ARTICLE
pnv.2011.0306
Auteur(s) : Pauline Gervais Pauline.Gervais@USherbrooke.ca,
Réjean Hébert, Julie Lamontagne, Michel Tousignant
Centre de recherche sur le vieillissement, Centre de santé et
des services sociaux, Institut universitaire de gériatrie,
Sherbrooke (CSSS-IUGS), Québec
Tirés à part. : P. Gervais
Problématique
En France, le vieillissement de la population a donné lieu à des
adaptations importantes de l’appareil législatif. Actuellement,
deux lois, assorties de différents dispositifs législatifs,
encadrent le soutien aux personnes en perte d’autonomie :
- –. la loi 2001-647 du 20 juillet 2001, relative à
la prise en charge de la perte d’autonomie des personnes
âgées ;
- –. la loi 2005-102 du 11 février 2005 pour
l’égalité des droits et des chances, la participation et la
citoyenneté des personnes handicapées.
Cette loi propose de reconnaître la dépendance des personnes
âgées comme une sous-catégorie du handicap, ce qui laisse entrevoir
une convergence entre les dispositifs d’aide aux personnes âgées et
aux personnes handicapées, et soulève l’enjeu d’un outil commun
d’évaluation [1].
L’évaluation des besoins des personnes âgées ou handicapées
repose sur deux référentiels nationaux différents :
- –. la grille autonomie gérontologique groupe
iso-ressource (AGGIR) est l’instrument officiel utilisé pour
évaluer les personnes âgées de 60 ans et plus et pour établir
le groupe iso-ressource (GIR) (décret 2001-1087). Le GIR permet de
déterminer l’admissibilité d’une personne âgée de plus de
60 ans à l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), une
prestation financière pour la prise en charge des conséquences de
la perte d’autonomie ;
- –. l’évaluation des personnes handicapées est réalisée
avec le guide d’évaluation multidimensionnelle (GEVA) (décret
2007-1574), présenté en huit volets et ayant pour finalité
l’élaboration d’un projet de vie ainsi que la détermination de la
prestation de compensation du handicap (PCH). L’outil ne permet ni
de construire un score, ni d’établir un classement. Selon une
enquête réalisée en 2009, la majorité des maisons départementales
des personnes handicapées (MDPH) complète surtout le volet 6
portant sur l’autonomie fonctionnelle [2].
Dans le contexte d’un rapprochement éventuel entre les
dispositifs d’évaluation pour les personnes âgées et celles
handicapées, le Conseil général de la Dordogne a décidé d’innover
en expérimentant le système de mesure de l’autonomie fonctionnelle
(SMAF) [3] comme outil d’évaluation commun dans ces deux
populations. Le choix du SMAF s’est appuyé sur :
- –. les résultats positifs d’une expérimentation pilote
réalisée dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées
dépendantes (EHPAD) du département en 2005-2006 [4] ;
- –. l’expérience du Québec où il est officiellement
utilisé dans le Réseau de la santé et des services sociaux
[5] ;
- –. les qualités métrologiques de l’outil [6-10].
L’implantation du SMAF dans le secteur médico-social a été
confiée au Centre d’expertise en santé de Sherbrooke (CESS)
(Québec), un organisme sans but lucratif, détenteur des droits
d’utilisation du SMAF. Afin de fournir aux décideurs une
information robuste, l’implantation a fait l’objet d’une étude
évaluative.
Un précédent article a décrit le devis utilisé pour l’évaluation
du Programme d’implantation du SMAF en Europe (PISE), dans le
département français de la Dordogne [11]. Le présent article traite
des conditions favorables et des obstacles rencontrés au cours de
la mise en œuvre du SMAF, et des recommandations à élaborer sur les
conditions à mettre en place afin d’implanter la démarche SMAF dans
des environnements similaires.
Description du projet évalué
Le SMAF a été développé selon un paradigme de soutien à
l’autonomie et non de prise en charge de la dépendance. L’outil
d’évaluation SMAF porte sur 29 items, regroupés en cinq
catégories :
- –. les activités de la vie quotidienne (AVQ)
(7) ;
- –. la mobilité (6) ;
- –. la communication (3) ;
- –. les fonctions mentales (5) ;
- –. les activités de la vie domestique (AVD) (8).
Chaque item est coté sur une échelle à cinq degrés :
- –. 0 (autonome) ;
- –. -1 (surveillance ou stimulation requise) ;
- –. -2 (aide partielle requise) ;
- –. -3 (aide complète requise).
Une cote intermédiaire de - 0,5 ou de - 1,5 est
utilisée pour certains items lorsqu’une activité est réalisée de
façon autonome, mais avec difficulté. Pour chaque fonction, la
grille permet d’identifier si des ressources sont mises en place
afin de compenser l’incapacité. Un score de handicap indiquant dans
quelle mesure les ressources requises sont disponibles ou non peut
ainsi être établi. Pour faciliter son utilisation à des fins de
gestion, une classification a été développée, sous forme de
14 profils iso-ressources (profils Iso-SMAF), basés sur les
services requis [12, 13]. Contrairement à la grille AGGIR,
tous les items du SMAF servent à établir le profil Iso-SMAF. Un
logiciel appelé eSMAF® [14] :
- –. permet la saisie de l’évaluation ;
- –. fournit automatiquement le profil
Iso-SMAF ;
- –. génère un tableau d’accompagnement individualisé
(TAI) qui illustre, par un code couleur, les incapacités de la
personne et le niveau d’aide requis.
Le SMAF peut être complété en 20 à 30 minutes par tout
professionnel formé à son utilisation [15].
