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En 1996, Auger et al. [1] ont étendu leur étude
rétrospective sur l'évolution du sperme aux autres Cecos
de France. Ils montrent que si les résultats s'avèrent intéressants
pour le volume du sperme et la numération des spermatozoïdes,
les évaluations de la mobilité et de la morphologie se sont
avérées inutilisables, les pratiques, méthodes d'observation
et modes de rendu des résultats étant trop différents
d'un centre à l'autre.
Les études statistiques ayant pour objectif de mettre en relation
des paramètres du sperme et la fécondance ont été
souvent décevantes. David et al. [2], utilisant les résultats
de l'insémination avec donneurs, ont pu mettre en évidence
une relation entre le nombre de spermatozoïdes mobiles inséminés
et le pourcentage de grossesses par cycle ; en revanche, la morphologie
ne paraît pas être un paramètre déterminant.
Jouannet et al. [3] ont confirmé ces résultats et
ont pu, grâce à l'introduction de l'IAM (index d'anomalies
multiples), montrer que la morphologie du spermatozoïde intervient
également dans la fécondance. Krüger et son école
[4] se sont attachés à montrer que l'utilisation de critères
morphologiques « stricts » permet de trouver des corrélations
entre la morphologie des spermatozoïdes et le taux d'ufs fécondés
ainsi que le taux de grossesses en fécondation in vitro.
Ces résultats démontrent que la numération des
spermatozoïdes et leur mobilité ne sont pas les seuls paramètres
intervenant dans l'appréciation de la fécondance d'un sperme.
L'OMS [5, 6] a publié en 1980, 1987 et 1992 un manuel de spermiologie
qui essaie de normaliser les pratiques. Elles sont inspirées de
la tradition des pays du Nord de l'Europe, et les biologistes français
ayant des traditions différentes n'ont pas adopté ces pratiques
dans leur totalité. Il est donc important de standardiser les méthodes
d'analyses, de définir des valeurs de référence et
de les évaluer si l'on veut faire des études multicentriques
en épidémiologie et des analyses statistiques en biologie
de la reproduction.
Les résultats, obtenus lors d'enquêtes épidémiologiques,
convergent pour donner au sperme un statut de marqueur important en santé
publique. Il est également un bon révélateur de l'impact
de l'environnement sur notre fertilité et notre santé ;
le rapport [7] remis en 1994 au ministère de la Santé danois
fait bien le tour de la question.
Il est donc essentiel d'augmenter la puissance diagnostique de cet examen,
les conclusions seront plus informatives et les analyses physiopathologique
et épidémiologique plus fines.
Les travaux de Krüger et al. [4] ayant montré que
l'utilisation, pour le spermocytogramme, de « critères stricts
» permet de donner à cet examen plus de puissance, nous avons
été incités à développer, en premier
lieu, une démarche d'assurance de qualité pour la réalisation
du spermocytogramme, espérant ainsi donner à notre discipline
un instrument simple peu onéreux et efficace.
La rencontre de spécialistes de la biologie de la reproduction
et de collègues habitués à la démarche assurance
de qualité en biochimie a permis d'associer les connaissances des
uns avec les compétences des autres pour organiser une telle démarche
dans ce domaine. Il nous paraissait alors important de démontrer
que l'approche, les modalités et les concepts mis au point en biochimie
pouvaient très bien être appliqués dans un domaine
d'analyses morphologiques comme la spermiologie. La première étape
qui s'imposait était de démontrer la transférabilité
en cytologie de méthodes d'évaluation de la cohérence
des résultats interlaboratoires, couramment employée en
biochimie clinique.
Les premiers résultats
d'un contrôle de qualité externe (CQE) du spermocytogramme
En 1994 nous avons débuté une expérience régionale
avec 19 collègues de laboratoires d'analyses de biologie médicales
(LABM) qui étaient venus en stage de formation continue au sein
de notre laboratoire. Ces collègues connaissaient nos procédures
et avaient été entraînés à la lecture
du spermocytogramme selon nos critères.
Comme pour les CQE de biochimie, chaque participant reçoit deux
échantillons, en l'occurrence deux lames préfixées
mais non colorées, provenant chacune d'un même éjaculat.
