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Invasive cervical cancer treatment costs in France


Bulletin du Cancer. Volume 94, Number 2, 219-24, Février 2007, Article original

DOI : 10.1684/bdc.2007.0198

Résumé   Summary  

Author(s) : Patrick Arveux, Stève Bénard, Stéphane Bouée, Antoine Lafuma, Laurent Martin, Ludovic Cravello, Vanessa Rémy, J Gabrielle Breugelmans , Centre régional de lutte contre le cancer Georges-François Leclerc, 1, rue Professeur-Marion, 21000 Dijon, St[è]ve consultants, 14 rue Grenette, 69002 Lyon, CEMKA Eval, 43 boulevard du Maréchal Joffre, 92340 Bourg-la-Reine, Clinique des Ormeaux, 36, rue Marceau, 76600 Le Havre, Hôpital de la Conception, 147, boulevard-Baille, 13385 Marseille Cedex 05.

Summary : The objective of this study was to estimate the direct costs of invasive cervical cancer (ICC) management to the French national health insurance system the 1st year after ICC diagnosis. A retrospective survey was conducted in three centres in 2005, including 42 patients admitted for ICC between 2001-2003. Medical records were examined for data relating to treatments and to determine the management costs. To estimate the annual cost of ICC management in France, data were extrapolated to the general population. The number of new ICC cases in France was estimated at 3,247 in 2003. The mean hospitalisation cost increased with ICC severity at diagnosis : 9,164€ for stage I, 15,999€ for stage II, 22,697€ for stage III, and 26,886 € for stage IV. The annual cost associated with the medical management of ICC patients was estimated at 43,862,125€ (sensitivity range 32,973,461€ – 54,748,422€) corresponding to a mean patient cost of 13,509€. Recent HPV vaccination studies have shown 100 % for a quadrivalent (6,11,16,18) HPV vaccine against HPV-induced carcinoma in situ (FIGO stage 0/CIN3), a precursor lesion that may develop into ICC. Thus, it is expected that this vaccine will significantly reduce the socio-economic burden associated with this disease.

Keywords : invasive cervical cancer, cost, treatment, human papillomavirus

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ARTICLE

Auteur(s) : Patrick Arveux1, Stève Bénard2, Stéphane Bouée3, Antoine Lafuma3, Laurent Martin4, Ludovic Cravello5, Vanessa Rémy2, J Gabrielle Breugelmans2

1Centre régional de lutte contre le cancer Georges-François Leclerc, 1, rue Professeur-Marion, 21000 Dijon
2St[è]ve consultants, 14 rue Grenette, 69002 Lyon
3CEMKA Eval, 43 boulevard du Maréchal Joffre, 92340 Bourg-la-Reine
4Clinique des Ormeaux, 36, rue Marceau, 76600 Le Havre
5Hôpital de la Conception, 147, boulevard-Baille, 13385 Marseille Cedex 05

