ARTICLE
Orientation étiologique
Les caractéristiques du patient et le type de douleur doivent
permettre d'orienter l'étiologie [6, 7]. Pour s'aider, le médecin
doit focaliser son examen clinique sur : la fréquence cardiaque,
la prise de pression artérielle au bras droit et au bras gauche,
la fréquence respiratoire et un examen physique cardio-pulmonaire
minutieux (recherche d'un souffle cardiaque, d'un frottement péricardique
ou pleural, d'un tympanisme, d'une matité). Nous insistons sur
le fait qu'habituellement un interrogatoire policier et l'examen physique
approfondis permettent d'orienter fortement le diagnostic. Ce n'est pas
le rôle de cet article de décrire la sémiologie de
toutes les douleurs thoraciques en fonction de leurs causes. Mais il paraît
nécessaire de rappeler certaines caractéristiques et quelques
pièges.
Devant une douleur thoracique, son origine coronarienne doit être
suspectée chez tout patient de plus de 40 ans, surtout s'il est
porteur de facteurs de risque cardio-vasculaire. Cette douleur est souvent
décrite comme une sensation de gène ou de pesanteur intense,
ou d'étau en barre avec une localisation rétrosternale et
des irradiations surtout au membre supérieur gauche. Cependant,
cette douleur anxiogène et trompeuse peut être uniquement
localisée à la mâchoire, épigastrique chez
la personne âgée ou même absente chez le diabétique.
Elle s'accompagne dans 50 % des cas de nausées ou de vomissements
notamment en cas d'infarctus du myocarde de localisation inférieure.
L'apparition de cette douleur de quelques minutes à la marche et/ou
à l'effort et cédant au repos oriente vers un angor d'effort.
En revanche, une durée supérieure à 30 min et l'absence
d'amélioration malgré la trinitrine évoque un infarctus
du myocarde (IDM) en cours de constitution. L'examen physique est souvent
normal et s'attache à retrouver d'autres localisations d'athérosclérose
(environ 30 %). Il permet également de détecter des complications
(dème pulmonaire, troubles du rythme).
Les douleurs d'origine pleurale augmentent à l'inspiration profonde
et sont souvent associées à une dyspnée. Lors d'un
pneumothorax la douleur est vive et est accompagnée d'une dyspnée.
Chez un jeune homme fumeur, l'auscultation (tympanisme unilatéral)
permet d'évoquer facilement le diagnostic. Cependant, en cas d'emphysème
pulmonaire, le tympanisme avec diminution du murmure vésiculaire
est souvent bilatéral et n'a plus aucune valeur. La radiographie
thoracique peut être en défaut (hyperclarté en cas
d'emphysème) et ce n'est parfois que la tomodensitométrie
thoracique en coupes fines qui permet le diagnostic. Rappelons qu'il est
inutile et dangereux, de demander une radiographie en expiration forcée
pour une suspicion de pneumothorax. En cas de pleurésie ou de pleuropneumonie
infectieuse, l'examen clinique (diminution du murmure vésiculaire
et des vibrations vocales, matité) la coexistence d'une fièvre
et la radiographie pulmonaire permettent facilement le diagnostic.
En faveur d'une péricardite bénigne, on note un syndrome
viral quelques jours auparavant. La douleur revêt un caractère
de brûlure, parfois pseudo-angineuse s'accentuant à l'inspiration
profonde et en cas de mouvements, s'atténuant lorsque le sujet
se penche en avant. Le frottement péricardique est inconstant et
fugace. Cette douleur est prolongée, résistante aux dérivés
nitrés. Il s'y associe parfois une polypnée superficielle
antalgique. En cas de tamponnade, les signes cliniques évocateurs
sont une tachypnée (>= 80 %), la présence d'un pouls
paradoxal (77-98 %), la tachycardie >= 100/min (77 %). Actuellement,
les cancers occupent la première
cause de tamponnade [8].
