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Sciences sociales et santé

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Faire le jeu des « irresponsables » pour endiguer l’épidémie de VIH ? Responsabilités et idéaux dans les consultations PrEP en France Volume 41, numéro 1, Mars 2023

Auteur
* Sociologue, Laboratoire Interdisciplinaire d’Études sur les Réflexivités – Fonds Yan Thomas (LIER-FYT) de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS); valentinrio96@gmail.com

À destination des personnes séronégatives au VIH, la prophylaxie pré-exposition (PrEP) consiste à prendre une combinaison d’antirétroviraux avant et après un rapport sexuel pour réduire drastiquement le risque d’infection en cas d’exposition. En France, depuis son institutionnalisation en 2016, cette stratégie de prévention fait face à des critiques pointant, d’une part, la déresponsabilisation de ses usagers qui n’auraient plus assez recours au préservatif et, d’autre part, celle de l’institution médicale qui pourrait ainsi aggraver la recrudescence des autres infections sexuellement transmissibles. À partir de l’observation d’une cinquantaine de consultations PrEP durant l’année 2018, cet article propose de comprendre la manière dont les risques sont gérés et les bénéfices définis en situation clinique – sans chercher à évaluer l’efficacité d’un tel dispositif. En matière de réduction des risques, nous relevons des transferts réciproques de responsabilité attribuant au patient la charge de la prévention primaire du VIH et au suivi médical la prévention secondaire des IST. Enfin, nous montrons que la définition des bénéfices résulte de la réalisation conjointe d’un idéal de santé publique et d’un idéal de la sexualité libérale-pluraliste.