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Thérapeutique cardiovasculaire : progrès récents, controverses et perspectives


Médecine thérapeutique. Volume 13, Number 1, 53-63, Janvier-Février 2007, Actualités cardiologiques

DOI : 10.1684/met.2007.0053

Résumé  

Author(s) : Philippe Le Corvoisier, Olivier Montagne , Centre d’investigation clinique 006, Hôpital Henri Mondor, 51 avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, 94010 Créteil Cedex, Fédération de cardiologie, Unité de médecine gériatrique, Hôpital Henri Mondor, Créteil.

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ARTICLE

Auteur(s) : Philippe Le Corvoisier1,2, Olivier Montagne1,3

1Centre d’investigation clinique 006, Hôpital Henri Mondor, 51 avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, 94010 Créteil Cedex
2Fédération de cardiologie
3Unité de médecine gériatrique, Hôpital Henri Mondor, Créteil

Les progrès réalisés dans la prise en charge des pathologies cardiovasculaires ont permis d’améliorer le pronostic de ces patients. Le dynamisme de la recherche menée dans ce domaine conduit à une multiplication des publications, dont les résultats peuvent parfois paraître contradictoires ou difficiles à transposer dans la pratique clinique courante. Cette brève revue a pour objectif de présenter une synthèse des essais cliniques les plus marquants publiés récemment.

Pathologie coronaire

Statines : des doses toujours plus élevées pour une réduction de la plaque ?

En dépit des craintes générées par le retrait du marché de la cerivastatine en 2001, les statines restent les molécules de première intention pour le traitement des dyslipidémies chez les patients coronariens. Plusieurs études (TNT, Ideal, Alliance, Prove it) ont montré qu’un traitement agressif par de fortes doses de statine permet une réduction de la fréquence des événements cardiovasculaires plus importante que les posologies habituelles [1, 2]. Les résultats de ces essais ont conduit à une nouvelle interrogation : l’athérome peut-il régresser ? L’étude Reversal avait déjà montré qu’un traitement par 80 mg d’atorvastatine permettait de bloquer la progression de l’athérome coronaire. Un nouvel élément vient d’être apporté à ce débat par l’étude Asteroid, présentée en mars 2006 au congrès annuel de l’American College of Cardiology [3]. Cet essai a eu pour objectif d’évaluer l’effet sur l’athérome coronaire d’une baisse drastique du cholestérol LDL, obtenue grâce à de fortes doses de rosuvastatine, chez des patients présentant des lésions coronariennes intermédiaires et ne justifiant pas de geste de revascularisation. La quantification du volume de la plaque athéromateuse a été effectuée par échographie endocoronaire. Après 24 mois, le traitement a entraîné une réduction de l’athérome au niveau de l’artère la plus atteinte. Ces résultats suggèrent qu’une stratégie agressive de réduction du cholestérol LDL pourrait permettre une véritable régression de l’athérosclérose. Bien que ces résultats aient été largement diffusés, les limitations méthodologiques de cette étude doivent être soulignées. Ces résultats ont été critiqués en raison d’un nombre important de perdus de vue. De plus, les auteurs n’ayant pas prévu de groupe contrôle en raison de considérations éthiques, il est également possible que la régression observée soit liée en partie à la prise en charge des autres facteurs de risque cardiovasculaire de ces patients. Les résultats de ces différents essais cliniques conduisent néanmoins à s’interroger sur l’intérêt d’une réduction du cholestérol LDL plus drastique que celle préconisée par les recommandations actuelles (1 g/L). Ce débat ne fait probablement que débuter, et une valeur cible de cholestérol LDL à 0,7 g/L pour les patients coronariens commence à être évoquée.

Inhibiteur du courant If : une nouvelle classe pour le traitement de l’angor stable

Un pourcentage significatif des patients coronariens reste symptomatique malgré les progrès réalisés par les techniques de revascularisation. La fréquence cardiaque est un déterminant majeur de la consommation en oxygène du myocarde et donc de la survenue des épisodes angineux. L’effet anti-ischémique des bêtabloquants et des inhibiteurs calciques est en partie lié à leur effet bradycardisant, mais ces molécules possèdent également d’autres propriétés, responsables de certains effets indésirables. Le développement d’une nouvelle classe pharmacologique, possédant des propriétés purement bradycardisantes, a donc un intérêt clinique évident.

Le contrôle de l’activité pacemaker du nœud sino-auriculaire, déterminant la fréquence cardiaque, est assuré principalement par un courant ionique entrant sodium/potassium appelé If[4]. Deux essais cliniques, réalisés chacun chez près de 1 000 patients coronariens stables, ont montré que l’ivabradine, un inhibiteur spécifique et sélectif de ce courant, possède des propriétés anti-angineuses comparables à celles des bêtabloquants et des inhibiteurs calciques. Les effets indésirables observés dans ces essais ont été limités à des épisodes de bradycardie sinusale et à des troubles visuels à type de phosphènes, liés à la présence de canaux If au niveau de la rétine. L’ivabradine a obtenu en 2005 une autorisation de mise sur le marché (AMM) par l’agence européenne du médicament et apparaît comme une nouvelle alternative thérapeutique chez les patients coronariens stables présentant une contre-indication aux bêtabloquants. Aucun élément concernant l’effet de cette molécule sur la morbi-mortalité des patients n’étant disponible, de nouveaux essais seront nécessaires afin de mieux préciser la place de l’ivabradine dans l’arsenal thérapeutique de l’angor.