En cas de dissection aortique aiguë, la notion d'hypertension préexistante
est présente dans environ 90 % des cas. La douleur est souvent
décrite comme un déchirement intense. Elle naît dans
la région rétrosternale puis irradie de façon caractéristique
dans le dos et les lombes. Dans ce contexte, la constatation d'un souffle
d'insuffisance aortique (16-67 %), d'une asymétrie d'un pouls ou
d'une asymétrie tensionnelle (40 %), surtout en cas de dissection
proximale, chez un patient hypertendu est évocateur. En fait, la
présentation est souvent atypique, et il faut savoir y penser devant
un état de choc inexpliqué, un déficit neurologique,
une douleur épigastrique associée (tableau
1) [9].
Le tableau 2 montre que les signes cliniques d'embolie pulmonaire (EP)
sont peu spécifiques (tableau
2) [10, 11]. La douleur est un signe quasi constant lors d'un
infarctus pulmonaire. Typiquement, la douleur est basi ou latéro-thoracique
et exacerbée par la respiration. Il existe une dyspnée associée
dans plus des deux tiers des cas. L'examen physique recherche des signes
de phlébite (moins de 50 % des cas) et une tachycardie. Les facteurs
favorisants sont présents dans 80 % des cas (chirurgie orthopédique
récente, néoplasie du petit bassin, antécédent
personnel ou familial de maladie thrombo-embolique, hémiplégie,
voyage prolongé en avion) [12, 13]. Une turgescence jugulaire est
retrouvée dans 80 % des cas dans l'EP massive. La syncope ou son
équivalent, la lipothymie, sont présentes dans 13 % des
EP graves [10].
De nombreuses autres étiologies cardiaques ou extracardiaques
existent (tableau 3).
Quelques pièges doivent être connus [14] : le spasme sophagien
trinitro-sensible, la myocardite virale qui mime un IDM évolutif
[15], la douleur de l'hypertension artérielle pulmonaire primitive
méconnue semblable à un angor, l'algie d'un zona débutant
alors qu'il n'existe pas encore de vésicules organisées
en dermatome. Enfin, certaines pathologies sous diaphragmatiques comme
l'ulcère gastroduodénal ou la pancréatite aiguë
peuvent se présenter sous la forme d'une douleur thoracique et
même dans certains cas peuvent s'accompagner de manifestations électriques
trompeuses.
Le syndrome de Tietze est plus facile à reconnaître car
la palpation chondrocostale ou chondrosternale est électivement
douloureuse. De même, le syndrome de Da Costa survient chez la femme
jeune. La douleur est électivement sous mamelonnaire pendant plusieurs
heures ou par à-coup de 1 à 2 secondes. Cette douleur s'inscrit
dans un cortège de signes fonctionnels associés : palpitations,
angoisse, paresthésies des extrémités, hyperventilation.
L'asthénie neurocirculatoire (ou douleur thoracique fonctionnelle)
réagit facilement au repos, aux anxiolytiques ou à un placebo
[6, 7].
Quels examens demander pour quel patient ?
Dans la majorité des cas l'anamnèse et l'examen clinique
permettent donc d'évoquer un diagnostic. Néanmoins, deux
examens nous semblent indispensables : l'ECG 12 dérivations et
la radiographie thoracique (RT) de face. Dans certains cas, ils permettent
à eux seuls de confirmer le diagnostic. Ainsi, dans l'infarctus
du myocarde en cours de constitution qui bénéficierait d'une
revascularisation urgente, l'ECG permet à lui seul le diagnostic
dans plus de 90 % des cas (figure
1). De même, il peut s'agir d'un épanchement pleural
liquidien ou aérique découvert à la RT qui nécessiterait
une ponction exploratrice ou un drainage (figure
2).
