ARTICLE
Auteur(s) : Claire Mounier-Véhier1, Christophe
Griffon2, Stéphanie Duquenoy1, Dominique
Stephan2
1 Service d’HTA et de médecine vasculaire,
Hôpital cardiologique, 59037 Lille Cedex
2 Service d’hypertension et maladies vasculaires,
Hôpital civil, 67091 Strasbourg
L’ischémie critique chronique des membres inférieurs (ICCM) est un
chapitre nouveau dans la nosologie des maladies vasculaires
périphériques. Elle regroupe aux formes évoluées de l’artériopathie
oblitérante des membres inférieurs (AOMI) qui s’accompagnent de
douleurs ischémiques de repos et/ou de troubles trophiques. Son
individualisation correspond à la volonté d’identifier précisément
une affection dont le pronostic vital et fonctionnel est
particulièrement sombre. Son pronostic est même comparé par
certains à une forme évoluée de cancer. L’ICCM est une pathologie
mal connue, insuffisamment étudiée. Parallèlement, on dénombre peu
de centres vasculaires et de réadaptation. C’est d’apparition
tardive dans l’histoire de l’AOMI mais elle peut en être
révélatrice, notamment chez le sujet âgé. Son diagnostic est rendu
difficile par le polymorphisme de ses tableaux cliniques, d’où une
méconnaissance fréquente de son diagnostic [1]. Il est donc
fondamental de sensibiliser les médecins à son dépistage en
utilisant des outils simples comme la mesure des index de pression
systolique à la cheville (IPS). L’éducation de la population sur le
caractère nocif du tabagisme et l’optimisation du traitement
médicamenteux de la maladie athérosclérose sont d’autres voies pour
limiter le risque d’évolution vers l’ICCM.
Le second consensus européen sur l’ischémie critique a proposé
une définition précise de l’ICCM qui tient compte de données
hémodynamiques [2] : de douleurs au repos, nécessitant de
façon régulière et adéquate l’administration d’analgésiques pendant
plus de deux semaines, avec une pression artérielle systolique
(PAS) à la cheville inférieure ou égale à 50 mmHg chez les non
diabétiques ou encore une PAS aux orteils inférieure ou égale à
30 mmHg chez les diabétiques, avec ou sans ulcération ou
gangrène douloureuse du pied et des orteils. Cette définition est
désormais utilisée dans les essais thérapeutiques.
Dans le souci d’améliorer le dépistage de l’ICMM, le consensus
transatlantique TASC (Trans Atlantic Inter-Society Consensus) a
proposé des critères diagnostiques complémentaires : les
lésions de type ulcère ou gangrène doivent être imputables à des
sténoses artérielles documentées ; le terme d’ischémie
critique suppose un état chronique qui doit être distingué de
l’ischémie aiguë ; les critères hémodynamiques sont élargis à
50-70 mmHg pour la PAS à la cheville et 30-50 mmHg pour
celle du gros orteil ; enfin la notion de diminution de la
pression transcutanée en oxygène
(TCPO2) < 30-50 mmHg est
prise en compte [3].
Epidémiologie
Deux tiers des AOMI sont soit asymptomatiques (stade I, de
la classification de Leriche), soit se manifestent par une
claudication artérielle typique (stade II). Sur la base du
nombre d’amputations pratiquées pour l’ICCM et en postulant
qu’environ 25 % des patients en souffrant subissent une
amputation, l’incidence de cette affection dans la population est
estimée à 500-1 000 patients par million de sujets et par
an, soit 10 % des AOMI [3].
L’évolution de l’AOMI est imprévisible ; elle peut
s’améliorer, se stabiliser pendant de nombreuses années ou évoluer
rapidement vers l’ischémie sévère. Certains facteurs sont
considérés comme agravants avec principalement l’âge de début
avancé (après 75 ans), le diabète (risque
d’ICMM × 3) et la persistance de l’intoxication
tabagique [3].