Le projet PISE-Dordogne a consisté à implanter le SMAF dans
11 établissements du secteur médico-social s’occupant de
personnes âgées et handicapées, hébergées ou à domicile. Le Conseil
général a recruté les sites d’implantation sur la base d’une
représentation des différents types d’établissements et en fonction
de leur intérêt vis-à-vis du projet. Trois EHPAD, trois foyers pour
personnes handicapées (FPH), trois organismes de services d’aide à
domicile (SAD), l’équipe départementale d’évaluation pour l’APA et
l’équipe pluridisciplinaire de la MDPH ont été retenus. Le projet
s’est déroulé de septembre 2008 à octobre 2010.
Le plan d’implantation comportait six composantes :
- 1. l’accréditation de formateurs sur le SMAF ;
- 2. l’information sur le projet auprès des établissements
et des organisations partenaires ;
- 3. la mise en place de trois niveaux de coordination
(stratégique, organisationnel et clinique) ;
- 4. le déploiement du logiciel
eSMAF® ;
- 5. la formation des intervenants au SMAF et à
l’utilisation d’eSMAF® ;
- 6. l’évaluation des patients dans chaque
établissement.
Le comité stratégique de pilotage réunissait des représentants
des instances décisionnelles. Le comité opérationnel était composé
de dirigeants des établissements et le comité clinique regroupait
les intervenants évaluateurs SMAF, animés par un pilote local, dans
chaque établissement. Des intervenants désignés par chaque
établissement ont reçu une formation d’une durée de quatre jours
sur le SMAF et sur le logiciel eSMAF® par une formatrice
accréditée par le CESS. Une journée d’accompagnement a ensuite été
offerte aux établissements lors des premières évaluations. Un
soutien clinique et pour l’utilisation du logiciel a été assuré par
la formatrice, par téléphone ou par courrier électronique.
Pour les fins du projet, un ordinateur portable, une clef USB
avec dispositif d’encryptage et une imprimante couleur ont été
fournis à chaque établissement. Le soutien technique devait être
assuré par le fournisseur (local) des équipements informatiques.
Chaque évaluateur formé devait évaluer tous les patients dont
s’occupait son établissement entre le 12 janvier et le
12 juin 2009. Les équipes d’évaluation de l’APA et de la MDPH
ne devaient évaluer que les nouvelles demandes reçues. Les
évaluations étaient réalisées à domicile ou en établissement.
La saisie des données était réalisée pendant l’évaluation ou
immédiatement après. Quatre étapes, ou modules, du
eSMAF® devaient être complétés :
- 1. la fiche d’identification ;
- 2. la grille SMAF ;
- 3. la conversion du SMAF en TAI ;
- 4. l’ajout de précisions spécifiques au patient dans le
TAI.
L’utilisation des outils réglementaires AGGIR et GEVA ayant été
maintenue, il était recommandé de compléter en premier lieu le
SMAF, puisqu’il comprend la majorité des activités que l’on
retrouve dans AGGIR et GEVA. Une vérification des grilles SMAF et
des TAI était effectuée chaque semaine et la formatrice
communiquait ensuite avec les pilotes de chaque comité clinique
afin d’apporter les corrections requises.
Méthode de l’étude d’évaluation
L’étude évaluative avait pour objectif de fournir des
recommandations sur les conditions de déploiement du SMAF, et
notamment :
- –. mesurer le degré de mise en œuvre du SMAF et de ses
composantes informatisées ;
- –. identifier les ajustements effectués durant la phase
d’implantation ;
- –. identifier les conditions favorisant ou limitant
l’utilisation du SMAF.
Un devis mixte a été développé à partir d’un modèle logique
adapté (figure
1), dans une perspective de suivi des processus et de
communication entre les acteurs [16]. Inspiré des travaux de
Scheirer [17, 18], le modèle intègre trois catégories de
facteurs potentiels d’influence :
- –. stratégiques ;
- –. organisationnels ;
- –. individuels.
Une adaptation du Physician guideline compliance model de
Maue [19] a été intégrée dans le modèle (figure 2), afin
d’étudier les facteurs individuels.
Une étude de cas multiples [20] a été utilisée afin de repérer
les ajustements effectués en cours d’implantation et d’identifier
les facteurs ayant influencé la démarche. Cette approche a permis
de cerner des questions pratiques, notamment à travers l’expérience
des acteurs, ainsi que la construction de références explicatives
[21]. Plusieurs méthodes de collecte des données ont été
utilisées :
- –. la revue des comptes-rendus des comités ;
- –. des entrevues individuelles semi-dirigées
post-implantation avec les acteurs des comités stratégique et
organisationnel ;
- –. des focus groups en pré- et post-implantation
avec chacun des comités cliniques ;
- –. des journaux de bord hebdomadaires complétés par les
pilotes des comités cliniques ;
- –. les rapports des experts du CESS en soutien clinique
et informatique ;
- –. des notes d’observation.
Les entrevues individuelles ont été effectuées en septembre et
octobre 2009, auprès d’un représentant de chaque site présent au
comité organisationnel (10 personnes) et des personnes
siégeant au comité stratégique (7 personnes). Deux séries de
focus groups ont été réalisées auprès des membres des
comités cliniques :
- –. la première après la formation et avant le début des
évaluations ;
- –. la deuxième après l’évaluation des patients avec le
SMAF.
Les entrevues individuelles et de groupe ont été menées à l’aide
d’une grille inédite développée à partir du modèle conceptuel.
Toutes les entrevues ont été enregistrées et retranscrites sous
forme de verbatims. Les données ont été saisies dans le
logiciel N’Vivo® 7. Les difficultés rencontrées ont
été consignées dans les journaux de bord. L’analyse des données a
consisté à développer une description de chacun des cas
(établissement) selon la méthode d’analyse thématique de Miles et
Huberman [22]. Cette approche permet :
- –. l’émergence de thèmes spécifiques à la
population ;
- –. la référence au cadre conceptuel ;
- –. la triangulation des données provenant de plusieurs
sources.
