John Libbey Eurotext

Journal de Pharmacie Clinique

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L’impact de la culture Publish or Perish sur les revues pharmaceutiques Volume 37, numéro 4, Décembre 2018

Nos revues sont confrontées à des pratiques préjudiciables à la recherche. Par exemple, un article du Journal de Pharmacie Clinique publié en 2003 [1] a été plagié à plus de 50 % et re-soumis dans les Annales Pharmaceutiques Françaises récemment. Les auteurs ont reconnu leur faute et accepté de signer une notice de rétractation [2]. Notre comité de rédaction a saisi l’occasion de s’interroger sur ces pratiques dans notre domaine.

Si les insuffisances méthodologiques des chercheurs insuffisamment encadrés, les pratiques discutables en recherche (e.g. choix sélectif/omission de données) et la fraude (fabrication, falsification de données, plagiat) se différencient par leur caractère intentionnel ou non, les frontières sont minces. Ces trois types de pratiques constituent autant les unes que les autres des pratiques préjudiciables à la recherche [3].

Des observations ont montré en science qu’au moins 50 % des articles étaient embellis, voire non reproductibles, et donc faux [4]. Des arrangements avec les faits plus ou moins graves peuvent conduire à de préjudiciables distorsions de la réalité, et à des interprétations favorables de résultats médiocres, ce qui est particulièrement problématique dans le domaine de la santé. Les exemples sont nombreux : changement de critères de jugement, références erronées, tests statistiques inappropriés, manipulations d’images, de courbes ou de tracés, favorisées par les nombreux logiciels de modifications d’images disponibles, conflits d’auteurs, études animales trompeuses, non-publication de recherches financées, résumés et communiqués de presse trompeurs… [3].

Ces comportements des chercheurs seraient la conséquence de la culture du Publish or Perish ou POP [5]. POP traduit la pression qu’exercent sur les chercheurs les demandes pressantes des institutions académiques et d’évaluation de la recherche. Pour évaluer les chercheurs et allouer des ressources, un critère de substitution, le facteur d’impact, est utilisé. Cet indicateur de notoriété des revues scientifiques est basé sur le nombre de citations des articles. Il ne mesure donc pas la qualité individuelle d’un article. Les chercheurs, honnêtes le plus souvent, ont fait ce qui était demandé : publier beaucoup d’articles et vite, citer activement des articles sans les lire. L’augmentation du volume des publications n’a pas généralement été accompagnée d’une augmentation de la qualité ! Cette forte incitation a, de plus, favorisé des pratiques préjudiciables à la recherche et à sa crédibilité.

Les réactions des revues scientifiques, bien que parfois complices de ces pratiques, ont été de corriger et/ou dénoncer les articles pour lesquels des preuves de mauvaises pratiques existaient. Un des mécanismes est la rétractation de l’article : il s’agit de publier une notice de rétractation expliquant pourquoi l’article est invalidé, si possible signée par les auteurs. L’article reste consultable avec une mention en rouge « Retracted » imprimée sur le PDF téléchargeable et sur le format html. Ceci n’est pas fait pour les pages des revues imprimées et archivées.

Le blog RetractionWatch publie quotidiennement des informations sur les rétractations d’articles scientifiques : il y en aurait environ 600 par an, à comparer à environ 1,5 million d’articles publiés chaque année. Les fondateurs de ce blog ont développé une base de données des rétractations (http://retractiondatabase.org) qui est facilement consultable. Cette base, au 17 septembre 2018, contenait 19 034 items, dont 292 correspondaient au mot-clé « France ». Le mot-clé « pharmacy » n’existe pas pour interroger la base. Si l’on questionne avec le mot-clé « Medicine-Pharmacology », il y a 758 cas de rétractation, et en croisant avec « France » 8 cas. Si l’on recherche à partir de noms de revues de notre discipline, il existe des cas de rétractation d’articles : British Journal of Pharmacology : 14 cas ; International Journal of Pharmaceutics : 4 cas ; Pharmacy Practice : 4 cas ; International Journal of Clinical Pharmacy : 3 cas ; Journal of Clinical Pharmacy and Therapeutics : 3 cas ; American Journal of Pharmaceutical Education : 2 cas ; Pharmaceutical Research : 2 cas.

L’impact de la culture POP en pharmacie est donc bien présent ! L’impact reste faible au sein de nos revues françaises avec aucune rétractation retrouvée pour le Journal de Pharmacie Clinique et une seule rétractation pour les Annales Pharmaceutiques Françaises correspondant au cas décrit dans cet éditorial.

Nous souhaitons prévenir les manquements à l’intégrité scientifique en pharmacie et rappeler à tous l’importance des comités éditoriaux de nos revues et encourager toute la profession à respecter à partager ses travaux dans les règles de l’art et aux responsables d’équipe de recherche à la plus grande vigilance.

Remerciements

Nous remercions Hervé Maisonneuve pour la relecture de cet éditorial et recommandons vivement la lecture de son blog http://www.redactionmedicale.typepad.com/ ou www.redactionmedicale.fr.