ARTICLE
L'infertilité, définie comme l'incapacité de concevoir
un enfant après 2 ans de rapports sexuels non protégés,
touche environ un couple sur six qui cherchent à obtenir une grossesse.
De plus, il faut noter que 2 à 7 % des couples demeurent sans enfant
à la fin de leur vie reproductive [1]. Dans 27 % des cas, l'homme
et la femme présentent chacun des troubles de leur fonction de
reproduction. Dans environ 38 % des cas, la femme est seule en cause,
dans 20 % des cas l'homme est seul en cause. Restent 15 % des situations
dans lesquelles aucun des membres du couple ne peut être incriminé
[2]. De plus, dans la plupart des cas d'infertilité humaine, la
cause précise sous-jacente ne peut être identifiée
avec certitude, d'autant plus que les éventuelles anomalies retrouvées
peuvent être multiples et conjuguées chez l'un et/ou l'autre
des partenaires. L'hétérogénéité clinique
des syndromes d'infertilité est telle qu'il n'est pas toujours
possible d'établir une relation de cause à effet entre l'anomalie
trouvée et l'infertilité.
Chez l'homme, l'examen de base d'un bilan d'infertilité est le
spermogramme toujours associé à un spermocytogramme. Les
normes établies par l'OMS (Organisation mondiale de la santé)
sont les suivantes : volume entre 2 et 6 ml, pH entre 7,4 et 8, concentration
en spermatozoïdes entre 20 et 200 millions/ml, vitalité supérieure
à 60 %, mobilité supérieure à 50 % avec au
moins deux tiers de spermatozoïdes mobiles progressifs (« fléchants
»), et formes morphologiquement normales supérieures à
40 % avec un index d'anomalies multiples inférieur à 1,6.
En dessous de ces valeurs, on parle d'oligozoospermie, plus ou moins sévère,
voire d'azoospermie en cas d'absence de spermatozoïdes sur culot
de centrifugation du prélèvement spermiologique. En cas
de mobilité diminuée, on parle d'asthénozoospermie.
En cas de vitalité diminuée, on parle de nécrospermie,
et enfin de tératozoospermie si les formes anormales sont de plus
de 60 %. Ces anomalies peuvent, bien sûr, être associées
entre elles, et regroupées sous le terme d'oligoasthénozoospermie.
L'infertilité masculine toucherait environ 7 % des hommes dans
le monde dont 2 % pour des troubles de la production de spermatozoïdes
[1].
Les classifications des infertilités par azoo- ou oligozoospermie
sont nombreuses, imparfaites et difficiles à établir. En
effet, il n'y a pas de corrélation évidente entre l'hétérogénéité
clinique des infertilités [3] et les multiples mécanismes
biologiques physiopathologiques qui en sont responsables.
En pratique clinique, on distingue les azoospermies et les oligozoospermies
d'origine obstructive (acheminement des spermatozoïdes matures),
d'origine sécrétoire (spermatogenèse) ou mixtes.
On pourrait également classer les infertilités masculines
selon le lieu de l'atteinte : pré- ou post- ou testiculaire [2]
mais si l'on prend en compte le mécanisme responsable, les causes
d'infertilité les plus fréquemment rencontrées sont
anatomiques (varicocèle, cryptorchidie, torsion du testicule, anomalies
congénitales, vasectomie...), infectieuses (bactériennes,
virales...), endocriniennes (hypogonadismes hypogonadotropes...), toxiques
(chimiothérapie, radiothérapie, drogues...), physiques (hyperthermie...),
immunologiques (auto-anticorps, maladies auto-immunes...), sexuelles (insuffisance
érectile...), cytogénétiques (syndrome de Klinefelter,
aneuploïdie, translocations, inversions), ou géniques ; récemment,
de nombreux facteurs géniques sont apparus essentiels à
la reproduction chez l'homme en entraînant des infertilités
par mutation ou délétion. Après exclusion de toutes
les causes reconnaissables d'infertilité, les oligozoospermies
et azoospermies restant idiopathiques s'élèvent entre 30
et 50 % des hommes infertiles [3]. Il persiste, ainsi, une vaste place
pour découvrir des étiologies encore non définies
d'infertilité masculine.
Cette revue porte sur les causes génétiques chromosomiques
et géniques actuellement connues, des altérations des fonctions
reproductives masculines.