Antiagrégants plaquettaires

L’importance de la thrombose dans la physiopathologie des syndromes coronariens aigus explique qu’un traitement antiagrégant plaquettaire agressif soit devenu une des pierres angulaires de la cardiologie moderne. Plusieurs études ont montré que l’association de deux classes d’antiagrégants plaquettaires (aspirine et clopidogrel), inhibant des voies d’activation plaquettaire différentes, améliore le pronostic des patients au décours d’un syndrome coronarien aigu (Commit, Clarity, Cure, Credo) [5, 6]. L’augmentation du risque hémorragique observé dans ces études a été limitée et ne remettait pas en question l’intérêt de cette association.

Si le bénéfice de l’association de deux traitements antiagrégants plaquettaires est bien établi chez des patients instables, où la thrombose joue un rôle majeur, son effet en dehors des syndromes coronariens aigus n’a été étudié que récemment. L’étude Charisma, menée chez 15 603 patients en prévention primaire ou secondaire [7], a comparé l’effet de la bithérapie à celui d’un traitement par aspirine seule (suivi médian : 28 mois). Aucune différence significative n’a été retrouvée entre ces groupes sur le critère d’évaluation principal (critère composite : IDM, accident vasculaire cérébral ou décès de cause cardiovasculaire). L’ana lyse en sous-groupes des résultats de cette étude a été très largement débattue et a été rapportée de manière parfois déformée par la presse grand public. En prévention primaire, les effets de cette association sont clairement négatifs puisqu’une tendance à l’augmentation des hémorragies, mais également des accidents cardiovasculaires, a été observée. Il convient d’ailleurs de rappeler ici que les effets de l’aspirine seule sont également controversés dans ce contexte et que l’aspirine ne possède pas d’AMM dans cette indication. En prévention secondaire, les résultats de l’étude Charisma ont mis en évidence un bénéfice significatif mais marginal de l’association de deux antiagrégants plaquettaires (6,9 % d’événements contre 7,9 % dans le groupe contrôle). Cette analyse en sous-groupe n’apporte donc pas d’arguments définitifs en faveur d’une prolongation de l’association aspirine/clopidogrel au-delà des délais habituels. Les bithérapies d’une durée supérieure à un an devraient rester exceptionnelles et être associées à une réévaluation régulière de leur indication.

La survenue d’événement thrombotique chez des patients traités par aspirine et/ou clopidogrel a fait émerger un nouveau concept clinique : la résistance aux antiagrégants plaquettaires. Bien qu’aucune définition clinique ou biologique ne soit communément acceptée, plusieurs études, de taille limitée, ont montré l’existence d’une variabilité interindividuelle importante dans le degré d’inhibition de l’agrégation plaquettaire induite par un traitement par clopidogrel. Les patients présentant une réponse plaquettaire moindre sont exposés à un risque significativement accentué d’évènements coronariens [8]. Cette résistance au clopidogrel pourrait être liée à des variations interindividuelles dans le métabolisme de la molécule ou à des polymorphismes génétiques au sein des récepteurs de l’ADP. L’étude Armyda-2 a montré qu’un doublement de la dose de charge de clopidogrel lors de la réalisation d’une angioplastie coronaire programmée permet de réduire la fréquence des événements cliniques ultérieurs [9], ce qui pourrait être lié à une inhibition plaquettaire plus rapide et plus importante (ISAR-Choice). Le pourcentage de patients non-répondeurs serait également réduit. La publication de ces études a conduit à une augmentation progressive des posologies prescrites en routine dans de nombreux centres cardiovasculaires, qui dépassent aujourd’hui les posologies recommandées par l’AMM de cette molécule. De nouveaux antiagrégants plaquettaires, comme le prasugrel, sont en cours de développement. Des études préliminaires ont montré des résultats prometteurs avec cette molécule qui permettrait une inhibition plus importante de l’agrégation plaquettaire [10].

Stents actifs : apprécier le risque de thrombose aiguë

En dépit du progrès incontestable qu’a représenté le développement des techniques d’angioplastie coronaire, l’existence d’un taux élevé de resténoses était une limitation importante de cette technique. Une nouvelle génération d’endoprothèses a été développée spécifiquement pour réduire la fréquence de ces complications. Ces stents, dits actifs, sont couverts d’un polymère libérant une substance antimitotique (sirolimus ou paclitaxel) inhibant l’hyperplasie néo-intimale responsable de la resténose intrastent. Plusieurs essais cliniques ont clairement établi que ces stents actifs réduisent le risque de resténose chez des patients présentant un angor stable. Cependant, leur efficacité dans un contexte hautement thrombotique, comme un IDM, n’a été évaluée que très récemment. L’étude Typhoon, réalisée par des équipes françaises, a montré que la fréquence des nouvelles revascularisations, un an après mise en place d’un stent actif à la phase aiguë d’un IDM, était significativement réduite par rapport aux stents traditionnels (5,6 % et 13,4 % respectivement) [11]. Cependant, ni la fréquence des récidives d’IDM ni le taux de décès n’ont été réduits.

Les stents actifs représentent 90 % des endoprothèses implantées actuellement aux USA. Depuis plusieurs mois, ils sont au cœur d’une violente polémique portant sur la sécurité de leur utilisation. Les résultats intermédiaires de l’étude Basket-late ont été parmi les premiers à suggérer la possibilité d’un risque élevé de thrombose tardive avec ces endoprothèses. Dans cet essai, la mortalité a été de 1,3 % durant l’année suivant l’arrêt de la double anti-agrégation plaquettaire dans le groupe traité par un stent traditionnel, contre 4,9 % pour les patients recevant un stent actif. Plus récemment, Camenzind et al. ont présenté une méta-analyse combinant les données de l’ensemble des essais publiés à ce jour. Cette méta-analyse a montré que le critère combiné décès ou IDM survenait plus fréquemment dans le groupe ayant reçu un stent au sirolimus qu’un stent traditionnel. Cette polémique a rebondi lors du congrès annuel de cardiologie interventionnelle TCT 2006 où les résultats d’une nouvelle méta-analyse ont été présentés. Si cette étude a confirmé que les stents actifs s’accompagnent d’une augmentation du risque de thrombose tardive, elle n’a pas retrouvé de différences significatives sur la fréquence des IDM ou sur la survie des patients entre les stents actifs et les stents traditionnels. Les différences observées entre ces deux méta-analyses, particulièrement surprenantes et inhabituelles, seraient liées au fait que la première a été réalisée à partir des données publiées dans la littérature alors que la seconde a été effectuée à partir des données brutes.

