ARTICLE
sec.2012.0337
Auteur(s) : Ronald Bellefontaine1 ronald.bellefontaine@cirad.fr,
Daniel Pioch2 daniel.pioch@cirad.fr, Serge
Palu2 serge.palu@cirad.fr
1 Cirad
UMR AGAP
F-34398 Montpellier
France
2 Cirad
UPR Bois tropicaux
F-34398 Montpellier
France
Tirés à part : R. Bellefontaine
La recherche sur l’arganier s’organise
Le « Plan Maroc Vert » de 2008 vise une
restructuration profonde de l’économie agricole, notamment le
remplacement des céréales de très faible rapport. Les filières qui
peuvent apporter de la valeur ajoutée, comme l’huile d’argan
(Argania spinosa (L.) Skeels - Sapotaceae), sont
ainsi mises en exergue dans les régions semi-arides. Dans ce
contexte, la création de l’Agence nationale pour le développement
des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA) est destinée à donner
un nouvel élan à ces régions. L’ANDZOA s’est fixé six objectifs à
l’horizon 2020 : encourager la recherche scientifique,
réhabiliter 25 000 ha/an d’arganeraies et créer
5 000 hectares d’exploitations modernes, doubler la production
d’huile à 10 000 t/an et mieux valoriser les coproduits,
et enfin protéger l’appellation « Label Maroc » des
produits de l’arganier sur le marché international (encadré
1).
Encadré 1 L’Agence nationale pour le développement des zones
oasiennes et de l’arganier (ANDZOA)
Nouvellement créée au Maroc au sein du ministère de
l’Agriculture et de la Pêche maritime , l’ANDZOA est chargée
d’élaborer un programme de développement de l’arganier et du
palmier dattier, d’assurer son exécution, le suivi de sa
réalisation et son évaluation, et ce dans le cadre du développement
durable. Dans sa zone d’action, de Safi (N-O) à Figuig (N-E) et
jusqu’à Guelmin et Assa-Zad (S), l’ANDZOA doit
principalement :
* réaliser les opérations d’exécution des peuplements
d’arganiers, conformément aux dispositions législatives et
réglementaires relatives au domaine forestier ;
* réaliser ou superviser la réalisation de projets pour la
valorisation, la commercialisation, l’encouragement et la
labellisation des produits de l’arganier, notamment dans le cadre
de contrat-programme ou de convention à conclure avec
l’Agence ;
* structurer les filières de production et de
commercialisation des produits de l’arganier dans le cadre du
partenariat avec les différents acteurs et notamment les
populations concernées ;
* encourager la recherche scientifique relative à la
production et au développement de l’arganier et à la valorisation
de ses produits.
Le directeur de l’ANDZOA a signé deux conventions lors de ce
congrès :
- –. avec la Fédération interprofessionnelle marocaine de
l’argane (FIMARGANE) : l’objectif est de préciser à l’horizon
2014 les engagements des différentes parties impliquées et de
coordonner leurs interventions sur le terrain pour l’accroissement
de la production, des investissements et des emplois. Un appui
institutionnel et technique pour l’émergence de structures
professionnelles régionales et de structures interprofessionnelles
nationales (représentatives de la filière de l’arganier) étant
nécessaire ;
- –. avec FIMARGANE et le ministère de l’Agriculture et le
HCEFLCD afin d’élaborer un programme collaboratif visant la mise à
niveau des connaissances des filles et fils des ayants droit de
l’aire de l’arganier par des formations visant à moderniser et
améliorer les performances socio-économiques, environnementales et
techniques de la filière de l’arganier.
Les objectifs du congrès
Le Congrès international sur l’arganier (CIA) a été organisé à
Agadir par le ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime
(MAPM) et par le Haut commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte
contre la Désertification (HCEFLCD), coordonné par l’Inra-Maroc et
financé par l’ANDZOA. Le CIA poursuivait trois objectifs :
- –. partager les connaissances scientifiques et
techniques entre spécialistes de la communauté scientifique,
gestionnaires forestiers, acteurs économiques et
utilisateurs ;
- –. dresser l’état de l’art de la recherche fondamentale
et de la recherche-développement en vue d’établir les priorités
futures ;
- –. contribuer à la consolidation du plan d’action visant
une meilleure conservation de l’arganeraie et le développement
d’une filière arganier sur des bases scientifiques solides.
Cette manifestation a été un grand succès avec plus de
1 000 participants marocains et internationaux (Algérie,
Allemagne, Belgique, Canada, Espagne, États-Unis, France). Le
programme de trois jours comprenait deux conférences inaugurales,
44 communications orales (réparties en quatre axes) et
55 posters.