Article reçu le 26 Octobre 2006, accepté le 30 Octobre 2006

Chaque année, environ 33 500 nouveaux cas de cancers invasifs du col de l’utérus sont diagnostiqués en Europe et près de 15 000 femmes décèdent de cette pathologie [1]. En France, le nombre de nouveaux cas s’est élevé à 3 387 en 2000 [2], ce qui représente une incidence annuelle ajustée sur la population générale de 8 pour 100 000 [2]. Ainsi, le cancer du col de l’utérus représente, en France, le deuxième cancer le plus fréquent chez les jeunes femmes âgées de 18 à 44 ans [2]. Avec 1 000 décès en 2000, la mortalité annuelle du cancer du col de l’utérus ajustée sur la population générale est estimée à 1,9 pour 100 000 [2].Les papillomavirus humains (HPV) sont responsables de plus de 99,7 % des cancers du col utérin [3, 4]. Ces virus appartiennent à la famille des Papillomaviridae dont plus de 100 types différents ont été identifiés à ce jour [5]. Ils sont classés selon leur potentiel à transformer des cellules normales en cellules atypiques conduisant au développement de lésions cervicales intra-épithéliales (CIN) puis de cancers du col de l’utérus [6, 7]. Quinze types de papillomavirus retrouvés dans la muqueuse génitale ont été classés à haut risque oncogénique, dont les 16, 18, 31 et 45. Les types 16 et 18 sont responsables de plus de 70 % des cancers invasifs du col de l’utérus [8].La Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique (FIGO) a défini une classification pour définir l’extension des cancers du col de l’utérus [9]. Celle-ci répartit ces cancers en quatre stades. Le carcinome de stade I est strictement limité au col utérin. Le carcinome de stade II s’étend au-delà du col, mais sans atteindre les parois pelviennes, il affecte le vagin, mais pas au-delà de ses deux tiers supérieurs. Le carcinome de stade III s’est étendu à la paroi pelvienne, la tumeur touche le tiers inférieur du vagin. Le carcinome de stade IV s’est étendu au-delà du petit bassin ou a envahi la muqueuse de la vessie et/ou du rectum [10]. Des recommandations thérapeutiques ont été élaborées et publiées en 2000 par la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC) associée à la Société française d’oncologie gynécologique (SFOG), permettant une prise en charge thérapeutique adéquate en fonction du stade FIGO de ces lésions au moment du diagnostic [11].Dès 2003, le plan Cancer établi par le ministère de la Santé a mentionné le cancer du col de l’utérus comme une priorité de santé publique [12, 13]. Actuellement, seule une prévention secondaire est proposée pour prévenir ce type de cancer. Elle repose sur un dépistage fondé sur la pratique de frottis cervicovaginaux. Les dernières recommandations de l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation sanitaire (Anaes) publiées en 2002 recommandent de réaliser chez toutes les femmes âgées de 25 à 65 ans un frottis tous les 3 ans, après deux frottis annuels normaux [14]. Ce dépistage est individuel et la couverture de la population est estimée entre 53,6 % et 60 % [15, 16]. Il n’existe pas de campagne nationale organisée de dépistage du cancer du col en France. Cependant, des mesures sont mises en œuvre dans certains départements afin d’expérimenter des programmes pilotes de dépistage organisé [16].À ce jour, une seule étude s’est attachée à estimer les coûts de traitement du cancer du col de l’utérus en fonction de sa sévérité au moment du diagnostic en France. Elle a été réalisée il y a maintenant plus de dix ans et dans un seul établissement hospitalier [17]. L’arrivée prochaine d’un nouveau vaccin prophylactique prévenant les lésions précancéreuses et cancéreuses et les lésions génitales externes dues aux papillomavirus humains de types 6, 11, 16 et 18 nécessitera de déterminer les stratégies optimales de vaccination sur la base des bénéfices cliniques en regard des implications économiques. Dans ce contexte, il nous a semblé important de mettre à jour ces données et d’estimer le coût direct de prise en charge hospitalière du cancer invasif du col de l’utérus en France, selon la perspective de l’assurance-maladie.

Matériel et méthodes

Une enquête rétrospective a été réalisée dans trois centres spécialisés qui ont été choisis pour assurer une représentativité des types d’établissement spécialisés dans la prise en charge des cancers invasifs du col de l’utérus. Il s’agissait du CLCC de Dijon (centre Georges-François-Leclerc), du service de gynécologie du Centre hospitalo-universitaire (CHU) de Marseille (hôpital de la Conception) et d’un d’établissement privé, la clinique des Ormeaux au Havre.

Dans chacun de ces trois centres, 15 patientes ont été sélectionnées au hasard parmi l’ensemble des dossiers médicaux complets de patientes ayant eu un diagnostic de cancer invasif du col de l’utérus au cours de l’année 2003. Dans le centre privé du Havre, le nombre de cas était insuffisant en 2003. La période de sélection a donc été étendue aux cas diagnostiqués en 2001 et 2002. Les dossiers devaient permettre de recueillir l’ensemble des données sur la prise en charge des patientes jusqu’à un an suivant le diagnostic ou jusqu’au décès si celui-ci était survenu avant la fin de cette période. L’analyse a exclu la prise en charge des patientes présentant des diagnostics anatomopathologiques de type CIN1, CIN2, CIN3 et carcinome in situ (CIS) qui précèdent le stade invasif.

Pour chaque patiente, les informations sur l’historique de la maladie (date, âge et stade FIGO au moment du diagnostic) et sur la prise en charge durant la première année suivant le diagnostic (nombre d’hospitalisations avec leurs motifs et leurs durées respectives, examens réalisés, nombre de séances de radiothérapie ou de chimiothérapie en ambulatoire et en hôpital de jour) ont été collectées. Cette revue complète des dossiers médicaux a permis de déterminer les consommations moyennes de ressources par niveau de sévérité. Les consultations et traitements réalisés en ambulatoire ainsi que les arrêts de travail n’ont pas été considérés dans cette analyse, ces données n’étant pas renseignées de façon exhaustive dans les dossiers hospitaliers des patients.