Dans la majorité des autres cas, ces deux examens peuvent orienter
vers une pathologie qui nécessiterait un traitement spécifique
et parfois urgent : sous décalage du segment ST systématisé
de l'angor instable/infarctus sans onde Q, présence d'un S1Q3
à l'ECG associé à un état de choc et une polypnée
évoquant une embolie pulmonaire grave, ou encore microvoltage rare
mais relativement spécifique d'une péricardite [8]. Ces
deux examens principaux sont bien sûr insuffisants pour affirmer
seuls ces diagnostics. Nous allons donc aborder successivement la démarche
diagnostique dans certaines situations potentiellement graves.
Conduite à tenir devant
une douleur coronarienne
Depuis cinq années, la littérature médicale s'enrichit
de travaux étudiant la conduite à tenir devant un syndrome
coronarien aigu chez un patient ayant des facteurs de risque cardiovasculaires.
Ces études sont issues des grandes cohortes anglo-saxonnes de patients,
validant les nouvelles thérapeutiques de l'infarctus du myocarde
ou de l'angor instable, notamment The global use of strategies to open
occluded coronary arteries (GUSTO) et The thrombolysis in myocardial
infarction (TIMI). C'est l'apparition de nouveaux marqueurs cardiaques
: la myoglobine et la troponine qui a permis ces travaux. La myoglobine
est une chromoprotéine contenue dans les cellules musculaires striées
ou myocardiques. Sa spécificité est donc médiocre
au mieux 50 %. Cependant, en cas de nécrose myocardique la myoglobine
est rapidement relarguée et son taux sérique s'élève
en moins de 2 heures. Sa sensibilité est meilleure que les CPK-MB
ou que la troponine [5, 16]. La mesure combinée de la myoglobine
et de la troponine I améliore la valeur prédictive positive
et la valeur prédictive négative d'infarctus par rapport
à la troponine I seule. Le complexe troponine est une des protéines
régulatrices associées aux filaments fins d'actine de la
myofibrille. Le taux sérique chez un sujet sain est proche de zéro.
Les troponines sont spécifiques du dommage myocardique [17, 18].
Mais des augmentations de la troponine en dehors de l'infarctus ont été
notées [19, 20]. Schématiquement les deux isoformes utilisées
en pratique sont sensiblement équivalentes en termes de cinétique
et de facteur pronostique [4, 17, 18]. Après le début de
la nécrose myocardique, la cinétique des isoformes T et
I est identique c'est-à-dire une élévation après
2 à 6 heures. En cas d'angor instable l'élévation
de la troponine, quelle qu'elle soit, est un facteur de mortalité.
Ainsi, dans une étude tirée du registre GUSTO-IIa, la mortalité
à trente jours passe de 3,9 à 11,8 % respectivement sans
et avec une troponine T à l'admission >= 0,1 ng/ml [21]. Ce
facteur pronostique de la troponine est indépendant des modifications
électriques. Plusieurs travaux récents ont permis de mieux
situer la place du dosage de la troponine T ou I dans l'arbre décisionnel
en cas de douleur thoracique [1-25]. Il s'agit de patients qui se présentent
pour douleur angineuse avec ou sans facteurs de risque cardiovasculaires.
Les critères de jugement sont la mortalité et d'autres événements
cliniques graves définis par l'infarctus, l'état de choc
cardiogénique, l'insuffisance cardiaque et la nécessité
de revascularisation urgente par angioplastie ou chirurgie en général
dans les 30 jours. Dans l'étude GUSTO-IIa [22], 675 patients ont
bénéficié d'un prélèvement de troponine
T à l'arrivée du patient aux urgences (H0), à
8 heures (H8) et à 16 heures d'évolution (H16).
Seulement 8/675 patients (soit 1,18 %) ont augmenté leur troponine
T à H16 alors qu'elle était négative à H0
et H8. La mortalité des patients avec une troponine
T ¾ 0,1 ng/ml sur les trois prélèvements était
de 0 %. Les auteurs concluent qu'une stratégie basée sur
un dosage de troponine T à H0 et H8 permet
d'identifier sans difficulté les patients qui sont à très
haut risque d'événements graves. L'étude de Hamm
et al. [4] de 1996 est intéressante pour plusieurs raisons.