Le pronostic fonctionnel du membre atteint d’ischémie critique
est particulièrement sombre ; pour 100 patients ayant une
ICCM, 60 pourront bénéficier des techniques de
revascularisation artérielle, 20 seront amputés d’emblée et un
traitement médical sera proposé au 20 patients restants. Après
un délai de 1 an, une amputation majeure (au-dessus du genou)
est pratiquée chez 25 % des malades alors que 55 %
conservent les deux jambes et 20 % décèdent [4].
La mortalité des patients ayant une ICCM est élevée car les
lésions athéroscléreuses sont le plus souvent multifocales ;
l’infarctus du myocarde et les accidents vasculaires cérébraux sont
les principales causes de mortalité [5]. Le pronostic
s’assombrit encore plus après une amputation : la mortalité
pour une amputation au-dessous ou au-dessus du genou est
respectivement de 5-10 % et 25-30 % à 2 ans et de 50
à 75 % à 5 ans [6]. Les malades sont également
exposés à un risque élevé d’affection thrombo-embolique artérielle
et de thrombo-embolie veineuse après un alitement prolongé.
Physiopathologie
L’étude de la physiopathologie de l’ICCM a fait l’objet d’études
ciblant le rôle du contenant : (athérosclérose, rupture de
plaques athéromateuses) et le contenu : (hyperviscosité, rôle
de l’agrégation plaquettaire et leucocytaire). Sur le plan
physiologique, l’oblitération d’une ou plusieurs artères
vascularisant le membre inférieur provoque une réduction du débit
sanguin qui ne peut plus satisfaire les besoins nutritifs des
tissus au repos malgré la présence de mécanismes de compensation
devenus insuffisants. La chute du débit de la microcirculation
cutanée peut conduire à des lésions ischémiques du derme, des
muscles et des nerfs, entraînant douleurs de repos par excès de
nociception, voire douleurs neurogènes et troubles trophiques. On
admet en effet que les capillaires nutritifs dans les territoires
cutanés acheminent moins de 15 % du débit sanguin total dans
le pied [7].
Une réduction du débit dans la macrocirculation entraînera par
voie de conséquence une réduction plus grande du débit dans la
microcirculation, expliquant les phénomènes ischémiques et la
non-cicatrisation des troubles trophiques.
Au stade de claudication artérielle, le débit sanguin vers les
muscles squelettiques est compromis uniquement à l’effort ;
environ 10 % de ces patients évolueront vers l’ICMM du fait de
la sommation des effets hémodynamiques de lésions athéromateuses
diffuses de l’arbre vasculaire, voire d’un état
diabétique [3]. L’ischémie chronique d’un membre va mettre en
action des mécanismes de compensation : développement d’une
circulation collatérale court-circuitant les zones d’oblitération
pour acheminer le sang artériel vers les tissus ischémiés,
ouverture des shunts artério-veineux, vasoplégie capillaire
et veineuse. Le développement de la circulation collatérale permet,
lorsque l’oblitération est proximale, de suppléer le réseau d’aval.
En cas d’oblitération artérielle distale, en particulier chez le
diabétique, la formation de collatérales est souvent insuffisante.
Par ailleurs, la vasoplégie capillaro-veineuse peut favoriser
l’apparition d’un œdème qui va venir aggraver l’ischémie. Au niveau
cellulaire, l’endothélium est le plus souvent pathologique,
conséquence d’une athérosclérose diffuse et/ou d’une
artériosclérose. La vasorelaxation endothélium-dépendante est
défectueuse et les irrégularités de paroi favorisent l’agrégation
plaquettaire et leucocytaire, conduisant à la thrombose.
L’influence rhéologique des contraintes de cisaillement,
extrêmement élevées au site de la sténose artérielle, n’est pas à
négliger. Des études in vitro ont en effet montré que les
contraintes de cisaillement agissaient comme un stimulus de
l’activation plaquettaire et leucocytaire, conduisant à la
formation de thrombus [8].
Savoir reconnaître une ICCM
Le diagnostic, essentiellement clinique, va être ensuite étayé
par des examens paracliniques qui vont préciser l’étendue, la
localisation des lésions ainsi que leur retentissement
hémodynamique. Le tableau clinique le plus caractéristique est
souvent celui d’un patient âgé au passé de fumeur ou
diabétique ; les antécédents d’AOMI sont le plus souvent
connus et le patient peut avoir une histoire riche en interventions
chirurgicales de revascularisation des membres inférieurs.
