Auteur(s) : Kawtar Fikri Benbrahim, Mohammed Ismaili, Sanae Fikri Benbrahim, Abdellatif Tribak , Laboratoire de biotechnologie et amélioration de la production végétale, Faculté des sciences et techniques, Fès–Saïss, BP 2202, Route d’imouzzer, Fès, Maroc, Laboratoire de microbiologie et de physiologie des symbioses, Faculté des sciences de Meknès, BP 4010, Beni M’hamed, Meknès, Maroc, UFR de biologie, Université Joseph Fourier, Grenoble 1, 2231, rue de la piscine, 38400 Saint Martin d’Hères, France, Laboratoire de géomorphologie, Faculté des lettres et des sciences humaines de Fès-Saïss, BP 59, Route d’Imouzzer, Fès, Maroc.
Résumé : Les effets conjugués de la pression anthropique croissante sur les ressources naturelles et des conditions climatiques sévères engendrent des dysfonctionnements de l’écosystème terrestre. Ces effets sont amplifiés par les modes et systèmes inappropriés d’exploitation des ressources naturelles disponibles. Cela conduit à la régression des massifs forestiers, à la diminution de la disponibilité des ressources en eau et leur pollution, et à la dégradation des parcours et des sols, pouvant engendrer la désertification et la disparition de certaines espèces animales et végétales. Ces perturbations qui affectent les ressources biologiques et les potentialités des terres, se traduisent par la détérioration du niveau de vie de la population, l’abandon des terres et l’exode rural ou l’émigration. Même les progrès rendus actuellement possibles par les nouvelles techniques et les nouvelles politiques en matière d’environnement sont réduits à néant par l’accélération de l’accroissement démographique et du développement économique. En effet, l’augmentation des terres agricoles due à la croissance démographique et à l’augmentation des cultures d’exportation ou de l’élevage entraîne la déforestation et le surpâturage qui favorisent l’érosion hydrique et éolienne. Ainsi, dans les zones semi-arides, le surpâturage et la déforestation contribuent à la désertification qui empêche la reconstitution du couvert végétal et peut être considérée comme la forme ultime de la dégradation des terres. L’objectif de cette étude est de rassembler des données récentes sur l’impact de ces phénomènes au Maroc, en essayant d’analyser parallèlement la contribution de différents facteurs et paramètres qui les provoquent. Mais pour mieux apprécier leur ampleur au Maroc, il s’est avéré nécessaire de les évaluer brièvement dans le monde entier, d’une part, et en Afrique, d’autre part. Cette étude révèle le rôle primordial de l’action anthropique sur la dégradation des terres au Maroc, ainsi que l’importance de l’érosion hydrique dans le Rif et le pré-Rif, de l’érosion éolienne dans les vallées de Drâa et du Ziz, du surpâturage dans les plateaux de l’Oriental, de la salinité dans le Souss et les périmètres irrigués, et des défrichements et prélèvements de bois dans les zones forestières.
Figure 1 L’étendue de la désertification en
Afrique.(source :
http://www.fao.org/desertification/default.asp?lang=en).
Figure 2 Carte donnant la répartition approximative
des zones touchées par l’érosion éolienne et l’ensablement au
Maroc.(sources : [28] et
http://www.isecco.org.ma/pub/fr/ensablement/ensablement.htm).
Figure 3 Carte de répartition des forêts et des
steppes à alfa au Maroc (d’après [46] (modifié)).
Photo 1 Écosystème dégradé d’arbousiers, à cause de
la rareté des terrains de pâturage, sur le bord d’une route à
travers l’Anti-Atlas.(source : J.B. Deperraz et S. Gerlier
http://www.tu2000.com/art20.htm).
Photo 2 Paysage de collines marneuses du pré-Rif
oriental, totalement défrichées et mises en culture. Elles sont
livrées aux processus d’érosion, notamment le décapage et le
ravinement. Les pertes en terres et la production de sédiments y
sont très importantes.(cliché : A. Tribak, 1993)
Photo 3 Coupe de bois de feu et fabrication du
charbon de bois au Moyen-Atlas, dans une forêt de chênes dégradée
sur un substrat calcaro-dolomitique.(source : Écosystèmes
forestiers, Système de communication de l’information sur la
désertification au Maroc (SCID Maroc) ; ministère de
l’Agriculture, du Développement rural et des Pêches maritimes.
www.madrpm.gov.ma/scidmaroc/partenar/forests/ecosysem/ecosys.html).
Photo 4 Ensablement de la palmeraie de Ouarzazate
(vallée du Drâa) par formation de dunes de sable en dôme présentant
de larges ripple marks au premier plan(source : laboratoire de
géomorphologie et de télédetection, université de Liège ;
http://phypc9.geo.ulg.ac.be/nouveau/draa/draa.html).
Photo 5 Décapage superficiel intense, montrant une
absence totale de la végétation naturelle, sur un versant
marno-calcaire, exposé au sud, de la nappe d’Ouezzane (rive droite
de la vallée de l’O. Garzine, pré-Rif central) [37].
Photo 6 Réseau dense de rigoles (petits sillons
parallèles d’environ 20 cm de profondeur) sur un versant marneux
d’exposition sud-ouest, mis en place après des pluies déluviennes à
forte intensité (bassin-versant de l’oued Garzine, pré-Rif central)
[37].
Photo 7 Coulée de solifluxion sur un versant
marno-calcaire du pré-Rif central. Elle s’étend sur environ 50 m,
laissant apparaître une zone d’arrachement bien nette. Sa mise en
place est étroitement liée à l’appel au vide favorisé par la
présence d’une chaussée en contre-bas [37].
Photo 8 Paysage de bad lands (forme ultime de
ravinement généralisé) sur des marnes miocènes du pré-Rif oriental.
Leur évolution rapide menace les terres de culture avoisinantes, et
les quantités de sédiments évacués y sont excessive (cliché :
A. Tribak, 1993).