Il faut garder en mémoire que ces résultats polémiques n’ont été présentés que lors de congrès et ne sont pas encore pleinement publiés. Les stents actifs représentent potentiellement un progrès majeur dans le domaine de la cardiologie interventionnelle. Le signal suggérant une augmentation du risque de thrombose semble réel, mais les études réalisées à ce jour n’ont pas la puissance nécessaire pour évaluer sans ambiguïté le rapport bénéfice/risque à long terme de ces nouvelles endoprothèses. Est-il bénéfique de prévenir la resténose, phénomène fréquent, en exposant les patients à de rares cas de thrombose tardive ? Les adversaires des stents actifs soulignent le fait que la resténose est un phénomène généralement bénin, alors qu’à l’inverse, le taux de mortalité de la thrombose aiguë est particulièrement élevé (25 à 50 %). La prolongation de la bithérapie antithrombotique, au-delà de la durée habituellement admise, pourrait apporter la solution à ce débat. De nouvelles études devront néanmoins être réalisées pour confirmer cette hypothèse. À ce jour, et compte tenu des données disponibles dans la littérature, il semble licite de limiter les utilisations des stents actifs aux indications validées.

Angioplastie coronaire : des indications plus précises

L’effet bénéfique de la désobstruction de l’artère occluse à la phase aiguë d’un IDM a été largement démontré. À l’inverse, l’intérêt de ce geste chez des patients hospitalisés plus tardivement, alors que les conséquences de l’ischémie sont supposées être devenues irréversibles, n’avait pas été pleinement évalué. L’étude OAT présentée en novembre 2006 au congrès de l’American Heart Association a permis d’apporter une réponse à cette question. Dans cet essai, 2166 patients n’ayant pas bénéficié d’une procédure de revascularisation à la phase aiguë d’un IDM ont été randomisés entre deux groupes recevant un traitement médical optimal seul ou associé à une désobstruction coronaire par angioplastie tardive (3 à 28 jours après la survenue de l’IDM). La stratégie invasive n’a pas amélioré un critère d’évaluation combiné regroupant les décès, les récidives d’IDM et les épisodes d’insuffisance cardiaque par rapport au groupe traité médicalement. Les résultats de cette étude vont donc à l’encontre de la théorie de l’artère ouverte qui était la justification scientifique des nombreuses angioplasties coronaires réalisées ces dernières années dans ce contexte médical. De futures études devront toutefois évaluer l’effet de la revascularisation tardive chez des patients plus à risque ou présentant une viabilité myocardique démontrée.

Thérapie cellulaire : des résultats contrastés

Un des concepts fondamentaux de la cardiologie repose sur l’idée que le myocarde est un organe post-mitotique incapable de tout renouvellement. La régénération du myocarde a donc longtemps été jugée comme étant un objectif utopique, les lésions induites par un IDM étant considérées comme définitives. Ce dogme a été remis en question par plusieurs découvertes récentes. Bien que ces résultats soient encore controversés, la présence au sein du myocarde de cellules souches capables d’entrer en mitose a été suggérée [12]. Par ailleurs, l’IDM s’accompagne de la libération de cellules endothéliales progénitrices provenant de la moelle osseuse et pouvant être recrutées secondairement au sein de la zone ischémiée. [13].

Ces données ont conduit à une multiplication des études expérimentales utilisant des cellules autologues comme outil thérapeutique afin d’obtenir une réparation de la zone nécrosée après un IDM. Ces études ont montré que l’injection intramyocardique de cellules souches médullaires ou de myoblastes permet d’améliorer la fonction systolique ventriculaire gauche dans de multiples modèles expérimentaux. Cependant, les mécanismes expliquant cet effet restent mal compris. La capacité des cellules injectées à former des néovaisseaux ou à remplacer des cardiomyocytes nécrosés est extrêmement discutée et plusieurs études ont montré une absence de transdifférenciation des cellules médullaires mononucléées en myocytes. D’autres hypothèses ont été évoquées : les cellules injectées pourraient exercer un effet paracrine stimulant la multiplication des cellules progénitrices cardiaques endogènes ou promouvant l’angiogenèse. Enfin, les cellules injectées pourraient jouer un rôle de soutien mécanique et réduire les contraintes pariétales.

La pertinence de ce concept de thérapie cellulaire dans le traitement des cardiopathies ischémiques a été évaluée chez l’homme au cours de plusieurs études randomisées publiées récemment. L’étude Repair-Ami a montré, chez 204 patients présentant un IDM, que l’injection de cellules médullaires autologues par voie endocoronaire entraîne une amélioration – limitée mais significative – de la fraction d’éjection ventriculaire gauche à 4 mois (2,5 %), une amélioration de la contraction régionale dans le territoire nécrosé et une réduction de la dilatation ventriculaire gauche [14]. De manière intéressante, l’efficacité de ce traitement était corrélée à la sévérité de la dysfonction ventriculaire initiale. Par ailleurs, un critère d’évaluation secondaire (décès, IDM ou réhospitalisation), plus relevant que les critères échographiques, a été également significativement amélioré. Enfin, les craintes rapportées lors d’études pilotes, concernant le risque d’augmentation de la fréquence des resténoses ou des troubles du rythme ventriculaire, n’ont pas été confirmées. Plusieurs autres essais ont retrouvé des résultats similaires, que ce soit à la phase aiguë de l’IDM (Boost, Topcare-Ami) [15] ou chez des patients présentant une cardiopathie ischémique chronique (Topcare-CHD). L’interprétation de ces essais est néanmoins rendue complexe par les résultats de l’étude Astami [16], dont le design est proche de celui des essais décrits ci-dessus, mais qui n’a observé aucun effet de la thérapie cellulaire. Ces résultats contradictoires pourraient s’expliquer par des différences techniques dans le mode de préparation des cellules injectées. Enfin, les résultats positifs observés dans l’étude Boost à 6 mois ne se sont pas maintenus lors du suivi à long terme de ces patients.