L’analyse de coûts s’est fondée sur les données du Programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI) pour les hospitalisations en secteur public (CLCC et CHU) [18]. En effet, en France, ce système permet d’estimer le coût de chaque hospitalisation à partir d’un échantillon de 48 établissements ayant renseigné 2,7 millions de séjours hospitaliers en 2003. Chaque hospitalisation est associée à un GHM (groupe homogène de malades) qui est lui-même associé à un coût comportant une part fixe et une part variable dépendant du nombre de jours d’hospitalisation. Ainsi, chaque motif d’hospitalisation recueilli dans les dossiers médicaux des patientes a été codé en GHM et valorisé en prenant en compte le coût fixe de chaque GHM et les durées d’hospitalisation des patientes. Pour les séjours hospitaliers réalisés en secteur privé, seuls les coûts de l’établissement ont été pris en compte car les données provenant du PMSI du secteur privé sont trop anciennes et reposent sur un échantillon trop petit. Les coûts unitaires des actes de radiologie ont été extraits de la nomenclature générale des actes professionnels (NGAP) [19]. Ainsi, le coût de prise en charge la première année suivant le diagnostic a été estimé pour chaque patiente en multipliant les consommations de soins par les coûts unitaires correspondants. Un coût direct moyen par stade FIGO a ensuite été calculé pour les stades I (IA1 à IB2), II (IIA à IIB), III (IIIA à IIIB) et IV, selon la perspective de l’assurance-maladie. Les coûts indirects n’ont pas été inclus dans cette analyse.

Une analyse de sensibilité a été réalisée en appliquant les valeurs inférieures et supérieures des intervalles de confiance à 95 % des estimations de coût.

L’estimation du coût direct annuel du cancer invasif du col de l’utérus en France a pu être réalisée en combinant l’incidence annuelle de la maladie, la distribution des patientes par stade FIGO au moment du diagnostic et les coûts directs moyens de traitement par stade FIGO. À ce jour, aucune étude française n’a rapporté de données permettant de renseigner la répartition des cancers du col de l’utérus par stade FIGO au moment du diagnostic. Ces informations ont donc été collectées dans le CLC de Dijon et le CHU de Lyon. Il s’agit de deux centres importants de prise en charge de ces cancers [19]. Le nombre de nouveaux cas de cancer du col en France a été estimé en utilisant les données épidémiologiques de l’Institut national de veille sanitaire (InVS) pour l’année 2000 [2].

Résultats

Au total, 42 dossiers de patientes hospitalisées pour un cancer du col de l’utérus, provenant de 3 centres anticancéreux, ont été inclus et analysés. Dans le centre de Marseille, 14 dossiers correspondaient aux critères d’inclusion et ont donc été sélectionnés pour l’étude. Dans le centre de Dijon, 15 ont été sélectionnés aléatoirement parmi les 33 qui correspondaient aux critères d’inclusion. Parmi ces 15, 2 ont été exclus de l’analyse car le cancer était à un stade non invasif (carcinome in situ). Dans le centre du Havre, 15 patientes ont été sélectionnées. Les 42 patientes ont été classifiées selon la sévérité du cancer du col de l’utérus (stades FIGO I à IV) au moment du diagnostic et l’âge moyen des patientes par stade FIGO a été calculé (tableau 1)( Tableau 1 ).

Prise en charge des patientes

Parmi les 42 patientes hospitalisées pour un cancer invasif du col de l’utérus, 10 présentaient un stade 1A au moment du diagnostic ; elles ont toutes été traitées par chirurgie, principalement par colpohystérectomie élargie associée ou non à une curiethérapie intravaginale, pouvant être également associée à une lymphadénectomie pelvienne.

Dix patientes ont été diagnostiquées avec un stade 1B. Leur traitement reposait essentiellement sur la chirurgie par une colpohystérectomie élargie associée ou non à une curiethérapie et à une radiothérapie externe, pouvant être complétées par une chimiothérapie. Lorsqu’une lymphadénectomie pelvienne était également réalisée, une curiethérapie, une radiothérapie externe et une chimiothérapie étaient systématiquement associées.

Douze patientes ont été diagnostiquées avec un stade II et ont été principalement traitées par chirurgie (principalement une colpohystérectomie élargie), associée à une radiothérapie externe pouvant être soit précédée d’une curiethérapie, soit associée à une chimiothérapie. Lorsqu’une lymphadénectomie pelvienne était également réalisée, une curiethérapie, une radiothérapie externe et une chimiothérapie étaient systématiquement administrées.