L’évolution vers l’ICCM est la conséquence de multiples lésions
d’oblitération artérielle ou d’occlusion de pontage(s). Le tableau
clinique fait coexister des douleurs ischémiques de repos et des
troubles trophiques. Les douleurs sont souvent très vives,
insomniantes et interdisent une marche normale. Elles nécessitent
le recours à des antalgiques de type morphinique. Les troubles
trophiques sont localisés aux orteils, au pied ou à la jambe.
D’évolution progressive, ils peuvent conduire, en cas d’extension,
à une amputation [2, 3].
Quelle prise en charge proposer à ces patients ?
Plusieurs attitudes sont possibles :
• soit traiter la lésion symptomatique pour laquelle le malade
consulte et ignorer le reste, attitude encore trop fréquente et
illogique ;
• soit proposer un véritable bilan pour optimiser la prise en
charge thérapeutique, attitude rationnelle visant à améliorer le
pronostic immédiat et secondaire.
Ces patients, en ICCM, doivent être hospitalisés en milieu
vasculaire spécialisé dans les plus brefs délais dès le diagnostic
posé, pour assurer une prise en charge pluridisciplinaire
médico-radio-chirurgicale et pour calmer la
douleur [2, 3]. L’objectif principal à ce stade est de
réaliser une revascularisation dans la mesure du possible, ce qui
nécessite une imagerie spécifique. Les examens paracliniques vont
permettre d’identifier les lésions mettant en jeu à court terme le
membre ischémié et à moyen terme le pronostic vital du patient.
L’échodoppler artériel, toujours bilatéral et comparatif, sera
associé à une mesure des pressions résiduelles et de la
TcPO2 ; ces explorations non invasives guideront la
prise en charge, mais sans la retarder car l’artériographie reste
toujours l’examen de référence pour évaluer précisément les lésions
distales (axes jambiers, arcade plantaire). L’artériographie n’est
cependant effectuée que lorsqu’un geste de revascularisation est
décidé avec toutes les précautions d’usage (protocole de protection
néphronique en particulier).
Le bilan va permettre de préciser la localisation et la sévérité
des lésions symptomatiques, la présence de lésions menaçantes par
leurs caractéristiques morphologiques, leur topographie ou leurs
répercussions hémodynamiques : lésion stratégique (carrefour
fémoral), anévrysmes de l’aorte ou des artères périphériques,
lésions à potentiel emboligène comme une plaque ulcérée... De plus,
l’existence d’une collatéralité, les conditions hémodynamiques pour
le succès de la revascularisation, les possibilités de
revascularisation, l’état général du patient ainsi que le risque
opératoire seront évalués [3].
La mesure de la TcPO2 viendra confirmer le caractère
vasculaire d’un trouble trophique et déterminera précisément le
niveau d’amputation ; la TcPO2 a une valeur
péjorative dès qu’elle est inférieure à 10 mmHg, traduisant
alors la mise en jeu du pronostic tissulaire ; elle peut être
sensibilisée par une inhalation d’oxygène ou par une mesure des
pressions, jambes pendantes [2, 3].
Parallèlement, mais sans retarder encore une fois la prise en
charge du membre ischémié, les facteurs de risque cardiovasculaire
et le dépistage des autres localisations de la maladie
athéroscléreuse seront de mise pour améliorer le pronostic du
patient (figure 1 et tableau I). Le bilan polyartériel est une
attitude pleinement justifiée dans une démarche préventive, l’ICCM
témoignant d’une AOMI déjà évoluée [3, 5]. Le consensus
TASC préconise, indépendamment du bilan biologique et de
l’électrocardiogramme de base, un dépistage des lésions
carotidiennes par échodoppler et une évaluation coronarienne plus
exhaustive chez le patient à risque. La recherche de localisations
digestive et rénale sera faite devant un contexte clinique
évocateur ; ces lésions sont parfois diagnostiquées d’entrée
de jeu sur l’angioscanner ou sur l’angiographie par résonance
magnétique, effectués dans certains centres vasculaires en
pré-interventionnel [3]. Au décours de l’épisode d’ICMM, ces
patients feront l’objet d’un suivi rapproché clinique et
échodoppler [2, 3].
