ARTICLE
Avec l'émergence des problèmes de sécurité sanitaire,
la iatrogénie médicamenteuse est devenue une priorité
de santé publique. La morbidité est importante. Une méta-analyse
réalisée sur 69 187 admissions hospitalières, a montré
que le taux moyen des admissions liées à des accidents médicamenteux
(hors intoxications volontaires) était de 5,1 %, avec un taux de
létalité global de 5 % [5]. Outre les propriétés
intrinsèques des médicaments, c'est leur bonne utilisation
qui est en cause. Celle-ci conditionne à la fois l'efficacité
des traitements et la réduction des risques qui leur sont liés.
Elle dépend non seulement du médecin prescripteur et du pharmacien
dispensateur, mais également du comportement du patient consommateur.
La revue des études publiées réalisée par Einarson
permet d'évaluer les admissions pour défaut d'observance du
traitement à 6,5 % [IC à 95 % : 2,1 %-10,8 %] de toutes les
admissions et 22,7 % [IC à 95 % : 17,2 %-28,3 %] des admissions pour
effets adverses des médicaments. Deux origines sont possibles à
la mauvaise observance : soit un comportement volontaire de la part du patient
(prise excessive d'antalgiques ou d'antitussifs, automédication)
couplé à un manque d'information sur les risques d'effets
secondaires des médicaments, soit une mauvaise compréhension
des posologies ou des modalités d'administration du traitement. De
fait, les quelques travaux réalisés sur les connaissances
de patients de ville hospitalisés pour effets adverses des médicaments,
ont montré que celles-ci étaient très souvent insuffisantes
[3]. Les personnels de santé ont donc un rôle essentiel à
jouer à ce niveau.
Le code de la santé publique, le code de déontologie médicale,
la charte du patient hospitalisé, l'Agence nationale d'accréditation
et d'évaluation en santé, précisent en des termes
voisins ce que doit être l'information du patient. Celle-ci concerne
à la fois l'état de santé du patient et les traitements
proposés. Elle doit être loyale, claire et appropriée,
« afin que le patient puisse participer pleinement, notamment aux
choix thérapeutiques qui le concernent et à leur mise en
uvre quotidienne... » (charte du patient hospitalisé).
Les jurisprudences administrative et judiciaire ont suivi cette évolution
du droit, en étendant considérablement l'obligation d'information
qui incombe aux médecins. Le code de déontologie médicale
précise en outre que « le médecin doit formuler ses
prescriptions avec toute la clarté indispensable, veiller à
leur compréhension par le patient et son entourage et s'efforcer
d'en obtenir la bonne exécution ». Comme tout acte thérapeutique,
la mise en uvre d'un traitement médicamenteux doit être
réalisée dans le respect des besoins et des attentes du
patient.
La connaissance des médicaments et de leurs modalités
d'administration est à la base de l'observance des schémas
thérapeutiques proposés par le médecin, elle-même
indispensable à une réussite optimale du traitement. La
qualité de l'information délivrée au moment de la
prescription doit donc contribuer à la fois à améliorer
l'efficacité du traitement et à réduire les risques
médicamenteux, en diminuant la fréquence et la gravité
d'effets indésirables grâce à une meilleure vigilance
du patient [9].
En France, si quelques études ont mis en évidence le manque
de connaissances des patients de ville [1-4], rares sont celles portant
sur des prescriptions faites en milieu hospitalier ; de plus, celles-ci
concernent le plus souvent des classes pharmacologiques très spécifiques
[14].
Les patients hospitalisés sont en permanence en contact avec
les équipes soignantes. On peut donc penser qu'ils ont davantage
l'opportunité de recevoir les informations utiles sur leurs traitements
: posologies, modalités d'administration, effets indésirables
potentiels.
Les objectifs de notre étude en milieu hospitalier étaient
:
1) d'évaluer le niveau d'information des patients quant aux caractéristiques
et aux risques de leurs traitements ;
2) de connaître les classes thérapeutiques pour lesquelles
l'information était insuffisante ;
3) de connaître le profil des patients les moins bien informés
;
4) de rechercher d'éventuelles associations entre le niveau d'information
et certaines caractéristiques et attitudes du patient.
Patients et méthode
Il s'agissait d'une étude descriptive transversale réalisée
en décembre 1998 sur deux échantillons représentatifs
de patients adultes soignés dans un CHU parisien.