L’analyse des données a été validée par un deuxième analyste et
les divergences ont été discutées afin d’arriver à un consensus.
Pour chaque cas, les facteurs facilitants et les obstacles
rencontrés ont été décrits.
Le projet a reçu l’approbation du Comité d’éthique à la
recherche du Centre de santé et de services sociaux-Institut
universitaire de gériatrie de Sherbrooke (Québec).
Résultats
Tous les établissements ont rencontré des difficultés lors de
l’implantation du SMAF. En revanche, des conditions favorables
étaient également présentes et ont permis de contrebalancer les
obstacles.
Les résultats qui suivent émanent principalement des entrevues
menées auprès des comités cliniques et des membres des comités
stratégique et organisationnel. Ils sont présentés selon les trois
catégories de facteurs du cadre conceptuel.
Les facteurs stratégiques
Les facteurs stratégiques correspondent aux éléments liés
directement à la démarche d’implantation du SMAF et au contexte
réglementaire.
Le processus d’implantation du SMAF
La détermination d’une fenêtre d’évaluation intensive de
5 mois a permis de maintenir une cadence soutenue dans les
évaluations et d’évaluer tous les sujets, en dehors des SAD, en
raison du grand nombre de patients (n = 205-835) pour
lesquels la fenêtre d’évaluation a été prolongée de 5 mois.
L’encadrement fourni, le suivi hebdomadaire des évaluations SMAF et
la réactivité des équipes d’implantation et de recherche ont
facilité l’appropriation de l’outil et établi un climat de
confiance.
« Nous avons toujours eu une réponse, dès lors que la
question est posée pratiquement. Nous avons toujours été soutenus.
Ce qui était très facilitant pour la mise en place. Pouvoir obtenir
des réponses, ne pas rester dans l’interrogation, ne pas attendre
pour avancer, était très soutenant pour nous. » (Comité
clinique d’EHPAD)
La mise en place de comités de coordination a permis à chacun de
se pencher sur des questions précises et différentes, et de jouer
un rôle actif. Le recours à un site internet sécurisé a favorisé et
facilité les échanges, et permis la diffusion de rapports mensuels
sur la progression des évaluations SMAF dans chaque établissement,
instaurant une émulation positive. L’exigence réglementaire de
poursuivre l’utilisation de la grille AGGIR ou du GEVA, en sus du
SMAF, a eu pour effet d’alourdir la tâche des évaluateurs. Afin de
minimiser les effets de cet obstacle, la consigne d’évaluer d’abord
avec le SMAF a été prodiguée.
« Personnellement, ce qui m’embêterait serait d’avoir ça en
plus de la grille AGGIR. Fatalement, cela représente un surcoÛt ou
nécessite du temps humain. Je dirais que cela peut… cela se rajoute
quelque part. » (Comité organisationnel de SAD)
Par ailleurs, les finalités des outils réglementaires, orientés
vers l’attribution d’une compensation financière et celle du SMAF,
orientée vers des interventions de soutien à l’autonomie, sont
apparues incohérentes aux intervenants de la MDPH.
« Comme pour le GEVA, on parle des incapacités de la
personne, de ce qu’elle ne peut pas faire… C’est ce qui permet de
déterminer l’éligibilité de la PCH. Mais avec le SMAF, comme on
parle de ce que la personne peut faire et que l’on raisonne en
tenant compte de l’environnement, des aides techniques, des aides
humaines qui existent, on s’est retrouvé face à des gens éligibles
à la PCH, au vu du GEVA, mais qui devenaient complètement autonomes
lorsqu’on les évaluait avec le SMAF. » (Comité organisationnel
MDPH)
Le temps requis pour s’approprier l’outil puis pour effectuer
les évaluations en un court laps de temps a imputé des coÛts
indirects supplémentaires aux établissements. Il a été établi, par
les utilisateurs, que les six premières semaines d’utilisation du
SMAF ralentissent leur productivité, mais que cela devient
négligeable pas la suite.
« Effectivement, les premières semaines, peut-être le
premier mois et demi ont été assez pitoyables. Le soir, je rentrais
chez moi et me disais en regardant la grille SMAF : “mais ce
n’est pas possible, tout ce temps sur chaque grille. Jamais je n’y
arriverai”. Et puis, en un mois et demi, je me suis saisie de la
grille et aujourd’hui, le temps consacré est complètement
négligeable dans ma charge de travail. » (Comité clinique
APA)
Le déploiement informatique
Les utilisateurs ont souligné la qualité et la convivialité du
logiciel eSMAF®, et ont apprécié le niveau minimal
requis de connaissances en informatique.
« Bien, on essaie de faire avec. Néanmoins, comme on n’est
pas des professionnels de l’informatique, le logiciel a été réalisé
de façon simple. Dans le cas contraire, on ne pourrait pas. De
toute façon, tout est affiché. On n’a jamais été ni bloqués, ou…
une fois peut-être. » (Comité clinique EHPAD)
Les mesures de protection des données (mots de passe, sauvegarde
sur clé USB encryptée…) ont satisfait l’ensemble des gestionnaires
et des utilisateurs, mais plusieurs problèmes ont été rencontrés au
cours du déploiement informatique. En effet, outre les retards de
livraison des équipements et des erreurs de configuration des
ordinateurs, les qualifications et la disponibilité du fournisseur
local étaient insuffisantes, et une intervention corrective a dÛ
être réalisée sur place par un membre de l’équipe de recherche, un
mois après le début de la fenêtre d’évaluation des patients. Lors
de cette intervention, un dispositif d’accès à distance a été
installé dans chaque ordinateur. Les services informatiques,
présents dans seulement trois des onze établissements, n’ont pas
été impliqués dès le départ, ce qui aurait permis de résoudre plus
rapidement les problèmes d’accès à internet. Les procédures de
sécurité et l’installation des mises à jour du logiciel ont
également posé quelques difficultés aux utilisateurs. Le soutien
assuré par le CESS, par téléphone ou en accès à distance à l’aide
du logiciel LogMeIn®, a cependant répondu aux attentes
des utilisateurs. Les bugs mineurs dans le logiciel ont été résolus
par trois mises à jour de ce dernier.