Il s'agit de 773 patients consécutifs non sélectionnés
qui se présentent aux urgences pour une douleur précordiale
antérieure d'une durée d'environ 5 ± 3 heures. Les
patients n'avaient pas d'élévation du segment ST. Ce travail
étudie les 2 isoformes de la troponine à deux prélèvements
successifs H0 et H4-6. Respectivement, 94 et 100
% des patients avec un diagnostic final d'infarctus avaient une troponine
T et I à H4-6 augmentées. Seulement 1,1 et 0,3
% des patients avec respectivement une troponine T et I inférieure
à la normale aux deux prélèvements présentaient
pendant les 30 jours de suivi un infarctus ou étaient décédés.
Cette démarche permet de prendre rapidement une décision
d'orientation en cas de douleur thoracique en fonction de deux dosages
successifs de troponine à 6 heures d'intervalle. Ce travail confirme
aussi que ces deux isoformes ont sensiblement la même pertinence
clinique. Récemment, une série [5] a étudié
208 patients admis aux urgences pour douleur thoracique sans élévation
du segment ST. Parmi les marqueurs étudiés, la Troponine
T et le dosage des CPK-MB sont les meilleurs facteurs pronostics de survenue
d'événements graves. Quand ces deux marqueurs sériques
sont associés, et qu'ils restent négatifs à H0,
H4 et H8, 99 % des malades ne présentent
pas d'événements cliniques graves pendant l'hospitalisation.
Ce travail montre également qu'il n'est pas nécessaire de
pratiquer d'autres dosages après H8 ou d'y associer
d'autres marqueurs cardiaques sanguins. L'intérêt de surveiller
en continu le segment ST avec 12 dérivations est en cours d'exploration.
Une étude montre que la présence d'anomalies transitoires
du segment ST observées lors de ce monitorage de 24 heures est
un facteur pronostic de décès par cardiopathies ou infarctus
à 6 mois [26].
Que
faut-il retenir de ces études ?
En présence d'un syndrome coronarien aigu et en l'absence d'élévation
du segment ST typique d'une onde de Pardee ou d'un bloc de branche gauche
complet (qui signent un infarctus en cours de constitution), le clinicien
doit pratiquer à H0 un dosage de myoglobine et de troponine
et à H6-8 un dosage de troponine (I ou T). Si ces deux
dosages sont et restent négatifs, le patient peut alors sortir
sans autre traitement. La probabilité est alors extrêmement
faible d'événements cliniques sévères.
En attendant le développement d'unités spécifiques
de prise en charge des douleurs thoraciques (chest pain units)
dans lesquelles un monitorage du segment ST pourrait être réalisé,
nous pouvons ajouter qu'il est raisonnable de refaire un ECG à
H6 et/ou à H8 avant la sortie du patient.
En cas de sortie rapide, la réalisation d'un test d'effort pourrait
être utile [27]. Une première étude montre que ces
unités de surveillance des douleurs thoraciques ont un rapport
coût-bénéfice intéressant sans risque pour
le patient [24]. Le traitement actuel de l'angor instable repose sur les
anti-agrégants plaquettaires, les anti-angineux et les héparines
de bas poids moléculaires [28].
La démarche diagnostique devant une douleur thoracique évocatrice
d'angor est résumée dans la figure
3.