Deux populations étaient visées : d'une part les patients
hospitalisés sortants, d'autre part les patients vus en consultation
externe. Chaque échantillon était constitué de 200
patients. Le calcul de la taille des échantillons a été
effectué en prenant pour hypothèse une proportion de patients
informés la plus défavorable sur la plan statistique (soit
50 %), pour obtenir une précision de ± 7 % de l'estimation
ponctuelle (IC à 95 %) de l'information du patient.
Les échantillons ont été constitués de la
manière suivante :
- pour les consultants : les enquêteurs ont consacré une
journée à chaque spécialité représentée,
interrogeant les personnes à leur sortie de consultation ;
- pour les patients sortants : les enquêteurs ont interrogé
les personnes passant au point d'accueil au fur et à mesure qu'ils
se présentaient, soit une dizaine de personnes par enquêteur
et par jour.
Dans les deux populations, les patients sans ordonnance médicamenteuse
n'étaient pas inclus.
Les variables étudiées concernaient :
- les caractéristiques socio-démographiques : âge,
sexe, spécialité d'hospitalisation ou de consultation, niveau
d'études, catégorie socio-professionnelle, durée
de résidence en France, maîtrise de la langue française
évaluée par la compréhension des questions posées
;
- pour chaque médicament, les informations connues par le patient
(indication, modalités d'administration, horaires de prise, durée
du traitement, effets secondaires), ainsi que le niveau de satisfaction
du patient quant à l'information reçue (quatre classes,
de « tout à fait satisfait » à « pas du tout
satisfait ») ;
- l'attitude du patient : demande d'information au médecin sur
le traitement, lecture des notices d'utilisation, supervision personnelle
du traitement.
Les médecins n'étaient pas informés du jour de
l'enquête. Leurs habitudes en termes d'information n'ont donc pas
été modifiées.
Les données étaient recueillies par interview des patients.
Lorsqu'un patient n'était pas en mesure de répondre lui-même,
la personne qui l'accompagnait était interrogée, toujours
en présence du patient. Cette interview était réalisée
dans un lieu à l'écart, dans le respect de la confidentialité
et du secret médical. Les données ont été
recueillies à l'aide d'un questionnaire standardisé identique
pour les deux échantillons.
Les questions étaient posées sous la forme suivante et
les réponses attendues pour chaque médicament :
- « Considérez-vous être bien informé sur votre
traitement ? » ;
- « Savez-vous à quoi sert votre traitement ? »
- « Connaissez-vous la durée de votre traitement ? »
;
- « Savez-vous comment prendre votre traitement ? » ;
- « Savez-vous quand prendre votre traitement ? » ;
- « Vous a-t-on informé des éventuels effets secondaires
de votre traitement ? »
L'équipe d'enquête était constituée d'un
responsable de la cellule qualité de l'hôpital et d'un gestionnaire
de risques du département de santé publique.
Après validation des données (vérification de l'exhaustivité
et de la cohérence), celles-ci ont été analysées
indépendamment pour chaque population étudiée. Un
score de connaissance global du traitement a été calculé
pour chaque patient : pour chaque médicament prescrit, chaque information
connue comptait un point ; puis le total a été rapporté
au nombre de médicaments prescrits au patient. Le score global
final par patient allait donc de 0 (connaissance nulle pour tous les médicaments)
à 5 (connaissance des cinq informations pour tous les médicaments).
Le plan d'analyse comprenait la description de chaque échantillon,
l'estimation ponctuelle et par intervalle de la fréquence de chaque
information et du niveau de satisfaction (intervalle de confiance à
95 %), la recherche d'associations entre les niveaux d'information ou
de satisfaction et différentes caractéristiques ou attitudes
des patients par les tests statistiques appropriés (comparaisons
de pourcentages par le test du khi2 et comparaisons de moyennes
par analyse de la variance, au seuil de signification de 5 %).
Le logiciel utilisé était Epi-info version 6.0.
Résultats
Population étudiée
Deux cent douze patients de 18 spécialités médicales
et chirurgicales ont été interrogés en consultation,
et 197 patients de 17 spécialités au point d'accueil des
sortants.