« Lorsqu’il y a un souci d’ordre technique, il est plus
simple d’obtenir la solution par téléphone. Enfin, pour moi,
résoudre les problèmes en direct est nécessaire, afin de pouvoir
continuer à avancer. Par mail, cela est plus délicat pour moi. J’ai
besoin d’avoir une réponse téléphonique quand j’ai un problème
technique. » (Comité clinique EHPAD)
La formation des utilisateurs
Les évaluateurs ont souligné la qualité de la formation et de
l’approche pédagogique. La formation a donné confiance aux
utilisateurs dans leurs capacités à réaliser des évaluations de
qualité.
« Les uns et les autres ont évoqué la formation, et
notamment sa qualité. Nous avons eu une aide pour l’apprentissage
de l’outil, un réel accompagnement, une réelle qualité des apports
théoriques. Mais au-delà de l’utilisation, il s’agissait de se
réinterroger sur le sens de l’évaluation, sur les contenus, avec,
au fil du temps, m’a-t-il semblé, un approfondissement de la
qualité des évaluations. » (Comité clinique APA)
Les intervenants ont jugé que la durée et la répartition des
journées de formation ont assuré une maîtrise suffisante de la
démarche d’évaluation. La mixité des groupes (intervenants de
formations différentes et d’établissements différents) a permis des
échanges intéressants, l’adoption d’un langage commun et d’une
vision partagée du soutien de l’autonomie. Le délai de deux mois
entre la formation et le début de l’évaluation a cependant ralenti
la consolidation des apprentissages, nécessitant l’ajout d’heures
en soutien clinique. Il a été souligné qu’un plus grand nombre
d’intervenants aurait dÛ être formé au SMAF et que tous les membres
d’une équipe devraient être informés sur la démarche SMAF afin de
contribuer à l’évaluation et d’adapter leurs interventions vers un
soutien de l’autonomie. Il faut souligner que parmi les personnes
inscrites à la formation, quelques-uns occupaient un poste de
cadre. Or, ces personnes n’ont pas réalisé d’évaluations SMAF par
la suite.
« J’ai envie de dire que ce sont les gens qui sont près des
patients qui peuvent effectivement remplir le SMAF, parce que ce
sont eux qui vivent le quotidien, et non nous, les cadres. Mais ils
n’étaient pas formés. Sur d’autres sites, ce sont des personnes de
terrain qui ont été formées. » (Comité clinique FPH)
La démarche d’évaluation SMAF
La grille SMAF a répondu aux attentes des
utilisateurs :
- –. démarche d’évaluation structurée, approfondie et
précise ;
- –. présence d’indicateurs de dépistage ;
- –. prise en compte des ressources disponibles dans
l’environnement.
Le TAI est vu comme un guide à l’entretien d’évaluation et un
soutien à l’élaboration des plans d’aide. Les mises à jour faciles
et rapides ainsi que la disponibilité de rapports standardisés et
de requêtes spécifiques répondent aux besoins des intervenants et
des dirigeants. Le TAI est perçu comme un outil utile au quotidien
pour les intervenants sur le terrain.
« C’est bien pour les remplaçantes, parce qu’à l’entrée,
elles savent ce qu’elles doivent faire ou pas, et notamment comment
s’occuper du résident. Au premier coup d’œil, lorsque c’est indiqué
en rouge… » (Comité clinique EHPAD)
Les profils Iso-SMAF ont été appréciés tant d’un point de vue
clinique qu’administratif, même si leur utilisation était encore
limitée en fin de projet ; les évaluations des patients venant
tout juste d’être complétées. Certains sites planifiaient
d’utiliser les profils Iso-SMAF afin de reconfigurer leurs unités
de soins ou revoir la dotation en personnel en fonction des besoins
des patients. Selon les propos recueillis, le SMAF a suscité
l’intérêt et la mobilisation du personnel en instaurant un langage
commun dans les équipes. Il a permis l’identification de nouveaux
besoins chez les patients et a valorisé leur potentiel en misant
sur leur autonomie. Après cinq mois d’utilisation, certains
changements dans les pratiques ont été observés par les
intervenants et les gestionnaires, notamment du potentiel des
patients et un ajustement des interventions dans une approche
individualisée. L’absence d’items SMAF évaluant le fonctionnement
social et les relations affectives a été relevée comme une lacune
par les intervenants œuvrant auprès de personnes handicapées. Cette
lacune a été corrigée en intégrant les items du SMAF-social, un
volet déjà développé et validé [23, 24] dans la version
du logiciel diffusée à l’automne 2010.
La recherche
La réussite du projet est attribuable à plusieurs facteurs liés
au contexte de recherche. La portée nationale de ce projet, une
participation active des instances politiques, l’impact attendu des
résultats et la collaboration avec une équipe québécoise ont
favorisé l’engagement ainsi qu’une mobilisation soutenue des
différents acteurs. La participation directe des intervenants à la
réalisation de l’étude a été perçue comme une valorisation de leurs
compétences.