En cas de suspicion d'embolie pulmonaire
L'EP est fréquente ; environ 100 000 cas en France par an. L'angiographie
pulmonaire, reste l'examen de référence. Les signes respiratoires
sont peu spécifiques et seulement un tiers des patients suspects
ont réellement une EP [10]. Classiquement, les gaz du sang artériel
retrouve une hypoxémie et une hypocapnie. Mais, l'absence d'hypoxémie
est retrouvée chez 12 à 26 % des patients. Dans une étude
récente, une PaO2 >= 80 mmHg associée à
une fréquence respiratoire ¾ 20/min permet d'exclure le diagnostic
d'EP à 98 %. Cette étude discutable a cependant le mérite
de montrer l'importance de la suspicion clinique d'EP [29]. De nombreux
progrès ont été réalisés ces dernières
années dans le diagnostic non invasif de l'EP soit par l'introduction
d'examens moins agressifs que l'angiographie pulmonaire soit par l'appréciation
de la probabilité clinique a priori [29-31]. Les D-dimères
sont des produits de dégradation de la fibrine. Leur élévation
témoigne d'une activation des cascades de la coagulation et de
la fibrinolyse. La spécificité des D-dimères pour
la maladie thromboembolique veineuse est faible (20 à 50 %) puisqu'ils
s'élèvent lors des cancers, de l'inflammation, des nécroses
tissulaires. Ils ne peuvent donc être utilisés pour le diagnostic
positif d'EP. En revanche, la sensibilité des D-dimères
dosés par un test Elisa est élevée : 95 à
99 %. Un taux de D-dimères inférieur à 500 m g/l
permet donc d'exclure ce diagnostic [10, 30]. La scintigraphie pulmonaire
ventilation/perfusion doit être réalisée dans les
24 heures suivant la suspicion clinique. Une scintigraphie de perfusion
quasi normale élimine le diagnostic d'EP selon l'étude référente
PIOPED [11]. Cependant la proportion de scintigraphies non diagnostiques
est de 70 % environ. La confrontation de la symptomatologie clinique à
la scintigraphie améliore la valeur informative de la scintigraphie.
En effet, en cas de forte probabilité clinique d'EP et d'une scintigraphie
pulmonaire de perfusion évocatrice d'EP (lue de façon différente
de PIOPED) la valeur prédictive positive d'EP est de 92 % [31].
Hyers donne à titre indicatif dans une revue récente ce
qu'est la probabilité clinique élevée d'EP. Il s'agit
de l'association de la présence de facteur(s) de risque thromboembolique,
d'une dyspnée inexpliquée, d'une tachypnée ou d'une
douleur thoracique de type pleurale [12]. L'interrogatoire et l'examen
clinique paraissent donc essentiels. Maintenant, l'angioscanographie spiralée
ou hélicoïdale offre un moyen diagnostic performant et peu
invasif. La sensibilité est identique à l'angiographie pulmonaire
jusqu'aux artères pulmonaires segmentaires [32]. Sa place par rapport
à la scintigraphie est controversée. L'angio-scanner doit-il
être pratiqué avant la scintigraphie ou en deuxième
intention si la scintigraphie est non contributive ? La place de ces deux
techniques est encore dépendante de l'équipement local.
La phlébographie retrouve une thrombose veineuse profonde (TVP)
dans 82 % des cas, le plus souvent proximale (60 % des cas) [33]. Actuellement,
cet examen est remplacé en première intention par l'échographie
veineuse. L'échographie veineuse retrouve une TVP dans la moitié
des cas environ d'EP. Les signes échographiques permettant un diagnostic
avec une sensibilité de 95 % sont l'incompressibilité de
la veine et la visualisation directe du thrombus. Un arbre décisionnel
proposé par l'équipe de Genève est publié
[2, 3]. Il associe les D-dimères, l'échographie-doppler
veineux et la scintigraphie pulmonaire (figure
4). Cette étude est validée sur 444 patients consécutifs
se présentant aux urgences avec une suspicion d'EP. Il n'est nécessaire
de réaliser une angiographie pulmonaire que chez seulement 11 %
d'entre eux. Le risque thrombo-embolique veineux à 3 mois chez
les patients non anticoagulés sur la base de cet algorithme était
très faible : 0,9 %. De plus, cette stratégie présente
un intérêt économique. En revanche, en cas de forte
suspicion clinique d'EP, malgré une scintigraphie pulmonaire de
perfusion de faible probabilité et sans TVP à l'échographie
une angiographie reste indispensable. En effet, l'angiographie pulmonaire
retrouve une EP chez 8 % des patients [34]. Une première étude
coût-efficacité associant : D-dimères, écho-doppler
veineux des membres inférieurs et scanner spiralé existe
également. Cette stratégie diagnostique séduisante
semble équivalente à celle utilisant la scintigraphie pulmonaire
[35]. Elle devra être confirmée par d'autres études
avant d'être définitivement validée. Néanmoins
la diffusion actuelle de l'angioscanner, qui représente déjà
60 % des scanners actuels dans les hôpitaux, rend cet examen incontournable
dans les années futures. Bien que certaines héparines de
bas poids moléculaire ont prouvé leur efficacité
dans l'EP, aucune n'a l'autorisation de mise sur le marché [36].