Aux consultations comme chez les sortants, 60 % des patients étaient
des hommes. Les patients sortant d'hospitalisation étaient très
légèrement plus âgés que les consultants (49,3
ans en moyenne versus 47,4 ans, les médianes étant
respectivement de 50 et 46 ans). Le tableau
I montre la répartition des patients par niveaux d'études
et par catégories socio-professionnelles. Dans les deux échantillons,
94 % des patients résidaient en France depuis plus de 5 ans. Huit
pour cent des consultants et 5 % des patients sortants comprenaient mal
le français.
Résultats chez les consultants
Quatre consultants (2 %) ignoraient qu'ils avaient un traitement médicamenteux
prescrit.
Chaque patient avait en moyenne 2,4 médicaments prescrits (étendue
: de 1 à 8). Les classes pharmacologiques les plus prescrites étaient
les médicaments à visée cardiovasculaire (15 %),
métabolique et endocrinienne (11 %), anti-infectieux (9 %), neuro-psychiatrique
(8 %), antalgique (8 %), antiviraux (7 %), médicaments à
visée dermatologique (7 %) et à visée gastrique (7
%).
La moitié des patients étaient tout à fait satisfaits
de l'information reçue sur leurs traitements ; seuls neuf patients
(4 %) étaient moyennement ou pas du tout satisfaits. Ces neuf patients
ne différaient pas des autres pour la spécialité,
le sexe, l'âge, le niveau d'études, la durée de résidence
en France ou la compréhension du français. Mais six de ces
neuf patients étaient des employés, alors que cette catégorie
socio-professionnelle ne représentait que le quart de la population
enquêtée.
La totalité des informations était connue pour 44 % [IC
à 95 % : 40 %-48 %] des médicaments prescrits. Soixante-dix-sept
pour cent [IC à 95 % : 71 %-83 %] des consultants avaient un score
de connaissance supérieur ou égal à 4, et 36 % [IC
à 95 % : 30 %-42 %] avaient un score de 5. Ce score n'était
pas lié au nombre de médicaments prescrits.
Les médicaments les moins bien connus étaient ceux à
visée ORL ou ophtalmologique (tableau
II). Pour toutes les classes thérapeutiques à l'exception
des antiviraux, les effets secondaires représentaient l'information
la moins bien connue.
Il existait une association significative (p < 10- 3)
entre le degré de satisfaction des patients et leur score de connaissance
(tableau III).
Quatre-vingt-six pour cent [IC à 95 % : 81 %-91 %] des consultants
ont déclaré lire habituellement la notice des médicaments
et 59 % [IC à 95 % : 52 %-66 %] avoir posé des questions
au médecin. Ces deux attitudes sont associées puisque 62
% des « lecteurs » ont posé des questions, versus
40 % des « non-lecteurs » (p < 0,05). Les patients
moyennement ou pas du tout satisfaits ont posé moins de questions
que les patients satisfaits ou tout à fait satisfaits (22 % versus
61 %, p < 0,05). Quatre-vingt-sept pour cent des consultants
ayant posé des questions au médecin avaient un score de
connaissance supérieur ou égal à 4, versus
63 % de ceux n'ayant pas posé de questions (p < 10-
4).
Quatre-vingt-douze pour cent [88 %-96 %] des patients interrogés
géraient eux-mêmes leur traitement.
Résultats chez les patients sortants
Dix-sept patients sortants (9 %) ignoraient qu'ils avaient un traitement
médicamenteux prescrit.
Chaque patient avait en moyenne trois médicaments prescrits (étendue
: de 1 à 12). Les classes pharmacologiques les plus prescrites
étaient les antalgiques (21 %), les médicaments à
visée cardiovasculaire (21 %), les médicaments à
visée métabolique et endocrinienne (14 %), neuro-psychiatrique
(8 %), les anti-infectieux (7 %) et les médicaments à visée
gastrique (7 %).
Quatre-vingt-sept pour cent [IC à 95 % : 82 %-92 %] des patients
étaient tout à fait satisfaits ou satisfaits de l'information
reçue sur leurs traitements ; 5 % [IC à 95 % : 2 %-8 %]
n'étaient pas du tout satisfaits. Les 25 patients moyennement ou
pas du tout satisfaits ne différaient pas des autres pour la spécialité,
le sexe, l'âge, le niveau d'études, la durée de résidence
en France ou la compréhension du français. Les artisans
représentaient la catégorie socio-professionnelle la moins
satisfaite (5 sur 8 étaient moyennement ou pas du tout satisfaits).
