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Analyse de livre. Troubles psychotiques : protocoles d’intervention précoce. Le guide du clinicien, Laurent Lacardeur (dir.) Volume 95, numéro 8, Octobre 2019

 

Laurent Lecardeur (dir.)

Troubles psychotiques : protocoles d’intervention précoceLe guide du clinicien

Issy-les-Moulineaux : Elsevier-Masson, 2019

 

Avec la collaboration de : S. Aït Benamar, I. Amado, L. Amat, J. Attal, F. Bazile, C. Bonsack, C. Bortolon, J. Bourgin, P. Conus, T. d’Amato, E. de Boer, A. de Connor, H. Denizot, E. Fakra, N. Franck, B. Giordana, C. Jantac, C. Keddache, M.-O. Krebs, V. Laprévote, T. Lecomte, C. Lemey, P.M. Lorca, C. Lourioux, J. Martin, S. Meunier-Cussac, S. Potvin, S. Raffard, R. Rey, C. Samson, D. Saravane, R. Schwan, M. Taleb, M. Walter, H. Yazbek.

Laurent Lecardeur, dont nous connaissons les qualités de fédérateur et de pédagogue, ainsi que sa longue expérience clinique dans le domaine de l’intervention précoce, a piloté ce livre, véritable vade-mecum des soins à entreprendre auprès de personnes confrontées aux psychoses émergentes. Dans sa préface, le professeur Sonia Dollfus qualifie ce premier ouvrage en langue française à ce sujet de « guide précieux pour le clinicien ». La liste de spécialistes nationaux et internationaux ayant participé à sa réalisation est impressionnante et on peut parler d’un nouvel exemple de l’engagement international francophone, visant la formation des soignants et l’amélioration de la qualité et de l’organisation des soins [1-3]. Le mot « protocoles », dans le titre, semble refléter l’impatience des auteurs. Bien que l’ambition soit louable, cela risque par son côté rigide de décourager certains lecteurs potentiels, mais je les encourage vivement à s’inspirer du contenu.

Le livre est constitué de deux parties, la première étant intitulée « Les phases précoces de la psychose ». Sous forme de réponses à une question par chapitre, les auteurs abordent des sujets tels que :

  • Comment comprendre l’apparition des psychoses ?
  • Comment détecter les jeunes à haut risque de transition psychotique ?
  • Comment détecter le premier épisode psychotique ?
  • Quelles échelles d’évaluation utiliser ?

Les conseils donnés, basés sur les dernières données scientifiques et inspirés par les différentes recommandations internationales, sont les bienvenus. Il s’agit d’un exercice délicat, les jeunes concernés étant en pleine évolution, leurs éventuelles manifestations de mal-être variant dans le temps sur un continuum entre « la » normalité et des expressions clairement pathologiques.

D’autres thèmes traités sont la place de la consommation de substances toxiques dans les troubles psychotiques émergents, les biomarqueurs, mais également la question épineuse de comment annoncer le diagnostic et ses potentielles suites au jeune et ses proches. Ceci est déjà difficile en cas de maladie déclarée sans trop d’ambiguïté, mais le devient encore d’avantage en cas de « risque de transition psychotique ».

La deuxième partie est dédiée à l’amélioration de la prise en charge. L’approche reste pragmatique. En dehors de la pharmacothérapie et de l’utilisation des thérapies cognitivo-comportementales, on peut découvrir comment pallier les déficits cognitifs, comment tenter de réduire la consommation de cannabis et améliorer les soins somatiques.

Comment réduire le risque suicidaire ? Environ 5 % des patients schizophrènes meurent par suicide. Ce risque est majoré lors de la phase précoce des troubles. Dans ce domaine en particulier, la place des aidants est primordiale, puisqu’il est constaté que la majorité des gestes suicidaires surviennent au domicile familial. (Un chapitre leur est consacré.) Parmi les pistes de prise en charge mentionnées, citons-en une qui mérite notre attention : une plus longue durée de psychose non traitée étant associé à un risque suicidaire augmenté, la détection précoce est une priorité. Cela nécessite une information de la communauté sur le trouble psychique, une formation des intervenants de première ligne, dont les médecins généralistes, et une organisation des soins de proximité avec des dispositifs spécifiques et réactifs de prise en charge des premiers épisodes, étayé par la recherche et la formation. Une coordination du parcours de soins par un soignant référent, que l’on peut appeler case-manager, est souhaitable.

Les nouvelles formes de prise en charge des phases précoces des troubles psychotiques préconisées dans ce livre sont réalisables en faisant évoluer le maillage local existant. Une telle organisation en réseau, après une clarification des rôles des uns et des autres, permet de faire un travail de déstigmatisation, d’informer et de former, de graduer les soins et d’intégrer au mieux les soins somatiques aux soins psychiques, et ce pas seulement pour les personnes confrontées aux psychoses émergentes.

Ce livre montre comment avance ce groupe de cliniciens et chercheurs motivés et déterminés à faire progresser les connaissances et les pratiques cliniques.

Joséphine Caubeljosephine.caubel@eps-erasme.fr

Liens d’intérêts

l’auteure déclare ne pas avoir de lien d’intérêt en rapport avec cet article.

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