Les résultats d’un nouvel essai, basé sur une stratégie différente, ont été présentés par l’équipe de Philippe Menasché au dernier congrès de l’American Heart Association. Cette approche, plus invasive, consiste en l’injection de myoblastes directement au sein de la zone infarcie au cours d’une procédure chirurgicale de revascularisation coronaire. Ces myoblastes ont été isolés à partir d’une biopsie musculaire et multipliés ex vivo avant réinjection. Les 120 patients inclus dans cette étude ont été randomisés entre le groupe contrôle et deux groupes recevant des quantités différentes de myoblastes. Les résultats de cet essai ont été négatifs pour le critère d’évaluation principal : l’injection de myoblastes n’a pas permis d’améliorer la contraction ventriculaire gauche régionale ou globale. Cependant, cette étude a montré, dans le groupe traité, un ralentissement du processus de dilatation ventriculaire gauche dont la valeur pronostic est considérée comme étant bien établie.

Ces résultats hétérogènes conduisent à considérer prudemment les perspectives de la thérapie cellulaire en cardiologie et soulignent la nécessité d’études complémentaires. L’enthousiasme initial est tempéré par le caractère limité de l’amélioration observée dans les essais positifs (+ 2,5 à + 6 % de fraction d’éjection). Plusieurs aspects de la thérapie cellulaire restent à préciser afin d’optimiser son potentiel thérapeutique : déterminer la période optimale d’administration des cellules par rapport aux phénomènes inflammatoires générés par l’IDM, définir le profil des patients les plus à même de bénéficier de cette technique et identifier la population cellulaire ayant le potentiel de régénération le plus important (cellules progénitrices endothéliales ou mésenchymateuses).

Post-conditionnement ischémique : une nouvelle technique de reperfusion coronaire ?

La réouverture précoce par angioplastie et/ou thrombolyse de l’artère occluse lors d’un IDM permet de limiter l’étendue des lésions induites par l’ischémie myocardique. Cependant, la restauration soudaine du flux sanguin coronaire conduit par elle-même à des manifestations délétères spécifiques. Ces lésions de reperfusion résultent de la production de radicaux oxydants, de perturbations de l’homéostasie calcique intracellulaire et d’anomalies de l’endothélium coronaire. L’efficacité thérapeutique de plusieurs classes pharmacologiques administrées au moment de la reperfusion a été discutée, mais la complexité de ces stratégies n’a pas permis de les transposer en pratique clinique courante.

En 2003, l’équipe de Vinten-Johansen a montré expérimentalement chez l’animal que la réalisation d’épisodes brefs et répétées d’ischémie dans le territoire reperfusé, immédiatement après un IDM, permettait de réduire la taille de la nécrose de 25 à 50 % [17]. Ce concept a été baptisé post-conditionnement ischémique, en référence au pré-conditionnement, phénomène expérimental connu depuis plus de 20 ans. L’idée même d’une réduction de la taille d’un infarctus par la réalisation de nouvelles périodes d’ischémie brève peut paraître surprenante, mais son efficacité a été démontrée de manière constante dans un grand nombre d’études expérimentales. Le mécanisme responsable de cet effet protecteur reste mal compris. Des travaux très récents ont montré que plusieurs voies cardioprotectrices de transduction du signal sont spécifiquement activées par ces cycles d’ischémie/reperfusion (phosphatidylinositol 3-kinase, Akt et NO synthase endothéliale). Elles pourraient protéger le myocarde des conséquences délétères de la reperfusion brutale en bloquant l’ouverture du pore de transition de perméabilité mitochondriale.

La relevance clinique de ce concept a été validée récemment par une étude pilote réalisée par une équipe française chez 30 patients présentant un IDM récent. Comparé à la procédure de revascularisation standard, ces auteurs ont observé une réduction du pic plasmatique des enzymes myocardiques dans le groupe où une procédure de post-conditionnement a été réalisée, suggérant une réduction de la taille de l’IDM [18]. De nouveaux essais sont en cours et pourraient conduire à une modification du mode de prise en charge de ces patients à la phase aiguë d’un IDM.

Un meilleur contrôle des facteurs de risque cardiovasculaires

De nombreux essais cliniques ont montré que la prise en charge de l’hypertension artérielle entraînait une réduction significative de la fréquence des accidents vasculaires cérébraux. Cependant, l’efficacité de certaines classes pharmacologiques sur la prévention des accidents coronariens a été plus discutée. Les mécanismes conduisant à cet épuisement de l’effet de prévention primaire restent mal compris. Certains auteurs ont évoqué un possible déséquilibre entre la baisse des pressions de perfusion et la réduction de l’hypertrophie ventriculaire gauche. L’étude Ascot a permis de clore cette controverse en comparant l’efficacité de plusieurs associations médicamenteuses en prévention primaire chez 19 000 patients hypertendus [19]. L’association amlodipine ± périndopril s’est révélée plus efficace que l’association aténolol ± thiazidiques sur la mortalité globale et cardiovasculaire ainsi que sur la fréquence des accidents vasculaires cérébraux et des syndromes coronariens aigus. Notons que l’écart de pression artérielle mesurée entre les deux groupes était faible et n’explique qu’une petite part de leur différence d’efficacité clinique.