Rappels sur la spermatogenèse
normale
La spermatogenèse [4] est le processus de différenciation
cellulaire qui, à partir de cellules germinales souches, donne
naissance aux cellules germinales mâles ou spermatozoïdes.
Ce phénomène long et complexe débute à la
puberté, se poursuit pendant toute la vie et se déroule
dans les tubes séminifères testiculaires qui contiennent
dans leur paroi des cellules non germinales de Sertoli et des cellules
germinales. La spermatogenèse peut être divisée en
trois phases distinctes :
Pendant la première phase, les spermatogonies se multiplient
par des mitoses somatiques normales (figure
1). Ces divisions permettent le renouvellement des spermatogonies
mais aussi la différenciation de ces cellules en spermatocytes
I.
La seconde phase, qui correspond à la méiose, va
permettre la transformation des spermatocytes I (cellules diploïdes),
en passant par deux divisions successives, en spermatides (cellules haploïdes).
Cette méïose comprend deux étapes : une mitose réductionnelle
qui correspond à la réduction du matériel génétique
de moitié donnant les spermatocytes II, puis une mitose équationnelle.
Chez l'homme, le nombre de spermatides produit par chaque spermatocyte
ne correspond pas au rendement maximal de 4 pour 1, car 25 % des cellules
germinales dégénèrent entre le stade spermatocyte
I et le stade spermatide. Les raisons de cette dégénérescence
massive des spermatocytes en division sont encore mal connues [5].
La troisième phase est constituée par la spermiogenèse.
La spermatide subit une série de transformations morphologiques
profondes partant du stade de petite cellule polyédrique à
noyau sphérique central, pour donner naissance, au spermatozoïde.
La durée complète de la spermatogenèse humaine,
appelée cycle spermatogénétique, est de 74 jours.
Les spermatogonies souches (de renouvellement) entrent en spermatogenèse
en groupe et non individuellement, et restent reliées entre elles
par des ponts cytoplasmiques qui mettent en contact direct les cytoplasmes
de ces cellules et jouent un rôle dans la synchronisation du développement
de groupes isogéniques de cellules germinales. Au terme de la spermatogenèse,
le gamète possède toutes ses structures morphologiques indispensables
à la fécondation. Toutefois, le spermatozoïde testiculaire
subit, aussi bien dans les voies génitales masculines que dans
les voies génitales féminines, de nombreuses modifications
physiologiques nécessaires pour l'accomplissement des étapes
précoces de la fécondation, à savoir : reconnaissance
et pénétration de la zone pellucide puis fusion ovocytaire.
Les causes génétiques
Les facteurs génétiques de l'infertilité masculine
peuvent être chromosomiques ou géniques, autosomiques ou
gonosomiques, à effet pléiotropique ou limités à
la lignée germinale. Ces anomalies surviennent, presque toujours,
de novo et, du fait de l'infertilité, ne sont pas transmises,
en général, à la descendance. Néanmoins certains
cas peuvent apparaître familiaux [6], ou s'intégrer dans
une maladie héréditaire dont une des caractéristiques
cliniques est le retentissement sur le fonctionnement normal de la lignée
germinale mâle. Un certain nombre de gènes impliqués
dans l'infertilité masculine sont maintenant connus, mais beaucoup
restent à identifier. Nous passerons en revue succinctement les
principaux syndromes actuellement identifiés.
Les causes génétiques
autosomiques
Anomalies cytogénétiques
En 1997, Yoshida [7] retrouvait 6,2 % d'anomalies chromosomiques parmi
une population de 1 007 hommes infertiles : 3,8 % des anomalies touchaient
les chromosomes sexuels, 2,4 % les autosomes. Ces anomalies étaient
rencontrées chez 2,2 % d'hommes ayant un spermogramme normal, 5,1
% d'oligozoospermiques, 14,6 % d'azoospermiques, et 20,3 % de sujets ayant
une azoospermie non obstructive. Les mêmes chiffres sont retrouvés
globalement dans une autre grande série recherchant des anomalies
caryotypiques chez 1 210 hommes présentant un spermogramme anormal
: 3,6 % d'anomalies étaient retrouvées autosomiques (environ
un tiers des cas) ou gonosomiques. Aucune correspondance entre les anomalies
du spermogramme et les anomalies cytogénétiques n'a été
retrouvée, à l'exception du syndrome de Klinefelter [8].