Les 6 patientes diagnostiquées avec un stade III ont toutes été traitées par radiothérapie externe, associée ou non à une chimiothérapie. Certaines ont eu une laparotomie ou une cœlioscopie exploratrice.

Enfin, les 4 patientes diagnostiquées avec un stade IV ont subi une radiothérapie externe, une chimiothérapie ou une association des deux. Une seule patiente a subi une pelvectomie.
Tableau 1 Coût de la première année de prise en charge du cancer du col de l’utérus selon le stade FIGO

Stade FIGO

Nombre de patientes

Âge moyen (min-max)

Coût (€)

Moyenne

Écart-type

Intervalle de confiance à 95 %

Médiane

I

20

53 (32-81)

9 164

4 818

7 052-11 275

9 295

II

12

56 (42-83)

15 999

6 500

12 321-19 676

16 155

III

6

64 (51-78)

22 697

9 312

15 246-30 148

23 086

IV

4

59 (52-64)

26 886

5 490

21 506-32 267

27 344

Analyse de coûts de prise en charge

Toutes les procédures mentionnées dans les dossiers hospitaliers des patientes ont été codées en groupes homogènes de malades (GHM) et ont été ainsi valorisées en tenant compte du coût de chaque GHM et des durées d’hospitalisation des patientes.

Le coût direct de la prise en charge du cancer du col des femmes suivies dans l’étude au cours de la première année suivant le diagnostic variait de 2 631 à 39 116 € pour l’assurance-maladie, selon les patientes et le stade au diagnostic. Le coût direct moyen par stade FIGO était de 9 164 € (IC95 % = [7 052-11 275]) pour un stade I, 15 999 € (IC95 % = [12 321-19 676]) pour un stade II, 22 697 € (IC95 % = [15 246-30 148]) pour un stade III et 26 886 € (IC95 % = [21 506-32 267]) pour un stade IV (tableau 1). Les coûts médians étaient peu différents des coûts moyens.

La ( figure 1 ) rapporte la répartition des coûts par stade selon le poste de consommation de soins (chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie et autres postes de consommations de soins). Le coût de la chirurgie est plus important pour le stade II (7 049 €) que pour les stades I (4 550 €) et III (3 158 €). Le coût important de la chirurgie pour le stade IV est principalement dû à une patiente qui a été hospitalisée 42 jours pour une pelvectomie. Le coût lié aux traitements par chimiothérapie augmente avec le stade de la maladie de 1 298 € pour le stade I à 8 428 € pour le stade IV. Le coût des séances de radiothérapie augmente également avec le stade, sauf pour le stade IV (2 034 €) pour lequel ce coût est comparable à celui du stade I (2 394 €). Les autres coûts concernent des consommations de soins en rapport avec le bilan initial et les soins palliatifs. Le montant de ce coût est peu élevé pour le stade I (922 €) puis augmente de façon importante jusqu’à 10 630 € pour le stade IV.

Estimation du coût direct annuel du cancer invasif du col de l’utérus en France

En France, le nombre de nouveaux cas de cancer invasif du col de l’utérus était de 3 387 en 2000 [2]. Entre 1995 et 2000, l’incidence a diminué annuellement de 1,4 % selon l’étude d’Exbrayat [2]. En appliquant cette décroissance annuelle aux nombres de cas observés en 2000, le nombre total de nouveaux cancers du col de l’utérus a été estimé à 3 247 cas pour l’année 2003.

Afin d’estimer la répartition des cancers du col de l’utérus en France par stade FIGO au moment du diagnostic, deux registres exhaustifs non publiés ont été utilisés [20]. Il s’agissait du registre du CLC de Dijon, regroupant 516 cancers diagnostiqués entre 1982 et 1997, et celui du CHU de Lyon, regroupant 250 cancers diagnostiqués entre 2000 et 2005. L’estimation de la répartition globale des cancers par stade FIGO en France a été réalisée en calculant la médiane entre ces deux sources de données (tableau 2)( Tableau 2 ). Ainsi, 60,4 % des nouveaux cas de cancer invasif du col de l’utérus ont été diagnostiqués à un stade I, 19,4 % à un stade II, 13,4 % à un stade III et 6,8 % à un stade IV (tableau 2). Le nombre de nouveaux cas de cancer par stade FIGO a pu être calculé en appliquant ces pourcentages aux 3 247 nouveaux cas estimés de cancers du col observés en 2003 (tableau 2).