La totalité des informations n'était connue que pour 17
% [IC à 95 % : 14 %-20 %] des médicaments prescrits. Quarante-trois
pour cent [IC à 95 % : 36 %-50 %] des sortants avaient un score
de connaissance supérieur ou égal à 4, et 14 % [IC
à 95 % : 9 %-19 %] avaient un score de 5. Ce score n'était
pas lié au nombre de médicaments prescrits.
Seuls les corticoïdes et les médicaments à visée
immunologique étaient connus de manière satisfaisante (au
moins quatre informations sur cinq étaient connues chaque fois
que le médicament était prescrit) (tableau
IV). Pour les antalgiques et les médicaments cardiovasculaires,
qui étaient les plus prescrits, seules trois informations sur cinq
en moyenne étaient connues. Les médicaments les moins bien
connus étaient ceux à visée ophtalmologique, pour
lesquels une seule information en moyenne était connue.
Il existait une association significative (p < 10- 5)
entre le degré de satisfaction des patients et leur score de connaissance
(tableau III).
Soixante et onze pour cent [IC à 95 % : 65 %-77 %] des patients
ont déclaré lire habituellement la notice des médicaments.
En revanche, seuls 38 % [IC à 95 % : 31 %-45 %] ont posé
des questions au médecin, sans qu'il y ait de différence
entre les « lecteurs » et les « non-lecteurs ». Les
patients moyennement ou pas du tout satisfaits ont posé moins de
questions que les patients satisfaits ou tout à fait satisfaits
(24 % versus 40 %, p = 0,11).
64 % des patients ayant posé des questions au médecin
avaient un score de connaissance supérieur ou égal à
4, versus 30 % de ceux n'ayant pas posé de questions (p
< 10- 5).
Quatre-vingt-onze pour cent [IC à 95 % : 87 %-95 %] des patients
sortants géraient eux-mêmes leur traitement.
Discussion
Notre étude a porté sur deux échantillons de taille
suffisante, probablement représentatifs des patients passant par
le point d'accueil des sortants ou vus en consultation au CHU. Les retraités,
les employés et les inactifs représentent les deux tiers
environ de chaque échantillon. Seuls 6 % des patients résident
en France depuis moins de 5 ans, et moins de 10 % comprennent mal le français.
L'intérêt d'étudier les consultants et les patients
hospitalisés sur un même site réside dans le fait
que la population couverte est à peu près identique (même
localisation géographique, mêmes niveaux socio-éducatifs),
et donc que les différences observées dans la connaissance
des traitements entre les consultations et les sorties d'hospitalisation
ne sont pas liées à des différences sensibles de
populations.
Seuls deux patients ont refusé de répondre, ce qui traduit
une bonne acceptabilité et même un intérêt réel
pour le sujet de l'enquête.
Il faut souligner tout d'abord que 17 patients sortants (9 %) ignoraient
qu'ils avaient une prescription médicamenteuse. Par extrapolation,
on peut estimer qu'environ 20 malades sortent chaque jour de l'hôpital
sans savoir qu'ils ont une ordonnance. Ces patients-là ont évidemment
un risque important de ne pas suivre le traitement prescrit.
Le nombre de médicaments prescrits ainsi que les classes pharmacologiques
sont à peu près identiques dans les deux groupes, les médicaments
cardiovasculaires dominant la prescription. Les antalgiques sont beaucoup
plus fréquents en sortie d'hospitalisation.
Quatre-vingt-seize pour cent des consultants et 87 % des sortants sont
satisfaits ou tout à fait satisfaits de l'information reçue
sur leur traitement. Ces résultats sont similaires à ceux
de la littérature (87 % dans l'étude de Falvo [7]). Les
patients les moins satisfaits ne sont pas des patients présentant
des difficultés d'ordre socio-démographique (par exemple,
une mauvaise maîtrise du français), mais leurs catégories
socio-professionnelles diffèrent des autres : il s'agit essentiellement
d'employés aux consultations et d'artisans chez les sortants, sans
qu'il soit possible d'expliquer simplement ces résultats, ni de
les comparer à d'autres études françaises.