Le concept de syndrome métabolique, qui regroupe dans un même cadre l’obésité abdominale, l’hypertriglycéridémie, l’hypertension artérielle, l’intolérance au glucose et la baisse du cholestérol HDL, a été remis quelque peu en question. En effet, si la présence d’un syndrome métabolique s’accompagne d’une augmentation du risque cardiovasculaire, cet effet disparaît en analyse multivariée. La présence d’un syndrome métabolique ne semble donc pas potentialiser les risques induits par les différents éléments qui le composent et dont les effets s’additionnent. Indépendamment de cette polémique, les antagonistes des récepteurs CB1 des cannabinoïdes, une nouvelle classe pharmacologique dont le rimonabant est le chef de file, ont fait l’objet d’un développement intensif ces dernières années. Le programme RIO a évalué l’effet de cette molécule chez des patients présentant différents niveaux de risque cardiovasculaire [20]. L’homogénéité des résultats observés dans ces essais a été remarquable et ceux-ci ont montré de manière constante que le rimonabant entraîne, par rapport au placebo, une réduction de la masse pondérale, du périmètre abdominal, des triglycérides et de l’hémoglobine glycosylée ainsi qu’une augmentation du cholestérol HDL. Les effets métaboliques du rimonabant sont partiellement indépendants de ses effets sur le poids. Il faut néanmoins noter que l’interruption du traitement, au terme de l’essai, s’est accompagnée d’un retour de ces différents paramètres aux valeurs initiales. Par ailleurs, les effets indésirables à long terme de cette molécule restent mal connus, en particulier sur l’humeur et l’état thymique des patients. D’autres études seront nécessaires pour étudier l’effet du rimonabant sur la progression de la plaque athéromateuse et sur la fréquence des épisodes cardiovasculaires.

Dans le domaine de la prévention et du métabolisme, les PPAR (peroxisome proliferator activated receptors) constituent une nouvelle cible pharmacologique potentiellement intéressante pour la prévention des pathologies cardiovasculaires. Ce sont des récepteurs nucléaires qui modulent la transcription de différents gènes impliqués dans le métabolisme lipidique et glucidique. Ils sont classés en trois groupes. Les PPAR-α sont impliqués dans le métabolisme des triglycérides. Les PPAR-γ, présents dans le tissu adipeux, ont un effet essentiellement sur le cholestérol HDL et sur l’insulinorésistance. Ils ont pour ligands les glitazones, membres d’une nouvelle classe d’antidiabétiques. Enfin, les PPAR-δ combinent les propriétés des deux précédents groupes. Plusieurs agonistes de ces récepteurs sont en cours de développement dans ces différentes indications.

Insuffisance cardiaque chronique

Une stratégie thérapeutique clarifiée

La Société européenne de cardiologie a récemment publié de nouvelles recommandations précisant les indications des différentes molécules composant le traitement de l’insuffisance cardiaque chronique (figure 1) [21]. Celui-ci repose actuellement sur une bithérapie constituée d’un inhibiteur de l’enzyme de conversion (IEC) qui reste le traitement de première intention dans cette indication, associée, dans un second temps, à un bêtabloquant (bisoprolol, carvédilol, succinate de métoprolol). L’effet bénéfique additif de ces deux classes pharmacologiques a été largement établi.

Certains antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (ARAII) ont démontré une efficacité équivalente (mais pas supérieure) à celle des IEC [22]. Leur prescription en première intention reste toutefois envisagée en cas d’intolérance aux IEC. L’association d’IEC et des ARA II a été étudiée au cours des études Charm-added et Val-HeFT qui ont démontré un effet synergique. Leur utilisation conjointe peut aujourd’hui se discuter chez les patients restant symptomatiques sous bithérapie IEC/bêtabloquant [23, 24].

Les anti-aldostérones sont indiqués en troisième intention, chez des patients présentant une insuffisance cardiaque sévère. Aux doses utilisées, leur action est probablement largement indépendante de leur effet diurétique et serait liée à l’inhibition des effets délétères de l’aldostérone (fibrose myocardique, stimulation sympathique). Leur prescription implique une surveillance biologique renforcée. La publication de l’étude Rales [25], essai princeps ayant montré l’effet bénéfique de faibles doses de spironolactone chez ces patients, s’est accompagnée d’une augmentation de la mortalité par hyperkalièmie. Le choix de la classe pharmacologique (inhibiteurs de l’aldostérone ou antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II) devant être associée à la bithérapie IEC/bêtabloquants n’a pas été évalué scientifiquement et relève du choix du prescripteur en fonction du contexte clinique.

Les glycosides cardiotoniques ont été la base du traitement de l’insuffisance cardiaque chronique pendant des décennies. Leurs indications actuelles se limitent aux patients présentant une arythmie complète par fibrillation auriculaire [26]. Enfin, si les diurétiques de l’anse restent indispensables dans le traitement symptomatique de la surcharge hydrosodée, leur effet sur la survie des patients en dehors des épisodes de décompensation n’a jamais été démontré.

Bêtabloquants : vers un élargissement des indications

Près de 10 ans après l’attribution d’une autorisation de mise sur le marché aux bêtabloquants dans le traitement de l’insuffisance cardiaque chronique, plusieurs registres ont montré que leur prescription reste limitée (37 % des patients contre 87 % et 62 % pour les diurétiques et les IEC respectivement). Par ailleurs, les posologies utilisées sont fréquemment inférieures à celles des recommandations [27]. L’âge avancé de ces patients est fréquemment mis en avant pour expliquer cette non-prescription, puisque la littérature scientifique n’apportait pas, jusque récemment, de preuves spécifiques démontrant l’intérêt de cette classe pharmacologique chez les patients les plus âgés. L’étude Seniors a été menée spécifiquement pour répondre à cette question. Elle a confirmé l’intérêt des bêtabloquants dans cette classe d’âge, en montrant que le nébivolol (un bêtabloquant possédant des propriétés vasodilatatrices) réduit la mortalité de 12 % dans une population de patients insuffisants cardiaques âgés de plus de 70 ans recevant par ailleurs une prise en charge thérapeutique classique [28].