Les coûts directs des cancers invasifs du col de l’utérus par stade FIGO, la première année suivant le diagnostic, ont été calculés, selon la perspective de l’assurance-maladie, en multipliant le nombre de cas de cancer par stade FIGO par les coûts directs moyens respectivement associés (tableau 3)( Tableau 3 ). Une analyse de sensibilité a été réalisée en appliquant les valeurs inférieures et supérieures des intervalles de confiance à 95 % des estimations de coûts. Ainsi, le coût direct total associé à la prise en charge du cancer du col utérin en France la première année suivant le diagnostic a été estimé à 43,9 millions d’euros pour l’assurance-maladie, avec un intervalle de sensibilité entre 33 et 54,7 millions d’euros, selon les valeurs inférieures et supérieures des intervalles de confiance. La prise en charge des stades I la première année suivant le diagnostic représentait 18 millions d’euros, les stades II 10 millions, les stades III 9,9 millions et les stades IV 5,9 millions en 2003. Le coût direct moyen annuel par patiente était de 13 509 € la première année suivant le diagnostic.
Tableau 2 Nombre de cancers du col de l’utérus par stade FIGO au CLCC de Dijon sur la période de 1982 à 1997, et au CHU de Lyon sur la période de 2000 à 2005 et extrapolation à la France entière pour l’année 2003 [19]

Stade FIGO

CLCC Dijon

CHU Lyon

Médiane

Estimation du nombre annuel de cancers du col de l’utérus en France

Nombre de patientes

%

Nombre de patientes

%

I

266

51,5

173

69,2

60,4

1 961

II

126

24,4

36

14,4

19,4

630

III

87

16,9

25

10,0

13,4

435

IV

37

7,2

16

6,4

6,8

221

Total

516

100

250

100

100

3 247


Tableau 3 Coût annuel de la prise en charge des cancers du col de l’utérus par stade FIGO en France en 2003

Stade FIGO

Estimation basse (€)

Estimation moyenne (€)

Estimation haute (€)

I

13 830 298

17 972 327

22 112 395

II

7 761 220

10 078 058

12 394 267

III

6 633 504

9 875 419

13 117 335

IV

4 748 439

5 936 321

7 124 425

Coût total

32 973 461

43 862 125

54 748 422

Coût moyen par patient

10 156

13 509

16 861

Discussion

Cette étude est la première à avoir estimé le coût direct annuel du cancer invasif du col de l’utérus en France selon la perspective de l’assurance-maladie. Ses résultats permettent d’estimer les coûts directs par stade FIGO et donc de réajuster le coût direct total selon l’incidence et la répartition des cancers par stade de la maladie au moment du diagnostic. Ils montrent que les coûts directs de la première année de prise en charge de cette maladie représentaient environ 44 millions d’euros pour l’assurance-maladie en France en 2003.

Cette étude permet de donner une estimation réaliste du coût direct annuel du cancer du col de l’utérus en France mais l’interprétation de ses résultats présente certaines limites. En effet, elle a intégré un faible nombre de centres hospitaliers qui pourrait ne pas être représentatif de l’ensemble des centres prenant en charge ce type de patientes en France. Néanmoins, les trois centres sélectionnés reflètent la diversité des pratiques, par l’inclusion de deux types d’établissement public (CHU et CLCC) ainsi qu’une clinique privée. Une autre limite de cette étude est le faible nombre de patientes incluses, 42 au total. Ce nombre a néanmoins été suffisant pour que les intervalles de confiance des estimations de coûts et pour que les résultats des analyses de sensibilité réalisées soient acceptables. Par ailleurs, le coût direct moyen augmente selon la sévérité de la maladie, ce qui est en accord avec des résultats précédemment publiés en Grande-Bretagne [21].

Les données de ce travail concernent la prise en charge de patientes durant l’année 2003 et il est possible que certaines pratiques aient changé depuis cette date. Les dernières recommandations émises sont celles de la FNCLCC et de la SFOG en avril 2000 [12]. Celles-ci n’ont, à notre connaissance, pas été remises en cause depuis leur publication. La disponibilité plus simple du Pet-scan tend à augmenter le recours à cet examen à la place d’un simple scanner lors du bilan initial, mais la prise en charge des deux examens par l’assurance-maladie est identique. La chimiothérapie tend à se généraliser dans les stades Ib2, ce qui pourrait conduire à augmenter légèrement le coût de prise en charge pour ces patientes.

