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Cahiers Santé Médecine Thérapeutique

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Mélanome métastatique : profil épidémioclinique, thérapeutique et évolutif à travers une série de 40 cas Volume 30, numéro 5, Septembre-Octobre 2021

Illustrations

  • Figure 1
  • Figure 2
  • Figure 3
  • Figure 4
  • Figure 5
  • Figure 6
Auteurs
Service de dermatologie-vénérologie, CHU Hassan II, faculté de médecine, université Sidi Mohammed ben Abdellah, Fès, Maroc
* Tirés à part

Le mélanome, dont l’incidence est en forte augmentation, pose aujourd’hui un problème de santé publique important. Des métastases lymphatiques s’y associent dans 20 % des cas ; le foie, les poumons et le cerveau représentent les sites les plus fréquemment atteints, mais tout organe peut être impliqué. Le but de notre travail était d’établir le profil épidémioclinique, histologique, évolutif et thérapeutique des cas de mélanome métastatique (MM) du service de dermatologie du CHU de Fès, et de mettre en évidence les facteurs de survenue de ces métastases. Méthodes : il s’est agi d’une étude rétro-prospective colligeant tous les patients ayant un mélanome cutané métastatique, sur une durée de 10 ans (de juin 2010 à janvier 2020) au sein du service de dermatologie du CHU Hassan II de Fès. Les éléments épidémiologiques, cliniques, histologiques, évolutifs et thérapeutiques ont été recueillis à travers une fiche d’exploitation préétablie. Nous avons recherché des associations entre ces éléments et la survenue de métastases. Résultats : sur 114 cas de mélanome, 40 étaient au stade d’emblée métastatique. L’âge moyen des malades était de 61,15 ans, 62 % étaient de sexe masculin, un traumatisme était rapporté chez 41 % des sujets, une exposition solaire chronique chez 41 %. Cinquante-sept pour cent (57 %) des malades consultaient pour une tumeur ulcérobourgeonnante, avec un délai estimé à 20 mois ; la localisation acrale était majoritaire (54 %). Histologiquement, les formes nodulaires (46 %) et acrolentigineuses (34 %) étaient les plus fréquentes, avec un indice de Breslow de plus de 2 mm dans 61 % des cas et de Clarck IV-V dans 54 % des cas. Le bilan d’extension révélait des métastases ganglionnaires dans 76 % des cas : pulmonaires dans 49 %, osseuses dans 19 % et cérébrales dans 10 %. Sur le plan thérapeutique, 54 % des patients ont bénéficié de l’exérèse de la tumeur primitive associée à un curage ganglionnaire, 17 % de patients ont bénéficié d’une radiothérapie adjuvante – en particulier lorsque le curage était incomplet ou qu’il existait une effraction capsulaire. La chimiothérapie était indiquée seule dans 46 % des cas et en association avec la chirurgie de la tumeur primitive dans 24 %. Aucun patient n’a bénéficié d’un traitement immunologique ou biologique, ces molécules n’étant pas disponibles au sein de notre structure. Au terme de deux ans, en moyenne, d’évolution et de survie, 22 cas étaient décédés, dont 18 étaient au stade de métastases viscérales, et 10 étaient perdus de vue. Discussion : le mélanome cutané est une tumeur agressive et imprévisible avec un potentiel métastatique majeur. Les sites fréquemment envahis sont les ganglions, le poumon et le foie. Leur survenue est significativement associée à un long délai avant consultation, à un indice de Breslow supérieur à 4 mm au moment du diagnostic positif – c’est-à-dire à une prise en charge tardive de nos malades. Le MM a fait l’objet de plusieurs études et recommandations dans la littérature, reflétant la difficulté thérapeutique de ces formes métastatiques, de pronostic sombre. Dans notre contexte, le coût élevé des traitements immunologiques et biologiques constitue un véritable obstacle pour la prise en charge de nos patients. Conclusion : dans notre contexte, les compagnes de sensibilisation ainsi que le dépistage précoce du mélanome demeurent les principaux piliers de la prise en charge, qui peuvent garantir un traitement curatif du mélanome et prévenir la survenue de métastases.