Les résultats de recherches exposés lors du CIA
Axe 1 : l’arganier et son écosystème
Dans la région d’Aït Baha (Maroc), les données de Google Earth,
associées à la classification-objet des images à très haute
résolution spatiale (Ikonos), ont permis de préciser qu’entre 1949
et 2003, la densité spatiale a baissé de 100 arganiers par ha
à 25 (figure
1). Selon une autre étude (Maroc - Aoulouz) proposant une
méthode peu coûteuse, la densité a diminué de 27 à
15 arganiers/ha soit 44 % entre 1970 et 2007.
En Algérie, l’arganier se rencontre au sud-ouest de Tindouf sous
forme de peuplements relictuels dégradés occupant les lits d’oueds
près de Touaref Bou-aâm, Merkala et Targant.
De nouveaux outils moléculaires fiables pour l’évaluation de la
diversité génétique, la quantification des flux de gènes et la
structuration des populations d’arganiers ont été développés. Une
caractérisation basée sur 14 descripteurs morphologiques de
380 arbres de quatre régions du Maroc confirme une grande
diversité. Cinq marqueurs polymorphes fiables ont été sélectionnés.
Le nombre d’allèles révélé par locus varie de 2 à 15, avec
une proportion moyenne d’hétérozygote allant de 0,59 à 0,75. Une
autre étude répétée pendant trois années (dans cinq stations
marocaines à raison de 30 arganiers par station et
90 fruits par arbre) a permis de démontrer que la variabilité
de formes des fruits n’est pas corrélée avec la teneur en huile,
que longitude et acides gras insaturés sont corrélés, que pour la
provenance d’Aoulouz l’héritabilité au sens large est supérieure à
97 % pour le rendement en huile et que neuf marqueurs SSR
polymorphes sont adaptés.
Dans la région des Haha (Essaouira), le nombre de rejets par
souche est fonction de l’influence océanique, de l’altitude et de
la pente. Dans la forêt d’Ida ou Throuma, leur nombre moyen est
supérieur à 50 en basse altitude contre 30 en altitude élevée. Un
périmètre exploité peut être rouvert à partir de 7 ans, sauf
en station peu fertile, où la fermeture est de 10-12 ans. En
forêt naturelle, la mise en défens favorise le retour du sous-bois
et des plantes « nurses », qui peuvent induire des
associations symbiotiques et une régénération naturelle
ultérieure.
Axe 2 : itinéraires techniques de l’arganier
Il est indispensable et urgent de moderniser les pépinières par
l’introduction de nouvelles techniques culturales et par une
formation de chefs de culture diplômés (pépiniéristes - techniciens
supérieurs). Trier les graines en fonction de leurs dimensions n’a
pas d’intérêt, mais le démariage des semis est indispensable :
un godet, un plant ! Les sachets entraînent la formation de
chignons (caractère acquis : le développement orthotrope des
racines, même coupées, ne se rétablit pas), qui perturberont à vie
le fonctionnement physiologique du plant. Or, un bon développement
racinaire permet l’exploitation optimale des ressources hydriques
et minérales du site, une croissance plus rapide et un taux élevé
de survie. L’impact des godets « anti-chignon » (rigides
et rainurés pour guider les racines vers le bas) placés « hors
sol » est déterminant pour produire des plants dotés d’un
enracinement de qualité. L’optimisation de substrats reproductibles
est incontournable. Un substrat inapproprié, tels les substrats à
base exclusive de terre, d’humus et de sable, induit des problèmes
de densité racinaire et de cohérence de la motte. L’usage de
substrats à base organique (tourbes, écorces compostées), stables,
légers (motte cohérente, facile à planter), constitués d’un
« aérateur » chimiquement neutre, résistant au compactage
et d’un « rétenteur-relargueur » d’eau et de sels
minéraux, doit se généraliser. Il sera associé au pilotage fin de
l’irrigation (apports réguliers évitant le lessivage), de la
fertilisation et à l’inoculation massive des plants par des
mycorhizes adaptées. L’arganier a été introduit à Meknès depuis
mai 2009, à Bouskoura (Casablanca) en 2005 et au sud (Laâyoun)
depuis 1994 où malgré le vent, la sécheresse et la salinité, il
fructifie.