« À mon sens, une étude a un effet plus valorisant. Il
s’agit d’une recherche-action qui dure sur une longue période. Et
qui plus est, avec le Québec. Ces éléments sont, à mon avis, des
moteurs et permettent de mobiliser plus facilement le
personnel. » (Comité stratégique)
La mobilisation de plusieurs sites autour du projet a constitué
un premier pas vers un partenariat inter-établissements. Les
occasions d’échanges entre les gestionnaires, les chercheurs et les
instances politiques ont permis aux acteurs impliqués de maintenir
un niveau élevé de motivation.
« Je crois que, encore une fois, vous imaginez la
révolution culturelle que cela a apporté. Je dirais que le point
fort, paradoxalement, est un point inattendu pour nous, pour moi,
il s’agit du côté fédératif, institutionnel. Vous nous avez appris
à nous rencontrer, nous connaître. » (Comité stratégique)
Les obstacles imputables à la recherche ont surtout été
ressentis par les pilotes des comités cliniques qui devaient
procéder à la saisie d’informations dans les journaux de bord, au
transfert de la base de données eSMAF® et à la
transmission des consignes de l’équipe d’implantation ou de
recherche aux autres membres du comité clinique. Afin de leur
faciliter la tâche, un agent de recherche pouvait, sur demande du
pilote et en sa présence, récupérer les données en accès à distance
au moyen du logiciel LogMeIn®.
Les facteurs organisationnels
Les facteurs organisationnels correspondent aux pratiques et
caractéristiques spécifiques à chacun des environnements.
Les pratiques antérieures
Lorsque des rencontres régulières d’équipe étaient
préexistantes, le transfert d’informations entre les intervenants a
permis de compléter les évaluations plus rapidement et a favorisé
l’implication de l’équipe. Dans les services à domicile, les
évaluations du patient ont eu moins d’impact sur la charge de
travail des établissements où cette pratique était déjà en
place.
« Il est vrai qu’au niveau de notre fonctionnement, nous
avons toujours pratiqué des visites à domicile, évalué les
patients, et utilisé la grille AGGIR. Nous connaissions donc déjà
cette pratique professionnelle consistant à se rendre au domicile
et évaluer les patients. » (Comité clinique SAD)
La communication interne
Dans le cadre de ce projet, une grande transparence a été
assurée en diffusant régulièrement des informations relatives à
l’évolution du projet. Dans les établissements où l’information a
été retransmise, le maintien du niveau de confiance des évaluateurs
a pu être observé, malgré les difficultés rencontrées. Dans les
quelques cas où l’information a peu circulé, une absence de
collaboration des membres de l’équipe à l’évaluation a été
déplorée.
« On est sur une recherche-action. Il m’a semblé que nous
étions beaucoup dans l’action, mais qu’il y a eu, au-delà de la
formation, assez peu de retour, notamment en ce qui concerne les
résultats, même s’il y a eu un comité stratégique et
organisationnel il y a peu de temps. J’espère que des temps seront
également prévus pour les comités cliniques afin de rendre lisible
tout ce qu’ils ont concrètement réalisé. Il me semble aussi
important de connaître les éléments de profils par, peut-être,
site. » (Comité clinique APA)
Le plan local
La priorisation du projet et la mise en place d’un plan d’action
local pour la réalisation des évaluations dans le temps imparti
sont deux conditions qui ont facilité le travail des évaluateurs.
Essentiellement, les actions concernaient l’aménagement des
horaires de travail des utilisateurs, l’ajout d’heures pour
effectuer les évaluations et l’implication des équipes de terrain
dans les évaluations.
« Ce qui est intéressant, c’est de le faire avec l’ensemble
de l’équipe. En effet, une personne donnant une réponse par rapport
à l’évaluation n’a pas le même regard qu’une autre, cela est
purement du suggestif. Il vaut mieux que l’ensemble de l’équipe se
mette d’accord sur une réponse par rapport à une cotation. »
(Comité clinique FPH)
L’utilisation précoce du TAI dans les équipes a favorisé la
collaboration des pairs et l’intégration rapide de la démarche dans
les pratiques. En revanche, le manque de temps, imputable à la
charge de travail préexistante, au roulement et au non-remplacement
du personnel, a constitué une contrainte importante. La mise en
œuvre simultanée d’autres projets importants a interféré avec
l’implantation du SMAF dans quelques sites, particulièrement si les
évaluateurs SMAF devaient également s’impliquer dans la
planification ou la réalisation de ces projets.
« Se sont également greffés d’autres éléments, puisque le
projet est important, nous demandant beaucoup de temps, de
réunions, d’organisation, et plus particulièrement du temps “pas
disponible” pour faire les SMAF. » (Comité clinique EHPAD)
L’implantation du SMAF est une démarche qui demande un
investissement de temps supplémentaire afin de maîtriser la
démarche et le logiciel. La majorité des établissements a souhaité
la formation d’évaluateurs supplémentaires pour s’assurer de la
consolidation de l’implantation du SMAF. Deux sessions de formation
supplémentaires ont donc été offertes en novembre et décembre
2009.
Le leadership du pilote
Dans les établissements où le pilote a traité rapidement les
difficultés et exécuté lui-même les tâches liées à la recherche,
les autres membres du comité clinique ont pu consacrer davantage de
temps aux évaluations SMAF et les compléter plus rapidement.