Il reste donc nécessaire d'hospitaliser le patient. Cela permet
de faire le relais précoce par les antivitamines K et de rechercher
une cause à la maladie thrombo-embolique. L'EP massive est définie
par une obstruction vasculaire supérieure à 50 %. La stratégie
de l'EP grave a aussi bénéficié de techniques de
moindre morbidité. Même si ces deux examens n'ont pas été
particulièrement étudiés dans ce contexte, la scintigraphie
ou le scanner spiralé ont toute leur place comme examen de première
intention. Ils sont souvent suffisants pour confirmer ou infirmer le diagnostic
d'EP massive [37]. Néanmoins, la scintigraphie n'est pas un examen
réalisable dans tous les centres actuellement. En revanche, la
sensibilité de l'angioscanner pour les embolies proximales et sa
disponibilité en fait un examen de choix dans cette indication.
L'angiographie est tenue pour responsable d'une partie des complications
hémorragiques en cas de thrombolyse et à ce titre souvent
abandonnée. Lors de cet examen, la mesure de la saturation veineuse
mêlée en oxygène identifie au mieux les patients qui
bénéficient de la thrombolyse [38]. L'échocardiographie
transthoracique montre le retentissement hémodynamique sur le cur
droit. Par voie transsophagienne elle peut visualiser les caillots
[39]. Nous rappelons que 1) une EP massive associée à un
état de choc bénéficie soit de la thrombolyse soit
de l'embolectomie chirurgicale par circulation extracorporelle [12, 40],
2) l'expansion volémique doit être limitée [41].
Que faire en cas de péricardite
La suspicion clinique de péricardite virale doit faire pratiquer
un ECG [8]. En effet, les anomalies électriques sont habituelles
(90 % des cas). Cette évolution électrique chronologique
a lieu sur quelques heures ou jours. Le premier stade est l'élévation
du segment ST concave vers le haut et diffus. Le retour à la ligne
isoélectrique a lieu ensuite. Secondairement, il existe un aplatissement
diffus de l'onde T, puis son inversion. Le sous-décalage de PR
est un signe retrouvé dans 50 % des cas. La radiographie thoracique
montre parfois un élargissement de la silhouette cardiaque, mais
est souvent non contributive. Les examens sanguins montrent un syndrome
inflammatoire non spécifique. L'échocardiographie permet
le diagnostic de certitude (décollement des feuillets du péricarde
séparé par un espace vide d'écho) mais peut être
normale en cas de péricardite virale sèche. Actuellement
une hospitalisation courte suffit, une fois le diagnostic de péricardite
bénigne affirmé. Le patient rentre rapidement à domicile
avec de l'aspirine ou de la colchicine (en cas de contre-indication ou
d'allergie aux anti-inflammatoires). L'alternance électrique est
quasi pathognomonique de la tamponnade. L'échocardiographie permet
le diagnostic positif ou au contraire retrouve un diagnostic différentiel
méconnu : EP massive ou infarctus du ventricule droit. De plus,
l'échocardiographie montre le retentissement hémodynamique
sur les cavités droites et peut également faciliter le drainage
(percutané ou chirurgicale) en urgence [8, 42].
