John Libbey Eurotext

Médecine thérapeutique / Pédiatrie

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Infections congénitales à cytomégalovirus (CMV) Volume 23, numéro 1, Janvier-Février-Mars 2021

Tableaux

Auteur
Professeur émérite de pédiatrie
Ancien chef de service de réanimation et pédiatrie néonatales
* Correspondance

La prévalence des infections congénitales à cytomégalovirus (CMV) pendant la grossesse est de 0,6 à 2 % ; elle est la principale responsable des fœtopathies infectieuses. La virémie maternelle est responsable d’une atteinte placentaire qui se complique, ou non, d’atteinte fœtale dont la sévérité est inversement liée à l’âge gestationnel. Le taux de transmission mère/fœtus, au décours d’une primo-infection, augmente au cours de la grossesse passant de 30 à 34 % au premier trimestre à 58 à 71 % au troisième ; ce taux est 10 à 15 fois moins élevé pour les réinfections mais, en cas d’atteinte fœtale, le risque de séquelle neurosensorielle est similaire. Les lésions tissulaires sont secondaires à la réplication virale et à des lésions de fibrose et d’œdème ; elles induisent un environnement fœtal hypoxique et un relargage de cytokines. Le diagnostic anténatal repose essentiellement sur l’imagerie (échographie et IRM) ; la place des prélèvements invasifs par ponction du liquide amniotique est réduite. La sérologie spécifique – IgG, IgM et surtout du test d’avidité – dont la réalisation systématique en début de grossesse n’est pas recommandée en France, confirme l’infection et son caractère récent. En post-natal, le diagnostic repose sur les tests virologiques (PCR urines puis sang) qui sont demandés soit devant l’anamnèse pré-natale soit dans le bilan de signes cliniques – dont un retard de croissance intra utérin (RCIU) isolé – compatibles avec le CMV. Les complications neurosensorielles – et en particulier la surdité – sont observées dans 33 % des formes symptomatiques à la naissance mais aussi 10 % des formes asymptomatiques. Une charge virale supérieure à 10 000 copies/mL dans les formes symptomatiques et supérieure à 17 000 copies dans les formes latentes est associée à un risque accru de séquelles.

Le ganciclovir et son dérivé oral le valganciclovir est 10 fois plus actif que l’aciclovir contre le CMV. Ses indications ne sont pas consensuelles, en particulier en l’absence de donnée à moyen/long terme sur sa toxicité chez l’enfant. Dans les formes symptomatiques, son utilisation prolongée pendant six mois réduit le risque de surdité sévère et améliore le pronostic neurologique à moyen terme. La prévention de l’infection à CMV pendant la grossesse repose sur le respect des mesures barrière, en particulier vis-à-vis du nourrisson ; elle est efficace mais insuffisamment connue.