La multiplication végétative d’arganiers âgés (∼ 400 ans)
est possible et la mobilisation ex situ (dans un parc à
clones) a été réalisée. La méthode la plus favorable est le
marcottage aérien (avec de la sphaigne et selon des normes
précises) ; les marcottes sevrées (figure 2) servent
de relais ex situ comme pieds mères pour produire des
boutures herbacées. Du fait des décalages physiologiques, le
greffage en fente terminale réussit mieux à Agadir qu’à Marrakech
(où le taux de réussite est très faible). Le greffage en écusson ne
dispose apparemment que d’une fenêtre de réalisation très courte.
Le bouturage réalisé sur des rameaux portant une épine terminale
est inadéquat. La néoformation de racines est une propriété
intrinsèque de tous les végétaux. Pour les boutures herbacées sous
nébulisation (mist), le meilleur substrat (pour la période
d’enracinement) est le mélange de tourbe/perlite. Le taux
d’enracinement est vraisemblablement dépendant du génotype. Les
hormones sont très difficiles à doser en fonction des clones et des
saisons. Il reste à améliorer les taux de réussite du sevrage.
Cette méthode (mist et confinement) peut dorénavant être
utilisée par les pépiniéristes marocains. Le bouturage de racines,
opérationnel en Tunisie (chêne-liège), devrait être testé sur
l’arganier. Tous les clones d’« arganiers + » devraient
être réunis en une seule collection publique.
Deux protocoles de culture in vitro étudient divers
facteurs : nature des explants, saisons, phytopériodes, apport
auxine/cytokinine. Les résultats obtenus pour la phase d’induction
et de prolifération sont encourageants, mais l’enracinement et la
survie des vitroplants ne sont pas assurés. L’utilisation des
entre-nœuds avec hormones permet l’induction de la callogenèse avec
un taux de 80 %. Les explants à deux entre-nœuds de 2 cm
sous des photopériodes de 16 et 8 heures donnent quelques
résultats, quand aucune contamination ne se produit. Un champignon,
Pestalotiopsis clavispora, entraîne la mortalité des plants
multipliés végétativement.
Axe 3 : valorisation des produits de l’écosystème
arganeraie
L’huile d’argan constitue l’un des principaux objets des
recherches. La diversification des filières de production
(alimentaire par pressage mécanique d’amandes torréfiées,
cosmétique sans torréfaction, huile artisanale de noix régurgitées
par les chèvres), a justifié les travaux relatifs à la qualité de
l’huile. Si l’origine géographique ne paraît pas influencer sa
qualité, la méthode d’extraction en est par contre un facteur
déterminant. Les profils aromatiques ont été analysés et leurs
différences caractérisées, notamment en fonction de la torréfaction
pratiquée pour l’huile alimentaire. Pour ce qui est de la stabilité
à l’oxydation (rancissement), l’huile obtenue après torréfaction
est la plus stable ; cette technique traditionnelle est donc
bien adaptée à l’usage. Pour la recherche d‘adultération par des
huiles de faible coût, préoccupation justifiée étant donné le prix
de vente élevé, un ensemble de critères (composition en acides
gras, teneur en campestérol et stigmastadiène) permet de la
détecter jusqu’au seuil de 1 % en fonction de l’huile ajoutée,
raffinée ou vierge (soja, tournesol, olive, noisette…). Cette
analyse nécessitant la détermination de plusieurs critères
chimiques reste donc complexe.
En matière de santé humaine, la recherche s’efforce d’objectiver
les allégations basées sur les pratiques traditionnelles. Les
résultats présentés, concernant des patients dyslipidémiques et des
patients diabétiques, confortent la place de l’huile d’argan dans
la prévention nutritionnelle des complications cardiovasculaires
(résistance des low density lipoprotéins (LDL) à
l’oxydation, formation de la plaque d’athérosclérose). Les effets
bénéfiques comme aliment fonctionnel ont aussi été montrés chez la
femme ménopausée.
Les chercheurs s’intéressent aussi aux coproduits (tourteau,
pulpe), sources de protéines pour les ruminants, solution
économique au déficit alimentaire aigu durant la saison sèche. Le
tourteau possède une activité nématicide et fertilisante testée
pour la culture du melon et du concombre « bio ». L’étude
de la composition chimique de la pulpe et de son évolution, avant
et après récolte, a été conduite en vue de mieux préserver et
valoriser les composants du fruit frais, et une technique de
fractionnement du fruit frais proposée comme alternative à la
filière actuelle, qui inclut le séchage comme moyen de
stabilisation. À l’appui de cette démarche de
« bioraffinerie », l’activité des saponines, métabolites
secondaires de la pulpe et du tourteau, a été signalée dans divers
domaines de la santé humaine (telle l’inhibition du virus HIV),
conférant ainsi une valeur supplémentaire à ces coproduits. Enfin
la composition des cires épicuticulaires des feuilles et des
fruits, autres extractibles valorisables, a fait l’objet d’une
analyse comparative et leur implication dans de multiples fonctions
(résistance à la sécheresse, protection contre les pathogènes et
phytophages) a été discutée.