Les recommandations internationales précisent que la prise en charge de l’insuffisance cardiaque chronique doit débuter par un traitement par un IEC suivi dans un second temps par un bêtabloquant. Cette hiérarchisation s’explique par le fait que l’ensemble des autres molécules, y compris les bêtabloquants, a été évalué lors de leur développement sur la base d’un traitement de fond comportant systématiquement des IEC. Néanmoins, plusieurs arguments théoriques militent en faveur d’une introduction plus précoce des bêtabloquants. Lors des stades initiaux de la maladie, l’activation délétère du système sympathique est antérieure à celle du système rénine-angiotensine-aldostérone. De plus, une couverture plus précoce par un bêtabloquant permettrait de prévenir les troubles du rythme auxquels ces patients sont exposés dès les stades initiaux de la maladie. L’étude Cibis III a comparé ces deux stratégies thérapeutiques [29] : dans un premier groupe, le traitement a été initié par un bêtabloquant dont la posologie a été majorée progressivement, puis un IEC a été associé après 6 mois de traitement. Dans le second groupe, la stratégie inverse a été utilisée. Au terme de l’étude, la fréquence de survenue du critère combiné mortalité/réhospitalisation n’a pas été significativement différente entre les groupes. Une analyse rétrospective de ces données a même suggéré l’existence d’une réduction de la fréquence des morts subites à un an dans le groupe où les bêtabloquants ont été introduits en premier. Bien que le schéma de cette étude et en particulier le délai de 6 mois entre l’introduction des deux classes ait été critiqué, cet essai permet de conforter l’attitude des prescripteurs dans les situations cliniques où l’instauration des bêtabloquants paraît devoir être privilégiée par rapport aux IEC.

Une des principales interrogations des cliniciens concernant les bêtabloquants porte sur la conduite à tenir pendant et au décours immédiat d’un épisode de décompensation cardiaque aiguë. L’étude Impact-HF, réalisée chez 363 patients hospitalisés pour une insuffisance cardiaque aiguë, a montré que la tolérance du traitement bêtabloquant, instauré durant l’hospitalisation, était équivalente à celle d’une introduction plus à distance et permettait d’améliorer le pourcentage de patients bénéficiant de ce traitement [30]. Dans le même domaine, l’étude Comet a analysé de manière rétrospective l’effet de la poursuite du traitement par bêtabloquant chez des patients présentant une décompensation cardiaque aiguë [31]. L’évolution a été plus favorable chez les patients où le traitement a été poursuivi (réhospitalisation ou décès), y compris après ajustement sur les différents facteurs de gravité de la maladie ayant pu influencer l’évolution des patients. Bien que les résultats de cette étude doivent être interprétés avec précaution en raison de son caractère rétrospectif et non randomisé, ces résultats suggèrent qu’il serait possible de ne pas interrompre les bêtabloquants lors de décompensations cardiaques aiguës ne nécessitant pas de recours aux inotropes positifs. Un essai prospectif et randomisé est actuellement en cours en France pour apporter une réponse à cette question.

Un traitement personnalisé de l’insuffisance cardiaque chronique ?

Les recommandations encadrant la prise en charge de l’insuffisance cardiaque chronique sont standardisées. Le traitement préconisé dans cette indication dépend essentiellement du degré de dysfonction ventriculaire gauche et de la réponse des patients aux thérapeutiques prescrites. Cependant, plusieurs publications récentes ont suggéré que les prescripteurs pourraient être amenés dans le futur à adapter leurs prescriptions en tenant compte des caractéristiques individuelles de leurs patients. Des différences existent au sein des mécanismes fondamentaux impliqués dans le développement de l’insuffisance cardiaque chronique en fonction de l’origine ethnique des patients. Les Afro-Américains présenteraient des anomalies spécifiques du métabolisme du monoxyde d’azote ainsi qu’une activation moindre du système rénine-angiotensine [32].

Ce concept de spécificité ethnique a conduit à réanalyser les résultats des principaux essais cliniques ayant démontré l’efficacité des différentes classes pharmacologiques indiquées dans le traitement de l’insuffisance cardiaque chronique. Cette analyse rétrospective a été particulièrement probante pour l’étude Ve-HeFT qui avait montré, il y a plus de 20 ans, l’effet bénéfique de l’association de deux vasodilatateurs (isosorbide dinitrate/hydralazine) dans cette indication : l’effet de l’association isosorbide dinitrate/hydralazine serait limité aux patients afro-américains alors que les Caucasiens n’en tireraient aucun bénéfice [33]. L’efficacité de cette association chez les patients afro-américains a été confirmée récemment par l’étude A-HeFT. Cet essai prospectif, mené spécifiquement dans cette population, a été interrompu prématurément en raison d’une réduction de 43 % de la mortalité dans le groupe traité [34]. Ces résultats ont conduit à la commercialisation aux États-Unis d’une combinaison fixe isosorbide dinitrate/hydralazine avec une indication strictement limitée aux patients afro-américains. Il convient de relativiser cette position en rappelant que l’inefficacité de cette association chez les patients caucasiens n’a été démontrée que dans une analyse rétrospective en sous-groupes.