« Parce que la plupart n’y connaissaient rien. Certains
n’avaient jamais ouvert un ordinateur. Il fallait donc expliquer en
même temps. Pour d’autres, l’ordinateur était préparé à l’avance
pour qu’ils puissent saisir. » (Comité organisationnel
APA)
La perception que les utilisateurs ont eu du projet a été plus
positive dans les équipes où le pilote transmettait l’information
émanant de l’équipe de recherche sur le déroulement de la mise en
œuvre du SMAF. Lorsque le pilote ne s’impliquait pas régulièrement
auprès du comité clinique ou occupait une fonction de cadre sur le
site, la réalisation de l’implantation s’est avérée plus difficile
et la confiance des utilisateurs moindre.
« Nous avons peu l’occasion de voir le pilote.
Personnellement, on ne s’est même jamais vus. Le plus souvent, l’on
ne se voit qu’en cas de réunions communes. C’est sa secrétaire qui
sert de “copilote”, mais sans avoir été formée. Mais très habile en
informatique ! » (Comité clinique FPH)
Les installations informatiques existantes
L’accessibilité à l’ordinateur portable a posé problème sur
quelques sites, parce que l’équipement était sous clé ou dans un
lieu peu accessible. La disponibilité d’un seul ordinateur pour
plusieurs intervenants à domicile a également été un souci et
imposé d’établir un horaire d’utilisation, retardant ainsi la
saisie des données d’évaluation.
Les facteurs liés aux intervenants
Les facteurs liés aux intervenants réfèrent particulièrement aux
connaissances et habiletés perceptives des individus.
Le niveau d’accord
La majorité des utilisateurs était en accord avec la démarche
SMAF et sur le principe d’orienter l’intervention clinique vers un
soutien à l’autonomie de la personne. De plus, ils voyaient une
utilité clinique à cette démarche d’évaluation.
« Ce qui fait que, très vite, le SMAF, personnellement, a
pris le dessus par rapport à la grille AGIR, tant et si bien,
d’ailleurs, qu’au mois de juin, lorsque j’ai arrêté le SMAF, comme
tous mes collègues, en me disant “ouf, une charge de travail en
moins”, j’ai arrêté une semaine. Cela n’allait pas du tout, mes
grilles AGGIR ne me convenaient plus… J’ai donc repris le SMAF. En
fait, je n’ai pas arrêté le SMAF, j’ai continué à évaluer. »
(Comité clinique APA)
Le niveau de motivation
Le niveau de motivation s’est exprimé, dès le début de
l’implantation, par une inscription volontaire à la formation. Il
s’est traduit par l’attente de résultats positifs et de changements
dans les pratiques d’évaluation. La reconnaissance professionnelle
de la part de leur employeur ou des autres professionnels des
établissements partenaires a également exercé une influence
positive. Cela a permis une implication soutenue durant toute
l’implantation, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce type de
projet.
« Le SMAF n’est jamais retombé, c’est ce qui est
intéressant. Cela signifie qu’il a véritablement une raison d’être
au sein des pratiques professionnelles. Et un projet qui ne fait
pas “flop” c’est important pour un directeur, un projet qui tienne
malgré les embÛches. » (Comité organisationnel EHPAD)
Les connaissances préalables
La connaissance préalable des patients à évaluer a facilité la
réalisation de ce projet, que ce soit en milieu d’hébergement ou à
domicile. Un lien de confiance pré-établi entre l’évaluateur et le
patient rend plus facile l’obtention d’informations justes. En
revanche, le faible niveau de connaissance des évaluateurs en
informatique, et en particulier celle des pilotes, s’est avéré un
obstacle important. Ce problème a exigé un certain investissement
de temps pour apprendre les rudiments informatiques et a suscité de
l’insécurité chez certains. L’accès à distance avec le logiciel
LogMeIn®, mis en place pour assister les pilotes lors de
procédures informatiques, a permis de contourner cette difficulté,
voire même de contribuer à développer les habiletés des pilotes
dans l’utilisation de l’ordinateur et d’internet.
« Je pense qu’au départ, c’est bien que ce soit quelqu’un
qui manipule l’informatique avec aisance, parce que moi,
honnêtement… Je m’en sers, ce n’est pas la question. J’ai même
progressé, mais je ne me sers pas de la souris. C’est pareil pour
s’approprier un nouveau logiciel, ce n’est pas évident. Alors à 20
ans, peut-être… à 45 ans, beaucoup moins. Et puis, on a des
facilités ou pas ! Moi, je ne suis pas une scientifique du
tout. Non, ce n’est pas du tout mon truc l’informatique… ne
serait-ce que pour envoyer un mail. » (Comité organisationnel
SAD)
Une hésitation à demander de l’aide ou à faire part des
problèmes rencontrés a également été observée chez plusieurs
intervenants. Ceci a eu pour conséquence la suspension
occasionnelle des évaluations. Pour contrer cette difficulté, un
suivi téléphonique hebdomadaire et un accompagnement individuel par
téléphone et en accès à distance ont été instaurés si
nécessaire.
L’influence de l’environnement
L’influence de l’environnement n’est pas négligeable. L’appui et
l’engagement des instances politiques et de la direction de chaque
site ont exercé une attirance sur l’adhésion et l’engagement des
évaluateurs dans la démarche d’implantation, ce qui s’est traduit
par une progression soutenue du nombre d’évaluations.
« Chacun a présenté son plan et tenté de s’y tenir. Mais
dans le même temps, on est coincés par l’inspecteur du travail qui
exige un document d’évaluation. Il en a pour un an de travail,
donc, cet après-midi, par exemple, il souhaitait un responsable de
secteur et je n’ai pas pu. Je lui ai indiqué d’“aller sur le SMAF”.