Tous les types de remaniements chromosomiques ont été décrits
dans les infertilités [9] que ce soit les translocations chromosomiques
robertsoniennes, réciproques ou plus rarement les inversions et
insertions chromosomiques.
* Les translocations robertsoniennes
sont souvent responsables d'avortement par anomalies des premières
divisions de l'embryon, même si par ailleurs elles correspondent
aux anomalies chromosomiques les plus fréquentes, présentes
chez une naissance pour 1 000. Les translocations t(13;14) sont les plus
fréquentes. Les anomalies de la spermatogenèse sont habituelles
dans ces cas, mais non constantes, la variabilité phénotypique
pouvant s'observer au sein d'une même famille [10].
* Les anomalies chromosomiques structurales
sont responsables d'azoospermies, d'oligozoospermies, mais aussi de fausses
couches spontanées ultraprécoces. Elles touchent principalement
les chromosomes 9, 15, 22, mais peuvent aussi toucher les chromosomes
4, 10, 16, voire même tout chromosome de façon plus ou moins
exceptionnelle et sont de type : translocations réciproques, inversions
péricentriques, inversions paracentriques, marqueur chromosomique
; elles restent parfois inclassables bien qu'objectivables.
Les mécanismes exacts par lesquels les anomalies chromosomiques
induisent une infertilité ne sont toujours pas éclaircis.
Les spermatozoïdes de ces patients présentent tout de même
un plus fort pourcentage d'anomalies cytogénétiques que
celui attendu lié à leurs translocations chromosomiques
[11]. La présence de chromatine anormalement distribuée
interfère probablement avec la division méiotique et ainsi
réduirait la production de spermatozoïdes. En effet, une étude
collaborative européenne portant sur 21 translocations (dont des
translocations robertsoniennes, des translocations réciproques
autosomiques avec ou sans chromosome acrocentrique) a abouti à
une théorie pouvant expliquer ces phénomènes. Au
stade pachytène, chaque chromosome anormal, résultant de
la translocation, a tendance à s'apparier avec les segments homologues
des deux chromosomes normaux respectifs, aboutissant ainsi à la
constitution d'un trivalent (en cas de translocation robertsonienne) ou
d'un tétravalent (en cas de translocation réciproque). Le
synapsis débute distalement pour se diriger vers le centromère,
mais la portion hétérologue demeure non appariée,
notamment autour du point de cassure, ce qui peut favoriser une association
hétérologue. De plus, au début du stade pachytène,
toute région seule a tendance à s'apparier avec n'importe
quel candidat disponible qu'il soit homologue ou non. Or, les régions
les plus souvent disponibles (car non encore appariées) sont les
régions non homologues des chromosomes sexuels, ce qui explique
l'interaction entre l'autosome du trivalent, siège de translocation,
et le bivalent X-Y. De la même manière, se produit une interaction
entre les chromosomes réarrangés du tétravalent d'une
translocation réciproque, et la vésicule sexuelle. Cela
peut perturber la spermatogenèse, soit, par exemple, par l'inactivation
transcriptionnelle du chromosome X, soit par l'asynapsis lui-même.
La grande variabilité, entre individus du degré d'atteinte
de la spermatogenèse peut être expliquée, d'une part
par l'importance relative des gènes impliqués dans les différents
réarrangements, et d'autre part par le fond génétique
individuel.
Des variations de la fréquence de recombinaison des chromosomes
et/ou régions impliquées (ou proches des régions
impliquées) dans ces anomalies caryotypiques ont aussi été
décrites et pourraient altérer aussi la spermatogenèse.
Les translocations impliquant le chromosome Y ont, en général,
un retentissement sur la fertilité, en fonction de la localisation
du point de cassure, selon qu'il se produit dans la partie euchromatinienne
du bras long du chromosome Y, et non lorsqu'il se produit dans la partie
distale de l'hétérochromatine. Il existe, néanmoins,
des exceptions où cette règle simple n'est pas respectée
[12].
Il est intéressant de noter que le sperme d'hommes infertiles
à caryotype constitutionnel normal, présente également
des anomalies cytogénétiques propres beaucoup plus fréquentes
que celles observées chez des volontaires à spermogramme
normal [13], touchant par exemple les chromosomes 1, 12 (disomies) et
les gonosomes.