Axe 4 : structure et fonctionnement de l’écosystème
L’importance de la notion de terroir et la certification
associée ont été abordées, notamment dans le cas des coopératives
dont les effets positifs au plan social, mais aussi les difficultés
(marketing, matière première insuffisante) ont été mentionnés. Les
études recommandent un effort en faveur du maintien de la densité
de l’arganeraie, car si la flambée du prix de l’huile a eu un effet
positif sur les revenus des ménages et le développement rural
(éducation des filles), il n’a pas d’effet direct sur la
régénération de l’arganeraie. Parallèlement, la filière se
structure : en sus de la « Fondation Mohammed VI pour la
recherche et la sauvegarde de l’arganier » (encadré 2),
la fédération professionnelle FIRMARGANE a été créée et une
indication géographique protégée obtenue afin de promouvoir
l’huile. Dans cet esprit, la protection de la biodiversité et la
lutte contre le biopiratage ont aussi été discutés (protocole de
Nagoya). L’engouement pour les produits de l’arganier et la flambée
des prix ont reconfiguré la vie socioculturelle locale (nouveaux
acteurs, érosion des traditions) aboutissant à un changement de la
représentation des populations vis-à-vis de l’arbre, avec des
effets positifs mais aussi négatifs sur le système agraire
(augmentation du ratio moutons/chèvres ; gaulage). Le lien
entre arganiers, femmes et outils a fait l’objet d’un
questionnement, mettant en jeu la mécanisation (ou non) de l’étape
clé de décorticage des noix. En fait, les biens et services de
l’arganeraie sont insuffisamment étudiés et une mise au point
méthodologique prenant en compte les spécificités du système a été
proposée. Les difficultés des coopératives et des producteurs
d’huile d’argan en général sont étroitement liées à la spécificité
de la biosphère (voisinage du désert, liens complexes régissant les
rapports entre les différents utilisateurs de l’arganeraie) et au
changement climatique qui laissent entrevoir une baisse de
productivité. La dégradation qualitative de l’arganeraie a fait
l’objet d’une modélisation pour l’élaboration d’indicateurs de
suivi, malgré la complexité du cas (état de dégradation,
perturbations dominantes) ; les agdals, zones de mise
en culture sous arganiers, sont les mieux préservées, contrairement
aux espaces communs (mouchaas). L’inventaire de la
biodiversité de l’écosystème met en exergue non seulement les
relations étroites entre l’arbre et les 42 autres espèces
inventoriées, mais aussi la possibilité d’exploiter durablement la
richesse biochimique de ces dernières (plantes médicinales,
antioxydants, etc.). L’objectif affiché est d’améliorer la
viabilité économique de l’écosystème et les conditions de vie des
populations, suggérant qu’une exploitation raisonnée pouvait à la
fois apporter des solutions aux difficultés prévisibles de
production du fait du changement climatique et aider aussi à la
préservation de l’écosystème grâce justement à la valeur économique
des services environnementaux rendus.
Encadré 2 La Fondation Mohammed VI pour la recherche et la
sauvegarde de l’arganier (FMVI-RSA)
Créée en mai 2004, elle coordonne la mise en place
juridique au Maroc de l’indication géographique protégée (IGP),
outil de protection appliqué aujourd’hui à l’huile d’argan. La
Fondation s’allie :
* à l’Office du développement de la coopération pour
renforcer le statut des coopératives féminines de production
d’huile d’argan ;
* au Département de la recherche scientifique pour la
coordination de projets de recherche ;
* au HCEFLCD autour de programmes de reboisement.
Elle accorde pour cela une large place aux différents
partenariats qu’elle peut nouer, notamment avec les entreprises
cosmétiques internationales, afin que les populations de
l’arganeraie bénéficient des retombées socio-économiques du
développement de la filière.
Perspectives
Pour favoriser à très brefs délais les plantations d’arganiers
(figure 3)
par les coopératives, par le HCEFLCD et par les privés, les
participants ont fait remarquer qu’il subsiste encore des
obstacles et ont fait émerger quelques recommandations.