Le laboratoire effectue les analyses demandées (évaluation
de la proportion de spermatozoïdes normaux et du degré de
tératospermie selon la grille de lecture de David et al.
[2]). L'analyse des résultats se fait en deux temps :
calcul des critères statistiques simples : moyenne, écart-type,
coefficient de variation et médiane du groupe ;
analyse des résultats en termes de précision et
d'exactitude en utilisant le diagramme de Youden. Lors de cette première
étape, les valeurs obtenues dans notre laboratoire ont été
considérées comme valeurs cibles (exactitude relative).
Les deux premiers contrôles ont montré une dispersion des
résultats très importante, la précision était
faible pour certains paramètres et les résultats semblaient
relever de l'aléatoire. Le nombre de participants a augmenté
rapidement pour atteindre, en 1998, 140 LABM. Même avec l'arrivée
de nouveaux laboratoires, l'imprécision (inverse de la précision)
a rapidement diminué comme le montre la courbe d'évolution
des coefficients de variation (CV) et cela, grâce aux commen-
taires joints à l'analyse des résultats et à la bonne
volonté des biologistes. Rappelons pour mémoire que le coefficient
de variation (exprimé en %) reflète la dispersion des valeurs
puisque issu du rapport écart-type sur moyenne multiplié
par 100.
Ce qui nous a frappé c'est l'évolution remarquable des
résultats de l'IAM dans ces contrôles. La précision
a été rapidement améliorée et l'objectif de
l'exactitude relative a été atteint par plus de 75 % des
laboratoires. Étant donné que l'IAM est un rapport de deux
paramètres (somme des anomalies de formes sur proportion de spermatozoïdes
anormaux), dès que la précision pour ces deux paramètres
s'améliore, la précision de l'IAM est encore majorée.
Cette observation permet d'expliquer pourquoi dans les études précédemment
publiées il apparaît comme étant le plus corrélé
avec la fécondance [3].
Cette première expérience a montré que le transfert
de la méthodologie des CQE de biochimie au spermocytogramme a donné
de bon résultats, et qu'elle peut être utilisée plus
largement dans le domaine de la cytologie dès lors qu'il s'agit
de données quantitatives.
Les premiers résultats
du contrôle de qualité externe de la fédération
des Cecos [9]
Très rapidement la Fédération des Cecos a demandé
a participer à un CQE. Nous avons transféré notre
approche méthodologique pour le contrôle des Cecos. Nous
avons procédé de manière identique, mais s'est posé
le problème de la valeur cible. Pour des raisons évidentes,
nous ne pouvions pas considérer le Cecos Alsace comme la référence
pour l'ensemble de la Fédération. Ainsi nous avons retenu
la valeur médiane du groupe. Cette démarche est provisoire
et ne peut être considérée comme satisfaisante.
La dispersion initiale des résultats de ce groupe, spécialisé
dans le domaine, était la même que celle précédemment
observée lors de notre expérience régionale. Devant
ces résultats le Conseil d'Administration de la Fédération
a décidé de réunir les techniciens des centres une
fois par an à une cession de formation. Cette initiative a eu des
résultats immédiats.
Les problèmes
rencontrés
L'échantillon. Si un CQE doit être réalisé
pour un ensemble important de LABM, le problème de la réalisation
des échantillons se posera puisqu'un éjaculat a un volume
réduit. Pour répondre à cette obligation nous avons
entrepris de tester une technique de mélange d'éjaculats.
Dans nos conditions de mélange, il semble qu'il soit possible de
préparer plusieurs frottis sans que le CV observé à
la suite des analyses interlames soit supérieur au CV de lecture
d'une personne entraînée.
La cible. L'expérience de Krüger ayant montré
que la volonté d'utiliser des « critères stricts »
permet d'augmenter la puissance de cet examen, nous devons nous poser
la question de la valeur cible. Cette cible est-elle la médiane
de la pratique actuelle ou bien est-elle voisine de celle des critères
stricts ?
La formation. L'expérience de la Fédération
des Cecos a clairement montré que l'un des moyens d'atteindre la
précision, puis l'exactitude, est la formation du personnel technique
des laboratoires.
