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Revue de neuropsychologie

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Psychanalyse, philosophie et neurosciences : un dialogue sur le rôle de la simultanéité dans les mécanismes de la mémoire Volume 14, numéro 4, Volume 14, numéro 4, Octobre-Novembre-Décembre 2022

Auteur
U1077 Inserm-EPHE-Unicaen, PFRS, 2, rue des Rochambelles, 14032 Caen, France <jessica.tran-the@unicaen.fr>
* Correspondance : J. Tran The

Notre mémoire et les fonctions cognitives qui s’y rattachent constituent la condition essentielle de notre perception subjective de la temporalité. Les pathologies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer mettent cruellement en évidence que, lorsque ces fonctions cognitives sont atteintes, c’est notre expérience subjective d’êtres vivants, dotés d’une conscience temporelle, qui s’en trouve radicalement altérée. La mémoire est ainsi une condition de la perception d’une temporalité subjective. Mais le temps s’avère lui aussi une condition de notre mémoire et, dans les processus d’inscription de nos expériences sous forme de traces, un facteur temporel, la simultanéité, joue un rôle décisif. Dès ses premiers travaux sur le conditionnement, Pavlov avait mis en évidence que la coïncidence temporelle entre deux stimuli était une condition indispensable à l’instauration d’une forme de mémorisation chez l’animal. Nous pourrons observer que cette importance de la simultanéité, c’est-à-dire d’une synchronie temporelle entre deux stimuli, nécessaire à l’instauration d’une association mnésique, s’avère un point de rencontre surprenant entre la psychanalyse et les neurosciences. Nous nous essaierons ainsi à faire dialoguer la théorie freudienne de l’inscription des premières expériences perceptives avec les recherches neurobiologiques sur le rôle de la détection de coïncidence dans les mécanismes moléculaires et cellulaires de notre mémoire.