Alors maintenant, je dis non, on verra après le mois de
novembre. » (Comité organisationnel SAD)
Discussion
Il est connu que l’implantation d’une pratique innovante est
influencée par plusieurs facteurs de type stratégique,
organisationnel et liés aux intervenants [25]. Le modèle logique
adapté proposé comme cadre conceptuel a su circonscrire les données
tout en permettant une certaine latitude propre à notre
implantation. Dans l’ensemble, les acteurs ont traduit une
perception positive de la démarche, une attitude préalable qui
influence positivement l’intention d’adopter un nouveau
comportement [26]. L’avantage relatif du SMAF est l’un des
principaux éléments mentionnés. On apprécie la conception et la
précision de l’outil qui en font un outil complet, facile à
utiliser et utile au plan clinique. L’avantage perçu est un
attribut essentiel à l’adoption d’une nouvelle pratique [25]. Il
constitue l’assise de la motivation avec, dans le cadre du projet
discuté, l’attente de changements pour faire évoluer l’évaluation
des besoins des personnes en perte d’autonomie.
Les entrevues réalisées avec les acteurs ont permis d’identifier
les facteurs stratégiques déterminants dans la mise en œuvre du
SMAF :
- –. un plan d’implantation et un échéancier
précis ;
- –. l’implication active des représentants
institutionnels, des gestionnaires et des intervenants évaluateurs
au sein des comités de coordination ;
- –. la formation rigoureuse des évaluateurs à
l’utilisation du SMAF et du logiciel eSMAF® ;
- –. un encadrement et un soutien continus ;
- –. un système de communication efficace ;
- –. la diffusion régulière de rapports faisant état de
l’évolution du projet ;
- –. la formation ;
- –. le soutien clinique ;
- –. l’appui des dirigeants.
Ces facteurs concordent avec les résultats d’études ayant
examiné le processus d’adoption d’innovations ou de nouvelles
pratiques dans le secteur sanitaire et médico-social [27, 28].
Au-delà des facteurs stratégiques, la mise en œuvre du SMAF
reposait également sur des facteurs organisationnels, spécifiques à
chaque site. La priorisation du projet et la préparation d’un plan
local d’implantation, la tenue de réunions d’équipe permettant
d’impliquer le personnel dans l’évaluation SMAF et l’aménagement de
plages horaires réservées à l’évaluation ont grandement facilité la
mise en œuvre dans les milieux qui les ont mis de l’avant.
Contrairement à ce que l’on retrouve habituellement lors de
l’implantation de nouvelles pratiques, la résistance au changement
[29] n’a pas été un obstacle, sauf dans un établissement. Dans
l’équipe de la MDPH, la résistance au changement s’est manifestée
dès le début de l’étude, par un engagement mitigé du pilote et des
intervenants. Outre le fait que l’implantation du SMAF s’est
amorcée en même temps que celle du GEVA, l’implantation d’un outil
d’évaluation partagé avec les partenaires du secteur a pu amener
certains intervenants à appréhender la perte d’une prérogative
exclusive, un obstacle bien décrit dans la littérature
[29, 30] et relevé dans nos observations. La défense des
intérêts matériels des personnes handicapées est aussi apparue
comme un motif de résistance à l’utilisation du SMAF, lequel
pourrait restreindre l’admissibilité des personnes à la PCH ou
réduire la compensation accordée parce que cette compensation est
établie selon le niveau de handicap de la personne et non sur ses
capacités restantes. Ce dernier argument méritera éventuellement
d’être étudié de façon approfondie. Le manque de leadership
est un autre obstacle qui induit la résistance au changement [31].
Dans certains établissements, le pilote du comité clinique n’a pas
exercé un réel leadership.
La réalisation du projet d’implantation du SMAF a bénéficié de
la rigueur imposée par la réalisation simultanée de l’étude
évaluative qui a favorisé la collaboration et les échanges entre
les différents acteurs impliqués, avant et pendant la réalisation
du projet [32].
Le déploiement informatique est l’activité ayant posé le plus
grand nombre de problèmes. D’une part, le fournisseur informatique
n’a pu offrir le niveau de services attendu, d’autre part, les
pilotes des comités cliniques avaient peu d’expérience dans
l’utilisation de l’informatique. Finalement, certains sites ne
disposaient pas d’installations permettant un accès facile à
l’ordinateur ou à internet. Les recommandations d’un comité
d’experts des technologies de l’information du CESS et de l’équipe
de recherche qui a étudié, a posteriori, les problèmes
rencontrés seront considérés lors d’implantations futures. Elles
concordent avec les conclusions d’études menées sur l’implantation
de technologies similaires [33, 34].
Cette étude évaluative a permis d’identifier les conditions
gagnantes à privilégier et les obstacles à prendre en compte pour
l’implantation du SMAF en contexte réel. Deux ans après le début du
projet d’implantation, il serait maintenant pertinent d’évaluer les
impacts de l’utilisation du SMAF à long terme.
Dans la perspective d’une adoption du SMAF dans les
établissements desservant des personnes âgées, il est apparu
pertinent de développer un algorithme qui permette de générer la
grille AGGIR à partir du SMAF, puis de calculer le GIR. Ce module a
été intégré à la dernière version du logiciel. Des travaux
similaires en regard du volet 6 de GEVA, portant sur
l’autonomie fonctionnelle, pourraient être réalisés.
De l’étude évaluative aux recommandations
La méthodologie de la recherche a permis de développer une
collaboration étroite avec les équipes de chaque établissement afin
qu’elles puissent traduire au fur et à mesure leurs difficultés. La
réalisation de l’étude permet donc de proposer des lignes
directrices précises sur les conditions d’implantation du SMAF, un
instrument qui semble répondre aux attentes du secteur
médico-social pour l’évaluation des personnes âgées et des
personnes handicapées. Lors de futures implantations dans des
établissements similaires, il serait judicieux de planifier la mise
en œuvre en tenant compte des recommandations découlant de cette
étude (tableau 1).