L’identification des mécanismes fondamentaux responsables de cette spécificité ethnique présente un intérêt clinique évident. Plusieurs études ont mis en évidence une relation entre l’efficacité de l’association isosorbide dinitrate/hydralazine et le génotype pour deux polymorphismes génétiques localisés au sein du gène de la NO synthase 3 (NOS3) et du gène GBN3, molécule impliquée dans la voie de signalisation adrénergique [35]. Comme attendu, l’allèle répondeur pour ces deux gènes était plus fréquent dans la population afro-américaine.

L’efficacité d’autres classes pharmacologiques utilisées classiquement dans le traitement de l’insuffisance cardiaque chronique pourrait également être dépendante du terrain génétique. Un polymorphisme localisé au niveau de la portion proximale de l’extrémité intracytoplasmique du récepteur bêta1-adrénergique influence le couplage récepteur/protéine G et pourrait moduler la réponse de ces patients au traitement par bêtabloquant [36]. De même, le polymorphisme insertion/délétion de l’enzyme de conversion de l’angiotensine modifierait la réponse aux IEC et nécessiterait une adaptation de la posologie en fonction du génotype [37].

Ces travaux représentent un pas supplémentaire dans le développement de la pharmacogénétique cardiovasculaire. De nouveaux essais, méthodologiquement irréprochables, seront nécessaires afin d’identifier les polymorphismes les plus pertinents. À terme, le concept de spécificité ethnique, qui ne permet d’approcher que de manière très approximative les variations génétiques existantes entre les individus, pourrait être remplacé par une analyse directe des génotypes de chaque patient.

Nésiritide : des inquiétudes croissantes

Le nésiritide est une forme recombinante de BNP (brain natriuretic peptide), de structure identique à celle de l’hormone endogène. Il possède plusieurs propriétés potentiellement bénéfiques lors de l’insuffisance cardiaque aiguë : effet natriurétique, vasodilatation veineuse et artérielle. L’étude VMAC, menée chez 498 patients présentant une décompensation cardiaque aiguë sans signe d’hypoperfusion tissulaire, a montré que ce traitement permet, par rapport au placebo, d’améliorer la symptomatologie des patients, de réduire la pression capillaire pulmonaire et d’augmenter le débit cardiaque [38]. Sur la base de ces résultats, le nésiritide a été commercialisé dès 2001 aux États-Unis. La mortalité et le taux de réhospitalisation n’avaient toutefois pas été significativement modifiés dans cette étude.

L’année 2005 a été marquée par une controverse importante et passionnée concernant la tolérance de cette molécule. Deux méta-analyses ont rapporté que le traitement par nésiritide pourrait être associé à un risque de dégradation de la fonction rénale et à une surmortalité. Des doses élevées de nésiritide pourraient augmenter le risque d’insuffisance rénale aiguë, en raison de l’effet hypotenseur de la molécule et d’une baisse de la perfusion glomérulaire [39, 40]. Ces études ont été âprement commentées et elles sont en effet critiquables sur plusieurs points. Comme pour toutes méta-analyses, il n’est pas possible d’ajuster les données aux autres paramètres qui différent entre les groupes. De plus, l’évolution de la fonction rénale a été évaluée de manière binaire (aggravation ou absence d’aggravation) et sans tenir compte des valeurs absolues. Enfin, une augmentation de la créatininémie sous traitement ne s’accompagne pas nécessairement d’un pronostic péjoratif comme les essais cliniques avec les IEC nous l’ont appris. Quelques essais de taille limitée ont été publiés depuis la réalisation de ces méta-analyses mais leurs résultats contradictoires ne permettent pas de lever les inquiétudes sur la sécurité d’emploi de cette molécule [41]. La réalisation d’un essai clinique de grande échelle (7 000 patients) vient d’être annoncée et ses résultats devront être analysés en détail avant que l’attribution d’une AMM à cette molécule ne soit discutée en Europe.

Levosimendan : le nouveau traitement de l’insuffisance cardiaque aiguë ?

Le levosimendan est un nouvel agent inotrope positif dont le mode d’action est lié à la sensibilisation de la troponine C au calcium sans augmentation de la concentration cytosolique calcique. Elle n’aurait donc, en théorie, pas d’effet pro-arythmogène, contrairement aux agonistes bêta-adrénergiques. Par ailleurs, le levosimendan induit une vasodilatation par ouverture du canal potassique ATP dépendant des cellules musculaires lisses vasculaires.

L’étude Revive II a évalué l’effet du levosimendan chez 600 patients hospitalisés pour décompensation ventriculaire gauche et nécessitant le recours à un traitement par diurétique par voie parentérale [42]. Le critère d’évaluation principal dans cet essai était un critère combiné (autoévaluation des symptômes, mortalité ou nécessité d’un traitement parentérale à 5 jours). L’évolution clinique des patients, évaluée sur ce critère composite ou sur la variation du taux de BNP, a été plus favorable dans le groupe traité que pour le placebo. De plus, le levosimendan a permis de réduire la durée d’hospitalisation (7,0 contre 8,9 jours). Une méta-analyse des différentes études réalisées avec cette molécule dans ce contexte clinique montre une tendance (non significative) en faveur d’une réduction de la mortalité.

D’autres essais ont comparé l’effet du levosimendan à celui de la dobutamine chez des patients plus sévères, hospitalisés pour décompensation cardiaque aiguë et nécessitant un traitement inotrope positif. L’étude Lido a montré que le levosimendan induit une réduction de la pression pulmonaire capillaire et une augmentation du débit cardiaque supérieure à celle de la dobutamine. Dans une population comparable, l’étude Survive (1 327 patients) a montré une baisse plus importante du BNP dans le groupe levosimendan, mais la mortalité à 6 mois, objectif principal de l’étude, n’a pas été significativement améliorée (26 % contre 28 % pour le levosimendan et la dobutamine respectivement) [42].

