaire a motivé
l'usage intensif du premier CO-oxymètre (1966, ILmeter 182 TM)
mesurant directement et simultanément la saturation en O2 et en
CO de l'hémoglobine grâce à trois filtres interférentiels
(548, 568, 578 nanomètres) malgré son instabilité
en rapport avec la technologie de l'époque et son coût élevé
de fonctionnement
Il est clair que les contenus en O2 dérivés des mesures
GDS+CO-oxymétrie ne seront valides que si ctHb et % O2Hb sont mesurés
avec suffisamment d'exactitude et de précision. Malgré la
complexité du spectre " composite " d'absorption optique de l'hémoglobine
(figure 4), la précision
des mesures est devenue suffisante pour cette application dès qu'on
a pu disposer (1986) d'autant de longueurs d'ondes appropriées
que de formes d'hémoglobine à doser. L'exactitude demeurait
toutefois variable [12, 13]. Les CO-oxymètres très récents,
équipés de très nombreuses photodiodes et de puissants
calculateurs l'optimalisent. De plus, ils prennent en compte les principaux
interférents de la spectrophotométrie tels la turbidité
du milieu, la bilirubine, les colorants plasmatiques des tests d'exploration
et même l'HbF du sang depuis que les absorbances d'O2HbA/O2HbF et
HHbA/HHbF sont connues sur l'intervalle spectral concerné (figure
4). Ainsi sans correction [14], 3 % d'IntralipidTM dans le plasma amputent
faussement % O2Hb de 15 % et donnent des valeurs faussement élevées
de dyshémoglobine. La présence d'HbF associée à
HbA élève faussement COHb au détriment d'O2Hb, ce
qui explique les valeurs élevées de COHb observées
jadis chez le nouveau-né de mère non fumeuse ! Interférent
plus rare, 10 % de SulfHb augmentent largement MetHb et diminuent COHb
en l'absence de correction mais sans modifier % O2Hb. Malgré ces
récentes et significatives améliorations, des écarts
inter-instruments demeurent dans les mesures parce que les algorithmes
utilisés pour les corrections diffèrent d'un modèle
à un autre. En toute rigueur, il faut alors évaluer sa propre
CO-oxymétrie par la mise en place d'un contrôle de qualité
utilisant une gamme des sangs frais humains héparinés de
concentrations d'hémoglobine connues (fournie par le laboratoire
d'hématologie par exemple) et de sangs sains préparés
in vitro à 0 % et à 100 % de SO2. Il est devenu aisé
d'ajuster ensuite si nécessaire les pentes d'étalonnage
selon son state of the art
Toutes ces méthodes optiques sont inapplicables aux hémoglobines
anormales ou en présence de déficits enzymatiques érythrocytaires.
Notons aussi que toute CO-oxymétrie utilisant l'hémolyse
ultrasonique n'est pas utilisable pour des sangs enrichis de fluorocarbones
[15]
La saturation de pouls
C'est une oxymétrie de transmission couplée à une
photopléthysmographie in vivo, réalisée de façon
non sanglante pour la première fois en 1942. La saturation mesurée
par l'oxymètre de pouls étant le plus souvent différente
de celle donnée in vitro par le CO-oxymètre, il semble préférable
de la différencier de SaO2 en la symbolisant SpO2
La cuve du spectrophotomètre remplie de sang in vitro est ici
remplacée par le doigt, l'orteil, le talon, le lobe de l'oreille
ou le front sur lequel le capteur adéquat est posé. Deux
diodes émettent de la lumière, chacune à une longueur
d'onde précise (660 et 940 nm). L'oxymétrie ne s'effectue
qu'au niveau de l'épaisseur de la couche sanguine concernée
par la pulsation systolo-diastolique, variable au cours du cycle cardiaque.
Les mesures spectrophotométriques sont synchronisées sur
le pic de l'onde de pouls ou l'ECG. Numérisées, elles sont
moyennées selon l'application sur une période de 3 s, 6
s ou 12 s. La moyenne est mémorisée toutes les demies secondes
Basée sur une mesure optique à seulement deux longueurs
d'onde, SpO2 est donc une saturation fonctionnelle in vivo tout comme
l'était la première SaO2 in vitro. Mais elle est beaucoup
plus inexacte et imprécise, même en l'absence de dyshémoglobine.
L'erreur annoncée chez le sujet non fumeur est de 2 % à
3 % sur l'échelle 70-100 % dans les conditions basales. C'est bien
vrai si SpO2 lue dépasse 83 % mais en hypoxie plus sévère,
elle peut atteindre 8 % [16]. Il n'y a aucune possibilité de calibrer
l'instrument qui est étalonné électroniquement une
fois pour toutes en usine, sauf pour l'un d'entre eux très récent
qui peut être calibré à deux niveaux pertinents de
SO2 grâce à un fantôme. Certes, on peut toujours vérifier
le point 100 % du constructeur puis vérifier sur soi que le chiffre
lu est stable d'un jour sur l'autre, mais cela n'indique pas si l'appareil
est exact aux niveaux plus bas qui devront pourtant être interprétés
en clinique. En fait, en cas d'hypoxémie de base, il est conseillé
d'effectuer un prélèvement artériel préalable
pour mesurer SaO2 in vitro puis, en début de monitoring, de régler
SpO2 sur la valeur obtenue. Les oxymètres de pouls actuellement
mis sur le marché voient leurs performances s'améliorer
considérablement [17], les algorithmes complexes utilisés
dans les traitements des signaux numérisés étant
plus appropriés aux mesures in vivo. Certains arrivent par exemple
à éliminer les artefacts de mouvements qui créent
faussement des désaturations. Certains oxymètres de pouls
sont utilisables chez les non caucasiens. Notons qu'en cas de modifications
ventilatoires, SpO2 sera modifiée avec un retard d'environ deux
minutes par rapport à SaO2 artérielle immédiatement
réactive. Tout ceci interdit de calculer la PaO2 correspondant
à SpO2 pour évaluer ou éliminer une hypoxémie.
