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Virologie

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Altération de voies d'import nucléaire lors de l'infection par le rhinovirus Volume 6, numéro 5, Septembre - Octobre 2002

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  • Année de parution : 2002

Pour la première fois, cette équipe de l'université de New York a réussi à produire des particules infectieuses du poliovirus (PV) in vitro, à partir d'un ADN complémentaire (ADNc) synthétisé chimiquement.

La totalité de l'ADNc de l'ARN génomique du PV sauvage de type 1 prototype Mahoney (PV1 (M)) a été reproduite d'après la séquence nucléotidique disponible dans les banques de séquences publiques. Pour cela, trois fragments ont été construits par assemblage d'oligonucléotides purifiés. Ensuite, ces trois fragments ont été ligués entre eux, produisant ainsi la totalité de l'ADNc synthétique. Cet ADNc néosynthétisé a été cloné dans un vecteur plasmidique. Le séquençage de l'ADNc synthétique de quelques clones obtenus a montré que les séquences correspondaient bien à celle du PV1 (M) sauvage, sauf 20 substitutions nucléotidiques qui ont été introduites afin de pouvoir différencier la séquence synthétique de la séquence du PV1 (M) sauvage. Puis, l'ADNc synthétique a été transcrit grâce à une ARN polymérase en ARN infectieux. Cet ARN a ensuite été incubé dans un système de culture acellulaire, composé d'extraits cytoplasmiques de cellules HeLa. Des aliquotes provenant du système acellulaire ont été mises en culture sur des cellules HeLa et, après 48 heures d'incubation, des plages de lyse, similaires à celles produites par le PV1 (M) sauvage, ont été détectées.

Ces particules virales « synthétiques » possèdent des caractéristiques similaires à celles du PV1 (M) sauvage. Leur multiplication en culture est inhibée par l'addition des anticorps monoclonaux spécifiques qui empêchent l'attachement des poliovirus à son récepteur cellulaire, le CD155. De même, l'addition de sérum hyperimmun anti-PV1 (M) de lapin inhibe sa multiplication. Quant à sa neurovirulence, des souris transgéniques porteuses du récepteur humain du PV après infection développent la même maladie neurologique, avec une clinique et une histologie des lésions identiques à celles de la poliomyélite chez les primates. En revanche, le degré de neurovirulence du virus « synthétique » est inférieur à celui du PV1 (M) étant donné que la dose infectante nécessaire pour provoquer la maladie paralytique est plus importante que celle du PV1 (M) sauvage. Cela est probablement la conséquence de l'introduction des substitutions nucléotidiques dans la région 5' non codante, impliquée dans l'atténuation du phénotype virulent chez les PV.

Les résultats présentés dans cette publication assez controversée soulèvent deux grandes questions : 1) Est-il possible d'éliminer le poliovirus ou tout autre agent pathogène de la planète dans un programme d'éradication mondiale ? 2) Doit-on limiter la diffusion des connaissances scientifiques par la non-publication de séquences génomiques de microorganismes pathogènes pour l'homme et de protocoles d'expérimentation ?

Comme réponse à la première question, l'éradication du poliovirus s'avère plutôt difficile. Cependant, le problème réel ici n'est pas tant son élimination que la réintroduction d'origine accidentelle ou criminelle d'un virus pathogène, dans une population non protégée par les vaccins antipoliomyélitiques actuels, si la décision d'arrêter toute vaccination était prise.

La réponse à la seconde question est entre les mains de la communauté scientifique internationale et des différents gouvernements.

Cello J, Paul AV, Wimmer E. Chemical synthesis of poliovirus cDNA : generation of infectious virus in the absence of natural template. Science 2002 ; 297 : 1016-8.

N. Stella Cuervo
Unité d'épidémiologie et physiopathologie des virus oncogènes, Institut Pasteur