Par ailleurs, le protocole de l’étude a permis de valoriser uniquement les consommations de soins mentionnées dans les dossiers médicaux hospitaliers. Par exemple, certains traitements et examens réalisés en ambulatoire n’ont pas pu être pris en compte ainsi que certaines hospitalisations effectuées dans d’autres hôpitaux non mentionnées dans les dossiers médicaux. De plus, cette étude permettait uniquement de collecter les consommations de soins la première année suivant le diagnostic, ce qui sous-estime le coût de la prise en charge globale de cette maladie. Il n’est pas rare qu’une patiente soit suivie plusieurs années après le diagnostic de son cancer. Ces coûts observés après la première année de prise en charge ont été estimés au Royaume Uni à 20 % du coût total de la prise en charge globale [20], soit un coût additionnel à celui de la première année de 25 %. Enfin, les coûts indirects liés aux arrêts de travail n’ont pas été estimés, sous-estimant certainement le coût réel de la maladie, particulièrement chez ces femmes souvent jeunes. L’ensemble de ces données laissent donc à penser que les résultats présentés dans cette étude sont conservateurs et sous-estiment les coûts réels de cette maladie en France.

Les coûts unitaires issus du PMSI ont été utilisés afin de valoriser les hospitalisations des deux hôpitaux publics, comme le recommande le Collège des économistes de la santé (CES) [22]. En revanche, les coûts unitaires utilisés pour le centre privé du Havre ont été ceux facturés par l’établissement. Bien que les coûts facturés par ce centre ne soient probablement pas représentatifs de l’ensemble des centres privés en France, cette approche est plus juste que l’utilisation des données du PMSI des centres hospitaliers privés, reposant sur des données datant de 1999 et sur un faible nombre de centres.

La répartition des cancers par stade FIGO à partir de données issues du CLCC de Dijon pour la période 1982 à 1997 et du CHU de Lyon pour la période 2000 à 2005 a été utilisée pour cette étude [19]. Ces données ne sont probablement pas représentatives de la France entière mais, à ce jour, elles ne sont pas disponibles dans des sources publiées.

La plupart des études de coût sur le cancer du col de l’utérus se sont intéressées uniquement au dépistage [23, 24]. Les coûts de prise en charge des cancers du col de l’utérus sont le plus souvent approchés à l’aide d’estimations globales des ressources mobilisées [25] ou de modèles reposant sur des protocoles de traitement, pouvant être différents de la pratique clinique réelle [26, 27]. À ce jour, une seule étude réalisée dans le service de gynécologie du CHU de Besançon a estimé le coût de prise en charge des cancers du col de l’utérus selon la sévérité de la maladie au moment du diagnostic [18]. Le coût réel du traitement par hystérectomie des carcinomes micro-invasifs (stade IA de la classification FIGO) a été estimé par une enquête prospective au cours de laquelle 15 patientes ont été suivies. Le calcul du coût de la première année de traitement des cancers de stade IB et plus a été réalisé à partir de l’étude rétrospective de 24 dossiers de cancers invasifs du service de radiothérapie du CHU de Besançon. Le coût réel moyen du traitement des cancers micro-invasifs par hystérectomie était de 15 867 FF (2 419 €). Le coût moyen de la première année de traitement des cancers à invasion limitée (stades IB et IIA de la classification FIGO) était de 61 540 FF (9 382 €) et celui des cancers à invasion étendue (stades IIB, III et IV de la classification FIGO) était de 145 314 FF (22 153 €). Les comparaisons de ces résultats avec ceux observés dans cette étude sont difficiles car les regroupements par stade FIGO étaient différents. Néanmoins, les montants estimés dans ces deux études sont du même ordre de grandeur.

Un vaccin préventif quadrivalent dirigé contre les papillomavirus humains de types 6, 11, 16 et 18 a montré une efficacité de 100 % dans la prévention des lésions précancéreuses (CIN2 et 3), des carcinomes in situ (CIS), ainsi que des lésions génitales externes dues aux types inclus dans le vaccin [28, 29]. Un tel vaccin pourrait rapidement être inclus dans une stratégie de prévention primaire contre le cancer du col de l’utérus. Afin de préparer la mise à disposition de cette nouvelle stratégie, une analyse approfondie des données épidémiologiques, médicales et pharmacoéconomiques sera nécessaire pour évaluer les bénéfices cliniques potentiels de cette nouvelle stratégie de prévention. Les résultats de cette étude montrent dès à présent qu’une stratégie efficace de prévention pourrait réduire considérablement le poids socioéconomique du cancer invasif du col de l’utérus en France.

Références

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