Selon l'équipe de Lee, la fréquence des aberrations structurales
chromosomiques est plus élevée dans les spermatozoïdes
à morphologie anormale que dans ceux morphologiquement normaux
[14]. L'injection directe de spermatozoïdes dans des ovocytes semble
être une méthode performante pour établir les relations
possibles entre des caractéristiques morphologiques et la composition
chromosomique de chaque spermatozoïde, et permettrait, de plus, d'éviter
l'utilisation de tels spermatozoïdes en ICSI (intracytoplasmic
sperm injection), pour diminuer au maximum, le risque de fécondation
anormale.
L'infertilité s'accompagne parfois, d'une tératozoospermie
majeure parfois associée à des anomalies cytogénétiques
des spermatozoïdes. Selon une étude récente, la Fish
(fluorescent in situ hybridization) et la cytométrie
de flux, seraient les techniques les plus performantes pour évaluer
le taux d'aneuploïdie d'un spermatozoïde (hyperhaploïdie
= 24 chr) ou diploïdie (46 chr), et dépister des non-disjonctions
méïotiques impliquant des gonosomes ou des autosomes [15].
Anomalies géniques
Les causes géniques d'infertilité mâle et d'anomalies
du tractus génital mâle sont nombreuses. Elles ne sont pas
toutes connues mais leur liste est déjà longue et a été
récemment actualisée (tableau
1, [16]). Jusqu'où une anomalie génique peut-elle
contribuer à expliquer les cas d'infertilité masculine ?
La liste n'est pas toujours bien établie. De plus, nombreuses sont
les situations où ces causes génétiques induisent
certes une infertilité masculine, mais aussi un tableau clinique
d'accompagnement très débilitant : l'infertilité
passe alors au second plan des préoccupations médicales.
Certaines études épidémiologiques montrant une
corrélation des cas d'infertilité entre frères (alors
que l'infertilité est exceptionnelle parmi les frères d'hommes
fertiles) suggéraient que près de 60 % des cas seraient
dus à des mutations récessives [6]. Pourtant, peu de gènes
récessifs actuellement connus sont impliqués dans les infertilités
masculines. De plus, le nombre de gènes connus dont les mutations
sont responsables d'infertilités sont aussi rares. Il reste donc
un domaine d'investigations pour la recherche médicale.
Nous citerons quelques exemples classiques de maladies autosomiques
responsables d'infertilité masculine.
* La mucoviscidose, de transmission héréditaire
autosomique récessive, touche environ 1/2 500 enfants (dans la
population générale, la fréquence des porteurs du
gène muté est de 1/20). Le gène CFTR (cystic fibrosis
transmembrane conductance regulator) est localisé dans la région
chromosomique 7q31.3 [17]. Six cents mutations germinales ont déjà
été décrites, DF508 étant la plus fréquente
(70 %) [18]. La protéine CFTR est le canal chlore situé
sur la membrane apicale des cellules. Le tableau clinique de la mucoviscidose
associe un iléus méconial (5-10 %), des infections pulmonaires
à répétition, une insuffisance pancréatique
exocrine, un test de sueur positif, une infertilité masculine (95
%) par atrésie ou absence des déférents [19]. D'autres
mutations du gène CFTR ont été décrites sans
tableau clinique de mucoviscidose, mais induisant une absence de déférents
sans anomalies urogénitales associées : 15 % de ces cas
sont hétérozygotes hh (c'est-à-dire portant deux
mutations différentes du CFTR, la majorité d'entre eux présentant
la combinaison R117H/DF508) et 49 % sont hétérozygotes h
avec une seule mutation du CFTR [18]. Un à 2 % des hommes infertiles,
présentant une azoospermie obstructive, ont une absence congénitale
de déférents [19]. Les mutations du gène CFTR pourraient
induire un tableau clinique limité à une mauvaise qualité
du sperme par azoospermie obstructive, probablement par altération
de la sécrétion d'électrolytes et d'eau par l'épithélium
épididymaire [20].
* L'immobilité ciliaire ou syndrome de Kartagener, de
transmission héréditaire autosomique récessive, entraîne
des anomalies des bras de dynéine. On observe cliniquement une
sinusite chronique, une polypose nasale, des bronchectasies, une diminution
voire une absence de mobilité des spermatozoïdes.
* Le déficit en 5a-réductase : deux gènes
ont été localisés sur les chromosomes 2 et 5. Il
se produit une masculinisation du sinus urogénital/tubercule génital
d'où un hypospade périnéoscrotal. L'hormone LH est
à un taux normal ou légèrement augmenté, la
testostérone et les strogènes sont normaux.