D'une manière générale, les patients vus en consultation
sont mieux informés que les sortants, puisque 77 % des consultants
et 43 % des sortants connaissent au moins 4 informations sur l'ensemble
de leur traitement. Dans les deux populations, les informations les mieux
connues sont celles concernant les aspects pratiques de la prise des médicaments,
c'est-à-dire les modalités et les horaires de prise. Il
est normal que la durée de traitement ne soit pas systématiquement
connue puisque, fréquemment, elle n'est pas définie, en
particulier pour les maladies chroniques. En revanche, il est plus surprenant
que l'indication de chaque médicament ne soit connue que dans les
deux tiers des cas chez les malades sortants. Elle est mieux connue chez
les consultants (89 %), avec un pourcentage de connaissance identique
à celui de l'étude de McCormack [13]. Une étude américaine,
qui a trouvé chez des consultants un résultat identique
à celui de nos sortants, a montré l'importance capitale
que revêt cette information : dans cette étude, lorsque l'indication
de chaque médicament était connue (et ce jusqu'à
cinq médicaments), les patients commettaient moins d'erreurs dans
les horaires de prise [11]. Quant aux effets secondaires, ils ne sont
connus que dans moins de la moitié des cas en consultation (33
% dans l'étude de McCormack) et dans un cas sur cinq chez les sortants.
Contrairement à ce qui a été trouvé par
ailleurs [11, 13], le score de connaissance dans notre étude ne
dépend pas du nombre de médicaments prescrits. Une étude
portant sur 1 367 patients d'âge moyen, vus en consultation externe
et dans un service d'urgences, a montré des résultats similaires
[17].
La faiblesse globale de l'information des patients sortant d'hospitalisation
a été illustrée dans d'autres études [13,
15]. Dans l'étude d'Holloway (réalisée en sortie
d'hospitalisation, sur de petits effectifs), 75 % des patients connaissaient
le nombre de prises quotidiennes d'au moins un de leurs médicaments,
tandis que 30 % en connaissaient les modalités et horaires de prise
et 55 % au moins un effet secondaire [10]. Mais ceci ne reflète
pas les connaissances globales sur les traitements puisqu'un seul médicament
était pris en compte. Dans une étude française portant
sur 206 patients admis pour accident thérapeutique médicamenteux
[3], la connaissance globale des patients a été évaluée
à partir de la connaissance du nom et du rôle de chaque médicament
et de la lecture et compréhension des notices. Seuls 22 % des patients
ont été jugés comme ayant une connaissance satisfaisante
de leurs médicaments, bien que 84 % d'entre eux aient affirmé
avoir eu des informations sur leurs traitements.
De nombreuses études ont montré que la satisfaction générale
des patients n'était pas nécessairement corrélée
au contenu des explications et informations reçues au cours de
la visite [7, 17]. Dans l'étude de Wartman, la connaissance et
la compréhension du traitement étaient même corrélées
négativement à la satisfaction des patients, ce que l'auteur
explique par leurs niveaux socio-éducatifs relativement élevés
: de ce fait, les personnes soignées attendaient autre chose de
la consultation qu'une information concrète qu'ils étaient
capables de se procurer eux-mêmes [17].
Dans d'autres enquêtes, l'absence d'information sur les effets
secondaires des médicaments diminuait significativement le niveau
de satisfaction des patients [6, 12]. Ce n'est pas le cas dans notre étude,
puisque lorsque seule l'information sur les effets secondaires manque,
la proportion de patients très satisfaits est la même que
lorsque l'information est complète.
Chez les sortants comme chez les consultants, il est difficile d'observer
des différences entre les classes thérapeutiques, excepté
en ce qui concerne les médicaments administrés par voie
locale (ophtalmologiques et ORL), pour lesquels les connaissances étaient
particulièrement faibles. Ces classes de médicaments sont
probablement considérées à tort comme à faible
risque. En effet, deux études réalisées dans des
centres anti-poisons ont montré que de très nombreuses erreurs
de voie d'administration survenaient avec ce type de médicaments,
parfois avec des conséquences dramatiques [2, 4]. Il ne semble
pas que les classes à index thérapeutique étroit
(neuro-psychiatrique, cardiovasculaire) fassent l'objet d'une information
plus poussée que les autres, surtout en sortie d'hospitalisation.
Dans les deux populations, plus de 70 % des patients déclarent
lire les notices des médicaments. Et, chez les consultants, cette
attitude est associée au fait de poser des questions au médecin.