Tableau 1. Bilan d’extension
vasculaire, à discuter au cas par cas
|
Troncs supra-aortiques |
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• Échodoppler |
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• ± angio-IRM |
|
• IRM cérébrale |
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Artère rénale devant : |
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– HTA sévère
(> 110 diastolique) |
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– HTA résistante au traitement |
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– Augmentation datée de la créatinine |
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• échodoppler |
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• angio-IRM/angioscanner |
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Coronaires |
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• fondamental avant chirurgie lourde |
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• systématique chez le diabétique |
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• ECG |
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• scintigraphie myocardique |
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• écho de stress |
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• coronarographie |
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Aorte abdominale et collatérales digestives |
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• si symptômes évocateurs |
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• échodoppler |
|
• angio IRM/angioscanner |
|
• artériographie biplan sélective |
Angio-RM : Angiographie par résonance magnétique ;
IRM : Imagerie par résonnance magnétique
Traitements actuels (figure 2).
En dehors du traitement de la douleur, le traitement de l’ICCM
repose avant tout sur les interventions de revascularisation au
niveau du membre ischémié. L’indication d’une revascularisation et
la nature du geste sont le résultat d’une discussion
pluridisciplinaire. Ces interventions nécessitent qu’un bilan
angiographique complet soit pratiqué ; elles consistent en une
chirurgie de pontage ou des angioplasties transluminales par voie
percutanée.
La chirurgie de pontage utilise des homogreffes, en particulier
la veine grande saphène ou des pontages prothétiques (dacron,
téflon, PTFE). La perméabilité des pontages veineux, notamment s’il
s’agit de pontages longs (en dessous du genou), est plus élevée que
celles des greffes prothétiques. La poursuite du tabagisme
multiplie par trois le risque d’occlusion post opératoire et divise
par deux la perméabilité à 5 ans des pontages sous inguinaux.
La présence d’un diabète est également un critère de mauvais
pronostic pour la perméabilité au long cours des pontages. Les
limites du traitement chirurgical dans l’ICCM tiennent plus compte
des conditions locales au niveau du membre opéré (présence d’un lit
d’aval, matériel veineux...) que des contre-indications inhérentes
à l’état général du patient.
L’angioplastie transluminale par ballonnet avec, dans certains
cas, l’implantation d’une endoprothèse, est une alternative de
choix à la chirurgie chez les patients ne pouvant être opérés ou
pour passer un cap aigu. Cependant, l’innocuité de l’angioplastie
n’est pas totale puisqu’elle est associée à un risque de
re-thrombose aiguë, de resténose, de complications locales et de
manifestations thrombo-emboliques nécessitant une intervention
chirurgicale dans 3 % des cas. Enfin, l’angioplastie n’est pas
non plus toujours réalisable si la lésion ne s’y prête pas.
L’amputation reste la situation la plus défavorable, aggravant
le pronostic du patient ; son indication est portée quand les
lésions sont irréversibles au stade de gangrène, que les douleurs
ne sont pas calmées par les antalgiques sans aucune possibilité de
revascularisation. L’aspect nutritionnel du patient est alors un
élément majeur pour la cicatrisation et les possibilités de
rééducation précoce au décours de
l’amputation [2, 3, 9].