* Le syndrome WAGR (tumeur de Wilms, aniridie, anomalies génito-urinaires,
retard mental) et syndrome de Denys-Drash. La tumeur de Wilms est
une des tumeurs les plus fréquentes de l'enfant, son incidence
est de 1 pour 10 000. Alors que les filles apparaissent normales, la majorité
des garçons présentent des anomalies génito-urinaires
à type d'hypospadias et de cryptorchidie dans le cadre d'un pseudohermaphrodisme
mâle [21]. Un pour cent environ des enfants atteints de tumeur de
Wilms ont un phénotype WAGR souvent dû à des délétions
chromosomiques de la région 11p13,
5-7 % ont des anomalies génito-urinaires sans aniridie. Dans le
syndrome de Denys-Drash, le plus souvent dû à des mutations
ponctuelles du gène WT1, on observe des individus 46,XY
avec un pseudohermaphrodisme mâle sévère, associant
des gonades filiformes, une ambiguïté génitale externe,
en plus de la tumeur rénale de Wilms et d'une néphropathie.
Les causes génétiques
gonosomiques
Anomalies cytogénétiques
Elles impliquent toutes à des degrés divers le chromosome
Y, l'anomalie la plus fréquente étant le syndrome de Klinefelter
47,XXY [8].
* Le syndrome de Klinefelter touche 1 homme sur 500 dans la population.
Le caryotype de ces individus est 47,XXY dans 90 %, ou peut être
également mosaïque 46,XY/47,XXY, ou 48,XXXY ou toute anomalie
cytogénétique par surreprésentation du chromosome
X alors qu'un chromosome Y est présent. À la puberté,
les testicules sont encore infantiles, il peut y avoir une gynécomastie,
une obésité, un comportement de timidité anormale.
Les sujets présentent une azoospermie ou une oligozoospermie. Biologiquement,
la testostéronémie est normale ou diminuée, l'stradiol
légèrement augmenté, la LH et la FSH sont très
élevées.
* Le syndrome XYY touche 1 à 4 hommes sur 1 000. Cliniquement
sont observées des malformations urogénitales. Biologiquement,
la testostéronémie est normale, de même que les dosages
de LH et FSH (ou légèrement augmentés).
* Les translocations Y-autosome ou X-Y, équilibrées
entre le chromosome Y et des autosomes ou le chromosome X [1], constituent
un groupe clinique hétérogène, car elles sont observées
chez des hommes fertiles comme chez des hommes stériles. Elles
apparaissent de novo, les parents des patients ayant en général
un caryotype normal. Plusieurs mécanismes physiopathologiques de
l'infertilité peuvent être alors mis en jeu. Si la cassure
chromosomique se produit dans la partie distale du bras long du chromosome
Y dans la région hétérochromatinienne, les hommes
restent fertiles. Si elle se produit dans l'euchromatine, les hommes deviendraient
alors infertiles [12]. Dans ce deuxième cas, des gènes de
la spermatogenèse sont perdus ou altérés, expliquant
l'infertilité masculine. Il existe néanmoins des cas particuliers
où cette règle simple n'est pas respectée. Une translocation
du chromosome Y avec le chromosome 6 a été décrite,
et s'accompagne d'une infertilité avec oligotératozoospermie
sévère, sans que des gènes comme DAZ (deleted
in azoospermia) impliqués dans la fertilité masculine,
ne soient délétés [12]. Ici le mécanisme de
l'infertilité n'est pas lié à l'altération
de gène clé de la spermatogenèse, mais est lié
à des anomalies de la méïose, secondaires à
la translocation.
* Les chromosomes Y dicentriques sont des anomalies cytogénétiques
parmi les plus fréquentes du chromosome Y [22]. Des cas d'individus
(le plus souvent génétiquement mosaïques, par exemple
associés à 45,X) porteurs de chromosomes Yp ou Yq dicentriques,
ont été décrits avec des phénotypes variés
d'infertilité. Les manifestations cliniques sont diverses allant
d'un phénotype féminin avec petite taille, au phénotype
Turner, en passant par les réversions sexuelles, un phénotype
masculin avec azoospermie et ambiguïté sexuelle. Ces sujets
sont porteurs de délétions variables du bras long du chromosome
Y : quand la zone AZF (Azoospermia factor) est perdue (voir
article de Krausz et al., dans ce même numéro, pages
309-17), une infertilité avec azoospermie est observée [1].