La mesure de SpO2 n'autorise pas non plus le calcul des contenus en O2
[18]
Pour éviter les embûches dans l'interprétation de
SpO2, il faut bien connaître aussi les limites de fiabilité
de cette méthode :
l'oxymétrie de pouls ne différencie pas O2Hb et
COHb car aux longueurs d'onde choisies, l'absorption lumineuse est très
proche pour les deux molécules. En cas d'intoxication au CO, elle
peut être rassurante à tort. Ainsi pour COHb = 20% et O2Hb
= 75% en CO-oxymétrie, SpO2 sera lue à 95 % !
de piètre valeur diagnostique, elle ne détecte ni les
hypoxémies modérées qui maintiennent le point artériel
sur le plateau de la courbe d'affinité, ni les hyperoxémies
toujours possibles en cas d'inhalation d'air enrichi en O2
l'oxymétrie de pouls ne permet pas de faire la différence
entre une désaturation liée à une hypoxémie
et celle liée à une MetHb élevée. En effet,
MetHb diminue SpO2 de façon non linéaire jusqu'à
une valeur plateau de 85 %, si bien que toute SpO2 comprise entre 99 %
et 85 % peut correspondre soit à une hypoxémie, soit à
une methémoglobinémie, soient aux deux réunies. En
deçà, SpO2 se stabilise autour de 80 % même si MetHb
continue à augmenter. Et pour compliquer encore, le traitement
par le bleu de methylène proposé abaissera SpO2 alors qu'il
restaure % O2Hb du patient !
l'oxymétrie de pouls a tendance à donner des valeurs faussement
élevées pour une SaO2 in vitro inférieure à
85 % ; aussi toute SpO2 comprise entre 80 et 65 % doit être confrontée
à une mesure in vitro de GDS+C0-ox ;
toute SpO2 lue inférieure à 65% est non utilisable car
non fiable ;
SpO2 n'est pas influencée par HbF (appareils communs en pédiatrie
et en service d'adultes, c'est le capteur qui change) mais SpO2 serait
(?) très erronée en revanche en présence d'HbS ;
l'oxymétrie de pouls est non fiable si l'amplitude de l'onde
pulsatile au site du capteur est médiocre. L'hypotension et l'ischémie
contre-indiquent l'emploi de cette méthode, tout comme l'hypothermie
Pourtant, que de bénéfices majeurs apportés par
cette technique ! L'intérêt principal en est la surveillance
de l'oxygénation des patients par le suivi en continu de SpO2,
obligatoire en endoscopie, en anesthésie-réanimation, très
utile en pneumologie, en cardiologie, en endocrinologie nutrition, essentielle
en explorations fonctionnelles au décours des épreuves d'exercice
ou en polysomnographie pour la recherche et le traitement des syndromes
d'apnées du sommeil. En pratique clinique de routine, elle évite
bien souvent de recourir à de fréquentes ponctions artérielles.
À l'inverse, elle justifiera un prélèvement artériel
GDS+CO-ox à bon escient, surtout si on a pris le soin, à
sa mise en place, de la confronter à une mesure in vitro de % SaO2
La dernière née des SaO2 ?
En cours d'évaluation, c'est la saturation ftale symbolisée
SpO2 (!) car de méthodologie dérivée de la précédente.
Issue d'une spectrophotométrie à deux longueurs d'onde,
il faut la comparer à la saturation fonctionnelle SaO2. Enregistrée
en continu in utero, remplacera-t-elle les prélèvements
capillaires itératifs sur le scalp ftal pendant le travail
?
Conclusion
Les méthodes disponibles pour mesurer la saturation en O2 sont
nombreuses, le choix retenu doit être fonction du problème
à résoudre et des objectifs à atteindre : mesures
précises et informations séquentielles complètes,
ou mesures plus approximatives dont il faut bien connaître les limites
de fiabilité mais informations s'inscrivant en continu
Vouloir comparer SO2 calculée, SO2 fonctionnelle et SO2 fractionnelle
est un non-sens puisqu'elles ne sont jamais les mêmes ! En revanche
on peut tenter de corréler SO2 fonctionnelle et SpO2
Pour toutes ces différentes saturations, la majorité des
cliniciens garde en l'esprit la terminologie unique saturation et le symbole
unique SO2. Aussi, il est impératif que les biologistes veillent
à toujours bien préciser quelle saturation chiffrée
ils leur délivrent
Enfin, pour convertir les saturations en contenu et quantifier l'oxygénation
potentielle d'un patient, il n'y a qu'une seule saturation à considérer
: c'est la saturation fractionnelle % O2Hb. Attention, en situation d'hyperoxie,
il faut vérifier que l'O2 dissous s'additionne bien à l'O2
lié à l'hémoglobine lors du calcul du contenu par
le logiciel de l'analyseur GDS + CO-ox : très peu d'analyseurs
le font !
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