Sélection variétale et production de plants de qualité
La priorité devrait être donnée à la modernisation des
pépinières (graines mieux sélectionnées, substrat standard adapté,
godets rainurés « hors sol », démariage des semis,
mycorhization contrôlée). Cette phase prioritaire permettra alors
de produire de jeunes plants disposant d’un système racinaire
équilibré et dense, réduisant ainsi la durée dissuasive des mises
en défens et favorisant la densification de l’arganeraie. La
formation des personnels (pépiniéristes diplômés et planteurs)
augmentera les taux de survie. Des études doivent être
poursuivies pour optimiser le taux de réussite des plantations
(étude des doses d’arrosage pendant la première saison sèche, de
l’entretien de l’impluvium, de la fertilisation, de la taille de
formation pour augmenter la production fruitière, de l’impact du
manchon antirongeurs). À ces dernières, il faudra associer
l’analyse dans chaque région des associations symbiotiques
(mycorhizes et protection des plantes nurses) et d’autre part la
poursuite des recherches génétiques (variabilité, héritabilités,
sélection des clones adaptés). La création de parcs à clones en vue
de l’installation future de vergers à graines est dès à présent
possible en vulgarisant la technique du marcottage aérien associée
à celle du bouturage herbacé (sous mist et tunnel) pour la
multiplication des arganiers remarquables. L’obtention de
vitroplants sains et performants (reproduisant effectivement les
caractères qualitatifs sélectionnés) est attendue dans un avenir
proche.
Pérennité de l’arganeraie et durabilité des filières liées à
l’arganeraie
La pérennité de l’arganeraie passe par la poursuite des
recherches en télédétection à très haute résolution spatiale et par
la mise au point de méthodes peu coûteuses pour la détermination et
le suivi de la densité d’arganiers par province. Parallèlement,
dans des domaines moins techniques, les participants ont fait
remarquer qu’il conviendrait d’actualiser les lois de 1917
et 1925 en matière de gestion foncière dans le respect de
l’environnement, de la gestion de l’eau et d’un développement
économique régional équilibré. Il est conseillé d’accentuer la
formation et l’information de l’ensemble des acteurs (coopératives,
ayants droit, pépiniéristes, etc.), ce qui contribuerait, par une
approche participative effective et en améliorant la coordination
des divers intervenants, à mieux impliquer dès le début des projets
les populations riveraines dans la gestion durable de l’arganeraie.
La modélisation de l’étude de l’évolution du milieu humain et ses
interactions avec l’arganeraie, qui débute à peine, est basée sur
de nombreuses hypothèses à étudier plus à fond (marchés peu
structurés et nouveaux acteurs du fait de la forte augmentation de
la valeur de l’huile ; déséquilibre du partage de la richesse
au détriment de l’amont ; érosion du savoir-faire ancestral,
des coutumes et traditions ; adoption de nouveaux modes
d’alimentation). Il faudrait favoriser la recherche avec l’objectif
d’une production durable au plan environnemental et
économique par la création d’un pôle d’excellence et de
réseaux d’experts, ce qui permettrait de réduire les risques sur la
filière huile notamment en favorisant les investissements
(fragilité basée sur un produit prépondérant, possibilité de
concurrence par d’autres huiles, pression sur les écosystèmes,
concurrence pour l’utilisation de l’espace, coûts de production),
et en confortant l’image de marque, l’un des moteurs de l’essor de
l’huile d’argan.
Diversification et qualité des produits, connaissance des
marchés
En plus de l’huile d’argan, il convient de diversifier les
coproduits de l’arganier (feuilles, pulpe, tourteau) et de
l’arganeraie (coproduits extraits, miel, plantes médicinales) par
l’exploration et la valorisation des produits dérivés des diverses
filières (chimiodiversité, biogaz). Il faudrait se donner les
moyens d’accéder aux savoirs locaux et de continuer les recherches
par des études cliniques de validation des allégations en santé
humaine et par des analyses de la qualité des coproduits (sélection
variétale, impact de la cératite sur la qualité de la pulpe,
mécanisation depuis la récolte). La chaîne de production doit être
adaptée en permanence aux évolutions de la société et des marchés
(étude des marchés et des demandes des consommateurs, évolution des
itinéraires techniques agricoles et des technologies, coûts de
production). Sur les marchés d’exportation, la priorité est de
continuer les efforts de certification de la qualité par le
contrôle systématique de la qualité de l’huile d’argan et la
détection aisée de l’adultération et par l’implantation de
laboratoires d’analyses et de labellisation (produits et
services).
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