Il s'agit donc d'une démarche globale de recherche volontaire d'information
de la part du patient. Il est possible que des difficultés pratiques
empêchent les patients sortants de poser des questions autant qu'ils
le souhaiteraient. En particulier, tous les patients ne voient pas le
médecin au moment de leur sortie. Une constatation allant dans
le même sens a été faite au cours d'une étude
dans laquelle la moitié des patients sortants considéraient
qu'ils n'avaient pas eu l'opportunité de poser des questions sur
leurs traitements [10]. Mais à l'inverse, il est possible également
que le patient sortant d'hospitalisation soit davantage préoccupé
par le retour dans son environnement que par son traitement. Enfin, la
prescription de sortie est souvent remise avec les documents administratifs,
ce qui peut masquer son aspect médical et son importance.
Par ailleurs, dans les deux échantillons, il est clair que les
patients les plus satisfaits sont ceux qui ont posé des questions.
Leur score de connaissance est également meilleur. Ceci suggère
que l'information passe d'abord par l'attitude volontaire des patients.
Le médecin semble alors davantage « subir » que «
provoquer ». Des résultats similaires ont été
trouvés lors d'une étude nationale américaine, ordonnée
par la Food and Drug Administration au milieu des années 1980,
qui a montré qu'environ un tiers des patients ne recevait des informations
sur les modalités de leur traitement qu'à partir du moment
où ils posaient des questions [12]. Or, de nombreuses personnes
hésitent à interroger le médecin, soit parce qu'ils
lui font totalement confiance, soit pour ne pas sembler le mettre en doute.
Il n'est pas envisageable de considérer
que la seule lecture des notices puisse remplacer l'information directe.
Une étude française a montré que si 60 % des patients
lisaient les notices, seuls 39 % les comprenaient [3]. Cette même
étude a montré que les accidents thérapeutiques étaient
significativement plus nombreux chez les personnes ne lisant pas les notices.
L'information directe orale a également ses limites puisque plusieurs
études ont montré que la moitié des informations
était oubliée dès la sortie de la consultation [7,
12]. De plus, le médecin doit s'assurer de la bonne compréhension
des informations délivrées.
Notre étude comporte plusieurs limites. D'une part, il existe
un biais de sélection concernant les patients sortant d'hospitalisation,
puisque tous ne passent pas au point d'accueil des sortants. C'est par
exemple le cas de beaucoup de personnes âgées, ce qui peut
expliquer la moyenne d'âge relativement peu élevée
des patients interrogés. Ces patients, peut-être plus dépendants
physiquement et psychologiquement, risquent d'être encore moins
bien informés. D'autre part, l'appréciation de la connaissance
des informations repose uniquement sur les déclarations des patients,
ce qui amène deux réflexions. Premièrement, nous
n'avons pas vérifié leurs connaissances réelles,
et dans ces conditions, notre évaluation est peut-être surestimée.
Deuxièmement, nous ne disposons d'aucune donnée sur le contenu
de l'information réellement délivrée. Quoi qu'il
en soit, si l'information délivrée n'est pas retenue ou
pas comprise, les problèmes évoqués restent les mêmes.
CONCLUSION
Les patients sont globalement satisfaits de l'information qu'ils reçoivent
sur leurs traitements, avec un niveau de satisfaction corrélé
avec la quantité d'information effectivement reçue. Les
patients non satisfaits, ou moins bien informés, ne présentent
pas, dans notre échantillon, de particularités socio-économiques
défavorables. En revanche, le facteur associé à une
bonne connaissance semble être la recherche active de l'information
par le patient.
S'il a été prouvé à maintes reprises que
l'information des patients sur les modalités de leurs traitements
n'est pas toujours une condition suffisante pour obtenir une bonne adhésion
et une bonne observance [7, 8, 16], elle apparaît néanmoins
comme une condition sine qua non pour réduire les erreurs
et les effets indésirables. Un effort particulier est nécessaire
à deux niveaux : l'information sur les effets indésirables
d'une part, l'amélioration globale de l'information en sortie d'hospitalisation
d'autre part. Un effort doit être fourni en ce sens, avec des modalités
restant à déterminer. Par exemple, la prescription de sortie
du patient pourrait être faite au moment de la dernière visite
du médecin, au lieu d'être remise avec le dossier administratif.
Une autre possibilité serait d'étendre les activités
de consultation de pharmacie, telles qu'elles existent déjà
dans certains établissements pour certaines classes de médicaments.
Le pharmacien hospitalier a tout son rôle à jouer dans ce
domaine.
D'autres études pourraient compléter utilement ces résultats,
par exemple sur la perception du risque médicamenteux par les patients
ou l'évaluation de leurs connaissances réelles.
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