Le traitement médicamenteux de l’ICMM va associer des
vasodilatateurs et des antalgiques puissants (le plus souvent des
opiacés). Les vasodilatateurs, comme le buflomedil (Fonzylane®),
utilisés par voie intraveineuse, peuvent réduire les phénomènes
algiques ; toutefois, ils n’influencent pas le cours évolutif
de la maladie [2, 3, 10, 11]. La thérapeutique
médicamenteuse s’est enrichie plus récemment d’un analogue
pharmacologiquement stable de la prostacycline (iloprost :
Ilomédine), inhibiteur puissant de l’activation plaquettaire et
vasodilatateur. L’iloprost inhibe également l’activation
leucocytaire et diminue l’adhésion plaquettaire aux parois
vasculaires [12]. Son utilisation fut un temps jugée
prometteuse (étude Milestone) mais une méta-analyse récente
n’accordait pas à ce traitement d’efficacité significative dans le
traitement de l’ICCM [13]. Parallèlement, le traitement de la
maladie athérothrombotique sera optimisé en associant des
médicaments anti-agrégants plaquettaires, en contrôlant au mieux
les facteurs de risque (hypertension artérielle,
hypercholestérolémie, diabète, tabagisme) et, plus récemment, en
proposant un agent bloqueur du système rénine angiotensine (SRA)
avec les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) et les
antagonistes des récepteurs à l’angiotensine II. Le bénéfice des
agents bloqueurs du SRA a été démontré sur les événements
vasculaires et sur la mortalité cardio-vasculaire, en particulier
chez l’hypertendu, le coronarien et le diabétique [14-16].
Le traitement anti-agrégant repose sur l’administration au long
cours d’aspirine à la dose de 75 à 250 mg/j ou de clopidogrel
(Plavix®) à la dose de 75 mg/j. Chez l’hypertendu au stade
d’ICMM, il convient cependant de respecter un certain niveau de
pression artérielle systolique (150-160 mmHg) afin de ne pas
aggraver l’hypoperfusion distale ; le traitement
anti-hypertenseur sera allégé en conséquence. D’autres facteurs
aggravant l’hypoperfusion seront aussi recherchés et corrigés
(insuffisance cardiaque, anémie....) [2, 3].
Face à l’absence de thérapeutique régulièrement efficace chez
les patients souffrant d’ICCM et non candidats à une
revascularisation, des alternatives thérapeutiques peuvent être
explorées. Compte tenu du rôle important de la circulation
collatérale dans la mise en jeu des phénomènes de compensation de
l’ischémie, une stratégie reposant sur l’activation de la formation
des vaisseaux s’avère séduisante ; il s’agit de l’angiogenèse
thérapeutique dont l’objectif est de suppléer aux carences de
l’organisme à former une circulation collatérale suffisante dans
les situations d’ischémie. Elle consiste en l’administration d’une
molécule aux propriétés angiogéniques au niveau des tissus
anoxiques. Lorsque cette angiogenèse thérapeutique utilise
l’administration d’un gène, il s’agit de thérapie génique à visée
angiogénique [17-19].
La rééducation progressive des patients est un élément
indispensable de la prise en charge ; elle doit être réalisée
précocement et être associée à des séances éducatives ainsi qu’à un
soutien psychologique. Elle n’est malheureusement pas encore
dispensée à tous les patients en raison d’un nombre insuffisant de
centres spécialisés. Ses objectifs sont de récupérer l’autonomie du
patient, de favoriser la cicatrisation des troubles trophiques, de
préserver l’autre membre et d’améliorer sa qualité de
vie [2, 3, 20, 21].
Conclusion
L’ICCM est le stade le plus évolué de l’AOMI ; son
diagnostic est en pratique difficile en raison du polymorphisme de
ses tableaux cliniques. Pourtant elle nécessite une hospitalisation
rapide en milieu spécialisé vasculaire ; cette hospitalisation
a pour objectifs de calmer au plus vite la douleur tout en
réalisant un bilan local, cutané et vasculaire et un bilan de
l’état général. A l’issue du bilan, une concertation
radio-médico-chirurgicale avisera du traitement le plus approprié
en tentant dans la mesure du possible de revasculariser le membre
ischémié. L’ICCM est une complication sévère d’une maladie plus
générale, susceptible d’affecter toutes les artères de l’organisme.
L’absence de symptôme dans d’autres territoires ne signifie
nullement leur intégrité ; dans ces territoires, les lésions
artérielles, bien qu’à un stade infraclinique, peuvent être plus
menaçantes sur le plan vital que celles du territoire
symptomatique ; elles sont donc à rechercher parallèlement à
la prise en charge de l’ICCM. Le suivi pluridisciplinaire, la
rééducation, l’arrêt du tabac, le contrôle du diabète et la
trithérapie médicamenteuse (antiagrégants, statines, agents
bloqueurs du SRA) sont d’autres gages du succès de la prise en
charge des patients à plus long terme.
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