Le groupe de travail « assurance
de qualité en biologie de la reproduction »
En 1996, sous l'égide de la SFBC, les associations de Blefco
(Biologistes de laboratoires de fécondation in vitro et
de conservation des ufs humains), Cecos (Centre d'études
et de conservation des ufs et du sperme humain) et Salf (Société
d'andrologie de langue française) ont décidé de constituer
un groupe de travail « Assurance qualité en biologie de la
reproduction » qui doit faire progresser l'ensemble des problèmes
que notre discipline rencontre dans ce domaine.
Pour ce faire, des enquêtes sur les pratiques d'analyses ont été
réalisées [10], des sessions de formation continue pour
les biologistes et les techniciens ont été organisées
à Strasbourg en juin 1997, puis à Paris au mois de janvier
1999.
Ce groupe a proposé une grille de lecture respectant la pratique
française, mais intégrant celle de l'OMS [6]. Ainsi il sera
possible de se rapprocher de l'analyse de Krüger qui lui aussi utilise
la grille de l'OMS. La réalisation d'une banque d'images de référence
est en cours de discussion.
Ce qui se passe en Europe
Des travaux multicentriques ont testé les procédures et
évalué l'importance de la variabilité des analyses
en spermiologie [11-17]. Des associations comme l'ESHRE (European Society
of Human Reproduction and Embryology) et l'EAA (European Academy of Andrology)
[18], la NAFA (Nordic Association for Andrology) et la German Society
of Andrology [19] conseillent la pratique des contrôles de qualité
interne et externe.
Au Royaume-Uni, un organisme, UKNEQAS Andrology, propose des contrôles
de qualité. L'Institut scientifique de la santé publique
belge, ainsi qu'une entreprise finlandaise organisent des CQE.
Le souci de qualité n'est donc pas spécifique à
nos associations et répond à un besoin commun profond.
CONCLUSION
Le besoin de standardiser les méthodes d'analyse et d'évaluation
du spermogramme, examen de base en biologie de la reproduction, n'est
pas spécifique à la communauté française.
Ce besoin est né de la constatation que cet examen n'a pas, à
l'heure actuelle, une puissance diagnostique suffisante pour répondre
aux besoins de la procréation médicalement assistée
et à l'épidémiologie. La création du groupe
de travail, l'analyse des CQE, la création de banques d'images
et la formation sont des éléments qui permettront d'atteindre
ces objectifs. Cette évolution ne peut se faire sans tenir compte
des évolutions de nos collègues étrangers.
REFERENCES
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for regional differences of semen quality among fertile french men. Human
Reprod 1997 ; 12 : 740-5.
2. David G, Bisson J, Czyglik F, Jouannet P, Gernigon C. Anomalies
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de classification. J Gyn Obs Biol Reprod 1975 ; (suppl. 1) : 17-36.
3. Jouannet P, Ducot B, Feneux D. Male factors and the likelihood
of pregnancy in infertiles couples. I. Study of sperm characteristics.
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4. Menkveld R, Stander FS, Kotze TJ, Krüger TF, Van Zyl
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according to stricter criteria. Human Reprod 1990 ; 5 : 586-92.
5. Auger J, Jouannet P. Manuel de laboratoire de l'OMS. Analyse
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cervical. Ed. Inserm, 1993.
6. WHO (World Hearth Organisation). WHO Laboratory Manual for
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1980, 1987, 1992. Cambridge University Press, Cambridge.
7. Danish Environmental Protection Agency. Male reproductive
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Assoc. of Official Analytical Chemist, Washington, DC, 1967.
9. Clavert A, Bourguignat A. Une première expérience
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française des Cecos. Cryo Vie 1998 ; 10 : 6-7.
10. Clavert A, Bourguignat A, Siest JP, Férard G. Enquête
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11. Cooper TG, Neuwinger J, Bahrs J, Nieschlag E. Internal quality
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18. Cooper TG. News from the European Academy of Andrology (EAA).
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J Androl 1996 ; 19 : 67-8.
19. Wolff H, Schill WB. Recommendation of the German Society
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