Néanmoins il y a aussi des cas avec azoospermie sans délétion
de DAZ ou RBM pouvant être due à d'autres gènes
clés de la spermatogenèse ou à un dysfonctionnement
de l'alignement des chromosomes lors de la méiose [23].
* Les chromosomes Y en anneau : les hommes stériles porteurs
de cette anomalie caryotypique ont de façon surprenante un phénotype
normal car ils ont le plus souvent, mais pas toujours, un mosaïcisme
avec une formule caryotypique 46,XY dans leurs cellules [24]. Quatre-vingt-dix
pour cent des cas ont une cassure du chromosome Y proximale à la
région AZF, 10 % des cas une cassure distale à AZF. La question
reste posée dans ces anomalies, de savoir si elles se produisent
in vivo, ou si elles n'apparaîtraient pas lors des cultures
in vitro pour l'établissement des caryotypes.
* Les délétions terminales du chromosome Y sont
également responsables de stérilités ; en revanche
d'autres anomalies du chromosome Y préservant la zone AZF n'induisent
pas d'infertilité, par exemple les chromosomes Y avec satellites,
qui sont le plus souvent familiaux [1].
* Les syndromes d'inversion de sexe, hommes 46,XX, concernent
un individu sur 20 000. La présentation clinique varie d'une complète
masculinisation à des hommes avec gynécomastie, un petit
phallus, un hypospadias ou une ambiguïté génitale (10-15
% des cas). Les testicules sont de petite taille avec hyalinisation des
tubes séminifères. Parfois des mosaïques 46,XX/ 47,XXX
ont été observées avec une masculinisation complète,
azoospermie et absence de la région AZF [25]. Les taux de FSH et
LH sont élevés, reflétant l'atteinte gonadique primitive.
L'stradiol sérique peut être élevé et
la testostéronémie basse comparativement aux hommes adultes
normaux [25]. La plupart des cas sont sporadiques, néanmoins il
existe quelques cas familiaux décrits [26]. Une hétérogénéité
allélique importante sous-tend ce syndrome puisque : il existe
le plus souvent (environ 90 % des cas) une translocation du gène
SRY (sex determining region Y chromosome) sur le chromosome
X ; dans de rares cas, des hommes 46,XX sans ambiguïté sexuelle
n'ont pas le gène SRY [26]. Cela suppose l'existence d'autre(s)
gène(s) impliqué(s) dans la différenciation sexuelle
autosomique (comme SOX9) ou portés par le chromosome X (on
peut suspecter par exemple PRKX localisé dans la région
chromosomique Xp22.3). Dans certains cas, il y a absence du gène
DAZ associée à une mutation du gène Z en Xp21
au locus DSS, gène répresseur de la détermination
testiculaire.
Anomalies géniques
Tout comme pour les anomalies géniques autosomiques, plusieurs
syndromes ont été décrits, plus ou moins rares et
plus ou moins sévères dans leur présentation clinique
(tableau 1). Nous décrirons
ici, succinctement, quelques syndromes classiques.
* Les anomalies des récepteurs aux androgènes sont
de transmission héréditaire récessive liée
à l'X, le gène étant situé dans la région
chromosomique Xq11-q12 et codant pour une protéine de 76 kDa. Ce
syndrome s'accompagne d'une insensibilité aux androgènes
en général complète, avec, dans le syndrome de Reifenstein,
des anomalies de l'arbre génito-urinaire et une ambiguïté
sexuelle chez des hommes 46,XY, et un risque de cancer de la glande mammaire.
* La dysplasie olfacto-génitale de Kallmann De Morsier
est de transmission héréditaire récessive lié
à l'X, le gène étant localisé dans la région
chromosomique Xp22.3, associant cliniquement une atteinte hypothalamique
avec un hypogonadisme secondaire, une anosmie, une asymétrie crâniofaciale,
une surdité, une fente labio-palatine. Dans le cadre des «
syndromes des gènes contigus », il est observé des
délétions chromosomiques de gènes adjacents avec
des phénotypes cliniques alors modifiés : dans ces cas,
des délétions interstitielles et terminales du bras court
du chromosome X associent à des degrés divers une petite
taille, une chondrodysplasia punctata (gène CDPX), un retard
mental, un déficit en stéroïde sulfatase (gène
STS) et un syndrome de Kallmann [1].