Les résultats de ces essais illustrent les difficultés auxquelles sont confrontés les investigateurs pour sélectionner des critères cliniques pertinents lors de l’évaluation de l’efficacité des nouveaux traitements de l’insuffisance cardiaque aiguë et plus encore du choc cardiogénique. Bien que l’effet du levosimendan sur la survie de ces patients n’ait pas été formellement établi, sa supériorité par rapport au traitement usuel de l’insuffisance cardiaque aiguë paraît être démontrée sur plusieurs critères fonctionnels et hémodynamiques. Néanmoins, le risque arythmogène induit par cette molécule, inattendu mais suggéré par certaines de ces études, reste à préciser. Il convient de mettre ces résultats en perspective avec ceux obtenus par la dobutamine, largement utilisée depuis des années, et pour laquelle les preuves en faveur d’une efficacité sur le pronostic des patients sont très ténues. Le levosimendan a été intégré dans les recommandations de la Société européenne de cardiologie pour le traitement de l’insuffisance cardiaque aiguë.

Rythmologie innovante

Un tiers des patients insuffisants cardiaques chroniques présente une anomalie de la conduction électrique intraventriculaire, responsable d’une contraction intra et interventriculaire asynchrone qui aggrave la dysfonction contractile sous-jacente. Cette désynchronisation mécanique majore la symptomatologie des patients et constitue un facteur pronostique indépendant de mortalité. Elle n’est pas améliorée par les thérapeutiques conventionnelles.

Appliquée pour la première fois en 1994, la stimulation biventriculaire permet de resynchroniser les ventricules droit et gauche grâce à deux sondes positionnées respectivement à l’apex du ventricule droit et dans le sinus coronaire. L’utilisation de cette technique chez les patients insuffisants cardiaques sévères s’est progressivement développée sur la base d’essais cliniques (Patch-CHF, Mustic, Miracle) ayant mis en évidence son effet bénéfique sur plusieurs critères d’évaluation fonctionnelle [43, 44]. Néanmoins, des interrogations persistaient quant à sa place dans l’arsenal thérapeutique, puisque ces études n’avaient pas montré d’effet de la resynchronisation sur la survie des patients, probablement en raison d’effectifs réduits.

Deux études de grande échelle ont permis de répondre à ces questions. L’étude Companion a rapporté une réduction d’un critère combiné, regroupant mortalité et hospitalisation, chez les patients « resynchronisés » [45]. Plus récemment, les résultats à long terme de l’étude Care-HF ont permis de valider définitivement le concept de resynchronisation ventriculaire lors de l’insuffisance cardiaque sévère [46]. Cette étude, menée chez 813 patients suivis plus de trois ans, a montré une réduction de la mortalité de 35 % dans le groupe appareillé, associée à une amélioration de la fonction ventriculaire gauche. Il faut néanmoins remarquer que les patients inclus dans cette étude ont été sélectionnés de manière rigoureuse, sur la base de critères prédictifs identifiés lors d’essais antérieurs : patients insuffisants cardiaques sévères, symptomatiques malgré un traitement médicamenteux optimal et présentant un asynchronisme interventriculaire identifié sur des critères quantitatifs électrocardiographiques ou échocardiographiques prédéfinis. Les conclusions de l’étude Care-HF ne peuvent pas être extrapolées aux stades plus précoces de la maladie et la réalisation d’études spécifiques reste nécessaire.

Parmi les autres molécules en développement…

Les antagonistes des récepteurs V2 de la vasopressine inhibent la réabsorption hydrique au niveau rénal et exercent un effet « aquarétique » [47]. L’étude Activ in CHF a évalué chez 319 patients présentant une décompensation cardiaque aiguë l’effet du tolvaptan, un antagoniste sélectif des récepteurs V2. Bien que la diurèse de ces patients ait été augmentée dans le groupe traité, cette étude n’a pas retrouvé de bénéfice sur d’autres critères cliniquement plus pertinents (fréquence des aggravations ou des réhospitalisations). Plus récemment, les études Salt 1 et 2 ont montré que le tolvaptan améliorerait la natrémie dans un contexte d’hyponatrémie secondaire à une insuffisance cardiaque ou à une autre cause. Une étude de grande échelle (Everest), actuellement en cours, devrait permettre de préciser le potentiel de cette nouvelle classe pharmacologique sur la morbi-mortalité des patients insuffisants cardiaques.

Après l’échec du développement des anti-TNF alpha dans le domaine de l’insuffisance cardiaque, une stratégie de modulation plus globale de l’immunité a été récemment évaluée (Acclaim) [48]. Cette dernière est basée sur l’injection de cellules sanguines autologues ayant été soumises à un stress oxydant ex vivo, et dont la réadministration pourrait déclencher une réponse immunitaire bénéfique. Pris dans leur ensemble, les résultats de cette étude ont été négatifs. Néanmoins, des analyses en sous-groupes ont suggéré que certains patients pourraient bénéficier de ce traitement, ce qui génère des hypothèses pour des études ultérieures.

Conclusion

Même si l’on note une baisse du nombre des nouvelles classes thérapeutiques développées par l’industrie, la recherche clinique reste particulièrement dynamique dans le domaine cardiovasculaire. En dépit d’une controverse intense, les cardiologues interventionnels placent de grands espoirs dans les stents actifs en raison de leur efficacité sur la réduction de la fréquence des resténoses. Ce débat devrait favoriser le mouvement existant actuellement en faveur d’une antiagrégation plaquettaire toujours plus intense. Les risques en rapport avec cette stratégie devront néanmoins être appréciés dans la pratique médicale courante, souvent éloignée du contexte des grands essais cliniques. Les essais de thérapie cellulaire ont occupé une place de choix lors des différents congrès de cardiologie récents. Les résultats hétérogènes publiés à ce jour conduisent à considérer avec prudence ses perspectives et soulignent la nécessité de poursuivre les efforts des chercheurs.

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