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Virologie

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Le coronavirus du SRAS : mosaïque de recombinaisons génétiques ! Volume 8, numéro 2, mars-avril 2004

Auteur
Laboratoire de bactériologie‐virologie, Hôpital Nord, CHU, Saint‐Étienne

Auteur(s) : S. Pillet

Laboratoire de bactériologie-virologie, Hôpital Nord, CHU, Saint-Étienne

Les virus à ARN ont la capacité de muter et de se recombiner, favorisant ainsi l’émergence de variants échappant au système immunitaire de l’hôte infecté et aux traitements antiviraux, comme on l’observe par exemple avec le virus de l’immunodéficience humaine. Il est également établi que les entérovirus sont constitués d’une mosaïque de « séquences entérovirales » et les recombinaisons entre entérovirus, et plus particulièrement entre souches de poliovirus « sauvages » et « vaccinales », sont très fréquentes. Les recombinaisons génétiques entre différentes souches de virus influenza, en particulier au niveau des gènes codant la neuraminidase et l’hémagglutinine, permettent également l’émergence de nouvelles souches qui peuvent donner lieu à des épidémies, voire même des pandémies comme celle associée à la grippe espagnole de 1918 responsable de millions de morts. La promiscuité de différents hôtes (oiseaux sauvages, volaille, porc et homme) infectés par différents virus grippaux favorise le réassortiment des différents fragments du génome viral et la formation de nouveaux virus susceptibles d’infecter l’homme : les virus de la « grippe aviaire » (sous-types H5N1 et H7N7) qui circulent actuellement chez les volailles pourraient ainsi constituer une menace de pandémie si les modifications (réassortiments, recombinaisons et/ou mutations) nécessaires à leur transmission efficace d’homme à homme se produisaient.
Un autre virus a réussi son passage de l’animal à l’homme et a fait de nombreuses victimes au cours de l’hiver 2002-2003 : le coronavirus responsable du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) [1, 2]. Le réservoir de ce nouveau virus est actuellement inconnu ; cependant, il semble que les nombreux animaux vivants échangés sur les marchés en Chine pourraient constituer de bons candidats. Les nombreuses études réalisées sur ce nouveau virus ont montré qu’il ne dérive pas directement de coronavirus humains ou animaux connus et pourrait donc être classé dans un nouveau groupe taxonomique au sein des coronavirus [2]. Le séquençage et l’analyse phylogénique de plusieurs régions du génome viral par une équipe canadienne suggèrent cependant que ce virus est constitué d’une mosaïque de séquences nucléotidiques issues de coronavirus animaux (oiseaux et mammifères de type félin), plus particulièrement au niveau du gène S qui code la glycoprotéine d’enveloppe impliquée dans la liaison du virus à la cellule hôte [3]. Le coronavirus responsable du SRAS serait issu de la recombinaison entre plusieurs virus animaux ; la modification du tropisme de ce virus recombinant aurait ainsi favorisé son adaptation à l’homme. L’isolement du ou des réservoirs animaux de ce nouveau virus permettra de confirmer cette hypothèse.

Références

1. Stella Cuervo N. SARS ou pneumonie atypique sévère aiguë : une épidémie privilégiée du XXIe siècle. Virologie 2003 ; 7 : 222-4.

2. Vabret A. Coronavirus : une émergence réussie. Virologie 2003 ; 7 : 237-41.

3. Stavrinides J, Guttman DS. Mosaic evolution of the severe acute respiratory syndrome coronavirus. J Virol 2004 ; 78 : 76-82.