Tableau 1 Recommandations pour l’implantation du SMAF et
du logiciel eSMAF® dans le secteur médico-social.
Recommendations for the establishment of the SMAF and the
software eSMAF® in the medico-social sector.
| Au plan stratégique• Engagement préalable
des institutionnels et des décideurs.• Information sur les étapes à
rencontrer et sur les exigences d’une implantation du SMAF auprès
des gestionnaires et des équipes cliniques.• Implication de tous
les acteurs impliqués directement ou indirectement au sein de
comités de coordination :– stratégique ;–
organisationnel ;– clinique.• Mise en place de mécanismes de
communication efficaces :– dans chaque milieu ;– entre
les partenaires.• Formation sur la démarche d’évaluation avec le
SMAFIntervenants évaluateurs :– 3 jours de
formation initiale répartis à raison d’une journée/semaine, au
maximum 1 mois et demi avant le début de la fenêtre
d’évaluation des patients ;– journée d’intégration des
connaissances 3 à 4 semaines après la formation
initiale ;– journée d’assistance lors des premières
évaluations dans chaque site par un formateur accrédité.Équipes
et autres personnels : notions de base sur la démarche
d’évaluation SMAF et sur l’utilisation du TAI :–
gestionnaires : présentation de la démarche d’évaluation SMAF
et utilisation clinique et administrative des profils Iso-SMAF.•
Déploiement informatiqueAuprès des gestionnaires :–
discussion sur l’apport du logiciel eSMAF® au plan
stratégique dans l’organisation ;– ressources informatiques à
prévoir :– en établissement : installation en réseau afin
de faciliter la saisie des évaluations et les réévaluations. La
disponibilité d’un ordinateur portable est aussi recommandée pour
les réunions d’équipes ;– pour les intervenants à
domicile : un ordinateur portable par intervenant et procédure
de transfert des données vers le serveur du milieu ;–
détermination d’une fenêtre d’évaluation des patients intensive et
réaliste.Auprès des utilisateurs :– identification d’un
référent eSMAF® dans l’organisation ;–
identification des utilisateurs du logiciel et détermination de
leurs besoins de formation pour l’utilisation de
l’informatique ;– arrimage de l’échéancier des formations avec
celui de l’installation du logiciel ;– choix de stratégies de
soutien diversifiées : manuel d’utilisation, aide en ligne,
turoriels en ligne, forum électronique, soutien téléphonique,
coaching, etc. ;– identification de la chaîne de
communication entre le référent SMAF et l’équipe informatique du
CESS.Actions auprès des ressources informatiques du
milieu :– identification des prérequis informatiques
disponibles ou à développer pour le fonctionnement du logiciel
eSMAF®, et pour assurer la sécurité et l’intégrité des
données ;– identification de la place du logiciel parmi les
autres systèmes de l’établissement ;– identification des
ressources informatiques de première ligne pour l’établissement
(interne ou externe) et de leur place dans la chaîne de
communication (soutien, mises à jour, etc.) ;– identification
des besoins de soutien en matière de gestion de l’information,
notamment pour la création des comptes utilisateurs et la gestion
de la base de données.• Soutien clinique et informatique accessible
et réactif :– suivi régulier des problèmes et irritants
rencontrés ;– correctifs et ajustements rapides ;–
encadrement étroit et suivi régulier de l’évolution de la mise en
œuvre. |
| Au plan organisationnel• Choix d’un pilote
adhérant au projet, disponible pour agir comme évaluateur, reconnu
par ses collègues et pour son leadership.• Élaboration d’un
plan d’action local compatible avec le plan d’action global
pré-établi :– formation d’évaluateurs en nombre suffisant,
selon le nombre de personnes à évaluer, la fenêtre d’évaluation
retenue et les spécificités organisationnelles ;– aménagement
des horaires de travail et ajout d’heures au besoin pour réaliser
les évaluations dans le temps imparti ;– planification de
rencontres entre les évaluateurs ;– tenue de rencontres
régulières des personnels des équipes.• Disponibilité et
accessibilité de l’équipement informatique en tout temps pour les
évaluateurs :– utilisation des TAI : adoption d’un
mécanisme de diffusion du TAI auprès des membres de l’équipe
intervenant auprès du patient. |
Conclusion
Suite aux résultats obtenus, nous pouvons conclure que
l’implantation SMAF et du logiciel eSMAF® dans les
établissements et organismes ayant participé au projet
PISE-Dordogne est un succès. La majorité des établissements sont
parvenus, malgré les difficultés rencontrées et avec quelques
ajustements, à atteindre l’objectif d’évaluer l’ensemble de leur
clientèle à l’aide de l’outil SMAF. Nous concluons donc qu’un
déploiement coordonné de la démarche SMAF dans les établissements
desservant les personnes âgées ou des personnes handicapées, tant à
domicile qu’en établissement, pose peu d’embÛches et répond aux
attentes des utilisateurs. Les constats faits au terme de cette
étude permettent d’émettre des recommandations structurées
concernant les conditions favorables à rechercher ou à développer
lors d’implantations futures.
Conflits d’intérêts: aucun.
Points clés • L’implantation de la démarche SMAF a été effectuée
dans des établissements médico-sociaux français. • La mise en
pratique de l’évaluation SMAF permet de montrer les adaptations,
les obstacles et les facteurs facilitants observés par l’équipe
d’évaluation. • Les obstacles et éléments favorables peuvent être
regroupés en trois catégories de facteurs : stratégiques,
organisationnels et individuels. • Les résultats de cette étude
permettront d’élaborer des recommandations pour l’utilisation
future de la démarche SMAF dans le secteur médico-social
français.
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