Conduite à tenir en cas
de suspicion de dissection aortique
L'électrocardiogramme montre une hypertrophie du ventricule gauche
dans un tiers des cas et la radiographie thoracique montre un élargissement
du médiastin supérieur dans la moitié des cas de
dissection aortique [9, 43]. Il est nécessaire de faire un bilan
précis de la lésion vasculaire. En effet, le traitement
chirurgical est la règle dans les dissections aortiques de type
A : atteinte de l'aorte ascendante indépendamment du siège
de la porte d'entrée alors qu'il est médical en cas d'atteinte
de l'aorte descendante isolée (type B). Actuellement, trois examens
semblent équivalents et sont pratiqués en première
intention avec une excellente sensibilité pour le diagnostic :
l'échocardiographie transsophagienne, l'angioscanner spiralé
et l'imagerie par résonance magnétique [43-45]. Le choix
entre ces trois examens est surtout fonction de la présentation
clinique et des disponibilités locales. En effet, le pronostic
dépend du délai entre le début des symptômes
et la confirmation du diagnostic mais également du délai
entre le diagnostic positif et la mise en route de la circulation extracorporelle
[43]. L'aortographie rétrograde reste utile dans les dissections
chroniques.
Les examens utiles et proposés pour confirmer ces quatre diagnostics
graves sont rapidement réalisables. Nous estimons que dans la majorité
des situations un diagnostic correct et précis peut être
obtenu grâce à l'adoption de stratégies décisionnelles
qui se développent. Ces démarches diagnostiques devraient
permettre une orientation rapide des patients, de même que la mise
en uvre des traitements spécifiques. Le développement
des unités de prise en charge des douleurs thoraciques devrait
également faciliter la gestion rapide de ces patients.
Quel patient peut sortir à domicile
sans autre examen que l'ECG et la RT ?
La condition indispensable reste un examen clinique strictement normal.
C'est-à-dire qu'il faut une fréquence cardiaque ¾ 100/min,
une fréquence respiratoire ¾ 20/min sans dyspnée, une
pression artérielle aux bras droit et gauche normale, l'absence
de souffle diastolique d'insuffisance aortique, l'absence d'anomalie à
l'auscultation cardio-pulmonaire. De plus, l'anamnèse ne doit pas
retrouver de facteurs de risque cardio-vasculaire et ne doit pas être
compatible avec une douleur typique d'angor, de pneumothorax. Enfin, les
deux examens (ECG et RT) doivent être normaux.
Dans ces conditions, il paraît logique que le patient de moins
de 40 ans sans facteur de risque cardio-vasculaire rentre chez lui. A
contrario, le patient de 45 ans tabagique et obèse avec une
douleur thoracique atypique doit bénéficier d'une prise
en charge proposée dans la figure
3. La patiente jeune, non dyspnéique, avec une douleur
plutôt pariétale sous mamelonnaire gauche survenant par à
coup et retrouvée à la palpation peut sortir sans autre
examen. En revanche, une douleur thoracique associée à une
dyspnée chez une jeune femme en post-partum doit faire évoquer
en premier lieu une EP.
CONCLUSION La
douleur thoracique représente un défi au clinicien. En effet,
ce symptôme peut être la manifestation de maladies graves avec
un traitement spécifique urgent. La démarche diagnostique
doit s'appuyer sur un interrogatoire et un examen physique précis
pour s'orienter, et cibler les situations qui nécessiteront des examens
complémentaires poussés. Deux examens semblent indispensables
quel que soit le contexte : l'électrocardiogramme 12 dérivations
et la radiographie thoracique de face. Secondairement, d'autres examens
vont être nécessaires. Tout patient de plus de 40 ans avec
facteur de risque cardio-vasculaire doit avoir un dosage à l'arrivée
aux urgences de myoglobine et de troponine. Il convient de répéter
le dosage de troponine entre 6 et 8 heures après l'arrivée
du patient avant de décider de l'orientation du malade. Des stratégies
décisionnelles validées dans l'embolie pulmonaire existent.
Le coût-bénéfice d'unités fonctionnelles type
chest pain unit reste à démontrer en France. REFERENCES
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