* Les hermaphrodismes : les vrais sont extrêmement rares
chez l'homme. Ils sont habituellement associés à un caryotype
46,XX ou, dans un peu plus de 10 % des cas, à un mosaïcisme
46,XX/46,XY. La plupart des hommes 46,XX ont des organes génitaux
internes et externes mâles (80 % des cas). Certains ont une ambiguïté
sexuelle avec masculinisation des organes génitaux internes et
externes incomplète et persistance de structures müllériennes
(trompes de Fallope, utérus). Il existe de plus dans les vrais
hermaphrodismes des anomalies gonadiques juxtaposant des tissus ovariens
et testiculaires [1]. Ces individus, en général, n'ont pas
les gènes du bras court du chromosome Y et en particulier, dans
90 % des cas, n'ont pas le gène SRY [27]. Certains cas rares
peuvent apparaître familiaux avec des phénotypes variables
allant de l'hermaphrodisme au phénotype mâle 46,XX au sein
d'une même famille [28]. Dans d'autres cas, le démasquage
d'un allèle récessif du chromosome X par perte d'un fragment
du deuxième chromosome X chez les individus 46,XX est suggéré
[29]. Dans 10 % des cas, néanmoins, le gène SRY est
présent [30]. Le phénotype serait alors expliqué
par l'inactivation d'un des chromosomes X (et donc de SRY présent
sur un des chromosomes X) résultant d'un mosaïcisme somatique.
* Les causes géniques d'infertilité masculine liées
au chromosome Y sont abordées dans l'article de Krausz et
al. (pages 309-17), seules sont détaillées ici, en complément,
les délétions interstitielles du bras long du chromosome
Y (Yq11).
Dans les années 1970, l'étude d'hommes infertiles porteurs
de larges délétions du bras long du chromosome Y, a conduit
à suspecter l'existence d'un facteur putatif AZF (Azoospermia
factor) codé par un ou plusieurs gènes, indispensable
à la spermatogenèse et situé en région Yq11,
ultérieurement subdivisée en 3 zones dénommées
AZF a, b et c. Cependant, très peu d'hommes infertiles présentent
des délétions suffisamment importantes de cette région
pour qu'elles soient objectivables par les techniques de cytogénétique
classique ou même de haute résolution. Grâce à
la biologie moléculaire, il est devenu possible de découvrir
des microdélétions du chromosome Y dans cette région.
Les pourcentages évalués de microdélétions
varient considérablement d'un auteur à l'autre, entre 3
et 23 % chez les oligo/azoospermiques, avec une moyenne autour de 10 %,
essentiellement en raison d'un recrutement des patients différent.
Chacune de ces régions possède plusieurs gènes candidats
dont la plupart codent pour des protéines se liant à l'ARN
impliquées dans la régulation post-transcriptionnelle, et
donc, pouvant participer aux différentes étapes de la spermatogenèse,
notamment la maturation des spermatozoïdes. Les délétions
des 3 loci AZF a, b et c, seraient responsables d'atteintes plus ou moins
sévères de la spermatogenèse. Au phénotype
d'infertilité, correspond tout un éventail de délétions
variées en taille et en localisation.
Des biopsies testiculaires chez des hommes azoospermiques porteurs de
délétions de la région AZF, ont révélé
un éventail étonnamment large d'aspects histologiques, allant
du SCOS (sertoli cell-only syndrom), jusqu'à un blocage
de maturation spermatique plus ou moins précoce.
L'ICSI (intracytoplasmic sperm injection) est devenue le traitement
de choix des infertilités masculines sévères ; mais
en contournant les mécanismes de sélection naturelle, on
« force » une transmission héréditaire en lignée
mâle d'un phénotype d'infertilité. Il est donc recommandé
de faire une recherche systématique des microdélétions
de l'Y quand une ICSI est envisagée, parallèlement à
un conseil génétique.
CONCLUSION
Les études utilisant des modèles animaux de souris transgéniques
invalidés et présentant un phénotype de stérilité,
continueront à nous apporter, dans les années à venir,
des informations précieuses sur d'autres gènes impliqués
dans l'infertilité. Une meilleure connaissance des mécanismes
de la spermatogenèse, sans négliger le rôle de l'environnement
devrait permettre de trouver de nouvelles solutions thérapeutiques,
et d'envisager des stratégies de thérapie génique
futures.
Article reçu le 16 novembre 1998, accepté le 16 février
1999.
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