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Médecine et Santé Tropicales

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Poids économique de la dépigmentation artificielle sur le revenu des ménages d’Afrique subsaharienne : cas du Sénégal Volume 23, numéro 3, Juillet-Août-Septembre 2013

Auteurs
Service de médecine préventive et santé publique, université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, BP 16390, Dakar Fann, Sénégal, Service d’hématologie, université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, BP 16390, Dakar, Sénégal

Introduction. La dépigmentation artificielle est répandue dans les pays d’Afrique subsaharienne, et notamment au Sénégal, où elle concerne dans certaines villes jusqu’à 67 % de la population féminine. Si les conséquences médicales et les déterminants sociaux du phénomène sont documentés, son coût est mal cerné. Aussi ce travail vise-t-il à évaluer le poids économique de la dépigmentation sur le revenu des femmes. Méthodologie. Une enquête transversale, quantitative et descriptive était menée du 7 octobre au 8 novembre 2010 sur des femmes suivies dans un service dermatologique de référence. Les coûts directs (produits dépigmentants) et indirects (frais de transport, ticket modérateur, traitement des complications dermatologiques) étaient calculés. Les préjudices sociaux ( pretium doloris, notamment en rapport avec le préjudice esthétique) étaient appréciés. Résultats. Soixante-cinq femmes ont été étudiées ; l’âge moyen était de 33 ans ; 26 % étaient non scolarisées. Les commerçantes représentaient 52 % de ce groupe, les ménagères 29 %, les fonctionnaires 9 %, les étudiantes et élèves 5 %. La durée moyenne d’utilisation des traitements dépigmentants était de neuf ans, et l’âge moyen de début de 23 ans. La plupart (80 %) avaient un revenu modeste (<100 000 francs CFA [FCFA] ou 204 dollars américains [$US]). Les revenus mensuels totaux des femmes étaient de 5 675 000 FCFA (11 582 $US). Le coût mensuel total de cette pratique était de 1 081 658 FCFA (2 207 $US) soit un poids économique de la dépigmentation artificielle de 19 % des revenus de ces femmes. Le pretium esthétique était qualifié de moyen (20 %) et d’important (22 % des cas). Conclusion. Cette étude ouvre des perspectives d’études complémentaires des coûts intangibles de la dépigmentation et une sensibilisation sur les complications et les préjudices sociaux induits.